Le monde de la naissance et de la petite enfance fascine et inspire, tant par sa complexité biologique que par ses implications sociales et culturelles. Des documentaires captivants aux tendances émergentes en matière de parentalité, cet article explore les différentes facettes de l'univers des bébés, en s’appuyant sur des études scientifiques et des témoignages poignants.

"Babies" : Un Documentaire Netflix au Cœur de la Première Année

La série documentaire Netflix "Babies" offre une plongée immersive dans la toute première année de la vie des bébés. Découpée en six épisodes, cette première saison, disponible depuis février 2020, explore le fonctionnement des tout-petits, de leur premier souffle à leurs premiers pas. Pendant un an, les équipes de tournage ont suivi des nouveaux parents et leur progéniture à travers le monde, capturant des moments intimes et révélateurs.

Le premier épisode, intitulé "L'amour", se consacre à l'attachement d'un point de vue biologique. Il explore la manière dont l'affection, les interactions sociales et le stress influent sur le nourrisson, mais aussi sur ses parents. Contrairement à une idée longtemps répandue, le bébé n'est pas passif : il est capable de créer du lien, d'avoir des interactions et de ressentir.

Le Mythe de l'Instinct Maternel Déconstruit

Côté parents, la professeure en neuroscience sociale Ruth Feldman, interrogée dans le documentaire, démonte le mythe de l'instinct maternel grâce à l'observation de l'ocytocine. Cette hormone de l'attachement est sécrétée par les mères durant la grossesse, l'accouchement, mais aussi l'allaitement, ce qui pousse à entretenir l'idée que les mères sont les seules garantes du lien parent-enfant, les seules à pouvoir comprendre le nourrisson.

Or, si un deuxième parent est présent, il sécrète également de l'ocytocine, dans les mêmes proportions que la mère, à mesure qu'il interagit et s'occupe du bébé. Scientifiquement, la gestation n'est donc pas le seul gage d'attachement. Avoir porté et mis au monde son enfant ne rend pas la mère plus apte à s'occuper de lui, à créer du lien, à décrypter ses pleurs. L'implication envers le tout-petit (jouer, câliner, donner le bain, le biberon, interagir, le calmer…) compte tout autant.

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Devenir Parent sur le Tard : Une Tendance en Hausse

L'histoire d'Eboni Camille Chillis, une femme qui a donné naissance à son premier enfant à l'âge de 48 ans grâce à un don d'ovocytes, illustre une tendance de fond : de plus en plus de personnes retardent le moment de devenir parents. En 1970, l'âge moyen d'une primipare aux États-Unis était de 21,4 ans ; en 2021, il était de 27,3 ans.

Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), de 1985 à 2022, le taux de natalité chez les femmes de 40 à 44 ans a augmenté de manière quasi continue, passant ainsi de 4 à 12,5 naissances pour 1 000 femmes. Chez les femmes âgées de plus de 45 ans, ce taux, pour 2022, restait bas avec 1,1 naissance pour 1 000 femmes, mais était en hausse de 12 % par rapport à 2021.

En France, les données de l'Insee et de l'Institut national d'études démographiques (Ined) confirment également cette tendance. En 2022, les femmes ont en moyenne donné naissance à leur premier enfant à 29 ans contre 24 ans en 1974. La fécondité tardive n'a par ailleurs cessé d'augmenter depuis les années 1980, d'abord chez les femmes de 40 à 42 ans à partir du milieu de cette décennie, puis chez celles de 43 à 45 ans dans les années 1990 et, enfin, chez celles de plus de 46 ans dans les années 2000. En 2019, les maternités tardives représentaient 5,7 % des naissances.

Les Facteurs Expliquant ce Phénomène

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Les générations actuelles, qui ont souvent accès à une contraception plus fiable, donnent la priorité à leurs études supérieures et à leur carrière avant d'assumer les responsabilités de la parentalité. Les portes qui se sont ouvertes aux femmes et l'évolution des rôles assignés aux genres sont aussi des facteurs clés.

Parallèlement, l'assistance médicale à la procréation (AMP), telle la fécondation in vitro (FIV), a permis à des personnes d'avoir des enfants dans des circonstances qui, autrefois, auraient été difficiles. Au moins 12 millions d'enfants sont ainsi nés dans le monde grâce à la FIV, qui a profondément transformé la procréation humaine.

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La Révolution de la Fécondation In Vitro (FIV)

Le tout premier bébé issu d'une FIV est né le 25 juillet 1978 à Oldham, en Angleterre. La technique consiste à féconder un ovule avec des spermatozoïdes dans une boîte de Petri, ce qui forme un embryon, transféré ensuite dans un utérus. La FIV a d'abord été pratiquée pour des femmes présentant une obstruction des trompes de Fallope, avant d'apparaître comme une solution pour d'autres problèmes de fécondité.

Appelés « bébés-éprouvette », ces enfants fascinaient autant qu'ils inquiétaient les médias comme le grand public. Les craintes allaient du risque de malformations aux préoccupations religieuses relatives à cette ingérence dans la procréation. Mais la méthode est rapidement devenue courante et admise au sein de la société.

Le Don d'Ovocytes : Une Option pour les Maternités Tardives

Dans certains cas, les ovules n'étaient pas viables en raison de l'âge de la patiente ou d'autres facteurs. La médecine s'est alors penchée sur le don d'ovocytes. La première naissance vivante grâce à cette technologie a eu lieu en 1984. En mars 1992, Jonie Mosby Mitchell, une chanteuse de country, a donné naissance à un enfant à 52 ans grâce à l'ovocyte d'une femme plus jeune.

Les grossesses par don d'ovocytes menées à terme ont confirmé que l'âge ne constituait pas forcément un obstacle pour l'utérus, même après la ménopause. La difficulté vient des ovaires, qui vieillissent bien plus vite que les autres organes. La réserve ovarienne désigne la quantité et la qualité des ovocytes d'une femme. Au fil du temps, leur nombre baisse fortement, et ceux qui restent cumulent des lésions de l'ADN et des anomalies chromosomiques, ce qui rend la fécondation plus compliquée et les fausses couches plus probables.

La Recherche sur le Vieillissement Ovarien : Vers une Prolongation de la Fertilité ?

Le vieillissement plus rapide des ovaires par rapport aux autres organes est depuis longtemps un mystère. Plusieurs théories existent. Certains pensent que la ménopause présente un avantage sur le plan de l'évolution, avance Rebecca Robker, professeure de biomédecine à l'université d'Adélaïde, en Australie, qui étudie la biologie de la reproduction chez la femme.

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Ces dernières années, un nombre grandissant de chercheurs ont commencé à explorer le sujet. Une découverte fondamentale a été réalisée en 2016 par Francesca Duncan, professeure en science de la reproduction, et son équipe à l'université Northwestern, aux États-Unis. Ils ont remarqué que les ovaires durcissent, c'est-à-dire qu'ils deviennent sujets aux fibroses, au fil du temps.

Francesca Duncan et d'autres scientifiques, dont Rebecca Robker, travaillent sur des traitements qui pourraient « assouplir » les ovaires et ainsi prolonger la fécondité. David Pépin, biologiste de la reproduction au Massachusetts General Hospital, étudie la question sous un autre angle. Il mène des travaux sur l'hormone antimüllérienne (AMH), peu connue mais importante, produite par les follicules à l'intérieur des ovaires. Et il est convaincu qu'influer sur l'AMH pourrait, de façon concrète, aider à déclencher et à stopper la fécondité.

Les scientifiques s'accordent à dire qu'il n'y aura pas de solution unique pour prolonger radicalement la fertilité ou la santé ovarienne. Mais, si les diverses recherches portent leurs fruits, de réelles avancées pourraient survenir dans les prochaines années.

Les Risques et les Joies de la Parentalité Tardive

Si le chemin pour devenir parent est parfois semé d'embûches, comme en témoignent les difficultés rencontrées par Susie Troxler et son mari avant de pouvoir concevoir grâce à un don d'ovocytes, les joies de la parentalité sont indéniables. "C'est merveilleux", résume Susie Troxler qui, à 50 ans, a donné naissance à un enfant issu d'un don d'ovocytes et du sperme de son mari. "Si cette technologie n'avait pas existé, nous n'aurions pas pu être parents."

Pour autant, certains chercheurs et médecins émettent des réserves quant à la parentalité tardive, alors même que ce sont leurs travaux qui ont contribué à cette possibilité. Parmi les plus grands risques : un « happy end » qui n'est pas toujours au rendez-vous. Mark Sauer souligne que les belles histoires très médiatisées ont tendance à dissimuler « à quel point l'entreprise peut être difficile ».

Selon les données les plus récentes des CDC, en 2020, le pourcentage de naissances vivantes à l'issue d'une FIV chez des patientes de tous âges était de 37 %. Ce chiffre baisse considérablement chez les patientes pratiquant une FIV après 40 ans. Les probabilités sont certes meilleures avec des ovocytes congelés ou provenant d'une donneuse jeune, mais le résultat n'est pas pour autant garanti. De surcroît, la FIV est une procédure coûteuse qui, souvent, n'est pas prise en charge par l'assurance maladie.

Il faut aussi garder à l'esprit que les risques du vieillissement concernent aussi les hommes. « La qualité des spermatozoïdes décline considérablement et régulièrement après 40 ans », indique David Pépin. Si ces spermatozoïdes peuvent encore féconder un ovule et permettre de mener une grossesse à terme, des lésions de l'ADN risquent d'entraîner des effets indésirables sur la santé de l'enfant.

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