L'avortement, un droit fondamental et inaliénable, protégé par des traités internationaux et régionaux, ainsi que par des lois nationales, reste un sujet complexe et personnel. Cet article explore les témoignages de médecins et de femmes qui ont vécu l'avortement, mettant en lumière les défis rencontrés, les émotions ressenties et l'importance d'un accompagnement respectueux.
L'Histoire d'une Loi : La Loi Veil et son Impact
Il y a 50 ans, le 17 janvier 1975, la loi Veil, portée par Simone Veil, alors ministre de la Santé, dépénalisait l'avortement et légalisait l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en France. Avant cette loi, des médecins pratiquaient clandestinement des avortements, comme à Rouen, où un cabinet médical clandestin avait été monté dans les locaux de l'association le planning familial sur l'île Lacroix. Des médecins rouennais, tels que les docteurs Rémi Picard et Dominique Parain, pratiquaient des avortements par aspiration. Jacqueline Madeline, gynécologue obstétricienne à la clinique Saint-Romain à Rouen, pratiquait des curetages sous anesthésie générale, en lien avec le planning familial, lorsque l'avortement par aspiration n'était plus possible. Un livret avec de nombreux témoignages d'acteurs de cette période avait été édité par la ville de Rouen : "Le Combat pour le droit à l'avortement et à la contraception, mémoires Rouennaises". Anne-Marie Cardon, une Rouennaise, ancienne militante au planning familial, a accepté de raconter son histoire pour ici Normandie. Elle est allée avorter aux Pays-Bas en 1973, avant la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse en France.
L'Avortement Médicamenteux : Une Pratique en Évolution
En 2004, la loi Aubry autorise la pratique de l'avortement jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée (absence de règles) à l'hôpital et en dehors de l'hôpital (donc en ville) jusqu'à sept semaines, par voie médicamenteuse. Hélène Cesbron, médecin généraliste, pratique des IVG médicamenteuses et témoigne : « J'ai mis du temps à concevoir qu'il fallait que je pratique des avortements. C'est un devoir. J'ai laissé pendant des années les femmes face à leurs souffrances. » Elle s'est formée à la pratique de l'avortement médicamenteux, soit le RU, la molécule Mifépristone, et travaille avec le Mouvement français du planning familial et adhère à l'Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception.
L'avortement médicamenteux, bien que techniquement simple, reste un moment douloureux. Il consiste en la prise d'un premier cachet qui interrompt la grossesse, suivi quelques jours plus tard par un second cachet qui provoque l'expulsion par des saignements. Ce processus est encadré et accompagné par le médecin.
Hélène Cesbron défend le choix de la femme : « C'est le choix de la femme que je défends à tout prix. Ce choix que la loi autorise, il doit exister. L'avortement est une décision intime, et tout le monde n'a pas envie d'être hospitalisé pour le vivre. Certaines préfèrent une relation personnelle avec leur médecin de famille, puis vivre ce moment, forcément difficile, à la maison. Cela peut permettre d'y mettre du sens, enfin un autre sens. J'ai voulu défendre ce choix. Dans l'esprit collectif, il traîne encore des peurs liées à cette pilule abortive que l'on croit dangereuse. Si cette pratique est autorisée en ville, à la maison, c'est qu'elle est sans danger. Les chiffres l'attestent. Bien entendu, la prise doit être encadrée. »
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Elle a écrit un livre intitulé « 49 jours ou les carnets d'une faiseuse d'anges » qui raconte avec honnêteté les limites de sa pratique, ses hésitations et rend audible la parole des femmes. Il retrace simplement, sans morale ni militantisme primaire, la façon dont chaque femme vit ce moment avec gravité.
Les Défis d'Accès à l'IVG : Témoignages et Réalités
Valérie, une Rouennaise de 29 ans, raconte les difficultés qu'elle a rencontrées pour accéder à la prise d'une simple pilule abortive. Elle précise : "C'est mon premier avortement, et le dernier je l'espère." Elle s'est retrouvée enceinte sans l'avoir désiré, après avoir retiré son stérilet. Elle se rend chez un médecin en urgence, car son médecin traitant est en congés, mais comprend qu'il ne souhaite pas procéder à son avortement. Elle essaie de prendre rendez-vous avec un autre médecin, mais ce n'est pas possible avant plusieurs semaines. Elle parvient à obtenir un créneau pour son échographie. Le premier médecin consulté avait insisté pour qu'elle prévienne son partenaire, qui lui répond qu'il a d'autres problèmes à gérer. Finalement, Valérie obtiendra de l'aide grâce à la sage-femme qui lui trouve un rendez-vous en urgence. Elle avorte le 31 décembre, dans la douleur et la tristesse, après 15 jours d'errance.
Julie, 44 ans, a choisi de se faire avorter en juin 2020, juste après le confinement. Elle témoigne avoir été jugée par le médecin lors de l'échographie et s'être vue refuser un arrêt de travail. Elle a souffert à cause de ce médecin et a eu honte.
Ces témoignages mettent en lumière les difficultés d'accès à l'IVG, le manque de soutien et les jugements auxquels les femmes peuvent être confrontées.
La Clause de Conscience : Un Droit des Médecins, Un Défi pour les Femmes
De nombreux gynécologues obstétriciens refusent de pratiquer l'IVG au nom de leur clause de moralité. Le code de déontologie médicale et le Code de la santé publique permettent à un médecin de refuser de pratiquer un avortement, au nom de sa morale personnelle ou de sa conscience. Dans ce cas, il doit en informer l'intéressée et lui communiquer le nom d'un confrère susceptible de pratiquer cette intervention.
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En 2018, au pôle du Bailleul, les médecins ont refusé de pratiquer de nouveaux avortements. Au Mans, certains gynécologues se positionnent clairement contre.
La clause de conscience est un droit des médecins, mais elle peut constituer un obstacle pour les femmes qui souhaitent avorter.
L'Avortement à l'Étranger : Un Recours Face aux Obstacles
Célia, 26 ans, a dû avorter aux Pays-Bas parce que le délai légal en France était dépassé lorsqu'elle s'est rendu compte qu'elle était enceinte. Elle témoigne : « Ça va peut-être surprendre, mais avant, l’avortement, j’étais contre. Mais une fois confrontée au besoin d’avorter, j’ai changé d’avis. Et de vision sur les personnes qui avortent, car même si j’ai fait des erreurs et commis des imprudences en matière de contraception, je ne me considère pas comme une fille « condamnable », stupide, qui ne devrait pas avoir de relations sexuelles. J’ai donc décidé de témoigner pour aider à mettre fin à ces idées reçues et illustrer le fait que s’orienter vers l’IVG n’est pas « choisir la facilité », comme certain·e·s le prétendent, mais permet seulement de disposer librement de son corps, comme nous devrions toutes pouvoir le faire. »
Elle raconte son parcours, les difficultés rencontrées, et l'importance d'être soutenue dans sa décision.
Chaque année, environ 4 000 Françaises ayant dépassé le délai légal avortent dans des pays voisins, comme l'Espagne, les Pays-Bas ou encore l'Angleterre.
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L'Importance de l'Accompagnement et du Soutien
De nombreux témoignages soulignent l'importance d'un accompagnement professionnel et d'une écoute active lors d'une IVG. Le docteur Boulanger est décrit comme un médecin empathique, respectueux et très humain, qui accompagne ses patientes dans cette épreuve sans jugement, avec sensibilité, écoute et professionnalisme.
Des patientes témoignent avoir été rassurées et bien accompagnées par le Dr Boulanger, qui a fait preuve de patience, de bienveillance et de professionnalisme.
Un Témoignage Particulier : Le Regret
Une femme de 38 ans témoigne avoir avorté trois fois et regrette son dernier avortement. Elle raconte son histoire, les pressions subies, et le regret qu'elle ressent aujourd'hui. Elle supplie les femmes enceintes qui veulent garder leur enfant de le faire et de n'écouter qu'elles-mêmes.
Ce témoignage poignant met en lumière la complexité de la décision d'avorter et les conséquences émotionnelles qui peuvent en découler.
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