Introduction
Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Rennes, comme de nombreuses institutions de santé, a connu des périodes de turbulences. Cet article se penche sur une crise particulière qui a secoué le service de neurochirurgie, mettant en lumière les défis auxquels sont confrontés les médecins, notamment le docteur Lefeuvre, et les conséquences sur les soins aux patients. Les témoignages poignants de soignants révèlent une réalité préoccupante, marquée par un management toxique et des conditions de travail délétères.
Un service de neurochirurgie au bord de la rupture
Le service de neurochirurgie du CHU de Rennes, autrefois réputé, a été profondément affecté par des problèmes de management. Des témoignages de soignants font état de comportements autoritaires et d'un "management féodal" de la part de certains professeurs, créant un climat de travail délétère.
La fuite des talents
Depuis 2013, 17 chirurgiens ont quitté le service, un exode massif qui témoigne de la gravité de la situation. Seules les urgences et les pathologies pédiatriques sont désormais prises en charge, limitant ainsi l'offre de soins.
Enquête pour harcèlement
En mars 2023, la direction du CHU a saisi le procureur de la République pour des faits de harcèlement moral et sexuel sur six internes, déclenchant une enquête préliminaire. Les auditions se sont multipliées, révélant un système de brimades, d'humiliations et de violence verbale.
Mise en danger de la santé des soignants
Les neurochirurgiens qui ont fui le CHU de Rennes justifient leur départ par une mise en danger de leur santé physique et mentale. En 2014, lors d'un énième coup de sang du patron, l'un d'eux a même fait un malaise vagal. Le Dr Le Reste, arrivé en 2008, se souvient d'une ambiance où "on fermait nos gueules, on bossait dur, soumis, éreintés après une dizaine de jours de travail d’affilée sans souffler."
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Le témoignage accablant du docteur Lefeuvre
Le docteur Jean Lefeuvre, neurochirurgien, a été particulièrement malmené lors de son passage au CHU de Rennes. Sa participation à la série documentaire "Médecins de demain" a mis en lumière les violences subies par les internes.
Un "peloton d'exécution"
Le Dr Lefeuvre évoque un "peloton d'exécution" lors des convocations par le patron, soulignant la nécessité de protéger les jeunes médecins de telles violences. Il décrit une expérience où toute critique se terminait en humiliation, une situation qu'il considérait comme la norme à l'époque.
Manipulation des chiffres et désespoir
Lors de la préparation de sa thèse, le Dr Lefeuvre a été confronté à une demande de manipulation des chiffres pour satisfaire son chef. Il décrit une période de désespoir, où il envisageait même de mettre fin à ses jours.
L'épuisement et la limite
Après avoir obtenu son diplôme, le Dr Lefeuvre est devenu l'assistant du chef, travaillant sans relâche pour faire ses preuves. Il a même enchaîné 127 heures en une semaine. Le déclic s'est produit lorsqu'il s'est assoupi en voiture après un week-end de garde sans fermer l'œil, frôlant la mort dans un accident.
Maltraitance et conséquences sur les patients
La maltraitance psychologique ne concernait pas seulement les soignants, mais aussi les patients. Une infirmière a été témoin de scènes où le neurochirurgien visitait les patients tout juste opérés de manière inhumaine.
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Augmentation des événements indésirables
L'hôpital reconnaît lui-même une "augmentation du nombre d'événements indésirables" dans un document interne. Le Dr Galliez constate une "flambée des infections postopératoires", signe d'un service en surchauffe avec des gens usés et moins vigilants.
Erreurs médicales et négligence
Le Dr Lefeuvre a le courage de confier avoir commis une erreur médicale en raison de son épuisement, retardant l'opération d'un patient atteint d'un AVC massif. Le Dr Le Reste a également vécu une situation similaire, se sentant responsable de la mort d'un patient qu'il avait décidé de ne pas opérer.
L'inaction de la hiérarchie et l'impunité
Malgré les nombreux signalements, la direction du CHU et la faculté ont été accusées d'inaction et de complicité tacite. Jérôme Guy, infirmier anesthésiste et représentant syndical, dénonce le soutien dont bénéficiait le Pr Morandi, lui permettant d'installer son comportement autoritaire sans jamais être arrêté.
Des alertes ignorées
Au sein du CHU, les chefs de service précédents, la direction des ressources humaines, celle des soins, les directrices des affaires médicales, les doyens, les présidents successifs de la commission médicale d'établissement, le chef de pôle, mais aussi les médecins et psychologues du travail, sans oublier l'Agence régionale de santé, tous ont été informés des conséquences délétères de la gestion du service sur le personnel.
Le cas d'Élisabeth Le Gallic-Frot
Élisabeth Le Gallic-Frot, infirmière, a été victime de propos sexistes et d'humiliations de la part du Pr Morandi. Après un incident particulièrement choquant, elle a été mise en arrêt maladie et a finalement changé de service.
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Les suites de la crise et les perspectives d'avenir
La crise au sein du service de neurochirurgie du CHU de Rennes a mis en lumière des dysfonctionnements profonds et des problèmes de management qui ont des conséquences graves sur la santé des soignants et la qualité des soins.
Reconnaissance des faits et mesures correctives
Il est essentiel que la direction du CHU reconnaisse pleinement les faits et prenne des mesures correctives pour améliorer les conditions de travail et garantir la sécurité des patients. Cela passe par une remise en question des pratiques managériales, une meilleure écoute des soignants et une lutte contre l'impunité.
Soutien aux victimes et prévention
Il est également important d'offrir un soutien psychologique aux victimes de harcèlement et de maltraitance, et de mettre en place des dispositifs de prévention pour éviter que de telles situations ne se reproduisent.
L'espoir d'un renouveau
Malgré les difficultés rencontrées, il est possible de reconstruire un service de neurochirurgie performant et respectueux des soignants. Cela nécessite un engagement fort de la part de la direction, une collaboration étroite entre les équipes et une culture de bienveillance et de respect mutuel.
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