Catherine Gueguen, pédiatre reconnue et figure de proue de l'éducation positive en France, a profondément influencé la manière dont les parents et les professionnels de l'enfance abordent l'éducation. Ses travaux, ancrés dans les dernières découvertes des neurosciences affectives et sociales, mettent en lumière l'importance cruciale de la bienveillance, de l'empathie et du soutien dans le développement de l'enfant. Cet article explore l'impact de ses idées, les controverses qu'elles suscitent et les outils qu'elle propose pour une parentalité plus épanouissante.

Catherine Gueguen : une pionnière de l'éducation positive

Pédiatre formée à l'haptonomie et à la Communication Non Violente (CNV), Catherine Gueguen a été l'une des premières à populariser en France les concepts de bienveillance et d'empathie dans l'éducation. Ses livres, tels que "Pour une enfance heureuse" et "Vivre heureux avec son enfant", ont rencontré un large succès auprès du public, offrant aux parents une approche alternative à l'éducation traditionnelle, souvent basée sur la punition et l'autorité.

Elle explique que les neurosciences affectives et sociales lui ont donné une autre vision de l’enfant. Elles constituent un apport considérable dans la connaissance du développement de l’être humain. Et surtout maintenant on sait exactement ce qu’il faudrait faire pour que l’enfant se développe bien. Ce n’est plus une question d’intuition, c’est le début de la connaissance scientifique.

Les fondements scientifiques de l'approche de Catherine Gueguen

L'approche de Catherine Gueguen repose sur un constat clair : le cerveau de l'enfant est particulièrement vulnérable et malléable, surtout durant les premières années de sa vie. Tout ce que l'enfant vit, entend et ressent s'imprime profondément dans son cerveau, influençant son développement émotionnel, social et cognitif.

Les neurosciences affectives et sociales ont mis en évidence que les attitudes empathiques, bienveillantes, soutenantes et encourageantes favorisent le développement du cerveau de l'enfant. En particulier, elles stimulent le cortex préfrontal, la zone du cerveau responsable de la gestion des émotions, de la prise de décision et de la moralité.

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Materner, c’est prendre soin, consoler, rassurer. Materner cela favorise la maturation du cortex préfrontal, la sécrétion d’hormones et molécules qui permettent le développement du cerveau. Et en plus cela génère la sécrétion d’ocytocine. C’est un cercle vertueux. Oui les professionnelles de la petite enfance doivent materner. Cela fait du bien à tout le monde, à elles comme au bébé. Le bébé a besoin de se sentir aimé et en sécurité. Intuitivement on le savait, aujourd’hui c’est confirmé par la science. Cela a été extraordinaire de constater que ce qui rendait les gens heureux est confirmé par la science !

L'importance de la régulation émotionnelle

Catherine Gueguen insiste sur le fait que, jusqu'à l'âge de trois ans, un enfant n'est pas capable de gérer ses émotions. Ses comportements ne doivent donc pas être interprétés comme des provocations, mais comme l'expression d'une détresse émotionnelle.

Entre la naissance et trois ans un enfant ne peut pas gérer ses émotions. Ce pas qu’il ne veut pas ou ne sait pas. Il ne peut pas. Le tout-petit ne provoque pas l’adulte. Son cerveau émotionnel et archaïque domine pendant la petite enfance. Donc l’enfant est dominé par ses émotions. Quand il est triste, il est immensément triste, quand il a peur, ce sont d’immenses paniques, quand il est en colère ,il est très en colère.

Lorsqu'un enfant est en proie à une "tempête émotionnelle", il est essentiel de l'apaiser, de le rassurer et de l'aider à nommer ses émotions. Cela demande énormément d’attention, de soins, de maternage. Les professionnels de la petite enfance travaillent avec la période la plus compliquée pour l’adulte et pour l’enfant. C’est déstabilisant et difficile les trois premières années de la vie. C’est le cerveau émotionnel qui est en action. Le cerveau supérieur va venir ensuite le réguler. Et plus les professionnels maternent, plus le cortex préfrontal va maturer (vers 5/6 ans).

À l'inverse, ignorer ou réprimer les émotions de l'enfant peut générer du stress et des troubles du comportement à long terme. Quand on ne répond pas aux besoins émotionnels de l’enfant, cela génère du stress et des troubles du comportement (agitation, anxiété, déprime) et cela fabrique des adultes qui ne sauront jamais gérer leurs émotions.

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La critique de la punition

Catherine Gueguen est une fervente opposante à la punition, qu'elle considère comme une forme de maltraitance émotionnelle. Elle explique que lorsqu’un enfant est puni, humilié, ou qu’on lui crie dessus, il n’apprend pas la leçon. Il apprend la peur, la colère et le ressentiment. Son cerveau, submergé par le stress, se met en mode « survie ». Résultat : les zones dédiées à la réflexion et à l’apprentissage se déconnectent.

Elle souligne que les punitions abîment la partie du cerveau qui nous rend pleinement humain. Des études récentes montrent que cela abîme la partie du cerveau qui nous rend pleinement humain ! Il faut que les professionnels prennent conscience qu’il ne faut vraiment plus utiliser ces mots-là. Et cela s’apprend notamment par la Communication non violente (CNV). Un enfant mord, on ne le punit pas. On rappelle juste la règle : on ne mord pas. Punir ce serait montrer que seuls les rapports de force permettent de régler les conflits.

Au lieu de punir, elle recommande de rappeler la règle de manière claire et ferme, en expliquant à l'enfant les conséquences de ses actes.

L'éducation bienveillante : un cadre structurant

L'éducation bienveillante, telle que la conçoit Catherine Gueguen, n'est pas synonyme de laxisme ou de permissivité. Elle ne remet pas en question l’importance des règles, mais la violence avec laquelle celles-ci sont imposées. Il est essentiel de fixer des limites claires et cohérentes, tout en tenant compte des besoins et des émotions de l'enfant.

Elle sent qu’une « révolution éducative » est en cours en France. Accompagner les parents, former les professionnels de l’enfance et diffuser ces connaissances scientifiques sont les clés pour que les enfants d’aujourd’hui deviennent les « adultes de demain » : des êtres plus empathiques, plus équilibrés et plus heureux.

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L'album "Entre toi et moi" : un outil de communication

Catherine Gueguen a également contribué à la création de supports pédagogiques destinés aux enfants. "Entre toi et moi" est un très bel ouvrage à la couverture cartonnée, au graphisme tout doux, qui est écrit du point de vue de l'enfant. C'est d'ailleurs ça qui en fait à la fois une lecture très atypique, et un excellent moyen de lancer la discussion sur différents thèmes. Il nous rappelle à nos parents certains besoins de l'enfant, et permet à l'enfant de mettre des mots sur ce qu'il peut ressentir : par exemple, j'ai besoin que tu me fasses confiance pour pouvoir aller explorer le monde.

Cet album permet à l'enfant de mettre des mots sur ses besoins et ses émotions, et invite les parents à l'écoute et à la compréhension. Il favorise ainsi une communication plus ouverte et bienveillante au sein de la famille.

Les controverses autour de l'éducation positive

L'approche de Catherine Gueguen et, plus généralement, l'éducation positive, ne font pas l'unanimité. Certaines voix s'élèvent pour critiquer ce qu'elles considèrent comme un excès de permissivité et un manque d'autorité.

La docteure en psychologie de l’enfant Caroline Goldman met en cause votre interprétation de l’éducation positive. En particulier, elle vous accuse de « rogner les limites éducatives ».

Ces critiques craignent que l'absence de punition ne conduise à un manque de respect des règles et à des enfants "rois". Elles soulignent l'importance de la frustration dans le développement de l'enfant et mettent en garde contre le risque de "céder" à tous ses caprices.

La réponse de Catherine Gueguen aux critiques

Catherine Gueguen se défend de prôner une éducation laxiste. Elle insiste sur le fait que l'éducation non violente est parfois confondue avec une éducation laxiste, permissive, évitant la frustration. C’est une idée fausse. Elle ne remet pas en question l’importance des règles, mais la violence avec laquelle celles-ci sont imposées.

Elle explique que l'éducation positive consiste à accompagner l'enfant dans l'expression de ses émotions, tout en lui fixant des limites claires et en lui apprenant à gérer ses frustrations.

Par exemple, comment calmer un enfant qui fait une crise de colère (que vous appelez une « tempête émotionnelle ») ? L’enfant a besoin qu’on comprenne ses émotions et ses besoins. S’il fait quelque chose d’inadéquat, on l’apaise. Ce n’est pas synonyme de céder. S’il se roule par terre et qu’il veut du chocolat alors que ce n’est pas l’heure, on ne lui en donne pas. On l’apaise et on l’aide à exprimer ses émotions. On lui dit : « Je comprends que tu veuilles du chocolat, mais ce n’est pas le moment » ou bien « Tu vas avoir mal au ventre si tu en manges trop ». S’il se met à crier, à taper, on lui parle d’une voix douce et on lui demande ce qu’il ressent : « Tu es très en colère contre moi ? » Notre empathie va faire maturer son cerveau. On ne fait pas de grands discours, ça ne sert à rien. La colère va se calmer progressivement. Par contre, si on enferme l’enfant dans la chambre, on ajoute de l’incompréhension et de la colère.

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