L'alimentation est un pilier fondamental de la santé et du bien-être, une vérité qui se révèle encore plus cruciale pour les personnes en situation de handicap accueillies en établissements médico-sociaux. Ces individus présentent des profils variés, allant du handicap moteur au handicap mental, sensoriel ou psychique, chacun engendrant des besoins nutritionnels spécifiques. Ces besoins peuvent être liés à une pathologie sous-jacente comme la trisomie 21, à une dépendance physique importante, à des troubles de la déglutition, ou à une difficulté à exprimer leurs préférences alimentaires.

Cet article explore les défis alimentaires spécifiques rencontrés par les personnes âgées atteintes de trisomie 21, en tenant compte des changements physiologiques liés à l'âge, des problèmes de santé bucco-dentaire, des troubles de la déglutition et des aspects psychosociaux. Il met en lumière les solutions et les adaptations nécessaires pour garantir une alimentation équilibrée et adaptée à leurs besoins spécifiques.

Prévalence de la Surcharge Pondérale et Besoins Spécifiques

Une observation notable est la prévalence élevée de la surcharge pondérale chez les personnes présentant une déficience intellectuelle, une problématique souvent sous-estimée et pouvant entraîner des complications à long terme. Les établissements d’hébergement pour handicapés ont l’obligation d’assurer des prestations alimentaires de qualité, conformes aux recommandations nationales, faisant du repas un moment central de la journée, alliant plaisir, équilibre, sécurité et pédagogie.

L'Impact du Vieillissement sur le Comportement Alimentaire

Avec l'âge, des changements physiologiques se produisent, tels que la diminution des sensations de faim et de soif, ainsi qu'une baisse des capacités sensorielles. Des modifications psychologiques, comme la solitude, la précarité et un nouveau cadre de vie, peuvent également influencer le comportement alimentaire. La consommation alimentaire diminue souvent progressivement avec l’âge, principalement en raison d’une baisse de l’appétit, car les mécanismes de faim et de satiété deviennent moins efficaces. Chez les personnes très âgées, la sensation de satiété dure particulièrement longtemps, ce qui peut conduire à une dénutrition insidieuse par absence de faim, aboutissant à des prises alimentaires irrégulières. La soif, un système de sécurité tardif avec l’âge, survient lorsque le niveau de déshydratation est plus important que chez les plus jeunes.

Modifications Physiologiques Liées à l'Âge

Le corps humain, composé de 60 à 65 % d’eau à vingt ans, voit cette valeur diminuer avec les années pour ne plus représenter que 55 à 60 % d’eau, en raison de la fonte musculaire. Les reins, qui filtrent environ 140 ml de sang par minute à vingt ans, n’en traitent plus que 80 ml à soixante-dix ans, gérant plus difficilement la surcharge en sels minéraux et en toxines qu’entraîne la déshydratation. Le foie fonctionne moins bien avec l’âge, prolongeant la présence de l’alcool dans le sang. De plus, la capacité de filtration des reins est réduite et l’élimination des médicaments n’est plus aussi efficace. Il est donc essentiel de boire régulièrement pour prévenir la déshydratation.

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Altération des Sens et Impact sur l'Appétit

Après 75 ans, le sens du goût s’émousse : le nombre de papilles diminue et celles qui demeurent s’appauvrissent en bourgeons gustatifs, réduisant la perception des sensations de base (sucré, salé, acide et amer) et la capacité à les différencier. Les odeurs jouent un rôle prépondérant dans la stimulation de l’appétit, car l’odorat intervient pour beaucoup dans la perception du goût lui-même. Les hommes commencent à perdre leurs facultés olfactives dès l’âge de vingt ans, tandis que les femmes conservent le nez fin plus longtemps. Une altération de la vue peut également jouer un rôle dans la diminution de l’appétit, car bien voir sa nourriture, et notamment ses couleurs, participe à l’envie de manger.

Difficultés de Mastication et Digestion

Des douleurs lors de la mastication ou des difficultés à mastiquer certains produits peuvent réduire la diversité du régime alimentaire. Les personnes qui portent des prothèses dentaires souffrent parfois d’une mauvaise adaptation de celles-ci à l’anatomie de leurs mâchoires. Des tremblements, des gestes imprécis ou une moindre force musculaire rendent difficiles la préparation des aliments, l'épluchage des légumes et la découpe des viandes. Le système digestif ne se modifie pas de manière importante avec l’âge, mais la diminution de la sécrétion de salive, associée à d’éventuels problèmes de dents, nuit à la bonne mastication des aliments et à leur préparation en vue du processus de digestion. Dans l’estomac, les sécrétions acides deviennent moins importantes et les fibres musculaires de l’estomac et de l’intestin perdent de leur tonus. La digestion d’un repas prend plus de temps et le risque de constipation augmente. L’absorption des nutriments par les intestins devient également moins efficace. L’utilisation par les cellules de certains nutriments comme les vitamines et le glucose diminue avec l’âge.

Problèmes Hormonaux et Résistance à l'Insuline

Des problèmes hormonaux peuvent avoir un impact important sur la santé. Certaines personnes développent une résistance à l’insuline, l’hormone qui régule le taux de sucre dans le sang. Les cellules absorbent alors moins de sucre et celui-ci s’accumule dans le sang, conduisant au diabète de type 2.

Hypotonie Orale : Un Défi Supplémentaire

L’hypotonie orale, un manque de tonus musculaire dans la bouche et la langue, peut toucher des personnes de tout âge, mais elle est plus fréquente chez les nourrissons, les enfants et les personnes âgées. Elle se manifeste par des difficultés à téter le sein ou le biberon, une bavage excessive, des troubles de la déglutition et un retard de langage chez les nourrissons. Chez les enfants et les adultes, elle peut entraîner des troubles de la parole, de la mastication, de la déglutition et de la respiration.

Causes et Solutions

L’hypotonie orale peut être causée par divers facteurs, qu’ils soient congénitaux ou acquis. La stimulation de la zone oro-faciale contribue à améliorer la fonction de succion et réduit l’écoulement de salive. Le renforcement du tonus oro-facial favorise une meilleure maîtrise de la parole, essentielle pour une alimentation adéquate. Des exercices de gymnastique buccale peuvent être réalisés quotidiennement, par exemple, pendant le brossage des dents, en faisant des grimaces qui sollicitent la langue, les lèvres et les joues. Le Chewy Tube, un outil professionnel plébiscité par les orthophonistes, est particulièrement utile pour les débutants.

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Mastication : Une Fonction Essentielle et Complexe

Au cours du développement, les fonctions orales se mettent en place de manière hiérarchisée : ventilation, succion-déglutition, mastication-déglutition, puis articulation de la parole. La maturation de ces fonctions est également dépendante des stades d’évolution dentaires. Chez l’enfant en bonne santé, la maturation des fonctions orales a lieu entre 3 et 6 ans, alors que toutes les dents lactéales sont en place et que le schéma dentaire est stable.

Rôle de la Mastication

La mastication transforme l’aliment en un bol alimentaire pouvant être dégluti sans risque de fausse route. Pendant cette phase, la fragmentation de l’aliment et son insalivation permettent de potentialiser le rôle des enzymes salivaires en augmentant la surface de contact salive/particules alimentaires. La manipulation des aliments dans la bouche génère des stimulations sensorielles (tactiles, olfactives, gustatives) qui informent le cerveau sur la nature de l’aliment, induisant des phénomènes réflexes qui vont viser en particulier à optimiser la vidange gastrique, à faciliter le transit intestinal et à initier l’assimilation de l’aliment.

Conséquences d'un Dysfonctionnement de la Mastication

Le dysfonctionnement de la fonction masticatrice peut être la cause de déséquilibre du régime alimentaire et de troubles de la nutrition. Les individus souffrant d’une incapacité masticatoire totale ou partielle adoptent spontanément des comportements alimentaires restrictifs, évitent les aliments difficiles à mastiquer et à ingérer et à long terme finissent par compromettre leur équilibre alimentaire. Ces restrictions du régime alimentaire peuvent concerner des aliments filandreux comme la viande ou des aliments secs comme le pain. La préférence en faveur de l’aliment mou se traduit aussi par un déséquilibre de la diète au profit d’aliments plus faciles à mâcher mais souvent très riches en cholestérol et en acides gras saturés, augmentant le risque de maladies cardio-vasculaires. Des malnutritions protéino-caloriques ont été notées chez les personnes qui souffrent de déficience masticatoire.

Rôle des Dents

Les dents ont un double rôle dans la mastication : elles constituent l’outil de broyage de l’aliment et permettent le contrôle de l’activité musculaire pendant la mastication, du fait des récepteurs sensoriels présents dans la bouche. Lorsque les dents sont absentes, lorsqu’elles sont en malposition ou lorsque leurs surfaces occlusales sont altérées, les surfaces masticatrices diminuent et les mécanismes de contrôle proprioceptifs disparaissent.

Troubles Neuromusculaires et Mastication

Si certains troubles neuromusculaires, comme l’hypotonie induite par la trisomie 21 ou les myopathies restent relativement compatibles avec une activité masticatoire, d’autres troubles neurologiques, souvent d’origine centrale, impliquent la reconnaissance de l’incapacité masticatoire, afin de mettre en place un régime alimentaire de texture adapté, voire une gastrostomie. Le système neuromusculaire a un rôle essentiel dans la croissance faciale et conditionne l’établissement des rapports interarcades, et par conséquent l’étendue des surfaces masticatrices.

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Troubles de l'Alimentation Chez les Enfants Handicapés

Les données d’enquête ont montré que les troubles de l’alimentation sont plus souvent présents chez les enfants de 6-12 ans scolarisés en milieu spécialisé par rapport aux enfants ordinaires du même âge. L’état bucco-dentaire de ces enfants présente plus souvent des éléments prédictifs de troubles de l’alimentation comme les troubles neuro-moteurs, mais également des lésions carieuses, des dents absentes et/ou une dysmorphie dento faciale.

Facteurs de Risque et Maladies Associées

Pour les personnes présentant une situation de handicap sévère, un état bucco-dentaire dégradé, des troubles neuro-moteurs d’origine centrale ou périphérique, une production salivaire perturbée, des troubles cognitifs et des troubles comportementaux constituent des facteurs de risques pour l’apparition des troubles de la mastication-déglutition, leur aggravation et les difficultés de traitement. Parmi les maladies qui peuvent induire une situation de handicap sévère, les troubles neuro-moteurs constituent l’étiologie principale des troubles des fonctions orales, mais c’est l’importance des troubles cognitifs ou psychiques qui conditionne la précocité du diagnostic, la prise en charge des problèmes oro-faciaux et leurs conséquences nutritionnelles.

Syndromes et Troubles Neurologiques

De nombreux troubles neurologiques, innés ou acquis, ont des conséquences sur les fonctions orales, et en particulier sur la mastication-déglutition et l’aspiration-déglutition. Certains syndromes, comme le syndrome de Foix-Chavany-Marie, ou le syndrome Worster-Drought, résultent de paralysies des nerfs crâniens inférieurs et sont caractérisés par une paralysie facio-linguo-masticatrice centrale bilatérale.

Trisomie 21 et Syndrome Oro-Facial

La trisomie 21 ou syndrome de Down induit un syndrome oro-facial qui associe l’hypotonie des muscles faciaux et de la langue, l’hypo-développement du tiers moyen de la face, des agénésies dentaires, et une prévalence augmentée pour la maladie parodontale.

Autres Syndromes

Le syndrome de Williams-Beuren est caractérisé par des agénésies fréquentes, une dysmorphose dento-faciale qui peut être associée à une dysfonction linguale. Le syndrome de Pierre Robin, qui associe le positionnement de la mandibule en arrière, une fente palatine et le refoulement de la langue en arrière, est un contexte favorable aux troubles de la mastication. Les troubles neurologiques induits par le syndrome d’Angelman s’expriment au niveau de la face par une forte prévalence du bruxisme et une dysmorphie dento-maxillaire très variable.

Maladies Neuro-Dégénératives

Les troubles de l’ingestion se manifestent également dans les stades évolués des maladies neuro-dégénératives, comme la sclérose en plaque, la sclérose latérale amyotrophique ainsi que les pathologies démentielles liées au vieillissement.

Prévention et Prise en Charge

Chez les patients en situation de handicap sévère, les troubles de la mastication constituent une part importante des troubles de l’ingestion. Ils sont associés à des troubles neuro-moteurs et sont aggravés par un état bucco-dentaire déficient. La prévention des troubles de la mastication chez l’enfant qui a des troubles neuro-moteurs implique un dépistage et un suivi précoce associant l’orthopédie, l’orthodontie, l’orthophonie, et la kinésithérapie respiratoire. La mise en place de l’hygiène bucco-dentaire quotidienne et un suivi bucco-dentaire régulier permettant de conserver les dents sont les atouts de la prévention des troubles de la mastication.

Vieillissement et Trisomie 21 : Préparer l'Avenir

L’espérance de vie des personnes handicapées a considérablement augmenté, tout comme leur qualité de vie. Il faut permettre à ces personnes d’être aimées, d’avoir des amis, d’être heureuses en-dehors de la présence physique des parents, d’être fières d’elles et de prendre leur envol. Le vieillissement des personnes porteuses de trisomie 21 se manifeste souvent plus tôt que dans la population générale et peut prendre des aspects spécifiques en fonction de la cause du handicap.

Reconnaissance des Pathologies et Accompagnement

La présence d’une déficience intellectuelle peut rendre délicate la reconnaissance de la pathologie et l’accompagnement de la personne. La douleur physique n’est pas toujours exprimée par des mots et se traduit par des troubles du comportement. Toute détérioration progressive chez un individu doit être comparée à son niveau de fonctionnement avant l’apparition des signes inquiétants.

Diagnostic de Démence

On ne doit pas poser un diagnostic de démence sur la seule baisse des capacités cognitives ou fonctionnelles. C’est l’analyse du changement de comportement qui est la clé du diagnostic. Les conduites bizarres peuvent inclure la perte de la mémoire récente, des troubles de l’orientation dans le temps et dans l’espace, la perte des automatismes et un changement d’humeur.

Importance de la Stabilité et de la Préparation

Toute rupture avec les habitudes, tout changement de domicile ou de mode de vie, sont néfastes et risquent de provoquer une rupture d’équilibre. L’idéal est que ces passages vers le troisième puis vers le quatrième âge aient été préparés de longue date, grâce à une réflexion faite en famille, avec les associations et avec les professionnels.

Défis Actuels et Perspectives d'Avenir

Il y a encore des personnes handicapées mentales qui n’ont jamais quitté le domicile de leurs parents. La mise à la retraite est un moment difficile à vivre et doit être préparée. Il est urgent de s’atteler à ces questions et de déployer des lieux de vie où seraient accueillis jusqu’à leur décès les parents et leur enfant handicapé mental.

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