Le travail hospitalier, qu'il s'effectue en pédiatrie ou auprès d'adultes, présente des facettes distinctes qu'il convient d'examiner. Cet article explorera ces différences, en s'appuyant sur des témoignages de professionnels de la santé et des études sur les pratiques en milieu hospitalier. L'objectif est de fournir une vision nuancée des réalités de ces deux domaines, en abordant les aspects liés aux soins, aux relations avec les patients et leurs familles, ainsi qu'aux enjeux organisationnels.
Spécificités de la prise en charge en pédiatrie
Les services de pédiatrie accueillent les enfants jusqu’à la fin de l’adolescence. L’équipe paramédicale, dirigée par un cadre infirmier en collaboration avec le chef de service, est composée d’infirmières, de puéricultrices, d’aides-soignantes, d’auxiliaires de puériculture, d’agents de service et de personnel administratif. Les infirmières et les puéricultrices veillent sur les jeunes patients, effectuent les soins prescrits par les médecins, et les expliquent aux enfants et à leurs parents. Les aides-soignantes et les auxiliaires de puériculture contribuent aux soins et à la surveillance des enfants, aident aux repas, à la toilette et à la préparation de la chambre et du lit. Les agents de service veillent à l’entretien des locaux. Le personnel de ces deux équipes se relaie jour et nuit pour assurer une surveillance médicale vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept.
Lors d’une hospitalisation, l’enfant et ses parents doivent s’adapter à un environnement peu familier. On encouragera les parents à rester auprès de leur enfant et on leur offrira pour cela toutes les facilités matérielles, sans que cela entraîne un supplément financier ou une perte de salaire. On évitera tout examen ou traitement non indispensable. Les enfants ne doivent pas être admis dans des services pour adultes. Ils doivent être réunis par groupes d’âge pour bénéficier de jeux, loisirs, activités éducatives adaptés, en toute sécurité. L’intimité de chaque enfant doit être respectée.
Relationnel et communication
Un aspect souvent mis en avant est la dimension relationnelle du travail en pédiatrie. Plusieurs témoignages soulignent l'importance de prendre le temps avec les enfants et leurs parents. La capacité à communiquer de manière adaptée à l'âge de l'enfant, à rassurer et à expliquer les soins est essentielle. L'implication des familles dans le processus de soins est également un élément clé, nécessitant une approche spécifique pour les informer, les soutenir et les impliquer dans les décisions concernant la santé de leur enfant.
Néanmoins, il est important de noter que la réalité du terrain peut parfois différer de cette image idéalisée. Certains professionnels expriment une déception face au manque de temps disponible pour établir une relation privilégiée avec les enfants et leurs familles, en raison de contraintes organisationnelles et de manque de personnel.
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Transition vers les soins adultes
La transition du suivi entre l’enfance et l’âge adulte est souvent vécue comme un moment difficile. L’enfant va quitter le monde de la pédiatrie pour arriver dans celui de la médecine adulte, les interlocuteurs vont être différents, il faut réapprendre à les connaître, il y aura peut-être moins de cocooning, l’environnement (les autres patients) donnera une image plus agressive de la maladie. Il s’agit pourtant d’une étape importante dans le parcours de vie d’un patient.
Défis organisationnels et conditions de travail
Plusieurs témoignages mettent en lumière des difficultés rencontrées dans les deux types de services, telles que le manque de personnel, les plannings difficiles, le manque de temps pour les pauses et les repas, et les difficultés à discuter avec les familles. Ces problèmes semblent liés à la structure hospitalière elle-même, plutôt qu'à une spécificité de la pédiatrie ou des soins aux adultes.
Charge de travail et protocoles
Certains professionnels soulignent une différence dans la charge de travail et les protocoles appliqués. Un témoignage évoque la réalisation de bilans sanguins intensifs pour tous les patients adultes, sans réel besoin, ce qui peut être perçu comme une pratique excessive. Il est possible que les protocoles de soins et la gestion des examens complémentaires diffèrent entre les services de pédiatrie et d'adultes, en fonction des pathologies prises en charge et des habitudes de chaque service.
Prévention et approche globale de la santé
La pédiatrie est présentée comme une médecine particulièrement sensible aux aspects environnementaux, contextuels ou socioculturels de la santé, ce qui la démarque de la majorité des autres biomédecines.
Importance de la prévention
La prévention non seulement des maladies, mais de toute forme de mal (violence, troubles du comportement, difficultés d'apprentissage et/ou familiales,…) est devenue une priorité de la pédiatrie. Elle est centrale dans la pédiatrie sociale, et a acquis une place importante dans les autres champs d'application de cette médecine. La santé de l'enfant est considérée globalement et non plus comme la seule absence de maladie. En Suisse, les pédiatres sont amenés à examiner régulièrement les enfants dans des consultations dites « de prévention ». Dans ces consultations, non seulement le médecin ausculte l'enfant pour dépister quelque maladie infantile, mais il lui fait également passer un examen psychomoteur et explore, en discutant avec les parents, les conditions environnementales et psychosociales dans lesquels l'enfant se développe. Ces examens sont fortement recommandés (pour ne pas dire obligatoires puisque les vaccinations qui y sont en général associées sont, elles, obligatoires) une fois par mois jusqu'à 6 mois, puis à 9 ou 12 mois, 18 ou 24 mois et à 3 ou 4 ans. Les échanges qui ont lieu pendant ces examens abordent des aspects sensibles de l'éducation (informelle) des enfants comme par exemple l'alimentation, l'hygiène, le sommeil ou la sociabilité.
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Travail avec la différence culturelle
A travers la prévention en pédiatrie, c'est-à-dire l'élaboration d'un discours issu de la biomédecine sur des pratiques éducatives elles-mêmes ancrées dans des univers socioculturels qui peuvent être très différents les uns des autres, c'est le rapport à la différence qui est mis en question. Le premier enjeu dans les consultations de prévention est la santé de l'enfant. C'est un enjeu éducatif puisque le médecin se doit de vérifier les pratiques parentales et, le cas échéant, de faire passer un message à propos des bonnes pratiques à adopter dans le meilleur intérêt de l'enfant. Le second enjeu est social. Celui-ci se situe au niveau de l'accueil (institutionnalisé) fait à la parole de l'Autre, à la différence qui va s'exprimer ici en matière de soins à l'enfant. Bien qu'inscrit dans le champ de la santé, c'est un enjeu qui le dépasse largement, en particulier lorsqu'il s'agit de faire bénéficier des familles migrantes de ces consultations. Dans ce cas, la position sociale du médecin et son rôle d'agent de l'État qui « accueille » donne une autre qualité à ces consultations, ou du moins amplifient un phénomène (travailler avec la différence) qui peut être présent avec des familles issues du même groupe socioculturel que le médecin.
Evolution de la pédiatrie
Pendant de nombreuses décennies l'objet d'étude et d'intervention des biomédecins spécialisés dans la santé des enfants, les pédiatres, a été la biologie de ces enfants. Ce sont les symptômes du corps, les facteurs biologiques de propagations des maux et les traitements idoines qui ont principalement retenus leur attention. Pour Pawluch (1996), sociologue des professions, ce combat mené contre la maladie fut victorieux, du moins dans les zones riches de la planète. Aujourd'hui, et ce depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les maladies infantiles endémiques ont été soit éradiquées, soit contrôlées grâce aux vaccins et antibiotiques. Pour la sociologue, cette victoire a obligé les pédiatres à redéfinir leur identité professionnelle et leur mission. Pour les tenants de la pédiatrie sociale, un courant de pensée et une pratique née dans les années 1950-1960 (Manciaux, 1995), ce professionnel ne doit plus seulement soigner les maladies infantiles, mais également prendre soin des besoins psychosociaux et comportementaux des enfants. Gilles Julien, un pédiatre pionnier de cette approche au Québec, estime que ces professionnels de la santé ont une nouvelle mission à saisir et de nouveaux rôles à jouer (Julien, 2004a, Julien, 2004b). Pour cet auteur, le pédiatre doit s'engager non seulement pour soulager la maladie, mais aussi pour la prévenir et prévenir l'ensemble des risques que l'enfant encoure. Auprès des parents et des autres adultes, il donnera l'heure juste sur le développement de l'enfant […]. Auprès des familles il pourra servir d'intermédiaire, de guide ou de référence. […] Auprès des communautés il sera en mesure de surveiller la mise sur pied de ressources de soutien de qualité pour l'enfant et la famille.
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