Il est crucial de distinguer clairement la contraception de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. Souvent confondues, ces deux approches ont des objectifs et des mécanismes d'action fondamentalement différents. La contraception vise à prévenir une grossesse, tandis que l'IVG médicamenteuse interrompt une grossesse déjà existante. Cet article vise à éclaircir cette distinction, à déconstruire certaines idées reçues et à informer sur les options disponibles pour les femmes.
Contraception : Prévenir une Grossesse Non Désirée
La contraception englobe un ensemble de méthodes, hormonales, mécaniques ou naturelles, permettant d'éviter une grossesse non désirée. Ces méthodes agissent avant le début d'une grossesse. Les moyens de contraception sont très divers et peuvent varier d’une période à l’autre dans la vie d’une femme. Ils peuvent être aussi différents d’une femme à l’autre, cela va dépendre de beaucoup de choses : du rapport qu’elle a avec son corps, de la vie scolaire ou professionnelle qu’elle mène, de sa vie affective amoureuse et sexuelle, et aussi de sa personnalité.
La Pilule du Lendemain : Une Contraception d'Urgence
La pilule du lendemain est une forme de contraception d'urgence. Elle agit en retardant l'ovulation, empêchant ainsi la fécondation. Il est important de souligner que la pilule du lendemain n'est pas une pilule abortive. Elle empêche la survenue d’une grossesse tandis que l’avortement ou interruption volontaire de grossesse (IVG) interrompt une grossesse déjà en cours.
Fonctionnement de la pilule du lendemain :
- Les spermatozoïdes: Une fois dans le vagin, les spermatozoïdes traversent le col de l’utérus, puis remontent jusqu’aux trompes de Fallope où ils attendent l’ovulation.
- L'ovulation: Au moment de l’ovulation, l’ovule est libéré par l’un des deux ovaires et passe dans une trompe. Si les deux se rencontrent, alors la fécondation pourra avoir lieu.
- La fécondation et l'implantation: L’œuf fécondé poursuivra ensuite sa descente vers l’utérus où il s’implantera dans sa paroi : on parle alors d’implantation ou de nidation. On pense souvent à tort que la grossesse commence au moment de la fécondation, mais ce n’est pas le cas ! Elle ne commence que quand l’œuf fécondé est correctement implanté dans la paroi utérine et qu’il commence à fabriquer une hormone particulière appelée βHCG.
- Action de la pilule: La pilule du lendemain agit en retardant l’ovulation. Pas d’ovulation, pas de fécondation. Pas de fécondation signifie pas d’implantation c’est-à-dire pas de début de grossesse. Donc, en retardant l’ovulation, la pilule du lendemain ne provoque pas d’avortement !
La pilule du lendemain est disponible en pharmacie et dans les centres de planification. Son efficacité contragestive est de l'ordre de 97%. Cependant, elle ne doit en aucun cas être utilisée de façon régulière.
Autres Méthodes Contraceptives
Il existe une variété de méthodes contraceptives, incluant les préservatifs (efficacité de l'ordre de 99%), les pilules estroprogestatives (efficacité de l'ordre de 99%), et d'autres dispositifs. Le choix d'une méthode contraceptive doit être fait en tenant compte des besoins et des préférences individuels.
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Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) Médicamenteuse : Interrompre une Grossesse Existante
L’IVG, encore appelé avortement, est un droit pour toutes les femmes en France, qu'elles soient mineures ou majeures. Seule la femme enceinte, souhaitant mettre un terme à sa grossesse, peut en faire la demande. L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à interrompre une grossesse déjà en cours, par l'administration de médicaments.
Délais Légaux pour l'IVG
En France, l’IVG est pratiquée avant la fin de la quatorzième semaine de grossesse, c’est-à-dire avant la fin de la seizième semaine qui suit le début des dernières règles (semaines d’aménorrhée). La loi n°2022-295 du 2 mars 2022 visant à renforcer le droit à l'avortement prévoit la possibilité pour les sages-femmes de réaliser les IVG chirurgicales au sein d’un établissement de santé.
Les Étapes de l'IVG Médicamenteuse
L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé. La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse.
- Première consultation : Au cours de ce premier temps, votre médecin ou sage-femme : vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide1 ; vous propose de réaliser un entretien psychosocial (uniquement obligatoire pour les mineures) ; doit vous orienter vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG. Dans ce cas, il vous remet une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG.
- Recueil du consentement : Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. Il s’agit également d’un moment privilégié avec votre médecin ou sage-femme : - pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire ; - pour vous faire prescrire, si tel est votre choix, un des infections sexuellement transmissibles, dont l’ par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’ (à partir de 25 ans).
- Prise du premier médicament (mifépristone) : Ce médicament débute l’interruption de la grossesse. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Il bloque l’action de l’ nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les commencent après la prise du 2e médicament.
- Prise du second médicament (misoprostol) : Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard.
- Visite de contrôle : 14 à 21 jours après la première prise de médicament, vous devez réaliser une visite de contrôle afin de s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications.
Où Pratiquer une IVG Médicamenteuse ?
Les IVG médicamenteuses ou chirurgicales, peuvent être pratiquées dans des établissements de santé autorisés, publics ou privés. L’IVG médicamenteuse peut également être réalisée dans des cabinets de sage-femme ou médecins libéraux (gynécologues et certains généralistes), dans un centre de santé, ou encore dans un centre de planification sous certaines conditions.
Effets Secondaires et Complications Possibles
Les médicaments provoquant l’IVG entraînent des saignements et des contractions utérines similaires à des règles abondantes. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes). Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h.
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Suivi Post-IVG
Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné. Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place.
IVG Chirurgicale
La méthode chirurgicale consiste dans l’aspiration du contenu de l’utérus sous anesthésie locale ou générale. L’aspiration est précédée d’une préparation du col de l’utérus par la prise de mifépristone (MIFEGYNE) 38 à 48 heures avant ou de misoprostol (GYMISO ou MISOONE) 3 à 4 heures avant ou de géméprost (CERVAGEME) 3 heures avant. Une courte hospitalisation (souvent seulement de quelques heures) est nécessaire pour pratiquer l’intervention. Une visite de contrôle est nécessaire 2 à 3 semaines après l’intervention.
Idées Reçues et Informations Importantes
Il est essentiel de déconstruire certaines idées reçues concernant la contraception et l'IVG :
- On ne peut pas tomber enceinte lors du premier rapport sexuel : FAUX. Même lors de la toute première fois une grossesse est possible. La virginité n’est pas une contraception.
- On ne peut pas tomber enceinte juste avant, juste après et pendant les règles : FAUX. Une ovulation est possible tout au long du cycle peu importe la date d’arrivée des règles.
- La méthode du retrait est aussi efficace qu’une contraception hormonale ou que le préservatif : FAUX. La méthode du retrait n’empêche pas la sécrétion du liquide pré-séminal qui peut contenir quelques spermatozoïdes.
- L’IVG rend stérile : FAUX mais comme toute intervention chirurgicale, le risque zéro n’existe pas. Des complications peuvent, dans de très rares cas, se produire.
- La pilule du lendemain rend stérile : FAUX. Elle n’a pas d’incidence sur la fertilité mais peut au contraire être moins efficace et exposer à une grossesse non désirée, si elle est prise trop fréquemment.
- L’IVG médicamenteuse est une pilule contraceptive : FAUX. Les comprimés à prendre pour pratiquer une IVG médicamenteuse stoppent le développement d’une grossesse débutante alors que la pilule contraceptive empêche une grossesse de débuter.
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