Introduction

Le deuil périnatal, une réalité souvent entourée de silence et de tabous, représente une épreuve complexe et douloureuse pour les parents. Il s'agit de la perte d'un enfant pendant la grossesse, à la naissance ou peu après. Cet article explore le deuil périnatal à travers le prisme de la théorie psychanalytique, en mettant en lumière les processus psychiques à l'œuvre et les spécificités de ce type de deuil.

Anticipation et réalité : la grossesse comme projection dans le futur

Le cerveau humain est naturellement orienté vers l'avenir, cherchant à anticiper les conséquences de nos actions et à prévoir ce qui va arriver. "Le cerveau sert à prédire le futur, à anticiper les conséquences de l’action (la sienne propre ou celle des autres), à gagner du temps." Cette capacité d'anticipation joue un rôle crucial dans le développement psychique de l'enfant et dans l'établissement du langage.

Lorsqu'une femme apprend qu'elle est enceinte et que cette nouvelle est accueillie positivement, elle commence à se projeter dans l'avenir, imaginant sa vie avec cet enfant. "Lorsque la nouvelle d’une grossesse a pour une femme une tonalité positive, se développe dans son attitude une trame de tendres anticipations de la coexistence avec la nouvelle vie." Elle se sent observée et responsable, consciente de son rôle dans le développement de la vie à venir. Elle se maintient un peu plus que d’habitude - elle s’écoute parler plus clairement, elle se sent responsable de ses humeurs et de ses succès dans la vie, et elle sait que, pour leur part, elles ne sont pas une condition secondaire et indifférente pour la réussite de la vie à venir.

La douleur du "devenir parent" et du "naître humain"

La naissance est intrinsèquement liée à la douleur, tant physique que psychologique. "La naissance est indissociable de la douleur. De fait, la douleur brute du "devenir parent" et du "naître humain" est, pour le meilleur et pour le pire, synonyme de crise. Favorable, c'est un nid propice à la genèse de l'angoisse (signal), promesse d'objectalité et de culture." Le processus de "devenir parent" et de "naître humain" est une double métamorphose progressive et interactive qui se déroule tout au long de la grossesse. "Dans cette voie, la période prénatale mérite d’être considérée comme une double métamorphose progressive et interactive : celle du devenir parent et du devenir humain. On ne naît pas parent à la naissance du bébé, on le devient (processus de parentalité anténatal). Le fœtus ne naît pas humain, il le devient durant la grossesse (premières étapes de l’ontogenèse)." On ne naît pas parent à la naissance du bébé, on le devient (processus de parentalité anténatal). Le fœtus ne naît pas humain, il le devient durant la grossesse (premières étapes de l’ontogenèse).

Le deuil périnatal : une clinique particulière

La clinique psychanalytique considère le deuil comme un thème essentiel. Au-delà du chagrin causé par la perte d'un être cher, il existe un travail d'élaboration mentale nécessaire pour que le deuil puisse se faire. "La clinique psychanalytique est, pour une grande part, une clinique du deuil. On sait maintenant - de nombreux travaux sur ce sujet ont poursuivi les réflexions de Freud, notamment ceux de John Bowlby (1) - qu'au delà du chagrin dû à la perte d'un proche, il existe, pour que le deuil puisse se faire, un travail d'élaboration mentale : le travail du deuil."

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Dans le cas du deuil périnatal, la perte concerne un enfant qui n'a pas ou très peu vécu, un "on-ne-sait-quoi et presque rien". "Quand un parent perd un enfant à la naissance ou juste avant, in utero, il perd quelqu'un qui n'a pas vécu. Il est bien difficile, dans ces conditions, de faire le deuil de ce qui n'a pas eu lieu, d'« on-ne-sait-quoi et presque rien » (3)." Il s'agit de faire le deuil non pas d'un passé commun, mais de tout ce que l'enfant aurait pu être et donner si sa vie s'était accomplie. "Cette dimension, dans la mort d'un foetus ou d'un nourrisson, du non-accomplissement d'une vie, ce thème de la perte, non pas d'un passé commun mais surtout de ce que, potentiellement, l'enfant aurait pu donner s'il avait vécu, est caractéristique de la souffrance des parents entendus au cours des consultations après une mort périnatale."

Le vécu parental du deuil qui suit la mort d'un bébé non-né est un sujet très peu connu, et qui a longtemps été nié. "Le vécu parental du deuil qui suit la mort d'un bébé non-né est, au demeurant, un sujet très peu connu. D'autant moins connu que, jusqu'à une période récente, il a fait l'objet d'un véritable déni (4)."

La fréquence des pertes périnatales

Même dans les pays où le niveau médical est élevé, l'issue d'une grossesse peut parfois être un échec. Pierre Rousseau, obstétricien belge, estime que près de 30% des grossesses se soldent par une perte périnatale. "Pierre Rousseau, obstétricien belge, un des premiers défricheurs francophones de ce vaste domaine, chiffre à près de 30% des grossesses les pertes périnatales (5)." Ce chiffre inclut les morts fœtales in utero, les interruptions médicales de grossesse (IMG), les fausses couches spontanées et les grossesses extra-utérines.

L'évolution des attitudes et de l'accompagnement

La connaissance récente des réactions de deuil périnatals a permis à de nombreuses équipes obstétricales de développer des attitudes d'accompagnement qui ont commencé à remplacer la conspiration du silence d'autrefois. "La connaissance récente des réactions de deuil périnataux a permis à de nombreuses équipes obstétricales de développer des attitudes d'accompagnement qui ont commencé à remplacer la conspiration du silence d'autrefois." La vision du bébé mort, en présence de la sage-femme ou du médecin, est la plupart du temps proposée, conseillée même, aux parents. "La vision du bébé mort, en présence de la sage-femme ou du médecin, est la plupart du temps proposée, conseillée même, aux parents." Cette pratique permet d'éviter les fantasmes sur un bébé difforme ou monstrueux, ainsi que les regrets des parents de ne pas avoir vu ce bébé qu'ils ont porté pendant plusieurs mois.

Le devenir des corps et la reconnaissance juridique

Les évolutions dans le vécu des parents et des équipes sont allées de pair avec des changements dans les représentations sociales et juridiques des décès périnataux. "Les évolutions dans le vécu des parents et des équipes sont allées de pair, et ce n'est pas un hasard, avec des changements dans les représentations sociales et juridiques des décès périnataux." La loi française du 8 janvier 1993 a modifié les règles de déclaration de naissance des enfants morts en maternité. "La loi française du 8 janvier 1993 a modifié de façon importante les règles de déclaration de naissance des enfants morts en Maternité : un certificat d'enfant né vivant et viable doit être établi, même si l'enfant n'a vécu que quelques minutes et/ou même s'il souffre de malformations incompatibles avec la vie (la viabilité n'étant entendue qu'en termes de durée de gestation et non d'aptitude à vivre), et donc même dans le cadre d'une interruption médicale de grossesse." Les parents peuvent donner un prénom à l'enfant et l'inscrire sur leur livret de famille, ce qui lui confère une existence symbolique.

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Cependant, les enfants morts-nés à moins de six mois de grossesse n'existent pas aux yeux de la loi, ce qui obère le travail de deuil des parents. "Il reste que les enfants morts-nés à moins de six mois de grossesse n'existent pas aux yeux de la loi; or la clinique de ces histoires lourdes montre à quel point ce déni social et juridique obère le travail de deuil des parents (7)."

La question du traitement du corps des bébés morts avant de naître est essentielle pour que le travail de deuil des parents puisse s'enraciner quelque part. "Cette question du traitement (dans les deux sens du terme) du corps des bébés morts avant de naître, on le voit, est loin d'être une question annexe. Elle est, au contraire, essentielle pour que le travail de deuil des parents puisse s'enraciner quelque part; pour qu'ils puissent matérialiser la réalité de la perte." Un traitement digne du corps, la possibilité d'inhumer ces bébés avec les autres membres de la famille, le fait de favoriser leur déclaration à l'état-civil, de faciliter leur inscription sur le livret de famille, revient à donner une existence symbolique à ces enfants qui n'ont pas pu naître et à leur permettre d'être intégrés dans l'histoire de la famille. "Un traitement digne du corps, la possibilité d'inhumer ces bébés avec les autres membres de la famille, le fait de favoriser leur déclaration à l'état-civil, de faciliter leur inscription sur le livret de famille, revient à donner une existence symbolique à ces enfants qui n'ont pas pu naître et à leur permettre d'être intégrés dans l'histoire de la famille."

Interruption médicale de grossesse (IMG)

Dans l'évaluation des deuils périnataux, il est important de distinguer la spécificité du vécu de la mort fœtale in utero et celle qui suit l'IMG. "Il convient, dans l'évaluation des deuils périnataux, d'opérer une distinction entre la spécificité du vécu de la mort foetale in utero et celle qui suit l'interruption médicale de la grossesse (IMG)." L'IMG représente une terrible épreuve, physique pour la mère, angoissante et redoutable pour les deux parents, ainsi que pour l'équipe médicale. "L'interruption médicale de la grossesse représente une terrible épreuve, physique pour la mère, angoissante et redoutable pour les deux parents. Mais aussi pour l'équipe médicale; ceci n'est pas une clause de style : à de rares exceptions près, ce sont les équipes qui endossent, de manière pluridisciplinaire, la responsabilité de la décision de cet acte (14)."

Le déni social de la souffrance

Une des souffrances les plus vives des parents est la non-perception de la mort périnatale comme perte d'un enfant. "Une des souffrances les plus vives des parents (chez les mères comme chez les pères) est la non-perception de la mort périnatale comme perte d'un enfant; le non-événement que cette perte représente souvent pour l'entourage, qu'il soit médical ou familial." L'entourage peut tenir des propos maladroits, minimisant la perte et incitant les parents à "passer à autre chose".

Groupes de parole et accompagnement psychologique

Face à la douleur et à l'isolement, les groupes de parole offrent un espace précieux pour les mères endeuillées. "D'où viennent ces mères épuisées et abattues, à la mine défaite, qui se réunissent chaque semaine autour de bébés qu'on ne voit pas, dans un silence de mort, sans cri et sans jeu ? Que font-elles ensemble alors qu'elles ne se connaissent pas ? Leurs chemins n'auraient jamais dû se croiser. C'est la mort de leur bébé qui les réunit." Dans ces groupes, elles peuvent exprimer leur tristesse, leur colère, leur culpabilité et leur désespoir sans être jugées.

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La psychothérapie dynamique et la psychanalyse individuelle peuvent également offrir un espace neutre pour explorer les problématiques liées au deuil périnatal. "Psychothérapie dynamique et psychanalyse individuelle offrent un espace neutre pour explorer diverses problématiques, de l'anxiété aux traumatismes."

La psychopérinatalité : une approche préventive

La psychopérinatalité permet de prévenir les risques du développement de l'enfant et d'effondrement de la mère et du lien, ainsi que de prévenir le traumatisme. "La psychopérinatalité permet de prévenir les risques du développement de l'enfant et d'effondrement de la mère et du lien et de prévenir le traumatisme." Elle prend en compte l'histoire de vie des parents, leurs traumatismes et leurs deuils, et offre un accompagnement adapté pendant la grossesse et après la naissance.

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