La perte d'un bébé pendant la grossesse, qu'elle survienne tôt ou tard, est une épreuve douloureuse et complexe. Ce deuil périnatal, souvent entouré de silence, nécessite une compréhension et un accompagnement adaptés pour les parents. Cet article explore les différentes étapes du deuil après une fausse couche, les aspects spécifiques liés à l'interruption médicale de grossesse (IMG), et les ressources disponibles pour aider les personnes touchées à traverser cette période difficile.
Définition et Étendue du Deuil Périnatal
Le deuil périnatal englobe la perte d'un bébé in utéro, à la naissance, ou dans les jours ou semaines suivant la naissance. Bien que la période périnatale soit strictement définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme s'étendant de la 22ème semaine d'aménorrhée (SA) au 7ème jour après la naissance, le vécu des parents englobe une multitude de situations. Cela inclut les fausses couches tardives, la mort fœtale, l'interruption médicale de grossesse, l'extrême prématurité, le décès du bébé pendant l'accouchement, le décès post-natal, le décès dans la période néonatale, voire dans les semaines qui suivent, et le décès d'un jumeau. Pour les fausses couches précoces (1er trimestre de la grossesse), beaucoup de professionnels parlent plutôt de deuil de maternité, ce qui peut être ni moins douloureux, ni plus facile à traverser.
Il est crucial de reconnaître que chaque parent, chaque couple, chaque famille vivra cette traversée du deuil à son propre rythme et selon ce qui aura du sens pour chacun. Ce deuil périnatal est aussi très complexe à traverser, face aux semaines et aux mois qui passent après cette perte et renvoient à l’absence de l’enfant qui aurait dû occuper cette vie-là.
La Réalité de la Fausse Couche
On découvre cette fausse couche parfois brutalement, sans signe avant-coureur, après des mois de grossesse, lors d’une échographie dite de “routine”. La fausse couche est une interruption spontanée de la grossesse qui survient au cours des cinq premiers mois, soit avant la 22ème semaine d'aménorrhée. Elle peut être précoce si elle a lieu avant la 14ème semaine d'aménorrhée (premier trimestre) ou tardive, si elle survient entre la 14ème et la 22ème semaine d'aménorrhée. Selon l'Assurance Maladie, environ 15 % des femmes enceintes vivent une fausse couche.
Dans la vie d’une femme, une ou plusieurs fausses couches, jusqu’à trois consécutives, ne prouve pas la présence d’une pathologie. Le risque de fausse couche est réel pour chaque grossesse. Les causes d’une fausse couche sont souvent naturelles : anomalies chromosomiques de l’embryon (70% des cas), troubles hormonaux, infections, ou encore problèmes anatomiques de l’utérus.
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Il est important de noter qu'un saignement vaginal n’est pas forcément un signe de fausse couche en début de grossesse. « Un quart des femmes enceintes présentent un saignement au cours du 1er trimestre et poursuivent leur grossesse normalement. Mais si le saignement est accompagné de douleurs, il s’agit plus probablement d’une fausse couche », est-il indiqué sur la plateforme de l’Assurance maladie, Ameli Santé. Ces symptômes peuvent alerter sur une fausse couche hémorragique, qui nécessite des soins urgents. En cas de suspicion de fausse couche, la femme enceinte est examinée par un.e gynécologue. Lors de la consultation, une échographie abdomino-pelvienne est réalisée.
Les Émotions et le Deuil
Que la grossesse ait été ou non décidée, c’est en fonction du moment où elle advient mais aussi de l’histoire intime de chacune, qu’une fausse couche se révèlera plus ou moins traumatisante. Outre les effets physiques (fatigue, douleurs, perte de sang), une fausse couche entraîne un choc émotionnel important. La récupération physique dépend du stade de la grossesse et du déroulement de la fausse couche (naturelle, médicamenteuse ou nécessitant une intervention chirurgicale comme un curetage ). Sur le plan psychologique, une fausse couche peut être profondément déstabilisante, même lorsqu’elle survient très tôt dans la grossesse.
Il est normal de ressentir une multitude d'émotions après une fausse couche : tristesse, colère, culpabilité, et confusion. Pour certaines femmes, c’est un deuil difficile à vivre, avec son lot de révolte, de colère et de tristesse, avec souvent un fort sentiment de culpabilité. Certaines femmes peuvent aussi ressentir un soulagement, et c'est tout aussi normal. Affronter ces sentiments sans jugement peut faciliter la traversée de cette période difficile, permettant un chemin plus doux vers la guérison. Il peut aussi être utile de se rappeler que ces émotions peuvent fluctuer jour après jour, voire mois après mois. Perdre un enfant avant qu’il ne naisse peut être extrêmement difficile à accepter. Il est donc normal de ressentir de la tristesse, de la colère voire de la culpabilité. S’accorder le droit de pleurer tout en exprimant ses sentiments est donc légitime.
Lorsqu’une femme perd son enfant, elle peut également se sentir seule et incomprise, notamment de son conjoint qui vit souvent l’événement de façon très différente. Se sentir écoutée et comprise est alors essentiel. Notamment si démarrer une nouvelle grossesse après cette perte fait peur, ou si les relations avec son conjoint deviennent difficiles.
Traverser une fausse couche est une expérience profondément personnelle. Il n’y a pas de « bonne » manière de réagir ou de durée idéale pour faire son deuil. L’essentiel est de respecter son rythme, de chercher du soutien lorsque le poids devient trop lourd.
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Interruption Médicalisée de Grossesse (IMG)
L’interruption médicalisée de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement lorsque la santé de la femme enceinte ou de son enfant est en cause. L’IMG peut être réalisée dans l’un des cas suivants :
- L’enfant à naître est atteint d’une affection particulièrement grave et incurable
- La grossesse met gravement en danger la santé de la femme enceinte
À savoir : l’IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse. L’interruption médicale de grossesse (IMG) est régie différemment de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), car cet avortement thérapeutique, découlant très généralement d’un diagnostic prénatal, est autorisé à tout moment de la grossesse en vertu de l’article L.
La Procédure de Décision d'IMG
La procédure de décision d’IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l’enfant).
- La Santé de l’enfant: Si l’enfant est atteint d’une affection grave, l’équipe médicale est celle d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. La femme enceinte peut demander à un médecin de son choix d’y être associé. Hors urgence médicale, il doit être proposé à la femme enceinte un délai de réflexion d’au moins une semaine avant de décider d’interrompre ou de poursuivre sa grossesse.
- La Santé de la femme: Lorsque l’IMG est demandée pour la santé de la femme, elle doit s’adresser à un médecin spécialiste qualifié en gynécologie obstétrique. Ce médecin doit exercer en établissement public de santé ou dans un établissement privé autorisé à recevoir les femmes enceintes. Ce médecin réunit alors une équipe pluridisciplinaire, pour avis consultatif. Cette équipe comprend au minimum 4 personnes : un médecin spécialiste qualifié en gynécologie obstétrique, membre d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un médecin choisi par la femme enceinte, un assistant social ou un psychologue, un ou des praticiens spécialistes de l’affection dont la femme est atteinte. Les 2 médecins doivent exercer en établissement public de santé, ou en établissement privé autorisé à recevoir les femmes enceintes.
La décision appartient à l’équipe pluridisciplinaire. Après concertation, s’il apparaît aux 2 médecins que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l’IMG. Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d’une information complète et donner son accord. Elle (seule ou en couple) peut demander à être entendue préalablement par l’équipe ou par certains de ses membres.
Déroulement d'une IMG
La femme enceinte (seule ou en couple) a une consultation préalable à l’Interruption Médicalisée de Grossesse pendant laquelle toutes les informations sur celle-ci et le devenir du fœtus lui sont fournies. L’IMG est réalisée par méthode médicamenteuse ou, en cas d’échec, par technique chirurgicale.
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Le médecin informe la patiente sur : les différentes méthodes d’IMG et plus particulièrement sur la méthode choisie ; les produits utilisés et leurs effets ; la durée de l’intervention ; la durée de l’hospitalisation ; les risques et rares complications possibles (rupture utérine, hémorragie, infection). Il informe aussi le couple (ou la mère) sur la prise en charge psychologique dont il peut bénéficier. Cet accompagnement est important : pour répondre au questionnement du couple (ou de la mère) avant sa prise de décision, et lors du déroulement de l’IMG ; pour l’aider à expliquer la situation à ses autres enfants ; pour faciliter le travail de deuil dans les suites de l’intervention ; pour l’aider lors d’une grossesse ultérieure souvent débutée avec appréhension. Les parents peuvent également faire appel à des associations de patients qui proposent leur soutien.
Informations sur le Devenir du Fœtus
Lors de la consultation préalable à l’IMG, le médecin aborde les différentes questions concernant le fœtus, telles que :
- La présentation du corps de l’enfant : la femme enceinte, ou le couple, a le choix de voir ou de ne pas voir son enfant une fois qu’il est né
- L’autopsie : un examen du corps sans vie du fœtus est réalisé afin d’analyser les anomalies identifiées. Une autorisation des parents est nécessaire
- La déclaration de l’enfant à l’état civil et l’inhumation
Pour les grossesses de plus de 22 semaines ou pour les fœtus pesant plus de 500 g, une déclaration à l’état civil est obligatoire lorsque l’enfant est né vivant. L’inhumation ou la crémation sont également obligatoires. Les obsèques sont prises en charge par la famille. Pour les fœtus de plus de 22 semaines de grossesse ou pour les fœtus pesant plus de 500 g, nés sans vie, l’inscription à l’état civil est obligatoire. L’enfant est alors déclaré né sans vie. L’inhumation et les funérailles par la famille sont possibles. Sinon la prise en charge est assurée par l’hôpital. Pour les fœtus de moins de 22 semaines ou de moins de 500 g nés sans vie, l’inscription à l’état civil et l’inhumation sont possibles à la demande des parents. Sinon la prise en charge est assurée par l’hôpital. Le couple peut être aidé dans cette démarche par l’assistante sociale de l’établissement de santé.
Déroulement de l'IMG et Suites
L’interruption médicalisée de grossesse se déroule dans le cadre d’une hospitalisation. Différentes méthodes d’IMG sont utilisées afin d’obtenir l’expulsion du fœtus le plus rapidement possible et avec le minimum de souffrance et de risques tant physiques que psychologiques pour la mère. La plupart du temps, l’interruption médicalisée de grossesse est réalisée en déclenchant médicalement l’accouchement par les voies naturelles. Cela évite de fragiliser l’utérus par un geste chirurgical. Pour cela, on associe plusieurs médicaments selon des modalités variables, en fonction : du terme de la grossesse ; de l’état de santé de la femme ; de ses antécédents gynécologiques et obstétricaux ; des contre-indications éventuelles. Les médicaments utilisés déclenchent des contractions et la procédure peut être assez douloureuse. Selon l’âge de la grossesse, une anesthésie, le plus souvent peut donc être programmée. Elle est précédée d’une consultation pré-anesthésique. En cas d’échec de la technique médicamenteuse, une technique chirurgicale d’IMG est envisagée par l’équipe médicale (curetage par aspiration, évacuation du contenu utérin après dilatation du col de l’utérus). Lorsque la grossesse a plus de 22 à 24 semaines d’aménorrhées, une anesthésie fœticide est recommandée avant le déclenchement de l’accouchement, au vu des connaissances sur la douleur chez le fœtus. Les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre. Le plus souvent, il consiste à injecter dans le cordon ombilical une drogue anesthésiante ou analgésique puis une drogue fœticide (entraînant la mort du fœtus).
Pendant et après l’intervention, des précautions sont prises pour éviter les effets secondaires et les risques, tant pour la santé de la mère que pour une future grossesse. Une injection de sérum anti-rhésus est pratiquée pour toutes les femmes dont le groupe sanguin est rhésus négatif et qui portaient un fœtus de groupe sanguin rhésus positif. Pour les grossesses de plus de 15 semaines d’aménorrhée (ou 13 semaines de grossesse), un traitement peut être prescrit pour faciliter les suites de couches et éviter la montée de lait. Une contraception doit être envisagée si une autre grossesse n’est pas souhaitée dans l’immédiat.
La Consultation Post-IMG
Une consultation post-IMG est effectuée une fois connus les résultats des examens pratiqués sur le fœtus. Elle a lieu préférentiellement avec le médecin ayant réalisé l’intervention. Elle permet notamment de faire le point sur l’état de santé physique et psychologique de la femme et sur les éventuels risques pour une grossesse ultérieure.
L'Impact sur le Couple
Le couple est souvent mis à rude épreuve après une fausse couche. Les émotions ne sont pas toujours vécues au même rythme ni avec la même intensité, ce qui peut créer des incompréhensions. Au sein du couple, le deuil peut être vécu dans des temporalités différentes. Jessica Shulz observe que “ dans un premier temps, les femmes expriment davantage leur souffrance alors que les hommes ont tendance à se mettre en position de protection. Cela évolue ensuite, lorsque la femme commence à aller mieux, le partenaire peut alors parfois exprimer davantage sa peine”.
Il est essentiel de se donner de l'espace et du temps pour faire le deuil. Le silence et l'isolement peuvent aggraver la douleur. Surmonter l’impact psychologique d’une fausse couche peut s'avérer complexe, étant donné qu’elle nécessite souvent un soutien spécialisé. Le soutien du partenaire est fondamental pour surmonter une fausse couche. Une communication ouverte et honnête permet à chacun d’exprimer ses émotions, qu’il s’agisse de tristesse, de culpabilité ou de frustration. Le partenaire peut jouer un rôle actif en accompagnant la femme aux rendez-vous médicaux ou en participant aux consultations psychologiques. Il est également important de partager des moments de tendresse, de s’encourager mutuellement, de prendre soin l’un de l’autre et de faire preuve de patience face à cette épreuve.
Stratégies pour Surmonter le Deuil
- Reconnaître et Valider ses Émotions: Il est crucial de reconnaître et d'accepter la tristesse, la colère, la culpabilité ou toute autre émotion qui survient après une fausse couche.
- Chercher du Soutien: Parler de son expérience avec un partenaire, un membre de la famille, un ami, ou un professionnel de la santé peut aider à alléger le poids du chagrin et apprendre à vivre avec cette expérience.
- Rejoindre un Groupe de Soutien: Ces groupes permettent de partager son expérience avec d'autres femmes ayant vécu une situation similaire, ce qui peut être d’un réconfort important.
- Prendre Soin de Soi: Il est essentiel de prendre soin de son corps et de son esprit, en pratiquant des activités qui apaisent et qui réconfortent, comme la lecture, les promenades en pleine nature ou le yoga.
- Exprimer sa Créativité: Pratiquer des activités créatives comme le dessin, la peinture, la sculpture, ou l'écriture peut offrir un exutoire, en permettant d’exprimer certaines émotions difficiles à verbaliser.
- Établir un Rituel: Cela peut être de garder une photo du bébé, créer un petit autel, allumer une bougie, faire dire une messe en sa mémoire, ou aller se recueillir sur sa tombe. Cela va permettre la survivance de la mémoire de l’enfant et la reconnaissance de son passage sur terre.
- Adopter un Animal de Compagnie: Un animal peut offrir une source de réconfort et de compagnie, aidant à combler le vide émotionnel ressenti après une fausse couche.
Grossesse Après une IMG ou une Fausse Couche
Attendre un enfant après une interruption médicale de grossesse est une source d'anxiété. Le décès périnatal est un problème de santé publique puisque, toutes situations confondues, entre 20 % et 30 % des grossesses ne vont pas à leur terme. 86% des patientes démarrent une nouvelle grossesse dans les 18 mois suivant la perte.
Après avoir vécu une fausse couche, il est naturel de vouloir à nouveau ressentir les joies de la maternité. Avant de se lancer dans une nouvelle grossesse, il est important de prendre le temps de se reconstruire sur le plan émotionnel. Ce temps de réflexion peut également être l’occasion de consulter son gynécologue afin d'évaluer son état de santé général et d'identifier d'éventuels facteurs de risque. Selon les résultats, des examens complémentaires ou un traitement spécifique peuvent être recommandés.
Ressources et Soutien
Plusieurs associations offrent un soutien aux personnes confrontées à la perte d'un bébé :
- AGAPA: Organise des cafés-rencontres animés par des accompagnants spécialisés.
- Petite Émilie: Offre des renseignements pratiques et des partages d’expériences.
- l’Enfant sans nom - Parents endeuillés: Propose un soutien aux parents endeuillés.
- Par’anges: Propose des certificats de naissance d’ange personnalisés.
Il est également possible de consulter un thérapeute spécialisé dans le deuil périnatal, seul ou en couple.
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