Introduction

Lorsqu'un couple attend un enfant, c'est un projet commun qui prend forme, depuis l'imagination et les premières échographies jusqu'aux confidences aux proches et aux recherches de prénoms. Chaque étape contribue à personnifier ce petit être en devenir. Face à une fausse couche, l'attention se porte naturellement sur la mère, celle qui a vécu physiquement la perte. Cependant, il est crucial de reconnaître et de comprendre la douleur souvent occultée du père. Cet article vise à explorer le deuil périnatal vécu par les hommes, en mettant en lumière les raisons de leur silence, les spécificités de leur souffrance et les voies possibles vers la guérison.

L'implication croissante des hommes dans la maternité

Les hommes d'aujourd'hui sont davantage impliqués et investis dans la grossesse de leur compagne, depuis les premières semaines jusqu'à la salle d'accouchement. Ils vivent cette expérience en même temps qu'elles, partageant les joies et les espoirs liés à l'arrivée d'un enfant. La généralisation de la contraception et le slogan "Un enfant quand je veux" ont renforcé le sentiment de contrôle sur le processus de maternité, tant pour les futurs mères que pour les futurs pères. Ainsi, lorsqu'une fausse couche survient, elle est souvent vécue comme une injustice et une anomalie, alors qu'elle fait partie des aléas de la grossesse.

Le silence et la solitude des hommes face au deuil périnatal

Malgré leur implication croissante, rares sont les hommes qui s'expriment spontanément, et encore moins publiquement, sur leur deuil périnatal. Stéphane, 35 ans, n'a jamais confié à son entourage ce qu'il avait ressenti lorsque sa femme a perdu leur deuxième enfant à deux mois de grossesse. Il explique : "J'ai essayé mais je n'ai pas pu. Je ne me sentais pas légitime d'évoquer mon chagrin devant Marie. Alors je me suis replié sur moi". Ce silence peut s'expliquer par plusieurs facteurs.

La pudeur masculine et les stéréotypes de genre

Les hommes sont souvent plus pudiques que les femmes lorsqu'il s'agit d'exprimer leurs sentiments. La société ne les a pas habitués à s'épancher et à partager leurs émotions. De plus, l'homme est socialement perçu comme l'épaule solide sur laquelle s'appuyer, celui qui rassure, console et soutient. Face au chagrin de sa compagne, il est censé relativiser et donner l'impression de pouvoir passer rapidement à autre chose. Or, nombreux sont ceux qui se sentent impuissants et démunis face à cette situation.

Le sentiment d'illégitimité et la mise à l'écart

Certains hommes se sentent illégitimes à exprimer leur chagrin, car ils n'ont pas porté l'enfant dans leur corps. Augustin, 26 ans, s'est entendu dire : "Ce n'est pas toi qui as porté le bébé" lorsqu'il a craqué un soir devant des amis. D'autres se sentent mis à l'écart par le corps médical, l'attention étant principalement portée sur la mère. Paul, 38 ans, garde un souvenir amer de son retour à la maison après la courte hospitalisation de sa compagne : "La famille et les amis se relayaient auprès d'Emma, il n'y en avait que pour elle. Personne ne se souciait de ce que je ressentais, je me suis senti abandonné comme s'il n'y avait que le chagrin d'Emma…"

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L'incommunicabilité au sein du couple

Même au sein d'un couple uni, il peut exister une part d'incommunicabilité dans la souffrance. Baptiste, 28 ans, raconte : "Je ne savais pas comment m'y prendre avec Elodie. J'avais l'impression qu'on souffrait chacun de notre côté sans pouvoir évoquer notre chagrin, il nous a été impossible de nous rejoindre". Une fausse couche peut également réveiller des douleurs anciennes qu'on croyait enfouies. Lorsque le couple n'arrive pas à dialoguer, des malentendus et des incompréhensions peuvent naître, fragilisant ainsi la relation.

Les spécificités du deuil masculin après une fausse couche

Si le deuil périnatal est une expérience douloureuse pour les deux membres du couple, les hommes et les femmes ne le vivent pas de la même manière. Les différences physiologiques et les stéréotypes de genre contribuent à façonner des expériences distinctes.

L'abstraction de la grossesse pour les hommes

Pour les hommes, la grossesse peut rester de l'ordre de l'abstraction, même s'ils sont investis dans le projet d'enfant. Christophe témoigne : "On a beau voir le ventre grossir et le sentir bouger, la grossesse, c'est inimaginable pour un homme". Jonathan ajoute : "C'est propre à la femme du point de vue physiologique. Le bébé le devient à la naissance pour le père. Avant ça, c'est un projet pour la mère, mais une expérience pour la mère." Cette abstraction peut rendre plus difficile la prise de conscience de la perte et l'expression du deuil.

Le rôle de soutien et la mise entre parenthèses de son propre deuil

Les hommes se sentent souvent investis d'un rôle de soutien envers leur compagne, ce qui peut les amener à mettre leur propre deuil entre parenthèses. Hadrien souligne : "Je n'ai pas fait mon deuil plus rapidement que Chloé. Mais j'ai dû le faire plus entre parenthèses, un peu en mode secondaire, parce qu'il fallait la soutenir, déjà qu'elle était au plus bas…" Jonathan a adopté la même stratégie : "Je me suis dit “faut que tu sois le mec qui va la remettre dans un mood positif” et qu'il ne fallait pas que je souffre car elle avait besoin de moi pour s'appuyer, en tant que support. Elle est triste, je l'intègre et le comprends, c'est normal. Mais il faut rebondir et, si on est tous les deux tristes, on ne peut pas."

L'intériorisation et l'évitement comme mécanismes de défense

Pour donner le change, vis-à-vis de leur compagne et d'eux-mêmes, les hommes peuvent pratiquer l'évitement. Ils cherchent à se changer les idées en faisant du sport, en allant au cinéma ou en buvant des verres. Certains continuent à faire comme d'habitude, dissimulant leurs émotions et leurs indicateurs de chagrin. Cette stratégie de coping peut s'avérer efficace à court terme, mais elle n'est pas sans inconvénients.

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Les conséquences du deuil non exprimé

Le fait de dissimuler ses émotions et de ne pas exprimer son deuil peut avoir des conséquences importantes sur le couple et sur la santé mentale de l'homme.

Les tensions au sein du couple

Le manque de synchronicité et de manières de réagir à un événement douloureux peut conduire à des frictions au sein du couple. Christophe raconte : "Moi, dans un premier temps, j'ai tenu le choc. Ça a provoqué deux-trois tensions dans la semaine qui a suivi. Il y a toujours des attentes de comment l'autre va réagir et tu ne réagis pas en même temps, pas de la même manière, ne l'exprimes pas…" Ce décalage peut donner à la femme l'impression d'être seule à souffrir, amplifiant ainsi son chagrin.

Le risque de tristesse chronique et de problèmes de santé mentale

Le fait de ne pas exprimer son chagrin ouvertement peut entraîner des symptômes négatifs plusieurs mois après la perte. Les hommes qui ne reçoivent pas assez de soutien et de compréhension présentent plus de risques de développer une tristesse chronique. Cette tristesse peut se manifester par de la culpabilité, de l'angoisse, de la dépression, une sensation de deuil, de la colère, de l'isolement et même des problèmes sexuels. Dans certains cas, elle peut conduire au suicide.

L'avortement vécu par l'homme

Notre but est de tendre la main aux pères brisés ou blessés par l’avortement. L’expérience nous a montré que beaucoup d’hommes souffrent après la perte de leur enfant avorté. Pour les hommes blessés par l’avortement, la question de savoir si l’enfant avorté avait huit, quatorze ou vingt semaines est sans intérêt. Alors que je cherchais de l’aide auprès de différentes personnes, très peu comprenaient pourquoi j’allais aussi mal. Surmonte cela, c’était juste un avortement me disaient-ils. Mais je ne pouvais pas. C’était beaucoup plus qu’un avortement. Le meilleur moyen pour les hommes de savoir qu’ils ne sont pas seuls et que leurs émotions sont légitimes est d’entendre les témoignages d’hommes qui sont passés par le même chemin.

Les différents rôles de l'homme face à l'IVG et leurs conséquences

Selon votre rôle dans l’avortement vous pouvez avoir des réponses très différentes. Si vous étiez impuissant à stopper l’IVG, vous pouvez avoir immédiatement des sentiments de colère, de dépression et même des idées suicidaires. Si vous n’avez pas été impliqué dans la décision, vous pouvez vous avoir du mal à comprendre vos émotions et vous débattre avec des sentiments persistants de culpabilité et de honte. Les hommes ont un instinct naturel pour soutenir et protéger leur famille. Pour certains hommes, cet instinct s’installe dès l’annonce de la grossesse. Pour d’autres hommes, cela vient beaucoup plus tard, lorsqu’ils deviennent pères d’autres enfants et se débattent pour comprendre la perte qu’ils ont subie consécutivement à l’avortement. L’avortement ne permet pas à cet instinct de protection de s’exercer. Cela peut leur laisser un sentiment de vide, d’impuissance, de défaite, de confusion et de perte du sens de la vie.

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Les émotions refoulées et leurs manifestations

Beaucoup d’hommes ont du mal à comprendre et à exprimer leurs émotions. Ces sentiments refoulés peuvent proliférer et vous détruire du plus profond de votre être. Votre comportement peut devenir colérique, amer, déprimé, vindicatif, méfiant et même imprudent. On demande aux hommes d’être forts et courageux. Toute expression d’émotions peut les amener à être perçus comme faible et lâche. Ces attentes peuvent amener les hommes à cacher leur vraies émotions et à prétendre que tout va bien. Seulement en profondeur, nous savons que nous souffrons et que, en conséquence, nos relations, nos familles, notre travail et nos responsabilités sont impactés négativement. Vous réaliserez probablement que vous souffrez de plus d’un ou deux symptômes. Beaucoup vont de pair et certaines émotions conduisent à certains comportements spécifiques.

Comment surmonter le deuil après un avortement ?

Il y a de l’espoir ! Bien que puissiez être tenté de désespérer, il y a de l’espoir. Vous pouvez retrouver votre vie, un sens, une signification pour celle-ci. C’est un défi et vous ne pouvez y arriver seul. D’abord vous devez réaliser que c’est complètement normal, acceptable et sain de pleurer la perte de votre enfant. Mieux vaut valider cette émotion de douleur et pleurer cette perte que de supprimer et enfouir toute émotion.

Reconnaitre et valider ses émotions

Il est essentiel que les hommes reconnaissent et valident leurs émotions face à la perte d'un enfant. Il est normal de ressentir de la tristesse, de la déception, de la colère, de la culpabilité ou de l'impuissance. Ces émotions ne sont pas un signe de faiblesse, mais une réaction naturelle à un événement douloureux.

Rompre le silence et chercher du soutien

Il est important de rompre le silence et de parler de sa souffrance avec des personnes de confiance : sa compagne, sa famille, ses amis, un thérapeute ou un groupe de soutien. Partager son expérience permet de se sentir moins seul et de bénéficier d'un soutien émotionnel.

Consulter un professionnel de la santé mentale

Un suivi psychothérapeutique peut être vraiment utile pour aider les hommes à surmonter leur deuil périnatal. Un thérapeute peut les aider à exprimer leurs émotions, à comprendre leur vécu et à développer des stratégies d'adaptation saines. Il existe également des associations spécialisées dans l'accompagnement des personnes ayant vécu une fausse couche ou une interruption de grossesse.

Pardonner et se réconcilier avec soi-même

La part la plus difficile est de pardonner aux autres personnes impliquées. Reconnaitre qu’elles ont pu être trompées, mal informées. Accepter votre rôle dans la décision et apprendre avec le rétablissement à vous pardonner vous-même. Trouver un programme où vous pourrez reconnaitre cet enfant comme un membre de votre famille. Depuis le moment où votre enfant a été conçu, vous avez créé une vie nouvelle.

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