L'élimination des poussins mâles dans la filière de production des poules pondeuses est une question éthique croissante. Face à cette problématique, des technologies de détection du sexe dans l'œuf, ou sexage in ovo, ont émergé comme une alternative prometteuse. Cet article explore le fonctionnement de ces détecteurs d'embryons, les enjeux qu'ils soulèvent et les différentes approches envisagées.

Introduction

Depuis le décret du 5 février 2022 interdisant l’élimination des poussins mâles de la filière de production des poules pondeuses, des méthodes de sexage in ovo sans casser l’œuf, sont déployées dans les couvoirs pour éliminer les embryons mâles avant éclosion. Plusieurs pays sont à la recherche d’autres solutions, notamment en Allemagne, au Canada, en France, en Israël, aux USA… L'objectif est d'identifier le sexe de l'embryon avant l'éclosion, permettant ainsi d'écarter les mâles et d'éviter leur élimination après la naissance.

Le principe du sexage in ovo

Le sexage in ovo consiste à déterminer le sexe de l'embryon dans l'œuf avant l'éclosion. Cette technique permet d'éliminer les œufs contenant un embryon mâle, évitant ainsi l'élimination des poussins mâles après la naissance.

Les méthodes de détection du sexe

Plusieurs méthodes de sexage in ovo sont en cours de développement, chacune ayant ses propres avantages et inconvénients. Ces méthodes se différencient selon le moment de l’intervention (âge de l’embryon) et la méthode de détection : invasive (trou dans l’œuf) ou non invasive (la coquille reste intacte).

La méthode hormonale (Seleggt)

La société Seleggt, en collaboration avec l'université de Leipzig, a développé une technologie de sexage hormonal. Le mercredi 17 avril, Ludger Breloh, PDG de la société Seleggt était présent chez Poulehouse dans le Limousin pour faire la promotion de la technologie du sexage hormonal des embryons de poule pondeuse d’œuf de consommation.

Lire aussi: Alternatives au détecteur de mensonges chez l'enfant

Le procédé se déroule en plusieurs étapes :

  1. Prélèvement d'un échantillon: L’œuf est sorti de l’incubateur à neuf jours. On voit s’il est fertile et si c’est le cas on fore au laser un orifice de l’ordre de 0,2 mm de diamètre. Ensuite, on applique une différence de pression pour provoquer la sortie de liquide allantoïdien. C’est donc une technique non intrusive puisqu’on ne pénètre pas l’œuf.
  2. Détection hormonale: Cette goutte contenant le marqueur hormonal (présent chez la femelle) est mise sur un plateau d’échantillonnage qui permet de reconnaître le sexe grâce au changement de couleur. Les œufs femelles retournent en incubation, tandis que les œufs mâles sont valorisés en alimentation animale.
  3. Tri des œufs: Les œufs femelles retournent en incubation, tandis que les œufs mâles sont écartés.

Ludger Breloh précise que le prélèvement prend actuellement une seconde par œuf et une vingtaine de minutes pour la réaction chimique. Avec une capacité moyenne de 3 000 œufs par heure pour l’instant, les poussins sexés concernent d’abord les petits lots. « Il est évident que nous devons améliorer le procédé si nous voulons nous attaquer aux plus gros volumes. » La technologie sera proposée en licence d’exploitation rattachée à la vente d’œufs de poules marqués "absence d’euthanasie des poussins" (free of chick culling). « Nous installons notre matériel et nous garantissons aux couvoirs que leurs poussins seront sexés sans surcoût, ajoute le PDG. Pour trois millions de poussins sexés par an, un local de 70 m2 suffit pour accueillir le matériel. » C’est le consommateur qui finance le sexage, moyennant deux centimes d’euros par œuf acheté.

La spectroscopie Raman

La méthode par spectroscopie Raman (à 3 jours d’incubation, invasive), développée en Allemagne par l’université de Leipzig. Cette méthode consiste en la projection d’un rayon de lumière à l’intérieur de l’œuf, permettant de détecter la différence entre l’ADN mâle et femelle. Le processus est le suivant : à 72 heures l’œuf est sorti de l’incubateur ; un trou de 10 mm est percé dans la coquille (le trou doit être de 3 mm à terme) ; un rayon infrarouge NIR (Near Infrared Spectroscopy) est projeté dans l’œuf avec un temps de mesure de 10 à 20 secondes. Les œufs identifiés femelles sont scellés avec un tissu biocompatible et sont replacés dans l’incubateur, les œufs mâles sont écartés. La fiabilité de la méthode est estimée entre 85 et 95 % selon les sources, l’objectif annoncé étant 95 %.

Détection de substances indicatrices du sexe

La détection du sexe se fait à 9 jours d’incubation. Les techniques étudiées consistent en la détection et l’analyse de substances qui permettent de déterminer le sexe de l’embryon. Aux Pays Bas l’étape expérimentale est terminée et un prototype permettant de traiter les œufs au couvoir serait en cours de fabrication. En France l’expérimentation en laboratoire commence, avec un objectif de fiabilité de la détection à 90 %.

Enjeux et controverses

Bien que le sexage in ovo représente une avancée significative en matière de bien-être animal, il soulève également des questions éthiques et pratiques.

Lire aussi: Bovins allaitants : détection des chaleurs

Le bien-être embryonnaire

Une des principales préoccupations concerne le bien-être des embryons mâles éliminés. Pour Inga Günther, directrice de l’association pour la reproduction écologique des animaux, les embryons de poulet ressentent la douleur dès le septième jour d’incubation. Donc, les retirer du circuit à 9 jours ou à 21 jours ne change rien sur le fond. Il est communément admis que l’embryon Gallus Gallus développe une sensibilité à partir de 10 jours.

Impact économique

C’est le consommateur qui finance le sexage, moyennant deux centimes d’euros par œuf acheté. Ce qui revient à environ 6 euros par poule mise en ponte : un coût pour l’instant difficilement supportable pour la filière, quel que soit son mode d’élevage. Au global, le coût de cette transition est estimé entre 45 et 50 millions d'euros. Il inclut les moindres performances (erreurs de sexage, élimination des œufs contenant un embryon mâle, notamment), le tri, la main d'œuvre, la maintenance, etc., coûts probablement sous-estimés au regard du peu de données disponibles en condition commerciale et de la crise énergétique actuelle.

Alternatives à l'élimination

Éliminer précocement les poussins mâles n’est pas la seule alternative à leur euthanasie. Comme dans un passé pas si lointain, il serait possible d’élever ces mâles à croissance lente pour produire des coquelets d’un kilo vers 56 jours et de les vendre plus cher pour rentabiliser leur surcoût. Des sélectionneurs ont aussi imaginé des souches duales ou « à double fin », de ponte pour la femelle et de chair pour le mâle. En revanche, selon Romaric Chenut de l’Itavi (1) le coût de production de l’œuf de la poule duale serait supérieur de +10 à +26 % par rapport à un œuf de type sol et celui du poulet de +6 à +40 % par rapport à un certifié.

Le mirage des œufs : une technique complémentaire

Si vous souhaitez faire naître vos propres poussins que ce soit par incubation artificielle, au moyen d’une couveuse ou par couvaison naturelle, le mirage des œufs peut s’avérer utile afin de vous assurer de leur fécondation. Il n’est pas conseillé de mirer les œufs fécondés trop tôt et trop souvent au risque de faire mourir l’embryon. Voici des conseils d’éleveurs pour mirer les œufs de vos poules dans les meilleures conditions et obtenir les résultats les plus fiables que ce soit à quelques jours ou même si l’œuf est stérile.

Pourquoi recourir à cette méthode ?

La curiosité tout d’abord, notamment pour un éleveur amateur : voir le développement du poussin à l’intérieur de l’œuf, essayer de déterminer combien verront le jour, voir le mouvement à l’intérieur de la coquille etc., sont autant de raisons qui peuvent justifier un mirage des œufs. Notez tout de même que le mirage des œufs de poules nécessite un peu de pratique avant de maîtriser parfaitement cet art (notamment les premiers jours, pendant lesquels un débutant ne distinguera peut être pas avec exactitude si un embryon se développe ou non).

Lire aussi: Surveillance bébé : le guide du babyphone vidéo

Comment mirer les œufs de poules

Placez-vous de préférence dans une pièce sombre. Vous pouvez même vous mettre totalement dans le noir, cela n’en sera que plus efficace. A noter : en fonction de la couleur de l’œuf que vous mirez, l’opération peut se révéler plus compliquée. Plus l’œuf sera de couleur claire, plus ce dernier sera facile à observer.

Le mirage des œufs au jour le jour

  • Le 4ème jour: Il est possible de déceler dès le 4ème jour de toutes petites veines à l’intérieur des œufs, indiquant qu’un embryon commence peut être à se former.
  • Les 8ème et 10ème jours: Un premier mirage entre 8 et 10 jours est plus raisonnable. Si vous débutez en la matière, attendez plutôt 10 jours. A ce stade, vous pourrez écarter les œufs clairs non fécondés.
  • Les 18ème et 19ème jours: C’est le moment du second et dernier mirage. Ici, vous constaterez peut être que certains œufs n’ont pas évolué depuis le précédant mirage, il s’agira d’embryons morts que vous pouvez alors écarter de la couveuse.

Problèmes fréquents rencontrés pendant le mirage des œufs

  • Œufs clairs: Lorsqu’ils sont bougés, ces œufs ne montrent aucun signe de développement ou de vaisseaux sanguins. Ils peuvent être infertiles ou morts.
  • Anneaux de sang: Ces œufs présentent un anneau rouge autour du jaune qui ne s’agrandit pas ou ne se développe pas en vaisseaux sanguins. Ils peuvent indiquer qu’une fécondation a eu lieu, mais que l’embryon est décédé tôt pendant le développement.
  • Œuf pourri: Lorsqu’ils sont bougés, ces œufs dégagent une odeur nauséabonde ou présentent un aspect sombre ou trouble. Cela peut indiquer une infection bactérienne ou fongique ayant tué l’embryon.

tags: #détecteur #d'embryons #dans #les #oeufs #fonctionnement

Articles populaires: