Introduction
La question du destin des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro (FIV) est un sujet complexe, à la croisée de la science, de l'éthique, du droit et des convictions personnelles. En France, ce débat est particulièrement vif, notamment lors des révisions des lois de bioéthique. Cet article vise à explorer les différentes options concernant le devenir de ces embryons, ainsi que les enjeux éthiques et sociétaux qu'elles soulèvent.
La Genèse des Embryons Surnuméraires
Lors d'une FIV, la femme subit une hyperstimulation hormonale afin de produire plusieurs ovules. Après fécondation in vitro, plusieurs embryons sont obtenus. En moyenne, une dizaine d'ovules sont prélevés, conduisant à l'obtention d'environ six embryons. Deux de ces embryons sont généralement utilisés pour une première tentative de grossesse. Les embryons restants, dits "surnuméraires", sont conservés congelés dans l'azote liquide, en vue de tentatives ultérieures en cas d'échec de la première.
Cependant, plusieurs scénarios peuvent se produire :
- La tentative initiale réussit, mais le couple ne souhaite pas d'autres enfants.
- Le couple renonce à de nouvelles tentatives, par lassitude ou en raison d'une séparation.
- Le couple ne répond plus aux sollicitations du centre de PMA.
Dans ces situations, les embryons surnuméraires restent stockés, posant la question de leur devenir. On estime que le nombre de ces embryons se chiffre à plusieurs dizaines de milliers en France.
Les Options pour le Devenir des Embryons Surnuméraires
La loi française encadre strictement les options concernant le destin des embryons surnuméraires. Les couples concernés ont le choix entre :
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- La conservation: Les embryons peuvent être conservés en vue d'une éventuelle tentative de grossesse ultérieure. La loi chypriote autorise le transfert d'un maximum de 2 embryons pour les femmes de moins de 39 ans et jusqu'à 3 si elles ont entre 39 et 50 ans. Selon la loi chypriote, le temps maximal de conservation des embryons est de 10 ans. Toutefois, ce délai pourra être rallongé en en faisant la demande par écrit.
- Le don à un autre couple: Les embryons peuvent être donnés à un autre couple infertile, leur offrant ainsi une chance de concevoir. L'adoption d'embryons destinés initialement à d'autres couples est une option intéressante.
- L'arrêt de la conservation (destruction): Les couples peuvent décider de ne plus conserver les embryons, ce qui conduit à leur destruction.
- Le don à la recherche: Avec le consentement écrit du couple, les embryons peuvent être utilisés à des fins de recherche scientifique.
La Recherche sur l'Embryon : Un Débat Éthique Persistent
La recherche sur l'embryon est un sujet particulièrement sensible. En 1994, la loi interdisait toute recherche conduisant à la destruction de l'embryon. En 2004, une autorisation conditionnelle avait été adoptée en première lecture. Le texte précisait qu'il serait interdit de créer des embryons humains à des fins de recherche. Cependant, les embryons surnuméraires, produits à l'origine par Assistance Médicale à la Procréation (AMP) d'un couple infertile mais non utilisés pour tenter une grossesse, pourraient être utilisés pour la recherche au bout d'un certain délai, dans le cas où ils n'auraient pas été adoptés par un autre couple et avec le double accord des géniteurs et de la Commission de Biomédecine.
La loi de bioéthique de 2011 a maintenu une interdiction de principe, assortie de dérogations sous conditions strictes. En 2013, en dehors du cadre de la loi de bioéthique, le régime d’interdiction avec dérogations est remplacé par un régime d’autorisations encadrées de la recherche sur les embryons non transférables. Ce changement est mis en place aux motifs, entre autres, de la « concurrence scientifique intense », de la « lourdeur » du système qui oblige les scientifiques à démontrer qu’il est impossible de « parvenir au résultat escompté par le biais d’une recherche ne recourant pas à des embryons humains, des cellules souches embryonnaires ou des lignées de cellules souches ». En dernier recours, le juge administratif est chargé d’apprécier le respect des conditions posées par la loi.
Les partisans de la recherche sur l'embryon mettent en avant son potentiel pour faire avancer la connaissance scientifique et développer de nouvelles thérapies contre des maladies graves. Ils soulignent que le destin inéluctable des embryons surnuméraires est la destruction, et qu'il est préférable de les utiliser à des fins bénéfiques pour la société.
Les opposants, quant à eux, considèrent que l'embryon est un être humain dès sa conception, et qu'il mérite le même respect que tout autre être humain. Ils estiment que la recherche sur l'embryon conduit à une instrumentalisation de la vie humaine et ouvre la voie à des dérives eugénistes.
Les Alternatives à la Recherche sur l'Embryon
Certains chercheurs mettent en avant des alternatives à la recherche sur l'embryon, notamment l'utilisation de cellules souches adultes ou de cellules iPS (cellules souches pluripotentes induites). Ces cellules, obtenues à partir de cellules adultes reprogrammées, présentent des potentialités similaires aux cellules souches embryonnaires, sans soulever les mêmes problèmes éthiques. Des essais cliniques utilisant ce type de cellules sont déjà en cours pour soigner la dégénérescence maculaire ou encore des maladies cardiaques.
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La Position de l'Église et des Théologiens
La position de l'Église catholique sur la question de l'embryon a évolué au cours du temps. C'est seulement en 1869 que Pie IX retînt la notion d'une animation immédiate de l'embryon, dès sa conception. Pie IX rejoignait ainsi la position constante de l'église orthodoxe depuis les pères de l'Eglise orientale. Les théologiens catholiques actuels sont plus prudents : ils reconnaissent qu'un doute existe quant à la nature réelle de l'embryon, mais en déduisent que ce doute doit lui profiter, c'est-à-dire qu'il doit être traité "comme s'il était une personne".
L'Assistance Médicale à la Procréation (AMP) en France
La Procréation Médicalement Assistée (PMA) ou Assistance Médicale à la Procréation (AMP), a été développée pour permettre à des couples infertiles d’avoir un enfant. Le recours à la PMA est légal en France depuis 1994. La loi a marqué la volonté d’encadrer la PMA au nom de l’intérêt de l’enfant.
Article L 2141-1 CSP (Code de la santé publique) : « L’assistance médicale à la procréation s’entend des pratiques cliniques et biologiques permettant la conception in vitro, la conservation des gamètes, des tissus germinaux et des embryons, le transfert d’embryons et l’insémination artificielle.
En France, l’AMP est encadrée par des lois de bioéthique, qui sont régulièrement révisées pour tenir compte des avancées scientifiques et des évolutions de la société.
Les Causes de Mauvaise Qualité des Embryons
Le potentiel diminué d’un embryon peut être lié à plusieurs facteurs, mais, la plupart du temps, il s’agit d’une mauvaise qualité des gamètes dont dérive l’embryon. On parle surtout d’une mauvaise qualité des ovocytes, les 1res divisions se faisant grâce aux ressources énergétiques de l’ovocyte. Ici, l’âge est le facteur majoritaire de succès. À partir de 35 ans, on observe une réelle dégradation de la qualité des ovocytes, mais attention le temps n’épargne pas non plus les hommes !
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L’environnement, l’hygiène de vie et les modes de consommation viennent aussi impacter la qualité des gamètes des femmes ET des hommes. Le tabagisme actif est un des facteurs majeurs de mauvais développement embryonnaire, tout comme la mauvaise hygiène de vie générale. La bonne nouvelle, ici, c’est que ces atteintes de votre mode de vie sont réversibles !
L'Évaluation de la Qualité des Embryons
Au fil des années, les critères d’évaluation des embryons ont été unifiés. Le biologiste donne un grade, une norme de priorité, en se basant sur une codification internationale. Un embryon dit « non viable » est un embryon qui ne s’est pas divisé, ou dont la division s’est arrêtée, ou avec des cellules dégénératives. Il n’y a pas de devenir à cet embryon.
Ensuite, lorsque l’embryon est dit « viable », l’équipe de biologiste vient observer :
- la morphologie : le nombre de cellules, leur régularité, leur homogénéité et leur taux de fragmentation, l’aspect de la cellule ou de la membrane qui recouvre l’embryon.
- la cinétique, c’est-à-dire le rythme de la division et d’évolution de l’embryon jour par jour selon un référentiel. L’embryon a-t-il bien 8 cellules au 3e jour ? 16 au 4e ? , etc.
C’est à partir de cette description que les biologistes donnent un rang, c’est-à-dire un ordre de priorité pour le transfert. La classification, AA, BB, BB2, AC, est propre à chaque centre. Les chiffres correspondent généralement au degré d’expansion des blastocystes, c’est-à-dire la taille de la cavité du blastocyste. Les lettres de A à C (D parfois) correspondent à l’observation de la masse cellulaire (est-ce qu’il y a beaucoup de cellules, et elle bien compacte, etc.) et du trophectoderme, c’est à dire de la couche externe du blastocyste (nombre et organisation des cellules du trophectoderme, tapis régulier, uniforme sur l’ensemble de la cavité).
Le choix de priorité va aussi se faire en fonction du contexte clinique, avec les équipes de médecins qui analysent l’âge, les antécédents, etc.
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