Introduction

Le désir de maternité est un sujet complexe, souvent perçu comme une évidence naturelle. Cependant, une analyse approfondie révèle des motivations profondes et parfois inconscientes qui sous-tendent ce désir. Cet article explore les dimensions psychologiques du désir d'enfant, en s'appuyant sur la psychanalyse pour éclairer les motivations conscientes et inconscientes qui influencent la décision d'avoir un enfant.

Motivations Conscientes et Irrationnelles

Lorsqu'on interroge les gens sur les raisons d'avoir des enfants, les réponses sont variées. Raphaëlle Simon, auteure et mère de trois enfants, évoque « l’envie de se prolonger et de retrouver le visage aimé, l’envie de cueillir le fruit de l’amour, pour aimer encore plus et être aimé ». Elle reconnaît également une part d'irrationnel, une « force qui nous dépasse, une puissance de vie qui nous échappe ».

François et Magdeleine, parents de plusieurs enfants, témoignent d'une expérience similaire. Pour leur premier enfant, ils étaient « ultra-amoureux et [avaient] envie de voir à quoi ressemblerait le mélange de [leurs] deux ADN ». Cependant, après leur quatrième enfant, Magdeleine souhaitait s’en tenir là, malgré le désir de son mari d'une famille plus nombreuse. François a finalement fait le deuil d'une nouvelle naissance, réalisant « l’extraordinaire don d’avoir quatre enfants ». Contre toute attente, un autre enfant est arrivé neuf ans plus tard, illustrant comment « au bout d’un moment, l’acte sexuel ne suffit plus, l’enfant arrive comme un aboutissement ». Magdeleine a avoué avoir pensé que c’était « une folie » de tout recommencer à zéro, mais elle est aujourd'hui une maman comblée, soulignant que « de toute façon, on ne peut pas tout programmer ».

Évolution Sociale et Culturelle du Désir d'Enfant

Historiquement, la procréation était perçue comme une nécessité sociale et économique. Le sociologue Gérard Neyrand rappelle que « se marier était le passeport pour entrer dans la vie sexuelle » et « l’arrivée d’un bébé était quasi automatique ». Les enfants étaient vus comme une source de soutien pour les parents vieillissants.

Après la Révolution, l’individu est devenu la cellule de base de la société. Au XXe siècle, la réalisation de soi passe par la relation au conjoint et à l’enfant. Neyrand souligne que « l’enfant est devenu une norme obligatoire et généralisée de réalisation personnelle. La maternité est vécue comme une expérience irremplaçable, avec une dimension narcissique très forte, parfois inconsciente, du prolongement de soi, à travers l’enfant ».

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L’avènement de la contraception dans les années 1970 a marqué un tournant. La psychanalyste Joëlle Desjardins relève que cela a obligé chacun à se poser la question de son désir d’enfant, un changement majeur. Le refus de procréer est devenu une revendication sociale, remettant en question l’idée que nous sommes programmés pour donner la vie. Myriam Szejer, spécialiste de la naissance, confirme que « en tant que mammifères, nous sommes programmés génétiquement pour la survie de l’espèce », mais nuance en ajoutant que « nous sommes des mammifères revus par la parole, l’inconscient, l’éducation, l’histoire familiale et personnelle de chacun ». La parentalité est donc inscrite dans un modèle complexe, influencé par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Désirs Inconscients et Projet Parental

Le désir de faire famille, de s’enraciner sur plusieurs générations, est soumis à des aléas considérables. Joëlle Desjardins souligne que « la volonté d’enfanter est infiltrée de significations et de désirs inconscients qui se démarquent du programme officiel ». L’enfant qui vient au monde est « le fruit d’un bricolage imparfait » entre le souhait rationnel d’un couple et des désirs inconscients difficiles à nommer, liés à un manque ou un besoin à combler. On peut vouloir recréer l’enfant que l’on a été, pour réparer une carence affective ou s’acquitter d’une dette de vie envers sa propre mère.

Monique Bydlowski, psychiatre et psychanalyste spécialiste de la maternité, évoque ce « mouvement d’impulsion intérieure qui pousse la femme à vivre cette expérience ». Elle prévient les couples que « aussi amoureux soit-on, concevoir un enfant, c’est faire un pari sur l’avenir. Le conjugal et le parental sont deux pôles différents. Il n’y a aucune raison pour que les deux s’associent ». Elle estime qu'il faut être « dans le déni du monde extérieur » pour avoir un enfant. Myriam Szejer conclut que « dans le contexte actuel, faire un enfant peut être vu comme une transgression », tout en affirmant que « chaque naissance est un miracle ».

La Psychanalyse et la Fertilité

La psychanalyse offre une perspective unique sur la question de la fertilité. Elle invite à entendre les choses différemment du discours commun ou scientifique. La démarche clinique propose que chacun, poussé par une souffrance qui fait énigme, puisse consulter un clinicien et s’engager dans une psychothérapie ou une psychanalyse. La question de la parentalité est un moment charnière pour entamer une psychothérapie, permettant de démêler les blocages liés à la difficulté de concevoir un enfant. Ces difficultés sont singulières et peuvent être illustrées par des couples en PMA sans raison médicale apparente, ou par des couples ayant des difficultés à concevoir un deuxième enfant.

En psychanalyse, la relation mère-fille est essentielle dans la compréhension des mécanismes psychiques des femmes. La fertilité et la stérilité ont toujours été des sujets de discussion et de questionnement, surtout à l’heure où de plus en plus de femmes choisissent de ne pas avoir d’enfant. La peur de la stérilité reste présente, conduisant de nombreuses femmes à consulter pour apaiser leurs craintes.

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Dans son livre, Monique Bydlowski explique le concept de la dette de vie, un mécanisme inconscient où la fille a un devoir de gratitude envers sa mère pour le « cadeau de la vie ». Le premier enfant accomplit ce devoir et rembourse la dette de sa mère envers la mère de cette dernière. Cependant, pour certaines femmes, reconnaître cette dette est trop difficile, ce qui peut mener à un non-désir d’enfant, à une stérilité ou à des problèmes pendant la grossesse. Se voir mère, c’est s’identifier à sa propre mère, mais si cette image est perçue comme toute-puissante et dominante, l’identification devient impossible.

L’avortement peut être vécu comme une façon de tuer sa mère et de pouvoir devenir une femme à part entière. Avoir un enfant peut faire sentir à la femme qu’elle aime quelque chose en elle qui vient de sa mère, ce qui peut être insoutenable dans certaines situations. La stérilité serait alors une manifestation psychosomatique de l’entrave psychique vécue.

Le Complexe d’Œdipe et la Maternité

Le complexe d’Œdipe, selon Freud, est une fixation sexuelle envers le parent du sexe opposé et des sentiments de jalousie envers l’autre parent. Pour un garçon, la mère devient l’objet de désir et le père le rival à abattre. Chez les filles, le complexe d’Œdipe ressemble à celui des garçons, avec le désir d’obtenir un enfant du père et la mère devenant une rivale. L’adolescence des femmes ne se termine qu’au moment où elles deviennent mères elles-mêmes, où l’image maternelle rebascule vers celle de la mère tendre et soignante.

L’Œdipe joue un rôle important dans la maternité, tant au niveau des relations à la mère qu’au père. Beaucoup de réponses quant au désir d’enfant et à la stérilité peuvent se cacher dans ces relations. Bien que la stérilité et le désir d’enfant soient de grands sujets, la question n’est pas encore réglée. Tous les mécanismes évoqués sont inconscients et ne peuvent être modifiés qu’avec un travail d’analyse conséquent.

Désir d'Enfant et Identifications

Ahlem Benlacheheb explore les organisations psychopathologiques sous-jacentes au processus de maternité et au désir d’avoir un enfant. Les identifications jouent un rôle important dans la fécondation, le vécu, la grossesse et la naissance. Toute perturbation dans ce processus identificatoire affectera le rêve maternel pour une durée indéterminée. Pour que la femme évite toutes complications afin de tomber enceinte, elle doit faire le deuil de l’amour œdipien, ce qui lui permettra de se libérer de l’image du père dans sa relation avec son mari et éviter le risque de détruire le projet de l’enfant par l’interdit œdipien. Chaque tentative de faire une grossesse confrontera la femme à sa propre problématique et lui permettra la mise à nu et/ou la restauration de cette dernière.

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Le processus psychologique par lequel le sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme totalement ou partiellement sur le modèle de celui-ci. La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identifications. L’importance du terme assimilation, perçu comme une introjection de l’objet, est essentielle car il permet de reproduire la même chose sous forme de projection. Le sujet est condamné pour vivre à identifier et par conséquent à s’identifier, de la même façon qu’il est condamné à investir.

La mère constitue un pôle d’identification primaire et secondaire, objet de transformations, de métamorphoses et de bouleversements. L’identification du sexuel est plus sérieuse et moins conflictuelle. La place du père dans le désir maternel joue un rôle considérable dans l’évolution de la fille et ses positions par rapport à son père. Un père non reconnu par la mère ne joue pas son rôle de tiers séparateur, empêchant sa fille de s’identifier à cette image peu attrayante.

Freud mentionne que le désir d’enfant active le désir refoulé et infantile de posséder un pénis comme l’homme. Cette envie de pénis peut créer un complexe de masculinité. Il décrit aussi le cas de ces femmes qui ont un lien très fort avec leurs pères qui peuvent aller jusqu’à désirer avoir un enfant de leurs pères. Dolto affirme que le désir inconscient de procréer s’inscrit dans une volonté de re narcissisation de la femme et fait partie de sa jouissance, qu’elle soit en accord ou non avec ce désir.

Stérilité et Avortement : Perspectives Psychanalytiques

Le phénomène de la stérilité relève d’une incapacité à tomber enceinte malgré l’absence d’explication médicale. Pour la théorie qui considère que la stérilité est un symptôme hystérique, elle voit derrière le symptôme, un conflit que la stérilité résout par la suppression directe de l’enfant. La théorie psychosomatique rend compte d’une causalité psychique responsable d’un symptôme aléatoire. Pour Marty, les femmes stériles déchargent dans leur corps l’excès d’excitation produit par un conflit lié à leur histoire. Pour Pragier, le symptôme de la stérilité est intentionnel et répond directement au refus inconscient de procréer.

L’avortement est toujours un acte douloureux, grave et dangereux pour une femme qui laisse une trace psychique douloureuse même lorsqu’il a été décidé en pleine connaissance de cause. L’approche analytique du désir d’enfant et de ses avatars (avortement, infécondité, stérilité) fait référence au modèle hystérique du fonctionnement psychique.

Un suivi psychologique est essentiel non seulement pour les femmes qui sont actuellement dans le vif besoin d’un enfant, mais également pour les femmes enceintes qui souhaiteraient une prise en charge psychologique et une écoute bienveillante. En effet, la grossesse est parfois le seul moment où certains éléments du passé peuvent affluer et revenir en surface.

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