Le placenta, cet organe éphémère et vital, suscite de nombreuses interrogations quant à son origine et sa représentation à travers l'histoire. Cet article explore l'étymologie du mot « placenta », son iconographie potentielle dans l'Antiquité, et les significations culturelles qui lui sont associées.

Étymologie et Définition du Placenta

Le mot « placenta » trouve ses racines dans le latin, où il signifie « galette, gâteau », en raison de la forme de cet organe chez l'être humain. Cette origine latine est confirmée par un emprunt isolé de « placenta » au sens de « galette » datant de 1540. Le terme dérive également du grec ancien, où il désignait un « plat, en forme de plaque », reflétant ainsi son aspect aplati.

Sur le plan anatomique, le placenta est un organe transitoire qui se forme au début de la gestation chez les mammifères placentaires. Il est constitué de tissus d'origine embryonnaire (allanto-chorion) et maternelle (muqueuse utérine), et est relié au fœtus par le cordon ombilical. Durant toute la grossesse, le placenta apporte à l'embryon puis au fœtus l'eau, les nutriments et le dioxygène dont il a besoin. Le placenta permet également l'évacuation du dioxyde de carbone et des déchets métaboliques du fœtus, comme l'urée.

Représentations Anciennes du Placenta : Indices et Interprétations

La question de savoir si les anciens Grecs représentaient directement le placenta reste un sujet de débat. Deux figurines en terre cuite découvertes à Thasos, l’une votive, l’autre funéraire, suggèrent une possible figuration du placenta humain, bien que les organes internes du corps soient rarement représentés.

  • La Figue du Thesmophorion : Une figue en terre cuite trouvée dans le Thesmophorion de Thasos présente une extrémité ligneuse particulière qui pourrait évoquer un cordon ombilical entortillé. La forme générale de la figue, arrivée à maturité et commençant à s’ouvrir, rappelle la surface striée et veinée d’un placenta.

    Lire aussi: Comprendre le transit du bébé allaité

  • Le Groupe Miniature Funéraire : Un groupe miniature en terre cuite, découvert dans la tombe d’une petite fille du IVe siècle, comprend un objet rond et volumineux, caractérisé par des sillons et un « nombril ». Cet objet pourrait être interprété comme un gâteau ou un pain, mais sa surface striée et son « nombril » évoquent également la surface intensément vascularisée d’un placenta humain.

Ces objets, issus de contextes différents (votif et funéraire), ouvrent de nouvelles perspectives sur la manière dont les anciens utilisaient des métaphores imagées pour évoquer la fertilité, la régénération, la nourriture primitive et cultivée, et la mise au monde de nouveaux citoyens.

Cependant, il est important de noter que, dans un monde où la dissection du corps humain était rare, la connaissance de l’intérieur du corps se faisait principalement par comparaison avec les animaux. Le placenta était le seul « organe » interne visible, uniquement par les femmes, sages-femmes, et quelques médecins. Son absence des listes d’offrandes dédiées aux divinités guérisseuses pourrait s’expliquer par le fait qu’il ne s’agit pas d’un organe à soigner.

La Figue : Métaphore de la Fertilité et de la Nutrition

Dans l’Antiquité, la figue était étroitement associée à l’idée de génération et de valeur nourricière. Sa sève blanche était assimilée au lait maternel, et le fruit lui-même était associé au sexe de la femme. Aristophane utilisait fréquemment des allusions aux figues et aux fruits pour désigner les jeunes filles.

La figue, considérée comme le premier composant de la nourriture civilisée, était censée subir une sorte de cuisson sous l’effet du soleil et de l’humidité, à l’image du fœtus qui cuit comme un fruit à l’intérieur de l’utérus. Ainsi, la figue était au monde végétal ce que le porc ou le sanglier étaient au monde animal : un puissant symbole de la génération et de la fécondité.

Lire aussi: Tout savoir sur l'absence de règles

Le Placenta : Un Organe Unique et Polyvalent

Le placenta est un organe unique qui connecte physiquement et biologiquement l'embryon en développement à la paroi utérine. Durant toute la grossesse, il apporte à l'embryon puis au fœtus l'eau, les nutriments et le dioxygène dont il a besoin. C'est le placenta qui définit les « euthériens » (ou mammifères placentaires) : ils développent un placenta pendant la grossesse, plus ou moins complexe selon les espèces (dont l'être humain).

Le placenta est un tissu d'origine fœtale, mais qui se fond en partie avec une partie du tissu maternel de l'endomètre. C'est un organe éphémère qui durant 9 mois se développe, dès la nidation du blastocyste dans l'utérus jusqu'à son expulsion naturelle, dans les 15 à 30 minutes suivant la naissance.

Importance Culturelle et Rituels Autour du Placenta

De nombreuses cultures à travers le monde ont accordé une grande importance au placenta, le considérant comme un organe sacré, presque magique, qui lie le monde matériel et spirituel. Dans certaines traditions, le placenta est vu comme un être vivant, une entité qui a sa propre âme.

Dans plusieurs cultures, le placenta est enterré après la naissance dans un acte symbolique. Ce rituel sert à honorer le placenta et à établir un lien avec la terre, la nature et la famille. Par exemple, chez les Māori en Nouvelle-Zélande, le placenta est parfois enterré dans un endroit sacré, symbolisant le retour à la terre et la continuité de la vie. En Afrique, certaines tribus réalisent des cérémonies rituelles où l’inhumation du placenta est un acte de respect envers la vie et la fertilité.

Dans d’autres cultures, le placenta est gardé, parfois séché ou préparé de manière spéciale, comme un talisman protecteur. Dans certaines traditions spirituelles, le placenta est vu comme une forme de « cordon de vie » entre la mère et l’enfant. Après la naissance, il peut être l’objet d’une cérémonie pour honorer le lien spécial et indivisible entre la mère et son bébé.

Lire aussi: Enjeux contemporains de la maternelle

La Placentophagie : Pratiques Animales et Humaines

La placentophagie, ou consommation du placenta, est une pratique courante chez les mammifères, y compris les herbivores. Les raisons de ce comportement incluent la récupération de protéines, de fer et d'autres oligoéléments, la prévention de l'attraction des prédateurs, et la stimulation de la rétractation post-partum de l'utérus et de la montée laiteuse.

Chez les humains, la placentophagie est a priori très rare, et elle l'est sans doute depuis longtemps, peut-être parce que spontanément associée au tabou du cannibalisme. Cependant, certaines cultures ont pratiqué la placentophagie rituellement, ou utilisé le placenta à des fins médicinales.

  • Usages Traditionnels : En médecine chinoise, le placenta est traditionnellement utilisé comme aphrodisiaque. Dans certaines tribus du Soudan, la placentophagie était pratiquée au moins jusqu'à la fin du XIXe siècle.

  • Anecdotes et Témoignages : Au début du XXe siècle, un médecin français expliquait qu'un extrait de placenta de mouton pouvait doper la lactation chez des femmes ne produisant pas de lait. Une infirmière et sage-femme américaine a témoigné que la consommation de son propre placenta après son second accouchement a amélioré sa peau et ses cheveux, a prolongé la sensation de plénitude due à la grossesse, a favorisé ses montées de lait et entretenu une euphorie postnatale.

tags: #depuis #quand #date #l'apparition #du #mot

Articles populaires: