Le déni de grossesse est un phénomène complexe et souvent mal compris, où une femme est enceinte sans en être consciente. Cette condition peut avoir des implications significatives pour la mère et l'enfant, soulignant l'importance d'une meilleure compréhension et d'une prise en charge appropriée.
Qu'est-ce qu'un Déni de Grossesse?
Un déni de grossesse se définit comme une situation où une femme est enceinte sans le savoir. Le Planning Familial souligne que cela signifie être enceinte sans le savoir, découvrant la grossesse tardivement. On distingue deux types principaux :
- Déni de grossesse partiel: La femme prend conscience de sa grossesse après le premier trimestre, généralement après la 14e semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La future mère prend conscience de son état de manière tardive, souvent lors d'une consultation médicale ou d'un examen.
- Déni de grossesse total: La femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant, représentant environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français.
Si une femme découvre qu'elle est enceinte avant la quatorzième semaine d'aménorrhée (environ trois mois de grossesse), il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène du déni est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée. Le caractère tardif du déni de grossesse est important car, en France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'est légale que jusqu'à la 14e semaine d'aménorrhée.
Selon le CHU de Lille, près de 1 500 à 3 000 femmes sont touchées chaque année par le déni de grossesse. L'ovulation, la fécondation et le développement de l’embryon se déroulent sans que la femme n’en ait conscience, et ce phénomène reste difficile à expliquer.
Causes Possibles du Déni de Grossesse
Le déni de grossesse est souvent un mécanisme de défense inconscient. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ce phénomène :
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- Croyance en l'impossibilité d'être enceinte: Cela peut survenir suite à une annonce d’infertilité (qui n’est en fait jamais vraiment sûre à 100 %), parce que la personne était préoccupée par autre chose, suite à une agression sexuelle ou encore parce que la personne prenait une contraception en pensant qu’il n’y avait aucun risque (là encore, il n’y a jamais une fiabilité à 100 %).
- Contraception hormonale: La plupart du temps, les dénis de grossesse surviennent pour des personnes qui prennent la pilule (ou une autre contraception hormonale), avec une semaine d’arrêt par mois pendant laquelle elles ont « leurs règles ». Ces "règles" sont plutôt ce qu'on appelle des saignements de privation. Ces saignements de privation de la pilule peuvent, contrairement aux règles, continuer même si une grossesse a commencé. Aucune méthode contraceptive n’est totalement fiable, même la pilule ou le stérilet. Le risque de grossesse existe, surtout si la contraception est mal prise (oubli de pilule) ou mal posée (stérilet déplacé). La pilule provoque des saignements artificiels, que certaines femmes peuvent confondre avec des règles normales.
- Facteurs psychologiques: Des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense. Les facteurs qui peuvent provoquer un déni de grossesse peuvent être : l’ambivalence du désir d’enfant, le rapport au corps, des éventuels traumatismes passés ou actuels, des conflits psychiques non résolus, etc.
Symptômes et Signes du Déni de Grossesse
Il n'existe pas de symptômes spécifiques du déni de grossesse. Le premier élément qu’on observe dans une situation de déni de grossesse, c’est que la personne ne s’est même pas posé la question de savoir si elle pouvait être enceinte, si elle pouvait attendre un bébé.
Cependant, certains signes peuvent être absents ou interprétés différemment :
- Absence de retard de règles ou saignements irréguliers: Le retard de règles est généralement le premier signe qu’on surveille en cas de doute sur un risque de grossesse. En l’absence de contraception, ces saignements proviennent généralement du col de l’utérus, qui peut saigner un peu de temps en temps pendant la grossesse, sans que ce soit grave. Il serait donc possible de confondre ces saignements avec des règles, même s’ils sont moins importants en quantité. Une femme peut tout à fait avoir des « fausses » règles, d’autant plus si ses cycles menstruels sont irréguliers ou qu’elle est sous contraception hormonale. Des saignements de début de grossesse peuvent également être observés et confondus avec des règles.
- Absence de prise de poids ou de modification de la silhouette: Il est possible que la grossesse ne se voit absolument pas au cours des neuf mois complets de grossesse. L’une des caractéristiques étonnantes du déni de grossesse est l’absence d’augmentation du périmètre abdominal, ou une augmentation très modérée. Parfois seule un petit bombement abdominal est perceptible et peut donc facilement passer inaperçu. De plus, on remarque généralement aucune variation du poids.
- Absence de nausées ou autres symptômes de grossesse: Une personne qui fait un déni ne ressent généralement pas - ou très peu - les premiers symptômes de la grossesse : douleurs, nausées, prise de poids, modification de la forme du ventre…
- Absence de perception des mouvements fœtaux: Les mouvements du fœtus peuvent être ressentis par une femme enceinte à partir de la 20e semaine de grossesse. L’un des autres signes caractéristiques du déni de grossesse est la non-perception ou la non identification des mouvements fœtaux.
Diagnostic du Déni de Grossesse
Dans tous les cas, le meilleur moyen de s’en assurer est de faire un test de grossesse au bon moment. Faire un déni de grossesse, c'est ne pas savoir. Autrement dit : à partir du moment où on se pose la question « est-ce que je suis enceint-e ? » : c’est qu’on n’est pas en train de faire un déni de grossesse.
Une réponse simple et rapide consiste à réaliser un test de grossesse. En effet, ce dernier sera toujours positif en cas de grossesse, même dans le cadre d’un déni de grossesse. Idéalement, il faudrait réaliser une échographie abdominale dès qu’une patiente se plaint de douleurs abdominales. En effet, si les symptômes peuvent vous tromper, l’imagerie, elle, ne peut dissimuler une grossesse. Ainsi, lors d’un examen de routine chez votre médecin ou gynéco, avec une échographie ou une prise de sang, la femme peut se rendre compte qu’elle est enceinte.
Prise en Charge du Déni de Grossesse
La prise en charge d'un déni de grossesse dépend du moment où il est découvert et des circonstances entourant la situation.
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- Prise en charge médicale: Dès que la grossesse est découverte, une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.).
- Prise en charge psychologique: Un déni de grossesse peut avoir des répercussions psychologiques importantes, que la femme en ait pris conscience avant ou après l'accouchement. Le déni est souvent lié à des mécanismes de défense inconscients. Après un déni de grossesse, un accompagnement psychologique est souvent recommandé. Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur. L’accompagnement psychologique n’est pas systématique, mais il est souvent proposé par les médecins ou gynécologues qui détectent un besoin de suivi émotionnel chez la femme. Lorsque c’est possible, l’accompagnement par un psychologue spécialiste de la périnatalité est bénéfique pour favoriser l’adaptation à la parentalité et préparer le post-partum.
- Soutien social: Si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté.
Après la levée d’un déni partiel de grossesse, le corps de la future mère se métamorphose au fil des heures suivant l’annonce. En revanche, en cas de déni total, ceux sont les fortes douleurs abdominales générées par le travail qui poussent la patiente à consulter en urgence.
Lorsque la femme découvre sa grossesse au cours des neuf mois, les conséquences pour le fœtus sont le plus souvent beaucoup moins graves. En revanche, les conséquences psychologiques pour la femme enceinte peuvent être importantes (confusion, incrédulité, refus, agressivité, sidération…). Certaines acceptent rapidement la situation, d’autres refusent de voir la réalité. Des cas d’abandons d’enfants sont ainsi signalés, après un déni partiel ou total, lorsque la femme n’a pas réussi à admettre l’idée de sa grossesse.
Après l’accouchement, un séjour long dans le service de suite de couches est recommandé, et l’intégration dans une unité de parentalité, un suivi psychologique ambulatoire, ou un module d’hospitalisation à domicile peuvent être proposés afin de favoriser le tissage des liens mère-bébé, en complément du suivi au centre de protection maternelle et infantile (PMI).
Risques et Complications Potentielles
Une grossesse qui se déroule sans en avoir conscience pose question. En effet, les diverses réactions du corps lors d’une grossesse sont présentes pour permettre à la mère et à l’enfant à naître d’être tous les deux en bonne santé. Le premier risque réside dans les habitudes de la femme. Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grossesse implique généralement une modification de certains rituels quotidiens. Arrêt de la cigarette, arrêt de l’alcool, adaptation médicamenteuse, modification de l’alimentation… il est facile de s’adapter quand on a conscience qu’un fœtus est en train de se développer dans son ventre.
Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Cela peut engendrer des répercussions physiques sur la femme et sur l’enfant sur le domaine médical et psychologique, allant d’une normalité à une pathologie gravissime. Aucun suivi médical n’a été réalisé, ce qui signifie qu’aucun examen n’est à jour.
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- Pour la mère: Risque accru de complications liées à l'accouchement, choc psychologique, difficultés d'attachement au bébé, risque de dépression post-partum.
- Pour le bébé: Risque accru de prématurité, faible poids à la naissance, complications néonatales, voire mortalité périnatale. Selon la psychiatre du CHU de Grenoble Annie Poizat, les femmes sont peu demandeuses de suivi. Elle dit que “ce n’est pas le déni qui va être le motif de la demande, mais cela va être autre chose, par exemple une fragilité quelconque”. Il faut savoir qu’un bébé né d’un déni de grossesse n’a pas de retard sur sa croissance. Mais le déni de grossesse peut exposer l’enfant à des complications telles que l’augmentation du risque de prématurité chez l’enfant, un faible poids à la naissance qui est souvent inférieur à 2,5kg, un retard de croissance intra-utérin qui s’est normalisé à l’âge de 9 mois. Mais également le taux de mortalité périnatale* atteint les 5 %.
Déni de Grossesse: Un Phénomène Méconnu
Le déni de grossesse est un phénomène méconnu pour lequel les hypothèses psychopathologiques et les modalités de prise en charge ne font pas consensus. L’absence de facteurs de risque spécifiques identifiés limite la possibilité de mettre en place des stratégies de prévention. Les représentations erronées du déni de grossesse, ainsi que le manque de formation du personnel médical à son dépistage, participent aux difficultés de prévention primaire et secondaire. Pourtant, les conséquences maternelles, fœtales et néonatales du déni de grossesse peuvent s’avérer dramatiques, et doivent être prévenues.
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