La période post-partum représente une phase cruciale dans la vie d'une femme et de son enfant. Un accompagnement adéquat et un suivi personnalisé sont essentiels pour assurer le bien-être de la mère, favoriser le développement optimal de l'enfant et prévenir d'éventuelles complications. Cet article explore les recommandations et les démarches de soins post-partum, en mettant l'accent sur l'importance d'un parcours coordonné et centré sur les besoins de la famille.
Contexte et Constats
Le Parcours Périnatal : De la Grossesse au Post-Partum
La santé périnatale constitue un enjeu de santé publique majeur. La grossesse est une période de fragilité qui nécessite une attention particulière de la part des professionnels de santé. Le parcours périnatal est jalonné de rendez-vous pour la surveillance médicale de la grossesse et des suites de l'accouchement, conformément à l'article L. 2122-1 du code de la santé publique.
Depuis de nombreuses années, la Haute Autorité de santé (HAS) émet des recommandations de bonne pratique concernant le suivi des femmes enceintes, la préparation à la naissance et à la parentalité, ainsi que les conditions et l'organisation du retour à domicile des mères et de leurs nouveau-nés à la sortie de maternité.
Le parcours « classique » comporte en anténatal :
- 7 consultations prénatales obligatoires, dont la première avant la fin du troisième mois de grossesse, effectuées par un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) ou une sage-femme, en libéral, dans un établissement de santé ou dans un centre de protection maternelle et infantile (PMI).
- 3 échographies recommandées (1 par trimestre).
- 1 entretien prénatal précoce (EPP), obligatoire depuis le 1er mai 2020, réalisé par un médecin ou une sage-femme dès que la déclaration de grossesse est effectuée.
- 1 bilan de prévention prénatal proposé et réalisé par une sage-femme si possible avant la 24e semaine d'aménorrhée (mis en place depuis 02/2019).
- 1 bilan bucco-dentaire.
- 1 consultation d'anesthésie obligatoire.
- Des bilans sanguins mensuels.
- 7 séances de préparation à la naissance et à la parentalité.
Le parcours post-natal après le retour à domicile comporte :
Lire aussi: Guide complet congé maternité
- La possibilité de visites à domicile par une sage-femme à la sortie de la maternité : en cas de sortie précoce, ces visites sont organisées dans le cadre du dispositif PRADO maternité.
- La possibilité de 2 séances de suivi post-natales par une sage-femme en cas de besoin, entre J8 et la consultation post-natale obligatoire (peu utilisées actuellement).
- Une consultation post-natale obligatoire 6 à 8 semaines après l'accouchement.
- Des séances de rééducation périnéale et abdominale post-accouchement.
- Pour l'enfant : 11 examens obligatoires au cours de la première année de vie, dont 6 avant 4 mois.
- Création de l'entretien postnatal précoce obligatoire, depuis le 1er juillet 2022 : avec un entretien 4 à 8 semaines après l'accouchement et, pour les femmes primipares ou ayant des facteurs de risque de dépression du post-partum, un second entretien est proposé 10 à 14 semaines après l'accouchement.
En prénatal comme en post-natal, et outre le PRADO maternité en cas de sortie précoce, des visites à domicile sont possibles selon les besoins (en post-natal, prise en charge à 100 % jusqu'à J12).
La femme enceinte bénéficie d'une prise en charge à 100 % avec dispense d'avance de frais (tiers payant) au titre de l'assurance maternité pour :
- Les examens obligatoires liés à la grossesse et ce dès la déclaration de grossesse : examens prénataux et postnataux obligatoires, bilans prénataux obligatoires ou selon des facteurs de risque, entretien prénatal précoce et sept séances de préparation à la naissance et à la parentalité.
- L'ensemble des frais médicaux en lien ou non avec sa grossesse, du 1er jour du 6e mois de grossesse jusqu'au 12e jour après la date de l'accouchement.
La HAS distingue le suivi et l'orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque identifiées, avec une gradation du suivi. La préexistence ou l'apparition de facteurs de risque peuvent intensifier le suivi.
Tout au long de la grossesse et selon les besoins de la femme enceinte, le médecin ou la sage-femme peuvent orienter la femme vers d'autres professionnels pour des raisons médicales, psychologiques ou sociales.
L'enquête nationale périnatale de 2016 révèle la diversité des professionnels rencontrés par la femme au cours de sa grossesse. Pour la moitié des grossesses, le principal responsable du suivi prénatal reste un gynécologue-obstétricien en ville. Les sages-femmes jouent un rôle majeur dans le suivi des six premiers mois de la grossesse sans complications. L'entretien prénatal précoce (EPP) est essentiellement réalisé par une sage-femme, faisant de ce professionnel un acteur de première ligne dans le repérage des situations de précarité et des risques psycho-sociaux.
Lire aussi: La Démarche Écolo Crèche : définition et enjeux
Certains parcours en périnatalité peuvent s'avérer complexes, en particulier au moment de la transition ante et post-natal. La femme enceinte peut se trouver en difficulté pour trouver l'interlocuteur adéquat, ce qui peut être source d'incertitudes et augmenter le risque de rupture du parcours de soins.
Un Parcours Périnatal Cloisonné et les Vulnérabilités
La grossesse est un moment où les vulnérabilités médico-psycho-sociales peuvent apparaître ou être exacerbées, entraînant des ruptures du parcours périnatalité et/ou un recours accru aux urgences.
En 2014, la Commission nationale de la naissance et de la santé de l'enfant a souligné les difficultés des femmes à s'orienter et à organiser leur suivi de grossesse, difficultés majorées par des événements de vie entraînant des ruptures.
L'enquête nationale périnatale (2016) met en évidence l'existence de facteurs de risque pour la santé de la mère et de l'enfant, tant sur le plan socio-économique que sur celui des déterminants de la santé.
- Les complications médicales liées à la grossesse peuvent être à l'origine de situations difficiles.
- La permanence de comportements défavorables à la santé de l'enfant à naître est observée chez un nombre important de femmes enceintes.
- Un autre facteur de vulnérabilité est lié au contexte socio-économique des ménages, notamment leur situation au regard de l'emploi et du logement.
- Une santé mentale dégradée et peu prise en compte est un autre facteur de risque.
- La période de la grossesse et la période périnatale constituent des situations à risque notable de violences au sein du couple.
Ces facteurs de fragilités sont souvent cumulatifs et peuvent entraîner des complications importantes chez les femmes qui y sont confrontées et sur l'enfant à naître.
Lire aussi: Appliquer la démarche de soins en IFSI
L'ENP 2016 a mis en évidence que des facteurs de risque médicaux sont plus fréquemment identifiés chez les femmes vivant dans un ménage dont aucun des deux partenaires n'a d'emploi. Malgré ces facteurs de risque, près de 30 % d'entre elles ont eu moins des huit consultations prénatales recommandées par la HAS et ces femmes étaient plus souvent hospitalisées pendant leur grossesse.
Après l'accouchement, la dépression du post-partum est une pathologie fréquente et sous-diagnostiquée, qui peut entraîner des effets potentiellement graves sur la mère et l'enfant.
La crise sanitaire liée à la Covid-19 a mis en exergue l'attention particulière à porter à la continuité du suivi des femmes enceintes et du suivi postnatal.
Au regard des différents rapports et suivi des indicateurs périnataux, le repérage des facteurs de risque et situations de vulnérabilité est à renforcer afin d'agir précocement et de limiter le renoncement aux soins et les ruptures de parcours.
La prise en charge spécifique et la continuité du suivi pré et post-natal de ces femmes et de leur entourage proche apparaissent donc primordiales.
Nécessité d'un Accompagnement Renforcé et d'une Coordination Améliorée
La grossesse est un moment révélateur de vulnérabilités. Le Plan Priorité Prévention a comme premier objectif la grossesse en pleine santé et les 1 000 premiers jours garants de la suite. Le référent parcours périnatalité vise à permettre un accompagnement personnalisé et gradué et à renforcer la continuité du suivi ante et post-natal afin de proposer un parcours décloisonné, cohérent et coordonné, centré sur les besoins de la femme, du couple et de l'enfant.
La feuille de route gouvernementale des « 1 000 premiers jours » a fait du renforcement du parcours des 1 000 premiers jours l'un de ses piliers.
Ce parcours est construit autour de trois moments clés :
- L'entretien prénatal précoce (EPP) au 4e mois de grossesse : temps d'écoute privilégié permettant d'aborder et de repérer notamment les éléments de l'environnement de vie de la femme/du couple, les antécédents de la femme, familiaux, l'isolement social/familial/professionnel ou encore les facteurs de risque dans le champ des addictions et de la santé mentale. Cet entretien, devenu obligatoire depuis…
Suivi Post-Partum : Recommandations Clés
Suivi Médical Indispensable
Après l’accouchement, chaque femme bénéficie d’un suivi médical pour vérifier qu’elle récupère bien physiquement, et aussi mentalement. Ce suivi comprend :
- Un entretien post-natal précoce : Cet entretien obligatoire doit avoir lieu entre la 4ème et la 8ème semaine après l’accouchement, réalisé avec le médecin traitant, une sage-femme ou un gynécologue. Il permet de faire le point sur ce qu’on ressent depuis la naissance et de repérer les éventuels premiers signes d’une dépression post-partum.
- Une consultation médicale post-natale : Cette consultation obligatoire doit avoir lieu entre la 6ème et la 8ème semaine après l’accouchement, réalisée avec le médecin traitant, une sage-femme ou un gynécologue.
L'Importance du Soutien et du Repos
Pour récupérer de la grossesse et de l’accouchement, et de tous les chamboulements qui vont avec l’arrivée d’un bébé, toutes les mamans ont surtout besoin de repos et de soutien. Il est conseillé de faire des siestes dès que cela est possible, par exemple pendant que bébé dort, et de ne pas hésiter à demander de l’aide aux personnes qui entourent la nouvelle maman. Il ne faut pas hésiter à consulter le médecin ou la sage-femme en dehors des consultations proposées si le besoin s'en fait sentir.
Les Visites à Domicile par une Sage-Femme
En France, le suivi postnatal par une sage-femme est fortement recommandé. Les femmes ayant accouché peuvent bénéficier de consultations postnatales à domicile. Les premiers jours après l’accouchement sont marqués par de nombreux changements physiques et émotionnels. Une sage-femme à domicile joue un rôle clé en s’assurant que la maman se rétablit bien et que le bébé grandit dans de bonnes conditions.
Le suivi du bébé inclut la surveillance de son poids, de son alimentation (allaitement ou biberon), et de son développement général. La rééducation périnéale est essentielle après un accouchement pour renforcer les muscles sollicités durant la grossesse et la naissance. L’allaitement peut être source de questionnements, voire de difficultés. Au-delà des aspects médicaux, la sage-femme offre un soutien émotionnel précieux.
La première visite de la sage-femme a lieu dans les 24 à 48 heures suivant le retour à domicile. En général, plusieurs visites sont prévues dans les jours ou semaines suivant l’accouchement. Leur fréquence dépend de l’état de santé de la maman et du bébé, ainsi que des besoins spécifiques identifiés par la sage-femme.
Rééducation Périnéale et Abdominale
Après un accouchement, la rééducation du périnée est souvent nécessaire pour retrouver tonicité et confort. En France, l’Assurance Maladie prend en charge cette rééducation. En général, 12 séances de rééducation périnéale sont remboursées à 100 % sur prescription médicale. Ces séances peuvent être réalisées chez une sage-femme, un kinésithérapeute ou une masseuse-kinésithérapeute spécialisée. Il est important de commencer cette rééducation dès que votre professionnel de santé vous le conseille, pour prévenir les troubles urinaires ou les problèmes de descente d’organes.
De même, des séances de rééducation abdominale peuvent être prescrites si nécessaire.
Accompagnement et Soutien Emotionnel
Le manque de soutien de la maman après la sortie de la maternité constitue un facteur de risque de la dépression du post-partum. Par conséquent, les visites de la sage-femme, l’aide de l’entourage et le congé paternité, revêtent une importance majeure. Multiplier le peau à peau avec le nouveau-né peut faciliter la mise en place de l’allaitement, créer un lien solide avec l’enfant et apaiser le stress. Il est essentiel de prendre soin de soi et de dormir en même temps que son enfant.
Depuis le 1er juillet 2022, et sur recommandation de la Haute autorité de santé, toutes les mères doivent bénéficier d’un entretien postnatal.
Surveillance Médicale du Nouveau-Né
Tout au long de la grossesse, les médecins surveillent attentivement la santé et le développement du bébé. En salle de travail, et durant toute la période postnatale, ce suivi médical se poursuit. En favorisant le peau à peau dès la naissance, les soignants souhaitent favoriser une transition douce. Ce moment suspendu leur permet de réaliser un examen complet, et de contrôler l’absence d’anormalités cliniques.
Après la naissance, le personnel soignant procède à un dépistage néonatal, dans le cadre d’un programme national de santé publique. Ce dépistage néonatal est effectué à partir d’une simple goutte de sang recueillie sur du papier buvard. Il permet de rechercher 5 maladies rares, graves, et essentiellement génétiques (la phénylcétonurie, l’hyperplasie congénitale des surrénales, l’hypothyroïdie congénitale, la drépanocytose et la mucoviscidose).
Durant les premiers jours, les soins du cordon ombilical de bébé sont essentiels. Ils doivent être prodigués avec soin, jusqu’à la tombée du cordon (au cours de sa deuxième semaine de vie), et un peu après. Les parents doivent apprendre à nourrir leur bébé, afin de subvenir à tous ses besoins nutritionnels. Les médecins quant à eux veillent à la croissance du jeune enfant, et surveillent une éventuelle perte de poids.
Les Démarches Administratives Essentielles
Accueillir un enfant au sein de la famille constitue un véritable tournant pour les parents. Ces derniers doivent apprendre à répondre aux besoins de leur bébé. Après l’accouchement, la première chose à faire consiste à déclarer la naissance de l’enfant à l’état civil. Cette démarche administrative doit impérativement être réalisée dans les 5 jours qui suivent la naissance. Certaines maternités ont mis en place des permanences en interne, permettant de déclarer la naissance au sein de leurs locaux. Le cas échéant, la déclaration de naissance doit se faire au service état civil de la mairie. L’acte de naissance du bébé est un document indispensable pour réaliser toutes les autres démarches administratives obligatoires.
Une fois obtenu, les parents doivent déclarer la naissance de leur petit protégé auprès des organismes de santé. Pour couvrir les frais de santé de votre bébé, il suffit de repérer l’onglet « Déclarer un changement de situation » et de cliquer sur « Naissance de mon enfant ». Après avoir téléchargé l’acte de naissance et finalisé l’inscription, le bébé bénéficie d’une Sécurité sociale. Il est alors rattaché à la carte vitale de ses parents.
Après la caisse d’assurance maladie et la mutuelle, c’est au tour de la caisse d’allocations familiales d’être informée de l’arrivée de bébé. Il s’agit d’un organisme phare durant les premières années de vie de bébé. Il faut cliquer sur l’onglet « Déclarer une naissance », et se laisser guider. Si vous n’êtes pas allocataires, vous devez adresser l’acte de naissance du bébé et la déclaration de changement de situation par courrier.
Au cours de leur grossesse, les futures mères sont amenées à prévenir leur employeur de l’heureux événement. Elles peuvent ainsi bénéficier d’un congé maternité bien mérité. En fin de grossesse, c’est au tour des pères de prendre rendez-vous avec leur employeur pour annoncer l’arrivée de bébé. Enfin, les parents bénéficient de trois jours obligatoires de congé de naissance.
La déclaration de naissance auprès des impôts compte aussi parmi les démarches administratives incontournables. En effet, l’arrivée d’un enfant dans une famille modifie le nombre de parts fiscales. Cette démarche peut s’effectuer directement sur le site des impôts, dans la rubrique « Déclarer un changement ».
tags: #démarche #de #soins #post #partum #recommandations
