Delphine Horvilleur est une figure marquante du judaïsme libéral français, reconnue comme essayiste, femme rabbin et intellectuelle. Son œuvre explore les zones sensibles de l'identité, du langage et de la transmission, la plaçant au cœur des réflexions contemporaines.

Un nouvel essai sur la mort et l'enfance

Le 2 avril, Delphine Horvilleur a publié "Euh… Comment parler de la mort aux enfants", un essai qui aborde un sujet délicat et intime : comment aborder la question de la mort avec les plus jeunes lorsqu'ils y sont confrontés. Loin d'imposer des dogmes ou des recettes, l'auteure propose des repères pour aider ceux qui se retrouvent démunis face à la perte. Elle y explore l'incapacité du langage à saisir l'irréversible, offrant ainsi une perspective douce et profonde sur un sujet souvent tabou.

Horvilleur souligne d'emblée que son livre n'est pas un mode d'emploi. Elle y aborde la portée politique des récits, rappelant, lors d'une interview sur France Inter en mars, la nécessité de s'interroger sur les narratifs qui conduisent une génération à la violence. Elle admet elle-même "perdre les mots", mais son livre est une tentative de les faire revenir, car dans les moments de deuil, les enfants se tournent vers les adultes.

Une œuvre ancrée dans la tradition et ouverte sur la modernité

Delphine Horvilleur n'en est pas à son premier ouvrage. De "En tenue d’Ève" (2013) à "Réflexions sur la question antisémite" (2019), elle interroge la tradition juive en dialogue avec la société contemporaine. Son livre "Vivre avec nos morts" (2021) a rencontré un large public, salué pour sa douceur et sa profondeur. Il explore le lien entre accompagnement spirituel et récit personnel. La série "Le sens des choses", librement inspirée de "Vivre avec nos morts", a été présentée à Series Mania, témoignant de l'impact de son œuvre.

Dans "Vivre avec nos morts", Delphine Horvilleur raconte comment elle accompagne les mourants et leurs familles sur le chemin de la consolation. Elle y mêle histoires d'anonymes et de personnalités, réflexions sur les textes sacrés et souvenirs personnels. Elle décrit comment son métier de rabbin, au contact quotidien de la mort, l'a endurcie tout en lui apportant un courant de vie.

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L'accompagnement des mourants et des familles en deuil

En tant que femme rabbin, Delphine Horvilleur accompagne les mourants jusqu'à leurs derniers instants, console les endeuillés et prend la parole lors des enterrements. Elle explique qu'avant chaque cérémonie, elle s'entretient avec l'entourage du défunt pour comprendre qui elle accompagne et de quoi les personnes ont besoin. Elle raconte l'histoire du fils de Sarah, une survivante de la Shoah, qui lui a demandé de célébrer les obsèques de sa mère, illustrant ainsi son rôle de passeur de mémoire et de consolateur.

Elle se souvient d'un enterrement où elle est restée impassible, incarnant le rabbin, jusqu'à ce qu'un homme lui dise : "Cela a dû être difficile pour vous." Ces mots ont fait tomber le masque et elle a éclaté en sanglots, la femme remplaçant le rabbin. Cette expérience l'a amenée à réfléchir sur son rôle et sur la nécessité d'assumer sa propre vulnérabilité.

La pandémie et la mort : un rappel de notre condition humaine

La pandémie a bouleversé les rites funéraires, rappelle Delphine Horvilleur. Elle souligne que de nombreuses personnes n'ont pas pu accompagner leurs proches et ont laissé des personnes âgées mourir seules. Pour elle, la crise sanitaire nous a rappelé que la mort est toujours présente et que nous avons besoin d'histoires collectives et personnelles pour nous relever. Elle aspire à être une conteuse, car elle croit que l'histoire que l'on raconte peut être la clé du salut pour les endeuillés.

La solitude et la peur : les défis d'une identité juive en France

Delphine Horvilleur a souvent ressenti la solitude en tant que juive en France. Elle se souvient de la manifestation en mémoire d'Ilan Halimi, où elle a pris conscience de cette solitude. La tuerie de Toulouse et les attentats de 2015 ont également été des moments de choc et de prise de conscience. Elle raconte une anecdote où, dans un taxi avec sa fille, elle lui a demandé de se taire lorsqu'elle a dit qu'elles allaient à la synagogue, illustrant ainsi la peur et la nécessité de se protéger.

Elle dénonce les théories complotistes et l'antisémitisme, qu'elle considère comme des formes de déresponsabilisation. Elle insiste sur la nécessité de redevenir acteur de son propre destin et de ne pas se laisser définir par ce qui nous est arrivé.

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L'importance de l'écoute et de l'altérité

Pour Delphine Horvilleur, "bien écouter, c’est savoir que l’on sera dans le malentendu". Elle souligne que dans une vraie écoute, il faut être conscient que quelque chose dans le langage de l'interlocuteur nous échappe. Elle a été ordonnée rabbin en 2008 et exerce au sein du MJLF (Mouvement juif libéral de France). Elle a été étudiante en médecine en Israël, journaliste à France 2, puis femme rabbin attachée à la laïcité. L'écoute des autres est au cœur de ses choix.

La fragilité de la vie et la force de la légèreté

Delphine Horvilleur se dévoile dans ses écrits, parlant de ses amitiés, de ses doutes et de ses peurs. Elle évoque Ariane, une amie gravement malade, qu'elle a accompagnée comme amie et comme rabbin. Elle conserve le sens de l'humour et le goût des jeux de mots, même lorsqu'elle aborde des sujets graves. Elle revendique la superficialité et la légèreté comme des ressources essentielles pour exercer son métier. Elle croit à la variété, aux comédies à la télévision, au shopping et à la question de ce qui se passe après la mort.

Fidélité et infidélité : un équilibre nécessaire

Delphine Horvilleur ne cherche plus à convaincre les orthodoxes de son camp. Elle a écrit la préface de "Jésus et Judas" d'Amos Oz, où elle fait l'éloge de la trahison par rapport à la tradition. Pour elle, les grands hommes sont ceux qui ont été à la fois fidèles et infidèles. Elle évoque ses grands-parents, les sédentarisés et les déracinés, et souligne l'importance des grands-parents dans la formation des jeunes générations.

Elle s'interroge sur l'impact de son écriture sur son rabbinat et sur la crainte de tomber dans la mécanique et la redite. Elle sait que les mots sont parfois impuissants à traduire ce que l'on ressent face à la mort et que chaque cas est différent. Elle rappelle qu'il existe une loi dans la tradition juive qui interdit d'adresser la parole à un endeuillé dans sa maison jusqu'à ce qu'il choisisse lui-même de parler.

La mort : une part essentielle de la vie

Delphine Horvilleur ne pense pas qu'on meurt comme on vit. Elle souhaite que notre mort surgisse de telle manière qu'elle puisse être racontée autrement que comme une tragédie. Elle révèle une histoire personnelle où, à l'âge de 10 ans, elle a cru mourir, soulignant ainsi sa rencontre précoce avec la mort.

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Elle a écrit une partie de "Vivre avec nos morts" dans une maison de campagne, où elle s'est sentie comme une petite fille isolée, craignant les fantômes. Elle a composé un récit humain ouvert aux rires, aux failles et aux larmes. Elle avoue avoir des crises d'angoisse lorsqu'elle est en vacances, ayant peur de mourir, avant de… Elle laisse les points de suspension en suspens, symbolisant ainsi son histoire d'amour et de ténèbres.

Une femme rabbin engagée pour l'égalité et l'ouverture

Delphine Horvilleur est l'une des rares femmes rabbins en France. Elle milite pour que les religions reconsidèrent le rôle et la place des femmes. Elle raconte avoir été confrontée à la misogynie et aux obstacles lorsqu'elle a voulu étudier les textes. Elle a trouvé à New York un judaïsme libéral et égalitaire, où elle a pu envisager la voie rabbinique.

Elle est revenue en France avec la volonté de transmettre et d'accompagner les autres dans les moments importants de la vie. Elle considère que son rôle est de questionner le texte et de le faire parler de façon inédite par les voix des nouvelles générations. Elle se sent héritière de la tradition juive et de sa famille, mais elle souhaite la transformer et l'inscrire dans du vivant.

Elle invite les petits enfants dans sa synagogue pour leur faire découvrir le judaïsme de manière joyeuse et intense. Elle souhaite que ses enfants soient libres et qu'ils puissent s'emparer de leur héritage pour le transformer. Elle estime que son travail de rabbin et de maman est de lester les enfants pour qu'ils puissent prendre leur envol.

Delphine Horvilleur est une femme rabbin engagée, une intellectuelle brillante et une conteuse d'histoires. Son œuvre explore les questions essentielles de la vie et de la mort, de l'identité et de l'altérité, de la tradition et de la modernité. Elle nous invite à réfléchir sur notre condition humaine et à construire un monde plus ouvert et plus juste.

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