Delphine Ernotte Cunci s'impose comme l'une des figures les plus influentes du paysage audiovisuel français. En tant que première femme à diriger France Télévisions, elle a apporté un changement important à ce groupe public. Avec une formation d’ingénieure et une vaste expérience dans le monde de l’entreprise, Ernotte a transformé France Télévisions et réalisé des avancées notables dans la transformation numérique et la diversité dans les médias.

Jeunesse et formation

Delphine Ernotte, de son vrai nom Delphine Cunci, est née le 28 juillet 1966 à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques, en France. Elle est la fille de Roger Cunci et de Simone Brana, tous deux médecins dans le Pays basque français. Son grand-père maternel, Jean-Pierre Brana, fut maire de Bayonne de 1945 à 1947. Elle a une sœur Marie-Christine Lemardeley, qui a été adjointe de la maire de Paris au côté d'Anne Hidalgo, chargée des questions relatives à l'Enseignement Supérieur, la Vie Étudiante et la Recherche et également présidente de l'Université Sorbonne-Nouvelle, Paris 3.

De 1986 à 1989, elle poursuit ses études à l’École Centrale Paris (aujourd’hui CentraleSupélec), une institution de prestige formant les ingénieurs les plus brillants de France, où elle a été diplômée en ingénierie de l’information en 1989. Fière de son identité, Delphine Ernotte Cunci est de nationalité française.

Côté vie privée, Delphine Ernotte est mariée au comédien et professeur d'art dramatique Marc Ernotte depuis le 16 juin 1990. Ils ont deux enfants. Elle partage avec son mari Marc Ernotte la passion pour le théâtre. En 1997, elle a donc assuré la mise en scène d’une pièce de théâtre intitulée « Sceptik », écrite avec son mari.

Début de carrière chez France Télécom/Orange (1989-2015)

En 1989, elle débute sa carrière chez France Télécom (devenu Orange S.A.) en tant qu’analyste financière. Elle gravit rapidement les échelons, montrant sa capacité à s’adapter et à diriger dans un secteur des télécommunications en pleine mutation.

Lire aussi: Plongez dans l'univers de Delphine McCarty

Voici les postes occupés par Delphine Ernotte chez France Telecom devenu Orange :

  • 1989 : analyste financière
  • 1993 : ingénieure économiste au sein du pôle recherche et développement, puis chargée de la planification
  • 1999 : dirige un réseau de boutiques Orange à Paris
  • De 2000 à 2004 : Delphine Ernotte est nommée directrice générale de Orange France et lance une branche de diffusion de radiotéléphonie (SDR)
  • De 2004 à 2006 : directrice régionale du Centre-Val de Loire
  • En juillet 2006 : nommée directrice de la « communication France », durant laquelle elle est chargée du renouveau de l'image de marque d'Orange France
  • Mai 2008 : directrice commerciale France, puis directrice « Grand public France » chez Orange
  • 2009 : directrice générale d'Orange Distribution, filiale d'Orange SA
  • Avril 2010 : désignée par Stéphane Richard, directeur général du groupe Orange, comme directrice générale adjointe chargée des Opérations France, où elle fait partie des deux femmes qui siègent au comité exécutif du groupe Orange
  • De 2011 à 2015, elle occupe le poste de Directrice générale d’Orange France.

Durant sa fonction en tant que directrice générale chez Orange, Delphine Ernotte crée « Innov'Elles », un réseau interne de femmes chez Orange. Elle se montre soucieuse de l'égalité homme-femme dans le monde du travail. Chez Orange, elle a fondé le réseau Innov’Elles pour soutenir les carrières féminines.

Présidente de France Télévisions (depuis 2015)

Le 23 avril 2015, Delphine Ernotte Cunci devient la première femme nommée à la tête de France Télévisions, le premier groupe audiovisuel public français, par les membres du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) pour remplacer Rémy Pflimlin. Sa fonction devient effective à partir du 22 août 2015 et pour un mandat de cinq ans. C’est la première fois en 23 ans au sein du groupe audiovisuel public que ce poste est occupé par une femme.

Dans le cadre de sa nouvelle fonction, Delphine Ernotte a remis au CSA son plan stratégique axé autour de trois priorités :

  • Restaurer la confiance
  • Réinventer l'offre
  • Réaffirmer le service public

Dans son plan stratégique, elle prévoit le « non-remplacement des départs » et une « modération salariale » afin d'éviter tout départ contraint des salariés. Elle a choisi comme adjoint son collaborateur Stéphane Sitbon-Gomez, petit-fils du journaliste Guy Sitbon, et bras droit de la femme politique Cécile Duflot.

Lire aussi: L'influence de Delphine Liou décryptée

Durant son premier mandat à la tête de France Télévisions, Delphine a procédé à quelques remaniements. Ainsi, en décembre 2015, le directeur de l’information, Pascal Golomer, a été remplacé par Michel Field. L’éviction de Pascal Golomer en pleine campagne électorale a, cependant, suscité l’étonnement de la Société des journalistes de France 2 et a même été jugée trop brutale. La direction réagira en justifiant cette éviction par un manque de réactivité de France 2 après les attentats du 13 novembre 2015. De plus, le directeur de l'information aurait émis des doutes sur la mise en œuvre de la future chaîne France Info qui est pourtant une démarche phare de la stratégie Delphine Ernotte. Finalement, en 2016, le directeur de l'information, Golomer a été nommé, par Ernotte, directeur de la rédaction des sports de France Télévisions, en remplacement de François Brabant. Ce dernier a été affecté à l’élaboration de France Info.

Début 2020, Delphine Ernotte se déclare candidate à sa propre succession à la tête de France Télévisions, affirmant que le groupe a besoin de continuité. Le CSA la nommera alors pour un second mandat le 22 juillet 2020.

Sous la direction d’Ernotte, France Télévisions a entrepris une transformation numérique majeure. Elle a lancé plusieurs initiatives, telles que la chaîne d’information franceinfo, et a créé la plateforme éducative Lumni. Elle a mis en place des politiques visant à garantir que France Télévisions reflète la diversité de la société française, tant à l’antenne qu’en coulisses.

En plus de son rôle chez France Télévisions, Delphine Ernotte a été reconnue à l’échelle internationale. En octobre 2020, elle est élue à la présidence de l'Union européenne de radio-télévision par les membres du comité. Sa prise de fonction débute le 1er janvier 2021, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste prestigieux. Elle est également membre du Groupe de travail mondial pour les médias publics depuis septembre 2019. Il s’agit d’une initiative de la Public Media Alliance.

Dès le début de son second mandat, Delphine Ernotte réitère et renforce l'un de ses objectifs majeurs en matière de Ressources humaines. La directrice générale de France Télévisions souhaite en effet soumettre la diversité, estimant qu’il y a un énorme rattrapage à faire. Elle affirme également que la diversité sera le fil rouge de son mandat. Ainsi, en janvier 2021, le journal Le Monde révèle qu'une partie de la rémunération des rédacteurs en chef de France Télévisions dépend de leurs implications et de leurs efforts de renforcement sur les sujets suivants :

Lire aussi: La carrière de Delphine Arnault analysée

  • La diversité
  • La visibilité
  • L’Outre-Mer
  • L’Europe

Cependant, pour certains experts de l’information, comme les journalistes de Marianne Magazine, la pratique du système de prime et de contrainte éditoriale pour mettre en avant certains sujets, dont l'européisme, est problématique. Néanmoins, Delphine Ernotte a pris les devants sur un projet gouvernemental qui consiste à pousser les Français à aimer l'Europe en argumentant que les chaînes France Télévisions sont financées par l'argent public.

Sa nomination a marqué un tournant pour cette entreprise publique très ancrée dans la tradition. Ernotte avait une vision claire : elle voulait rendre France Télévisions plus accessible, plus interactive et mieux adaptée aux attentes des téléspectateurs modernes.

La présidente sortante de France Télévisions, Delphine Ernotte, a été reconduite mercredi pour un troisième mandat de cinq ans, sur lequel plane toutefois une incertitude en cas de création d’une holding chapeautant tout l’audiovisuel public.

Engagements et autres responsabilités

Delphine Ernotte est connue pour ses engagements pour l'égalité homme-femme dans le monde du travail. Dans une interview en 2012 avec la journaliste Isabelle Germain sur le site Les Nouvelles News.fr, elle déclare « Les femmes se demandent toujours si elles sont capables, il faut que ça change ». Ainsi, en janvier 2013, dans sa fonction de directrice au sein du groupe Orange, elle met en place le réseau Innov’Elles afin de valoriser et de promouvoir les femmes au sein de la société. Delphine Ernotte est considérée comme féministe.

En plus de ses fonctions de cheffe d’entreprise française, Delphine Ernotte a endossé d’autres responsabilités :

  • Le 24 mai 2012, elle est élue présidente du comité « Éthique et Développement durable » et membre du Comité d’audit et des comptes de par l’organisation Suez Environnement.
  • Elle est présidente de conseil d'administration de l'École nationale supérieure de la photographie (ENSP) implantée à Arles, en France, depuis 2019, élue par les membres du conseil d’administration.
  • Elle est membre du conseil d’administration de Centrale Supélec depuis 2011 et en est la présidente depuis le 24 octobre 2019.
  • Elle détient également une place au conseil d’administration de l’établissement culturel « Le Cent-Quatre » où son époux Marc Ernotte enseigne l’art dramatique depuis 2011.
  • En novembre 2013, Delphine Ernotte intègre le « Club Le Siècle ». Il s’agit d’une association créée en 1944 par le journaliste Georges Bérard-Quélin et regroupant des dirigeants politiques, économiques, culturels et médiatiques français.
  • Le 1er janvier 2019, Delphine Ernotte remplace Monica Maggioni à la vice-présidence de l'Union européenne de radio-télévision.

Controverses et critiques

Malgré ses succès, la présidence d’Ernotte n’a pas été sans controverses. France Télévisions a été critiquée pour la gestion de ses fonds publics, certains pointant du doigt les salaires élevés des cadres et les disparités salariales. Ernotte a également dû faire face à des critiques internes, notamment de la part des syndicats, en raison des suppressions d’emplois et de la réorganisation des services.

Durant sa carrière en tant que cadre à France Telecom, Delphine Ernotte fut confrontée à la question sensible concernant les nombreux cas de suicides chez les salariés survenus entre 2008 et 2010. Son ancien PDG Didier Lombard a été fortement soupçonné d’avoir mis en place un management de pression sur ses salariés, consécutif à son plan « Next », qui aura conduit à une inquiétante vague de suicides (60 suicides en 3 ans). Cela a eu pour conséquence la démission du patron d’Ernotte. Cette dernière a donc été propulsée à la direction générale adjointe chargée des Opérations France, à l’initiative de Stéphane Richard, puis à la présidence d'Orange France. En prenant ce poste, elle a admis que ces drames ont suscité « un mélange de profonde culpabilité et de déni » et a fait l’objet d’une remise en question fondamentale. Néanmoins, neuf nouveaux cas de suicides se sont produits entre janvier et mars 2014. Soit, en deux mois, presque autant que pour l'ensemble de l'année 2013.

La nomination de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions aurait fait l’objet de complots selon L'Obs et le journaliste Laurent Mauduit. Ces derniers avancent que sa nomination a été préparée par un influent réseau mené par David Kessler, un ancien conseiller médias et culture lors de la présidence de François Hollande et aussi responsable de la filiale cinéma du groupe Orange. Ce réseau est aussi composé de l’ex-TF1 et ex-Canal+ Xavier Couture (aussi ancien conseiller chargé des relations avec les acteurs de l'audiovisuel auprès de Stéphane Richard) et du lobbyiste Denis Pingaud. Selon certains médias, elle aurait également reçu le soutien d'Anne Hommel, ancienne conseillère de Dominique Strauss-Kahn, ancienne secrétaire de Jean-Christophe Cambadélis et ancienne consultante d’Euro RSCG.

Le journaliste et écrivain français, Laurent Mauduit, ajoute qu’un autre membre du comité de la CSA, Sylvie Pierre-Brossolette, a aussi milité discrètement pour sa candidature. Toujours selon le journaliste Laurent Mauduit, Delphine Ernotte a été élue grâce à la coalition des votes d'Olivier Schrameck, Sylvie Pierre-Brossolette, Nathalie Sonnac et Nicolas Curien. Ces deux derniers, entrés récemment au CSA, seraient redevables de leur nomination par Olivier Schrameck, le bras droit de Delphine Ernotte. Laurent Mauduit critique aussi une désignation qui est, selon lui, entachée d’irrégularités, car Delphine Ernotte aurait plagié le projet de son concurrent Didier Quillot par l'intermédiaire de Xavier Couture. Ce dernier dément ces allégations.

Par ailleurs, le 21 avril 2015, les rédactions de France 2 et France 3 dénoncent la procédure jugée « opaque et anti-démocratique » mise en place par le CSA dans la désignation du président de la télévision publique. Philippe Bilger, un magistrat et essayiste français, quant à lui, dénonce également une nomination « dans un climat de connivence et de clientélisme ». Deux syndicats, la CGC et la CFDT, contestent la régularité de la nomination de Delphine Ernotte et portent plainte contre Olivier Schrameck pour abus d’autorité et trafic d’influence. Cependant, l’affaire est classée sans suite par le ministère public. Ensuite, les recours ont été rejetés par le Conseil d'État. Delphine Ernotte, qui n'est pas visée par la plainte, publie alors un mémoire en défense pour contester les allégations du journaliste Laurent Mauduit, « pour les contester, les nuancer, les admettre, mais en les corrigeant à la marge ».

Au cours de l’exercice de son mandat, la présidente de France Télévisions a attiré la foudre de nombreuses critiques et controverses sur ses prises de décision et prises de parole.

Le 23 septembre 2015, Delphine Ernotte déclare lors d'une interview dans l'émission « Le Grand direct des médias » sur Europe 1 que France Télévisions a été une ‘télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans’ et qu’elle tient à changer cela. ». Rapidement, ces propos ont suscité une controverse. Ernotte s’est donc retrouvée accusée d’avoir émis des propos racistes par l'ancien animateur Philippe Gildas. Une accusation similaire est formulée par le journaliste Ivan Rioufol. L’animateur de « Question pour un champion », Julien Lepers, accuse, quant à lui, la présidente de France Télévisions de « faire de la discrimination ».

En novembre 2015, Delphine Ernotte prend la décision de licencier le présentateur de météo, Philippe Verdier, sous prétexte d'avoir utilisé l'image du groupe pour la promotion de son livre. Elle devient de nouveau la cible de nombreuses critiques : L’écrivain Gilles-William Goldnadel, dans un article publié par Le Figaro, dénonce son « hypocrisie du prétexte ». Selon lui, la présidente de France Télévisions fait la démonstration d’une « police politique à l'œuvre dans les médias ». Le journaliste Renaud Revel parle d'une décision totalement disproportionnée. Le quotidien suisse Le Temps soupçonne un revers politique sur l’affaire, car le journaliste congédié avait eu le malheur d'exprimer ses doutes peu avant la Conférence de Paris de 2015 sur le climat politique.

tags: #delphine #ernotte #biographie

Articles populaires: