L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de la vie d'un enfant, suivi d'un allaitement continu avec des aliments complémentaires jusqu'à l'âge de deux ans ou plus [1]. Cette recommandation soulève une question essentielle : à partir de combien de temps un allaitement est-il considéré comme « long » ? La perception de la durée de l'allaitement varie considérablement. Certaines mères sont interrogées dès quatre mois, tandis que pour d'autres, ce seuil se situe après six mois. Cet article vise à explorer la définition de l'allaitement de longue durée, ses avantages, les défis rencontrés par les mères qui choisissent cette voie, et les perspectives de différents acteurs impliqués.

Perception et motivations des mères

Pour de nombreuses mères, la décision de poursuivre l'allaitement au-delà des recommandations standard est une question de ressenti et d'écoute des besoins de leur enfant. Une mère témoigne : « Je pense que je continue parce que c’est important pour mon fils, et… qu’il me le demande. Il est évident que ça le fait se sentir mieux, il en parle beaucoup, et dit plein de choses gentilles à ce sujet. Je trouve que c’est un moyen commode de le réconforter et de l’apaiser. » De fait, la plupart des mères disent que ça s’est fait un jour après l’autre : pourquoi sevrer aujourd’hui plutôt qu’hier ou plutôt que demain ?! Et même si, aux yeux de l’entourage, l’enfant peut sembler « trop grand » pour téter encore, ce n’est pas ainsi que le vit la mère.

Les enfants eux-mêmes expriment souvent leur attachement à l'allaitement. Entre autres avantages, l’allaitement long présente celui de nous faire connaître l’opinion des principaux intéressés : les bambins allaités. Leurs paroles témoignent du plaisir qu’ils éprouvent, du réconfort que leur apporte la tétée (et parfois, d’un réel bon sens et d’une connaissance quasi scientifique des mécanismes de l’allaitement !). Dans une étude sur des mères australiennes allaitant des enfants de 2 ans et plus [10], on a interrogé les enfants, qui ont presque tous dit qu’ils tétaient parce qu’ils aimaient le lait de leur mère, que ça les rendait heureux et leur faisait du bien.

Bénéfices pour l'enfant et la mère

L'allaitement de longue durée offre des avantages significatifs tant pour l'enfant que pour la mère. L’enfant continue à bénéficier de tous les facteurs anti-infectieux que contient le lait maternel. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’il bénéficie d’une meilleure santé que s’il n’était plus allaité.

L'impact de l'allaitement sur la santé de la mère est également important et « dose-dépendant ». Ainsi, dans une étude de 2010 [16], par rapport aux femmes qui n’avaient pas allaité ou avaient allaité moins de 12 mois (durée cumulée des différents allaitements), le risque de cancer du sein était plus bas de 66,3 % chez celles qui avaient allaité entre 12 et 23 mois, de 87,4 % chez celles qui avaient allaité entre 24 et 35 mois, et de 94 % chez celles qui avaient allaité entre 36 et 47 mois.

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Défis et stigmatisation sociale

Pourtant, il n’est pas si facile d’allaiter longtemps en France. On craint pour l’autonomie et le bon développement de l’enfant. On voit les mères qui allaitent longtemps comme abusives (le psychanalyste Jean-Pierre Winter disant qu’elles « mettent leurs enfants à leur service sexuel » [18] !) et/ou abusées, masochistes, dépressives ou « addicts » à l’allaitement. Faire quelque chose qui n’est pas dans la norme culturelle de la société où l’on vit n’est jamais confortable, car cela implique le risque d’être stigmatisé par toutes les autorités, qu’elles soient médicales, sociales ou psychologiques. Si elle se plaint à son entourage ou à son médecin d’être fatiguée, que pensez-vous qu’elle va avoir comme réponse ?

La pression sociale (PSS) peut être forte. Pour résister à cette PSS [21], il faut avoir une certaine force d’âme, être convaincue de « bien faire », avoir le soutien, ou au moins la neutralité bienveillante, du papa, et, si possible, ne pas écouter les commentaires négatifs. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsqu’il s’agit de sa meilleure amie ou de sa mère qu’on voit trois fois par semaine… Mais en ce domaine, il y a vraiment un cercle vicieux à renverser. Car plus on écoute les critiques, moins on se sent sûre de soi et de ce qu’on fait… et plus on attire ce genre de critiques !

Soutien et communauté

Il est donc crucial de ne pas rester seule. Quand on allaite longtemps dans une société où c’est très loin d’être la norme, il est vital de pouvoir rencontrer d’autres mères dans ce cas, pour se sentir moins « extraterrestre », pouvoir discuter du quotidien avec les enfants, des problèmes comme des joies. Un bon endroit pour cela, ce sont les « réunions bambins » que proposent nombre de groupes de La Leche League.

Lactation longue chez les animaux d'élevage

Le concept de lactation longue ne se limite pas à l'allaitement humain. Dans le domaine de l'élevage, notamment caprin et bovin, la lactation longue est une pratique de plus en plus courante.

Chez les chèvres

C’est au cours des années 1990, avec l’incitation au désaisonnement par les entreprises laitières, que les éleveurs caprins ont réellement commencé à intégrer la conduite en lactation longue comme outil de maîtrise de la conduite de leur troupeau. De fait, ces femelles permettent de livrer du lait en automne, période traditionnellement déficitaire, et de bénéficier d’un prix du lait plus élevé. Il s’agissait aussi de recaler la période de mises bas pour les primipares, qui arrive plus tardivement que celle des adultes, avec le reste du troupeau. D’abord marginale, la pratique des lactations longues a donc eu tendance à se développer. Des systèmes de reproduction ont été définis en intégrant la présence de chèvres en lactation longue ou prolongée en proportion élevée. Après deux décennies de pratique en élevages, le recours aux lactations longues a évolué. D’autres objectifs sont désormais envisagés, avec pour conséquences une évolution des conduites d’élevages et une diversification des carrières individuelles des chèvres.

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Même si la décision de maintenir une chèvre en lait est réalisée assez tôt au cours de sa lactation, soit en amont de la mise à la reproduction, soit en l’absence de gestation, ce n’est qu’au bout de seize mois (485 jours) que la chèvre peut réellement être considérée comme étant en lactation longue. Dans les résultats ci-contre, on a considéré pour chaque chèvre la part du temps de production au-delà de ce seuil. On parlera de « temps productif en lactation longue ». En 2020, plus d’un quart des élevages au contrôle de performance compte plus de 10 % de temps productif en lactation longue, contre 5 % il y a vingt ans. Dans la moitié de ces élevages, cette proportion dépasse les 20 %. On trouve des lactations longues dans tous types de cheptels, quelles que soient leur taille et la race (alpine ou saanen). Néanmoins, les élevages à fort effectif (plus de 200 à 300 chèvres) ont tendance à comporter des proportions plus élevées de chèvres en lactation longue. C’est également dans ces exploitations que cette pratique a le plus augmenté depuis vingt ans. Enfin, la gestion de la reproduction et les objectifs de production continuent d’influer sur l’utilisation des lactations longues.

Dans plus de 90 % des cas, une chèvre ne réalise qu’une lactation longue dans sa carrière. Inversement, 9 % des chèvres font deux lactations longues ou plus au cours de leur vie. Dans un peu plus de la moitié des cas, la lactation longue survient en première lactation : pour 24 % des chèvres faisant une lactation longue, ce sera la seule lactation ; pour un tiers d’entre elles, ce sera seulement le début de leur carrière. De plus en plus fréquemment, la lactation longue permet de gérer les fins de parcours (21 % des chèvres ayant eu une lactation longue), comme une dernière trajectoire avant la réforme.

La durée de cette lactation longue est variable. Par définition, elle est d’au moins seize mois, mais elle peut atteindre jusqu’à dix ans. La proportion de lactations longues d’environ trois ans (28 à 40 mois) est passée de 10 à 16 % environ entre le début des années 2000 et 2017. Sur la même période, la proportion de lactations longues de durée supérieure (plus de 40 mois) a progressé de 4 à 12 %.

Des études ont comparé les concentrations cellulaires de primipares soit conduites en lactation prolongée (environ 18 mois), soit taries puis remises en production l'année suivante. Au cours des 10 premiers mois de lactation, les concentrations cellulaires avoisinent 800000 cellules par ml en moyenne. Inversement, 35 % ont vu leur statut se détériorer.

Chez les vaches

Aurélie Sébault, éleveuse dans l’Orne, a participé à l’enquête de l’Inrae et VetAgro Sup de Clermont-Ferrand sur les lactations longues et très longues. Au dernier pointage d’Aurélie Sébault, cinq des 14 vaches taries ont mené une lactation entre 391 jours et 468 jours et trois des sept laitières réformées mi- octobre achevaient une lactation de 550, 617 et… 980 jours. « Cette dernière, une holstein en troisième lactation, a produit 20 083 kg de lait, soit 20,5 kg par jour. Elle est mon record. Elle a exprimé trois chaleurs qui n’ont pas abouti à une gestation, puis elle n’a plus envoyé de signes », raconte l’éleveuse. Elle conduit, avec son conjoint David, un troupeau de 109 vaches à côté de Flers (Orne), secteur reconnu pour son haut potentiel fourrager. Six de ces huit vaches en lactation longue sont des holsteins avec une moyenne de 21,8 kg de lait par jour. Les deux autres sont de race normande avec 17 kg par jour réalisés sur 430 et 448 jours. « Ce n’est pas étonnant qu’il y ait moins de normandes concernées car elles produisent moins longtemps. »

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Aurélie Sébault ne veut pas faire rentrer ses vaches dans un modèle de production normé. Elle préfère développer une conduite à l’animal. L’ostéopathie qu’elle pratique sur le troupeau depuis plusieurs années l’y encourage. Un suivi mensuel ostéopathique et de la reproduction est également assuré par la coopérative d’insémination artificielle Origenplus. « Si nous visions un système régulier basé sur l’ensilage de maïs, ces vaches n’auraient pas leur place dans le troupeau, estime-t-elle. Nous avons décidé, il y a cinq ans, de lever le pied du “toujours plus”. »

Le couple a réduit de moitié la surface en maïs et a créé des paddocks de 1 ha sur 35 ha. Il ferme le silo de maïs-ensilage de la mi-avril - quand les conditions météo s’y prêtent - à la mi-août ou début septembre. L’enrubannage complète l’herbe pâturée l’été. « Avec un niveau d’étable de 7 900 litres par vache, nous ne cherchons pas à pousser nos laitières. Elles sont inséminées à partir de 50 jours, mais seulement si elles manifestent des signes de chaleur. » La contrepartie de leur système pâturant est une ration sans cesse à adapter, car les valeurs de l’herbe varient souvent, traduites par le taux d’urée dans le lait. « Peut-être cette conduite alimentaire perturbe- t-elle le retour à la reproduction de certaines laitières mais ce n’est pas gênant. Pourquoi faudrait-il que les vaches aient un veau par an ? Cela dépend de chaque individu », affirme-t-elle. Même si l’activité physique liée au pâturage et aux allers-retours entre la salle de traite et le paddock limite leur engraissement, ces vaches ont tendance à épaissir en fin de lactation longue. Leur capacité d’ingestion est plus élevée que ce que nécessite leur production laitière, ce qui favorise les réserves corporelles. L’alimentation en ration semi-complète permet d’ajuster la quantité de concentrés à leur besoin. Grâce aux sols portants, les vaches pâturent 9 à 10 mois dans l’année dont quatre mois avec le silo de maïs-ensilage fermé. Les lactations longues trouvent facilement leur place dans ce système herbager. Leur état corporel ne nécessite pas une finition avant leur réforme. Leur départ peut être décidé du jour au lendemain en fonction du nombre de places qu’il faut libérer dans la stabulation laitière pour accueillir les primipares. Enfin, moins de veaux sont élevés dans l’année. « J’ai du mal à me séparer des animaux », confie-t-elle par ailleurs.

Ces arguments sont également évoqués par les 43 autres éleveuses et éleveurs répartis dans toute la France. Comme elle, ils ont répondu à l’enquête de l’unité mixte de recherche (UMR) sur les herbivores de Clermont-Ferrand, qui rassemble VetAgro Sup et de l’Inrae (1). Leur type d’exploitation est très varié, avec des niveaux d’étable entre 4 000 et 12 700 litres. « Leur premier critère au maintien d’une vache en lactation longue est la persistance de la production. Leur deuxième est le niveau de production et la qualité du lait », détaille Audrey Michaud, enseignante-chercheuse à VetAgro Sup de Clermont-Ferrand. En revanche, l’avis des éleveurs diverge sur la définition de la lactation longue : 39 % la fixent à plus de 350 jours, 29 % à plus de 450 jours et 32 % à plus de 18 mois. Aurélie Sébault la positionne à plus de 400 jours. « Ces profils ne concernent que quelques vaches dans leur troupeau. Ils ne renvoient pas à une conduite spécifique. C’est une gestion au cas par cas », souligne l’enseignante-chercheuse.

L’UMR Herbivores a élargi son travail d’enquête par l’analyse de 82 182 lactations de plus de 18 mois contrôlées et enregistrées dans la base de données du système national d’information génétique de 2015 à 2020. « Deux questions guident cette étude, indique Luc Delaby, de l’Inrae. La première : l’allongement des lactations peut-il être une des solutions pour avoir moins de veaux laitiers mâles car leur prix de vente est faible à certaines périodes de l’année ? La deuxième : serait-il judicieux pour les holsteins qui ont du mal à se reproduire ? Même si la dégradation de leur fertilité a été stoppée par sa prise en compte dans les critères de sélection, elles éprouvent toujours des difficultés à se reproduire dans un intervalle de trois mois après le vêlage. » L’UMR Herbivores s’est concentrée sur les vaches holsteins qui constituent 85 % des lactations étudiées. « Quatorze pour cent des lactations holsteins sont longues ou très longues : 10 % entre 550 jours et 730 jours et 4 % au-delà », détaille le chercheur.

Les primipares n’y sont pas plus représentées que les multipares. « Nous faisions l’hypothèse du contraire car la durée de vie des cellules mammaires sécrétrices est plus longue chez les primipares. En fait, quel que soit leur rang de lactation, ces vaches ont une meilleure persistance laitière. »

Cette persistance s’illustre entre les 200 et 300 premiers jours. « À 300 jours, les multipares produisent encore 25 kg par jour alors que celles en lactation normale à 365 jours sont descendues à 18 kg », pointe Fabienne Blanc, également enseignante-chercheuse à VetAgro Sup de Clermont-Ferrand. On retrouve cette persistance au tarissement. Au dernier contrôle, l’écart entre les laitières « longues » à « très longues » et les « normales » n’est que de 5 kg/jour aux dépens des premières : 13,5 kg, contre 18,4 kg. « Cette aptitude exceptionnelle à maintenir leur production est-elle génétique ou est-elle liée à l’absence de gestation qui a un impact négatif sur la production ? », s’interroge Fabienne Blanc. En effet, de 62 % à 88 % d’entre elles ne revêlent pas. N’étant pas taries, ces laitières disposent également de soixante jours de traite de plus.

Sans surprise, ces grandes productrices rencontrent des difficultés à se reproduire, confirmées par leur taux d’insémination : elles le sont à plus de trois reprises, contre en moyenne 1,3 fois pour les « normales ». Les éleveurs ont la volonté qu’elles retournent en gestation, mais en retardant la première IA à 5 mois.

Pour celles qui revêlent, il faut gérer leur engraissement en fin de lactation. Il n’y a pas de pratique miracle pour l’éviter. « Réduire la densité énergétique de la ration est le principal levier », juge Yann Martinot, directeur technique d’Elvup (Orne). En ration semi-complète, cela passe par la forte réduction ou la suppression du concentré. Les rations que fournissent les systèmes herbagers sont également moins riches en énergie. L’autre levier est le type d’énergie apportée. « Il faut proscrire le maïs sous forme de grains ou de maïs épi, par exemple. Il favorise la reprise d’état », pointe-t-il. Si les lactations longues ne relevaient pas d’une gestion au cas par cas mais d’une véritable stratégie, la meilleure solution serait de conduire le troupeau en deux lots pour ajuster leur alimentation à leurs besoins. « Mais la taille des troupeaux actuels ne s’y prête pas », constate le nutritionniste. Le troisième levier est une période de tarissement de trois à quatre mois plutôt que de deux. « Ce n’est pas idéal car les vaches ont du mal à lancer une nouvelle lactation à cause des papilles de leur rumen moins développées. Néanmoins, grâce à leur amaigrissement, elles risqueront moins des problèmes métaboliques après le vêlage. »

Pour les chercheurs de l’UMR Herbivores, il faudrait détecter dans les deux premiers mois celles capables de produire plus longtemps. Pour l’instant, il n’existe pas d’indicateurs physiologiques.

Chez les équidés

Depuis 15-20 ans, la production de lait d’équidés apparaît de nouveau en Europe de l’Ouest, et notamment en France. Les éleveurs décidant de s’installer sur une telle production ont ainsi besoin d’informations au regard des quantités de lait qui peuvent être produites.

Chez les juments de trait, le pic de lactation se situe entre le 56ème et le 69ème jour de lactation (De Palo et al., 2017 ; Doreau et al., 1990 ; Centoducati et al., 2012). La moyenne de production est estimée entre 15,71±1,94 et 24,6±3,4 kg/jour sur 6 mois de lactation. Cette variabilité peut être due à l’utilisation de races différentes selon les études. De plus, un index de persistance de 6,3 a pu être déterminé (De Palo et al., 2017 ; Centoducati et al., 2012). Ce dernier correspond à la capacité d’un individu à maintenir sa production laitière après le pic de lactation. Plus cette valeur est élevée, plus elle permet un rendement important sur l’ensemble de la lactation.

Chez les juments de selle, le pic de lactation se situe entre le 31ème et le 60ème jour de lactation (Gibbs et al., 1982 ; Santos and Silvestre, 2008). La production moyenne est estimée à 12,4 kg/jour sur 6 mois de lactation.

Chez les ânesses, le pic de lactation se situe entre le 48ème et le 80ème jour de lactation (De Palo et al., 2017 ; Muhatai et al., 2017 ; Martini et al., 2014 ; Cosentino et al., 2012). La production moyenne est estimée entre 2,2 et 4,43 kg/jour sur 6 mois de lactation, avec un index de persistance de 7,01. Cet indice, supérieur à celui déterminé pour les juments de trait, indique une meilleure capacité des ânesses à maintenir leur lactation après le pic. Cependant, le pic de lactation est moins prononcé que chez les juments. De plus, il a été observé une augmentation de la production laitière au cours des traites du matin (1,1 kg), comparativement à celles du midi et de l’après-midi (0,9 kg). Cela peut notamment être dû à l’intervalle inter-traites plus important sur la traite du matin.

Pour les juments comme pour les ânesses, d’importantes variations inter-individuelles sont observées. La production laitière peut être estimée par des méthodes directes ou indirectes. En effet, la capacité d’ingestion du poulain étant limitée à cette période, il n’est pas attendu qu’il ingère la totalité du lait disponible.

Facteurs influençant la production laitière chez les équidés

Plusieurs facteurs peuvent influencer la production laitière chez les équidés, notamment l'âge et la parité. Le lien entre le comportement de tétée et la quantité de lait ingérée n'est pas clairement établi.

Il semblerait qu’il n’y ait pas de relation entre le comportement de tétée (durée et fréquence) et la quantité de lait ingérée (Cameron et al., 1999). Dans la plupart des études s’intéressant à l’effet de l’âge et de la parité, les deux variables sont liées. En effet, les jeunes individus sont généralement primipares (i.e. ayant mis bas une seule fois) et les individus plus âgés généralement multipares (i.e. ayant mis bas au moins deux fois). Ainsi, il est difficile de dire si l’effet observé est davantage dû à l’âge ou à la parité, ou s’il est le résultat d’une interaction entre les deux facteurs.

Néanmoins, il a pu être déterminé que l’effet de l’âge était non-linéaire chez la jument. En effet, il a été observé un pic de production laitière jusqu’à l’âge de 11-15 ans chez les juments produisant du lait et jusqu’à l’âge de 7 ans chez les juments allaitant leurs poulains (Doreau and Martuzzi, 2006). Chez les ânesses, l’âge a été moins étudié, bien qu’un effet similaire puisse être envisagé. En effet, une étude a démontré que les ânesses de plus de 8 ans semblent produire moins que les ânesses de 6 ans (Muhatai et al., 2017).

Au regard de la parité, les effets sont plus controversés. Chez la jument, certains auteurs ne mettent en lumière aucune différence entre primipares et multipares (Trottier et al., 2006 ; Doreau et al., 1991) tandis que d’autres décrivent une moindre production chez les primipares (Gibbs et al., 1982 ; Auclair-Ronzaud et al., 2022 ; Pool-Anderson et al., 1994). Ce dernier résultat pourrait être associé à un développement encore incomplet des tissus mammaires après le premier poulinage. Chez les ânesses, seule une étude permet d’avoir des résultats sur cette question.

Gestion du stress pour optimiser la production laitière chez les équidés

Chez les équidés, un stress va induire la production d’une hormone (le cortisol) qui va avoir un effet inhibiteur sur l’éjection du lait. Ainsi, il est indispensable de minimiser le stress chez la femelle laitière pour maximiser le rendement laitier (Doreau and Boulot, 1989 ; De Palo et al., 2018). Afin de limiter l’apparition de stress au moment de la traite, l’habituation des équidés est très importante. Différentes méthodes peuvent être utilisées pour estimer le volume de lait. Afin d’optimiser la quantité de lait récoltée, il convient d’habituer les équidés à la traite afin de limiter les effets négatifs du stress sur la production laitière.

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