L'apparition d'avortements dans un élevage bovin est une source d'inquiétude majeure, impactant négativement la productivité. Bien qu'un avortement isolé puisse souvent être attribué à des causes non infectieuses telles que le stress ou un traumatisme, il est crucial de comprendre les causes potentielles et de suivre les procédures appropriées. La déclaration d'avortement est obligatoire, en particulier dans le cadre de la surveillance de la brucellose.
Avortement Bovin : Définition et Causes Multiples
Un avortement bovin est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un animal mort-né, ou qui succombe dans les 48 heures suivant la naissance, à l'exclusion des avortements d'origine manifestement accidentelle. De nombreux facteurs peuvent interrompre une gestation, notamment :
- Traumatismes: Blessures de la mère, surtout en fin de gestation (par exemple, lors de la contention des animaux ou coups de corne).
- Anomalies fœtales: Anomalies génétiques ou développementales qui entraînent l'expulsion du fœtus.
- Problèmes alimentaires: Carences nutritionnelles ou déséquilibres.
- Maladies: Infections bactériennes, virales ou parasitaires.
La plupart des avortements sont accidentels, ce qui explique pourquoi il est souvent difficile d'en déterminer la cause sur un cas isolé. Cependant, lorsque des avortements multiples et rapprochés surviennent, une cause infectieuse est plus probable.
Déclaration Obligatoire et Surveillance de la Brucellose
La déclaration des avortements reste obligatoire dès le premier cas, dans le cadre de la surveillance contre la brucellose. La découverte de nouveaux foyers en 2013 a incité le maintien de la vigilance vis-à-vis de cette maladie. Cette mesure est essentielle pour la détection précoce et le contrôle de cette maladie réglementée, dont la France est indemne à ce jour.
Diagnostic des Causes d'Avortement
Le diagnostic des causes d'avortement comprend deux niveaux :
Lire aussi: Grossesse et CAF : Le guide
- Avortements Isolés: Lorsqu'il n'y a qu'un seul avortement dans l'élevage, impliquant un seul animal, les recherches complémentaires ne sont généralement pas prises en charge. Cependant, la déclaration reste obligatoire.
- Séries d'Avortements: En cas d'avortements multiples et rapprochés, une investigation plus approfondie est nécessaire. Les manifestations cliniques observées et les caractéristiques épidémiologiques peuvent parfois orienter vers une suspicion, mais le recours au laboratoire est le plus souvent indispensable.
Pour optimiser les chances d'élucidation, il est fortement recommandé de faire des prises de sang sur les congénères, en privilégiant ceux ayant eu des problèmes de reproduction.
Agents Infectieux Impliqués dans les Avortements Bovins
La liste des bactéries, virus ou parasites responsables d'avortements est longue. Parmi les plus fréquents, on retrouve :
- Ehrlichiose
- BVD (Diarrhée Virale Bovine)
- Fièvre Q
- Néosporose
- Salmonellose
- Listériose
- Chlamydiose
Certains de ces agents infectieux sont redoutables car contagieux et doués d'un grand pouvoir d'expansion intra et inter élevages.
Procédures de Diagnostic en Laboratoire
Le diagnostic des avortements dans les élevages bovins, ovins et caprins se fait par mise en évidence du pathogène à l’aide de la PCR ou par culture bactérienne pour la salmonellose et la listériose. La précocité d'intervention est déterminante, avec un prélèvement dès le deuxième avortement dans les 48 heures maximum. Pour compléter le diagnostic, il est indispensable d'effectuer des recherches complémentaires sérologiques sur les avortées et les congénères.
Kit Diagnostic Avortement
Dans le cadre d'une harmonisation régionale, le kit avortement s'adapte avec des fonds de la FRGDS Nouvelle-Aquitaine. Il met l'accent sur les pathologies les plus rencontrées dans chaque espèce. L'aide aux analyses effectuées sur l'avortée est de 60 €, complétée par une prise en charge de 30 € des analyses effectuées sur les congénères (cf. Kit diagnostic GDS Creuse - FRGDS NA).
Lire aussi: Tout savoir sur la déclaration de grossesse
Si cette première étape ne permet pas de déterminer la cause des avortements, le vétérinaire peut élargir la recherche à d'autres pathogènes, en prenant en compte les éléments épidémiologiques dont il dispose.
Exemples de Résultats de Kits Avortements
Sur la campagne 2023 - 2024, 49 kits avortements bovins ont été réalisés en Creuse et il a été identifié principalement de l’ehrlichiose et de la fièvre Q. Pour les petits ruminants, 20 kits ont été réalisés avec un taux d’élucidation de 40 % (3 chlamydioses, 3 fièvres Q, 2 toxoplasmoses). Lors de tout résultat positif, un document d'explication concernant la maladie identifiée est envoyé avec copie au vétérinaire. Le résultat obtenu doit être interprété avec son vétérinaire pour confirmer l'étiologie de l'avortement.
Gestion Sanitaire des Avortements dans l'Élevage
Au niveau de l'élevage, la gestion sanitaire des avortements implique une application stricte de certaines mesures par le couple éleveur/vétérinaire afin d'en limiter l'impact sur le cheptel et l'environnement, un point annuel « performances de reproduction » devant être fait pendant le Bilan Sanitaire d'Elevage.
- Isolement: Isoler la femelle qui a avorté pour limiter la contamination des congénères et de son environnement.
- Conservation: Conserver les produits de l'avortement (placenta et avorton) à l'écart des autres animaux (chiens…) en attendant la visite du vétérinaire qui effectuera les prélèvements.
- Nettoyage et désinfection: Par mesures de biosécurité, le box de vêlage et l'ensemble du matériel de vêlage doivent être nettoyés et désinfectés.
- Élimination des déchets: Les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies : éliminez-les rapidement dans un bac d'équarrissage avant que d'autres animaux n'y touchent (bovins et chiens) et protégez-vous des zoonoses avec des gants.
- Hygiène: La prévention des maladies abortives passe par l’hygiène des locaux (désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires, et vides sanitaires,…), de l’eau de boisson et des aliments qui doivent éviter d’être souillés par d’autres animaux (chiens, chats, volailles, oiseaux, rats,…). Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
Importance de la Déclaration et du Suivi Vétérinaire
Seulement 1 éleveur sur 4 déclare les avortements de son élevage auprès de son vétérinaire sanitaire. C’est pourtant une obligation en élevage de ruminants, permettant la surveillance de la brucellose dont les conséquences économiques et sanitaires peuvent être graves.
Pour chaque avortement, il est impératif de contacter son vétérinaire sanitaire. Le cadre légal reste celui de la brucellose, maladie réglementée dont la France est indemne à ce jour.
Lire aussi: Documents Nécessaires
L'État prend en charge le déplacement, la visite, les prélèvements et analyses pour la recherche de la Brucellose dès le premier avortement. Pour ce qui est des analyses, le GDS prend en charge, pour ses adhérents, toute recherche sérologique en BVD, Néosporose et Fièvre Q dès lors que 2 avortements surviennent dans le même mois ou qu’il y a 3 avortements sur 9 mois.
Causes Infectieuses les Plus Courantes d'Avortements Bovins
Fièvre Q
La Fièvre Q, causée par la bactérie Coxiella burnetii, est une zoonose qui se transmet principalement par voie aérienne à un grand nombre d'animaux (vaches, moutons, chiens, chats, tiques, faune sauvage,…). Dans la majorité des cas, la maladie passe inaperçue, mais elle se manifeste régulièrement par des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie parfois associée à des problèmes d’infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales.
De ce fait, les femmes enceintes et les personnes fragiles doivent éviter les contacts avec les animaux dans les fermes concernées. Le risque d’infection humaine par consommation de lait cru ou de produits laitiers frais au lait cru provenant d’animaux infectés par la fièvre Q est considéré comme minime voire quasi nul.
La lutte contre la fièvre Q combine des mesures médicales, vaccination des génisses notamment, et des mesures sanitaires complémentaires (isolement, hygiène, désinfection, etc.).
Néosporose
La Néosporose bovine entraîne des avortements durant le deuxième tiers de la gestation (entre le 4e à 7e mois). Neospora caninum est un parasite de la famille des coccidies transmis par les chiens, notamment lorsqu’ils ont la fâcheuse habitude de faire leurs besoins à proximité de l’alimentation des vaches (auges, silos,) et lorsque les chiennes mangent des délivrances ou des avortons contaminés. Le lait ou le colostrum ne transmettent pas la néosporose. Il n’existe aucun traitement contre cette maladie, mis à part l’élimination des lignées de vaches atteintes.
BVD (Diarrhée Virale Bovine)
La BVD (diarrhée virale bovine), ou maladie des muqueuses, est souvent associée à des problèmes d’infertilité et digestifs. La BVD ne fait l’objet ni d’une prophylaxie, ni d’une déclaration obligatoire, c’est donc aux éleveurs de s’organiser pour détecter les animaux nés « IPI » (infecté permanent immunotolérant). Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale. Les signes de la présence du virus BVD dans le troupeau sont très variés sans signe caractéristique. Avec notamment des naissances de veaux faibles ou malformés (atrophie du cervelet ou des yeux, cataracte, déformation des membres). Des souches très virulentes du virus BVD, rares en France, peuvent entraîner des hémorragies mortelles, sur des jeunes veaux.
Autres Maladies Abortives
Selon le contexte épidémiologique et clinique des avortements, il peut être nécessaire de mener une investigation sur les maladies dites de « deuxième intention ». L’Idele a mis en ligne des fiches techniques sur ces maladies : la salmonellose, la listériose et la chlamydiose abortive.
Salmonellose
Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, indépendamment ou non des cas de diarrhée. Ils ont lieu en général dans la 2e moitié de la gestation. Lorsqu’ils sont dus à Salmonella Dublin, il n’y a en général pas d’autres symptômes associés dans le troupeau.
Les animaux se contaminent par l’intermédiaire d’eau ou d’aliments souillés par de la terre et surtout par des déjections d’autres animaux de leurs congénères (les volailles et les oiseaux peuvent être des sources de salmonelles). L’hygiène des aliments, de l’eau de boisson et des litières reste la première méthode de prévention. La vaccination est possible contre les souches S. Typhymurium et S. Dublin et réduit les signes cliniques.
Les salmonelles sont contagieuses à l’homme par voie orale. Les éleveurs laitiers ayant diagnostiqué un cas d’avortement dû aux salmonelles doivent informer leur laiterie et retirer les lots de lait cru ou de fromages dans l’attente d’analyses complémentaires. S’il y a eu au moins deux cas de salmonellose bovine dans l’élevage en deux mois, il faut renseigner l’information sur la chaîne alimentaire (case à cocher), sur la fiche ASDA du bovin.
Chlamydiose abortive
Les signes cliniques liés par des Chlamydia sont assez rares chez les bovins à la différence des ovins où la chlamydiose est une des principales causes d’avortements infectieux en série. Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittaci. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache. Dans les élevages mixtes, il peut être judicieux de séparer les bovins des ovins.
En cas de chlamydiose, une antibiothérapie (tétracyclines) ne semble pas justifiée. Un vaccin est efficace chez les ovins.
Listériose
Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau. L’infection à la listeria est le plus souvent inapparente et sans conséquence pour les animaux.
Très résistantes dans le milieu extérieur, les listeria sont des bactéries très fréquentes dans l’environnement. Listeria monocytogenes est aussi pathogène chez l’homme avec des risques chez la femme enceinte.
Conduite à tenir en cas d'avortements répétés
Lors d’avortements en série, il est important de réfléchir à leur cause. Il est impératif de consulter un vétérinaire. Des protocoles ont été élaborés au niveau national avec des compétences pluridisciplinaires et au vu des connaissances disponibles. Une fois le diagnostic établi, le vétérinaire et le GDS pourront conseiller au mieux sur les mesures les plus appropriées à mettre en place dans l'élevage.
Mesures générales à appliquer
Quelle que soit la cause de l’avortement, il est important d’isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non délivrances durant une quinzaine de jours afin de favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur. Le protocole de soin (antibiothérapie) et de diagnostic est à définir avec son vétérinaire ou le groupement de défense sanitaire (GDS).
Les avortements des ruminants font l'objet d'une surveillance obligatoire et doivent être déclarés et prélevés (placenta et prise de sang de l’avorteuse). En cas d’avortements successifs, les vétérinaires recommandent de faire des analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l’avorton. Des frais pris, en partie, en charge par les GDS. Certaines maladies étant transmissibles à l’homme (zoonose), le lait d’une vache ayant avorté ne doit pas être consommé. Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et à mettre à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux). Par ailleurs, les femmes enceintes doivent éviter de s’en approcher, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages.
tags: #declaration #avortement #bovin #causes
