Slimane Azem, né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, dans la Wilaya de Tizi Ouzou en Kabylie (Algérie), et décédé le 28 janvier 1983 à Moissac en France, est une figure emblématique de la chanson kabyle. Chanteur, musicien, auteur-compositeur-interprète, poète et fabuliste algérien, son œuvre traverse les générations et continue d'inspirer les artistes contemporains.

Une enfance kabyle et les premiers pas vers la musique

Slimane Azem voit le jour dans un petit village de montagne, Mayache, situé sur les contreforts du Djurdjura. Rien ne le prédestine à une carrière artistique. Fils d'un modeste cultivateur, il est un écolier moyen, mais se passionne pour les Fables de la Fontaine, qui influenceront profondément ses écrits et ses compositions. Dès l'âge de 11 ans, il travaille comme employé agricole chez un colon à Staoueli, près d'Alger, une expérience qui marque son jeune âge.

L'exil et la découverte de la musique

En 1937, Slimane Azem quitte l'Algérie pour la France. Il travaille d'abord comme manœuvre dans une aciérie à Longwy, avant d'être mobilisé lors de la "drôle de guerre" à Issoudun. Réformé en 1940, il s'installe à Paris et devient aide électricien dans le métro. Cette période difficile, passée dans les tunnels et les souterrains, trouve un écho dans sa première chanson, "A Muḥ a Muḥ", où il exprime le mal du pays et la dureté de la vie parisienne.

En 1942, Slimane est à Paris. La capitale le fascine et pourtant le travail est rude. Lui qui est habitué à vivre au village au grand air, le voici confiné dans des tunnels et des souterrains huit heures par jour dans le métro. On retrouve trace de cette période dans sa première chanson :

► Ma ad tedduḍ ad nṛuḥ, A Muḥ a Muḥ► Temẓi-inu tṛuḥ d akweṛfi► Deg Metro daxel uderbuz► Lpari tahkam fell-i► Waqila tesεa leḥruz

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Deux ans et demi après, il subit la déportation par les troupes allemandes et reste en Rhénanie jusqu'à sa libération, en 1945, par les Américains.

L'ascension musicale à Paris

Après la Seconde Guerre mondiale, Slimane Azem reste à Paris et commence à chanter dans le café qu'il gère dans le 15e arrondissement. Encouragé par Mohamed el Kamel, ancien de l'ensemble Bachtarzi, il persévère dans la musique. Il enregistre son premier disque, "A muh a muh", qui connaît un grand succès auprès de la communauté maghrébine. Ses disques se vendent chez Madame Sauviat, la disquaire du Boulevard de la Chapelle, qui le présente à la compagnie Pathé-Marconi.

Au cours des années 70, il fait des duos comiques avec le cheikh Norredine et chante en français "Algérie, mon beau pays" et "Carte de résidence". Au fil des enregistrements, Slimane Azem conquiert un large public communautaire grâce à ses textes paraboles où il met en scène des animaux et se pose comme un chanteur engagé politiquement. Puis son inspiration décline.

Un artiste engagé et exilé

Pendant la guerre d'Algérie, Slimane Azem critique ouvertement le pouvoir algérien. Menacé de mort à l'indépendance en 1962, il est contraint de s'installer définitivement en France. Devenu une voix légendaire, il est interdit d'antenne dans son propre pays, et ses disques circulent clandestinement. Seules quelques brèves mentionnent son nom, en minuscules, dans la presse algérienne.

En 1970, il obtient un disque d'or avec la chanteuse Noura, consacrant son succès en France. Il devient sociétaire de la SACEM.

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L'œuvre de Slimane Azem : un reflet de la société kabyle

Le répertoire de Slimane Azem est un miroir des bouleversements sociaux et politiques de son époque. Sur les cent soixante-treize chansons recensées, plus de la moitié sont consacrées à la critique des valeurs en mutation, avec des titres évocateurs comme "Ilah ghaleb, Kulci yeqleb" (Ô Dieu, tout est inversé) et "Zzman tura yexxerwed" (Les temps sont, à présent, troublés).

Dans ses chansons, il oppose le passé ("zik") au présent ("tura"), dénonçant la domination des intérêts matériels, de l'argent et de l'égoïsme, au détriment de l'honneur et de la solidarité. Il aborde également les problèmes sociaux comme la pauvreté et l'alcoolisme.

Toutefois, Slimane Azem reste avant tout le poète de l'exil. Ses chansons évoquent avec pudeur la douleur de la séparation d'avec sa Kabylie natale, comme dans "D-aghrib d-aberrani" (exilé et étranger) et "A tamurt-iw aàzizen" (ô mon pays bien-aimé).

Il faut préciser que Slimane Azem, puisant dans le vieux patrimoine berbère, a « fait parler » les animaux, arme subtile mais à peine voilée d'une critique politique acerbe :

► Baba ghayu : le perroquet► Tlata yeqjan : les trois chiens

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En cela il marque une fidélité indéfectible au caractère traditionnellement contestataire de la poésie kabyle, l'une de ses dernières chansons salue avec éclat et avec un titre très évocateur : (Ɣef Teqbaylit yuli was : Sur le Kabyle (ou la kabylité) se lève le jour), l'émergence de la revendication culturelle berbère lors du printemps 1980.

Une vie simple à Moissac

Malgré son succès, Slimane Azem reste attaché à ses racines paysannes. Il investit une partie de ses gains dans l'achat d'une ferme à Moissac, où il passe six mois de l'année à cultiver sa nostalgie au milieu de ses figuiers et oliviers, avec son épouse Lucienne. Il y mène une vie humble de paysan poète pendant vingt-cinq ans.

Hommages posthumes

Slimane Azem décède le 28 janvier 1983 à Moissac, où il est enterré au cimetière municipal. Sa mémoire est honorée à travers de nombreux hommages.

Depuis 2008, la ville de Moissac a donné son nom à un jardin situé en centre-ville. En décembre 2013, la ville de Paris a également décidé de lui rendre hommage en donnant son nom à une place du 14e arrondissement, inaugurée le 11 octobre 2014. En mai 2016, la chanteuse franco-algérienne Nabila Dali reprend le titre "D aberrani" dans son album "Imnayen".

Aujourd'hui encore, la jeune garde artistique kabyle perpétue sa mémoire à travers des reprises de ses chants les plus bouleversants. Le chanteur Rabah Asma a repris certains de ses titres. En 1995, Lounès Matoub a repris le titre "Effegh A ya jrad tamurt iw", dirigé cette fois contre le pouvoir algérien.

Chaque année, son neveu Bruno Azem organise une commémoration à Moissac, avec l'association "les Amis de Slimane Azem". La journée hommage comprend un dépôt de gerbe au cimetière, une visite du jardin Slimane Azem, une exposition de sa collection privée, une conférence et une soirée musicale.

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