Serge Reggiani, né Sergio Reggiani le 2 mai 1922 à Reggio d’Émilie, en Italie, et décédé le 22 juillet 2004 à Boulogne-Billancourt, France, à l'âge de 82 ans, est une figure emblématique du paysage artistique français. Son parcours exceptionnel l'a mené des scènes de théâtre aux plateaux de cinéma, avant de le consacrer comme un interprète majeur de la chanson française.
Une Enfance Italienne et l'Exil en France
Serge Reggiani voit le jour le 2 mai 1922 dans le nord de l'Italie. Sa famille, modeste, est composée de Ferruccio Reggiani, coiffeur, et de sa mère, ouvrière. En 1930, face à la montée du fascisme, les Reggiani prennent la décision de quitter l'Italie pour la France, en quête d'une vie meilleure. Après un court séjour à Yvetot, en Normandie, ils s'installent à Paris, où le père ouvre un salon de coiffure.
Formation et Débuts au Théâtre
À Paris, Serge se forme en art dramatique auprès de Léon Smet en Belgique, puis au Conservatoire national d’art dramatique. En 1937, il rejoint le Conservatoire des arts cinématographiques, avant de se tourner vers le Conservatoire national d'art dramatique. Le jeune homme rêve du 7ème art. En 1941, il fait ses débuts sur scène dans Le Loup-Garou de Roger Vitrac. Au début de la guerre, il s'était hasardé sur les planches, pour distiller l'humour décapant de Roger Vitrac (Le Loup-garou), ou célébrer Baudelaire dans le cabaret d'Agnès Capri. En 1941, deux seconds prix (tragédie et comédie) récompensent le jeune acteur. Il donne la réplique à Jean Marais, puis il est repéré par Jean Cocteau.
L'Ascension Cinématographique
Après la guerre, Serge Reggiani se fait un nom au cinéma. En 1938, Serge Reggiani apparaît pour la première fois sur grand écran, mais non crédité au générique, dans Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Il obtient un joli succès en jeune premier dans Le Carrefour des enfants perdus en 1944, mais c'est dans Les Portes de la nuit, de Marcel Carné quatre ans plus tard, qu'il trouve son premier rôle marquant, celui d'un homme veule, un emploi dans lequel il s'illustre souvent au début de sa carrière (Manon de Clouzot). Il apparaît dans Les Portes de la nuit (1946), et en 1952, il joue dans Casque d’Or, rencontre Simone Signoret et travaille plus tard avec des réalisateurs renommés comme Jean-Pierre Melville dans L’Armée des ombres. Il prête également sa voix au tendre ramoneur du dessin animé de Paul Grimault, La Bergère et le Ramoneur (1952).
Il enchaîne les rôles, travaillant avec des réalisateurs prestigieux tels que Marcel Carné, Henri-Georges Clouzot et Max Ophüls. Jacques Becker lui offre alors de jouer dans Casque d'or (1952) Manda, l'amant taciturne de Simone Signoret. Ce rôle admirable, où l'amour fou s'entrelace à la pure amitié, marqua si bien l'acteur que plus tard il chantait encore « un menuisier dansait » pour évoquer la valse éternelle de Casque d'or et de Manda sous les arceaux de la guinguette. L'échec incompréhensible de ce chef-d'œuvre blessa Reggiani. Il entreprit par la suite de jouer dans une douzaine de films italiens, dont La Grande Pagaille (Luigi Comencini, 1960), Le Guépard (Luchino Visconti, 1962), plus tard Touche pas à la femme blanche (Marco Ferreri, 1973) et La Terrasse (Ettore Scola, 1980). En France, Duvivier, Melville, Lelouch et Sautet l'ont également sollicité, mais aussi Angelopoulos et Kaurismäki. En 1959 marque le triomphe, au théâtre de la Renaissance, des Séquestrés d'Altona, pièce de Jean-Paul Sartre et chant du cygne de l'acteur qui interprète le rôle de Franz von Gerlach.
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La Révélation de la Chanson
À 42 ans, Serge Reggiani entame une carrière dans la chanson, encouragé par Jacques Canetti. Bien conseillé, encouragé par Barbara, Serge Reggiani entame à quarante-deux ans un parcours de chanteur jalonné par des récitals à l'Olympia et à Bobino. Il se distingue rapidement comme un interprète majeur avec des chansons de Boris Vian, Georges Moustaki et d’autres auteurs renommés. Son premier album, Serge Reggiani chante Boris Vian, est un succès, marquant le début d’une brillante seconde carrière. En 1965, il sort son premier disque de reprises de Boris Vian. La chanteuse Barbara le prend alors sous son aile et lance véritablement sa carrière de chanteur.
Son sens dramatique, sa précision, l'âpre résonance de ses accents bouleversent ses auditeurs. Tout au long de sa carrière, Reggiani travaille avec de nombreux artistes et paroliers influents, tels que Pierre Tisserand, Serge Bourgois et Claude Lemesle, qui lui écrit plusieurs chansons emblématiques. Parmi ses chansons, certaines d’entre elles deviennent de vrais tubes. C’est le cas de Il suffirait de presque rien (1968), L'Italien (1971) ou Venise n'est pas en Italie (1977).
Vie Privée et les Épreuves
Serge se marie plusieurs fois, d’abord avec Janine Darcey en 1945, avec qui il a deux enfants, Stéphan et Carine. Le couple a deux enfants, Stéphan né en 1945 et qui se suicide en 1980, ainsi que Carine, née en 1951 et décédée en 2017. Après leur divorce, il épouse Annie Noël en 1958, ajoutant trois enfants à sa famille : Célia, Simon et Maria. En 1972, il rencontre Noëlle Adam, avec qui il partage sa vie jusqu’à sa mort. Mais en 1980, son fils Stéphan met fin à ses jours et l’acteur préfère se retirer du devant de la scène.
Les Dernières Années
Dans les années 1980 et 1990, Serge découvre une passion pour la peinture et publie également deux ouvrages autobiographiques. Il reste actif sur la scène musicale et artistique, se produisant dans des lieux prestigieux comme l’Olympia et le Palais des Congrès. Toutefois le public lui témoigne, à chacune de ses apparitions, sa sympathie et, mû par un tempérament d'artiste hors pAIR, il refait surface triomphalement dans les années 90 où une nouvelle génération le découvre. "Reggiani 89", "Reggiani 91" ou "Reggiani 95" sont des albums très personnels où le chanteur explore des thèmes qui le Passionnent et qui témoignent de sa résurrection. En 99, sort son album "Les adieux différés", emprunt de nostalgie. Contraint d'annuler une série de concerts parisiens la même année après une hospitalisation, Serge Reggiani offre en 2000 un ultime album "Enfants, soyez meilleur que nous". En 2003, une victoire d'honneur vient récompenser l'ensemble de sa carrière lors des 18éme Victoires de la Musique. Suit une tournée qui débute dans la salle parisienne du Palais des Congrès. Deux ans plus tard, une compilation réunit quelques uns de ses plus grands titres interprétés sur scène. Il décède d’une crise cardiaque le 22 juillet 2004, à l’âge de 82 ans.
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