Philippe II, surnommé Auguste, né le 21 août 1165 à Paris et décédé le 14 juillet 1223 à Mantes, fut le septième roi de la dynastie capétienne (1180-1223) et le premier monarque à porter le titre de roi de France. Son règne de 43 ans est considéré comme l'un des plus importants de l'histoire de France, marquant une transformation profonde du royaume et de la monarchie.
Un Héritage Royal et des Ambitions Précoces
Fils de Louis VII et d'Adèle de Champagne, Philippe II Auguste hérite d'un domaine royal certes florissant, mais limité à l'Île-de-France, l'Orléanais et une partie du Berry. Le reste du royaume est fragmenté en une dizaine de fiefs, où le roi n'exerce qu'une suzeraineté théorique, notamment sur les provinces de l'Ouest, sous la domination du roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt.
Dès son avènement en 1180, à l'âge de quinze ans, Philippe Auguste entreprend d'accroître son domaine et de tirer parti des rivalités entre les grands seigneurs. Son mariage avec Isabelle de Hainaut en avril 1180 lui apporte l'Artois en dot. Cependant, un conflit éclate avec le comte de Flandre, oncle de sa femme, menant à la formation d'une coalition féodale que le roi parvient à défaire (traité de Boves, 1185). Cette victoire lui permet de rattacher à la couronne les comtés d'Amiens, de Montdidier et les châtellenies de Roye et de Thourotte.
L'Abaissement des Plantagenêts : Une Œuvre Majeure
La grande entreprise du règne de Philippe Auguste est l'abaissement des Plantagenêts, une famille puissante qui régnait sur l'Angleterre et une grande partie de la France. Philippe Auguste soutient les fils révoltés d'Henri II (Henri puis Geoffroi) contre leur père. Un coup de main sur Issoudun lui permet d'imposer sa volonté et d'acquérir une partie du Vermandois, tandis qu'il marie sa fille à Jean sans Terre, fils du roi d'Angleterre (traité de Châteauroux, 1187). La lutte se poursuit jusqu'à la capitulation d'Henri II à Azay-le-Rideau le 4 juillet 1189.
Richard Cœur de Lion, devenu roi, part pour la croisade avec Philippe Auguste, mais l'entente est de courte durée. Le roi de France, rentré précipitamment en 1191, intrigue contre son allié, devenu le rival de Jean sans Terre et du duc d'Autriche, qui arrête Richard à son retour et le livre à l'Empereur. La lutte reprend à la libération de Richard (1194) et tourne à l'avantage de Cœur de Lion, jusqu'à sa mort au siège de Châlus en Limousin (1199).
Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso
Philippe Auguste ne reconnaît à Jean sans Terre le titre de roi qu'en échange de la cession d'une partie du Vexin normand, du pays d'Évreux et du Berry (traité du Goulet, 1200). En 1202, Jean sans Terre n'ayant pas répondu à une convocation devant la justice royale, ses fiefs sont confisqués et Philippe Auguste entreprend d'exécuter la sentence. La Normandie, le Maine, l'Anjou et le Poitou sont annexés entre 1204 et 1208.
Bouvines : Une Victoire Décisive et un Tournant Historique
Un débarquement en Angleterre est préparé, mais une vaste coalition réunissant les comtes de Boulogne, de Flandre, de Hollande, les ducs de Lorraine, de Brabant, de Limbourg, et surtout l'empereur germanique, l'empêche d'aboutir. Le roi de France réussit néanmoins, par la victoire de Bouvines (27 juillet 1214), à défaire la coalition, assurant ainsi sa tranquillité au nord et à l'est, et supprimant tout appui continental à Jean sans Terre, qui doit reconnaître de fait les conquêtes de son rival.
Cette bataille est bien plus qu'une simple victoire militaire. Elle est un tournant décisif dans l'histoire de France, marquant l'émergence d'un sentiment national et la consolidation du pouvoir royal face aux forces féodales et aux puissances étrangères. Bouvines est perçue comme une bataille, un duel où deux concurrents décident de s’engager, seul à seul ou accompagnés de leurs amis, afin de forcer le jugement de Dieu et de trancher définitivement une querelle.
Expansion du Domaine Royal et Politique d'Alliance
Le même prince royal Louis intervient ensuite en Aquitaine aux côtés de Simon de Montfort contre le comte de Toulouse et les albigeois ; et Philippe Auguste avait auparavant mis la main sur l'Auvergne (à partir de 1189) et la Champagne (1201 et 1213).
Philippe Auguste lorgnait aussi, pour ne pas dire surtout, depuis le début de son règne sur la Flandre. Du fait de sa première épouse, Isabelle de Hainaut, il a pensé pouvoir l’acquérir en tout ou en partie, pour lui ou son fils, à la mort du comte Philippe (1191), après quoi il a tenté d’en prendre un vrai contrôle en protégeant l’héritière du comte Baudouin IX, disparu en 1205. Il a mis la main sur le Vermandois et l’Artois, mais la Flandre, riche et ombrageuse, dans l’ensemble se refusait à lui. Il y est entré en armes à plusieurs reprises, sans pouvoir y enraciner sa domination : ainsi en 1213, après avoir cru pouvoir prendre l’Angleterre sur ordre du pape Innocent III, l’arrivée d’un contrordre et la destruction de sa flotte l’ont-elles redirigé sur la Flandre. Il n’a pu s’y maintenir et l’année suivante, en 1214, il faisait face à une coalition montée par Jean Sans Terre qui le menaçait depuis l’Aquitaine et qui finançait contre lui la Flandre et plusieurs autres adversaires sur sa frontière du Nord.
Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition
Organisation du Royaume et Centralisation du Pouvoir
À l'intérieur, Philippe Auguste met en place des méthodes nouvelles de gouvernement rendues nécessaires par l'extension du domaine. Il institue les baillis, officiers nommés et révoqués par le roi, qui le représentent dans toutes ses fonctions. Ils apparaissent vers la fin du xiie siècle lorsque les baillis, d'abord itinérants, sont fixés par Philippe Auguste, roi de France, sur la portion du domaine royal où ils doivent le représenter.
Philippe Auguste contribua à faire de Paris une capitale et de la France un État. Il transforme la gestion rudimentaire du royaume en créant une armature de services publics hiérarchisés, contrôlés, efficaces. Avant lui, les cadres étaient formés par les prévôts, agents roturiers sans traitement, enclins à tirer les plus gros bénéfices possibles de leur office (souvent acheté aux enchères, parfois héréditaire). Au-dessus des prévôts, Philippe institue les baillis un peu avant 1190 ; ils sont choisis dans la noblesse et reçoivent des pouvoirs étendus en matière de finances, de justice et de police ; ils administrent un nombre variable de prévôtés (la prévôté de Paris est en fait un bailliage). Baillis et sénéchaux sont nommés, rémunérés par le roi, souvent déplacés et toujours révocables : ce sont des fonctionnaires et, par surcroît de précaution, Philippe les fait inspecter par des enquêteurs choisis dans son conseil ; ces nouveaux missi dominici traitent sur place les cas litigieux et répartissent les tailles (l’impôt roturier). De toute façon, les baillis sont tenus de soumettre leurs comptes trois fois l'an à Paris.
L'organisation des finances et de l'armée royales progresse également sous son règne. Pour autant, l'hégémonie capétienne sur le royaume de France n'est pas tout à fait complète ni tout à fait à l'abri des difficultés. Les grands barons restent puissants et susceptibles de faire corps. Après le court règne de Louis VIII (1223-1226) marqué par de nouvelles avancées, le règne de Louis IX, encore adolescent, commence par des difficultés avec plusieurs grands barons, que sa mère Blanche de Castille surmonte avec l'appui de l'Église. Après quoi Louis IX devient Saint Louis, portant le prestige moral de la dynastie capétienne à son zénith ; il obtient au prix de quelques concessions, en 1259, l'acceptation des confiscations de Philippe Auguste sur Jean Sans Terre par le roi d'Angleterre Henri III, fils de celui-ci, qui garde une partie de l'Aquitaine en échange d'un hommage. Philippe Auguste a d'ailleurs connu ce futur saint. Il a été le premier capétien à voir son petit-fils et second successeur, qui était âgé de neuf ans en 1223.
La Complexité d'un Roi : Portrait Psychologique
L'œuvre de Philippe Auguste demeure toutefois mieux connue que l'homme. Les sources dont on dispose rendent toujours difficile un jugement motivé sur la personnalité des hommes du Moyen Age et plus encore sur le rôle personnel qu'ont joué les souverains. Dans le cas de Philippe Auguste, nous avons la chance de posséder le témoignage d'un chanoine de Saint-Martin de Tours qui semble l'avoir bien connu et nous donne de lui, fait exceptionnel à cette époque, un portrait physique et moral. Le voici : beau et bien bâti, il était chauve depuis qu'à la croisade de 1190, à vingt-cinq ans, il avait par maladie perdu cheveux et ongles. C'était un bon vivant, amateur de femmes, le teint rubicond d'un visage respirant la joie de vivre. Il aimait le vin et la bonne chère - ce qui nous est confirmé par des exernpia [1] de prédicateurs. Au moral, généreux envers ses amis, il était convoiteux du bien de ses adversaires et expert dans l'art de l'intrigue. Religieux, de sage conseil, il portait des jugements rapides et droits, et s'en tenait fermement à ce qu'il avait dit. Favorisé par la victoire, Philippe Auguste était craintif pour sa vie et s'emportait facilement, mais se calmait tout aussi rapidement. Il réprimait la malignité des grands du royaume et provoquait leurs discordes. N'éprouvant de haine pour personne, sinon un court moment, il ne mettait à mort nul qui fût en prison.
Ce beau portrait dressé, donc, par un chanoine de Saint-Martin de Tours peut être complété par ce qu'on lit entre les lignes du Carolinus, œuvre du précepteur de son fils Louis VIII : de caractère difficile, emporté, actif mais agité, empressé à satisfaire ses convoitises au point de manquer de prudence et de circonspection. Bref, rapidité de jugement mais impulsivité; justesse de raisonnement mais goût de l'intrigue. La conviction profonde qu'avait Philippe Auguste de sa mission royale et le sentiment qu'il devait la réaliser pour le bien de son peuple et l'affermissement de la foi chrétienne, ainsi que l'orgueil qu'il tirait de sa vocation de roi face à son vassal anglo-normand, face aussi à l'empereur et au pape, constituent des traits dominants de caractère.
Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet
La légende carolingienne joue son rôle dans cette reviviscence impériale à la cour de France. Philippe se pose en descendant des Carolingiens [3] : on le dit Carolides; le précepteur de son fils écrit son Ca-rolinus. L'orgueil contrarié de Philippe donne lieu à des crises de fureur aux conséquences imprévisibles, surtout jusque vers 1200. Son impulsivité, qui l'amène par des décisions rapides à devancer ses adversaires et à désorganiser leurs plans, a frappé les contemporains.
L'histoire lamentable de ses mariages illustre cette impulsivité. Son premier mariage avec Isabelle de Hainaut, en avril 1180, avait été une union politique aux extraordinaires conséquences puisqu'elle lui avait valu une dot qui étendait le domaine royal d'un coup jusqu'à la mer du Nord. Les vicissitudes du second mariage du roi - avec Ingeborg de Danemark - sont parmi les événements les plus fameux - mais les moins explicables - du règne. Les raisons du mariage, cette fois encore, étaient évidentes pour les deux parties : pour le Danemark il s'insérait dans le contexte du problème du pouvoir impérial et de l'équilibre des forces dans l'Empire après la liquidation de la puissance de Henri le Lion; pour Philippe, dans sa lutte contre Richard Cœur de Lion. Six semaines après l'accord, lourd de menaces, entre Henri VI, Richard et les princes de l'Ouest de l'Empire, la jeune Ingeborg, sœur du roi Cnut VI, était amenée en France et couronnée solennellement le 15 août 1193. Dès le lendemain, par un de ces coups de tête dont il avait le secret, Philippe Auguste rompait publiquement avec elle et exigeait vainement que l'ambassade qui l'avait escortée la ramenât à son père. Sur le refus de la reine de divorcer, il devait la faire enfermer et traîner de prison en prison.
Un Bâtisseur et un Modernisateur
Sous les ordres de Philippe II Auguste, Une forteresse est édifiée pour assurer la protection de l’Ouest de Paris. Le Louvre voit ainsi ses premiers bâtiments sortir de terre. La Grosse Tour et le château médiéval seront terminés en 1202. Philippe Auguste a la main lourde en matière de finances. Ses revenus domaniaux augmentent avec l'accroissement du domaine royal, mais ils ne suffisent pas pour la grande politique : d'où une fiscalité souvent très proche de l'exaction. Le roi a l'idée de remplacer par des taxes, les corvées et l'« aide de l'ost ». Mais il pressure les Juifs ; après les avoir brutalisés et chassés en 1182, il se ravise en 1198 et leur impose des taxes quasi spoliatrices. L'Église n’est guère moins exploitée ; Philippe Auguste doit renoncer au droit de régale (droit de jouissance du temporel des évêchés vacants), dont il a impudemment abusé, mais il use d'impôts extraordinaires incessants ; ici encore, il doit reculer et annuler en 1189 la « dîme saladine » accablante qu'il exige avant sa croisade en 1188, mais le principe du décime ecclésiastique ne tarde pas à reparaître. Si Philippe Auguste se montre intraitable, c’est avant tout pour entretenir une armée soldée ; il renonce autant qu'il le peut aux levées féodales, plus encombrantes qu'utiles, et Bouvines lui apprend à ne pas compter sur les milices communales en rase campagne. Il compose le gros de son armée avec des « soudoyers », chevaliers et « sergents », nobles ou non, à pied ou montés ; parfois, il les paie en terres, faute de numéraire, mais toujours à titre viager ou révocable. Ayant remarqué en Orient un art des fortifications plus savant, il en fait profiter ses nombreux châteaux forts, comme ceux de Dourdan et de Gisors. Il ceinture Paris d'une muraille continue, renforcée de trente-quatre tours rondes sur la rive gauche et de trente-trois sur la rive droite ; à l'ouest, il élève l'énorme donjon du Louvre, où il dépose ses archives. Car cette monarchie nomade tend à devenir sédentaire ; le roi séjourne volontiers à Paris, dont il fait paver les rues principales et qui prend figure de capitale. Ce règne de quarante-trois ans est aussi l’époque où l'art gothique prend son essor.
tags: #philippe #auguste #date #de #naissance
