La légende du roi Arthur est un ensemble de récits fantastiques qui a connu un véritable succès dès le Moyen Âge. Parmi les figures emblématiques de cette légende, on retrouve Perceval, un chevalier de la Table Ronde dont l'histoire est riche en mystères et en quêtes.

Les Origines de Perceval

Dans la plupart des contes, Perceval est de naissance noble, souvent le dernier d'une fratrie de chevaliers morts au combat. Son père est soit le roi Pellinor de Listenois, soit un chevalier valeureux. Sa mère, dont le nom reste généralement anonyme, joue un rôle crucial dans son histoire. Afin de le protéger d'un destin funeste, elle se retire dans un manoir isolé au cœur d'une vaste forêt, ignorant tout des coutumes et des dangers du monde extérieur. Elle craint qu'il ne suive les traces de son père et de ses frères, tous morts au combat. Sa sœur, parfois nommée Dandrane, est souvent décrite comme la porteuse du Saint-Graal.

Élevé dans l'isolement, Perceval grandit sans connaître les codes de la chevalerie ni les usages du monde. Un jour, alors qu'il joue au javelot dans la forêt, il rencontre cinq chevaliers en armure étincelante, qu'il prend d'abord pour des anges. Cette rencontre éveille en lui le désir de devenir chevalier et le pousse à se rendre à la cour du roi Arthur.

L'Initiation à la Chevalerie

Perceval arrive à la cour d'Arthur, mal vêtu, mal armé et mal monté. Il s'avance à cheval directement dans la grande salle du palais. Ignorant des usages, mais désireux d'obtenir des armes, il accepte immédiatement le défi de récupérer une coupe et de vaincre le Chevalier Vermeil, à condition qu'on lui fournisse l'équipement nécessaire. Il part sur-le-champ, poursuit le chevalier, le tue d'un coup de javelot, lui enlève la coupe et prend son armure vermeille.

Le sénéchal Keu se montre moqueur et hostile envers Perceval, frappant même une demoiselle qui avait ri en le voyant. Arthur, en revanche, est émerveillé par les prouesses de Perceval.

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Gornemant de Goort l'accueille avec bonté et entreprend de l'instruire. Il lui apprend les règles de la chevalerie, les règles de la bienséance et le savoir-vivre, et lui montre comment manier la lance. L'enseignement le plus significatif, et paradoxalement la cause de son échec ultérieur au château du Graal, est le conseil de Gornemant de ne pas poser trop de questions, car trop parler peut mener à l’erreur.

La Quête du Graal et l'Échec Initial

Dès les récits les plus anciens, Perceval est impliqué dans la Quête du Graal. Chez Chrétien de Troyes, il rencontre le Roi Pêcheur blessé et voit le Saint-Graal, mais s’abstient de poser la question qui aurait guéri le souverain.

Dans Perceval ou le Conte du Graal, Chrétien de Troyes décrit une scène mystérieuse au château du Roi Pêcheur. Lors d'un banquet, une procession étrange traverse la salle : un valet tenant une lance dont la pointe laisse échapper des gouttes de sang, suivi d'une demoiselle portant un "Tailloer", le vase qui deviendra le Saint Graal. Le Graal est accompagné d'une lumière intense qui éclipse celle des chandelles.

Perceval, se souvenant du conseil de Gornemant, reste silencieux, malgré son désir de comprendre la signification de ces symboles. Le lendemain matin, le château disparaît et une jeune fille maudit Perceval pour son silence, lui expliquant que s'il avait posé la question, le Roi Pêcheur aurait été guéri et le royaume aurait été sauvé.

Le Cheminement Intérieur et la Rédemption

Suite à cet échec et à la révélation de sa faute, Perceval erre pendant une longue période, "tout égaré en lui-même" et ayant même oublié Dieu. Il prend conscience pour la première fois de sa conduite et de la faute qu'il a commise en oubliant sa mère.

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Un Vendredi Saint, il rencontre un groupe de pénitents qui se rendent chez un ermite. Ces pénitents lui reprochent de porter les armes un tel jour. Perceval confesse ses péchés à l'ermite, notamment celui d'avoir causé la mort de sa mère. L'ermite absout Perceval et lui donne des conseils. C'est également lors de cette rencontre que l'ermite lui révèle son lignage : il est le frère de sa mère, et l'homme servi par le Graal (le père du Roi Pêcheur) est le frère de l'ermite. Ainsi, Perceval découvre qu'il appartient à une lignée de gardiens du Graal. L'ermite lui explique aussi que le Graal contient une hostie qui nourrit le père du Roi Pêcheur.

Le parcours de Perceval est donc un parcours d'initiation : il est introduit dans le mystère du saint Graal. Perceval était ''attendu''… Effectivement, à son arrivée à la cour d'Arthur, selon Chrétien de Troyes, une prédiction se réalise : une jeune fille qui n'avait pas ri depuis six ans rit en voyant le jeune homme et reconnaît en lui un chevalier que "nul ne surpassera". Perceval apparaît alors, sinon comme le libérateur attendu par tout un lignage, du moins comme un chevalier promis à une destinée exceptionnelle.

L'Évolution du Mythe de Perceval

L'œuvre de Chrétien de Troyes est inachevée, et ne narre pas le retour de Perceval au château du Graal ni la conclusion de sa quête. L'inachèvement de l'œuvre de Chrétien de Troyes a eu une conséquence majeure : il a suscité une "fièvre de continuations" et a donné "champ-libre" à de nombreux autres auteurs pour poursuivre le récit.

Plusieurs continuations versifiées ont vu le jour, attribuées notamment à Gautier de Denet (ou Wauchier de Denain), Gerbert (souvent identifié à Gerbert de Montreuil) et Manessier. Ces textes explorent différentes pistes ; la Première Continuation, par exemple, se focalise sur Gauvain, tandis que la Seconde Continuation reprend les aventures de Perceval.

Parallèlement, d'autres œuvres ont développé la légende du Graal et la quête de Perceval. Robert de Boron a composé un cycle en prose (ou des versions en prose de poèmes originaux), incluant un Joseph d'Arimathie, un Merlin et un Perceval. Chez Robert de Boron, le Graal est explicitement christianisé, devenant la coupe de la Cène et le vase ayant recueilli le sang du Christ.

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Le "Perlesvaus" (ou Le Haut Livre du Graal) est une autre continuation importante qui reprend l'histoire exactement là où Chrétien l'avait laissée (après l'épisode de l'ermitage) et mène à son terme la quête de Perceval.

Enfin, "La Quête du Saint Graal" est un roman en prose du XIIIe siècle, souvent considéré comme le seul roman qui fait aboutir la quête du Graal, bien que ce succès soit attribué principalement à Galaad, qui surpasse Perceval en pureté.

Dans des récits ultérieurs, Galahad, le fils de Lancelot, devient le véritable héros du Graal. Dans des versions précoces, la bien-aimée de Perceval est Blanchefleur et il est devenu roi de Corbénic après avoir guéri le Roi Pêcheur, mais dans des versions postérieures, il est resté vierge et est mort après avoir retrouvé le Graal.

Perceval et le Graal : Un lien indéfectible

Le mot graal est un nom commun, employé, semble-t-il, dans l’Est de la France pour désigner des ustensiles domestiques : vase, mortier ou écuelle. Au Moyen Âge, le graal semble être un plat large et creux, proche de l’écuelle où l’on mange à plusieurs.

La première apparition du Graal se rencontre chez Chrétien de Troyes vers 1170-1180 : dans Perceval ou le Conte du Graal, une jeune fille porte un graal dans une procession à l’occasion du repas chez le Roi Pêcheur. Il s’agit alors d’un objet courant, un plat ou un récipient, dont la nature merveilleuse n’est pas explicitée.

Diverses versions donnent du Graal des descriptions radicalement différentes : chez Robert de Boron, c’est une coupe semblable au calice liturgique ; chez Wolfram von Eschenbach, auteur du Parzival que Wagner reprendra, c’est une sorte de pierre nommée lapsit exillis, liée à la chute des anges ; La Continuation Gauvain le présente comme une corne d’abondance, flottant au milieu de la salle. Elle sera de nouveau portée par une jeune fille dans la Troisième continuation de Manessier.

À cause de son péché, Perceval manque de demander la signification de la Lance et du Graal. Chrétien de Troyes n’a pas inventé cet objet, ni la scène du cortège. Il faut vraisemblablement penser à l’un des récipients merveilleux qui apparaissent souvent dans les récits celtiques anciens : vases et plats y produisent en abondance une nourriture ou une boisson inépuisables, dans des festins de l’Autre Monde (coupe merveilleuse associée à l’idée de souveraineté, corbeille aux mets toujours renouvelés, corne à boire dont le breuvage donne jeunesse et joie ou enfin chaudron d’abondance, générateur de sagesse). Mais le romancier champenois introduit une première christianisation de ces thèmes en suggérant que le Graal pouvait contenir une hostie ; celui-ci devient alors un saint vase, orné de pierres précieuses.

Au tournant du 12e et du 13e siècle, le Roman de l’Estoire dou Graal en vers puis le Joseph d’Arimathie et l’Estoire del Saint Graal en prose vont plus loin dans la christianisation du graal. Robert de Boron identifie pour la première fois avec le calice dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ sur la Croix. Chez Robert de Boron, le Graal émet un rayonnement divin, une lumière due à la présence mystique du Christ. Avec le mythe du Graal apparaît donc l’espoir de la rédemption et la croyance que le monde pourra être libéré du mal.

Composé en prose française dans les années 1220-1230, un immense cycle du Graal - appelé « Lancelot-Graal », « Lancelot en prose », ou « Grand Saint-Graal » - compile toutes les légendes arthuriennes dans une perspective chrétienne.

Dans La Quête du Saint Graal, récit allégorique et mystique où se font sentir l’influence cléricale et l’esprit cistercien, les aventures « célestielles » s’opposent aux entreprises terriennes et la figure de Galaad prend le pas sur celle de Lancelot. C’est à partir de la mise en série des différentes tables du Graal que se développent les aventures arthuriennes.

La perte du Graal et son retour en Orient dans la ville de Sarras résultent de la corruption des habitants de Grande-Bretagne et correspondent à la fin des aventures merveilleuses associées à cet objet.

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