Aux alentours de 1500, la chrétienté occidentale est en pleine ébullition. L'invention de l'imprimerie met la lecture à la portée du plus grand nombre et l'on prend goût à lire dans le texte et commenter les écrits évangéliques sur lesquels se fonde l'enseignement de la religion chrétienne. C'est dans ce contexte que Martin Luther, moine, prêtre et théologien allemand, émerge comme l'un des principaux initiateurs de la Réforme, un mouvement religieux qui allait profondément transformer le christianisme et la civilisation occidentale. En défiant l'autorité papale et en tenant la Bible pour seule source légitime d'autorité religieuse, Luther a jeté les bases du protestantisme et a déclenché une révolution religieuse dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui.
Naissance et jeunesse de Martin Luther
Martin Luther est né le 10 novembre 1483 à Eisleben, dans l’électorat de Saxe (aujourd’hui en Allemagne), l’un des nombreux États qui composaient le Saint Empire romain germanique. Il est le fils de Hans Luther et de Marguerite Zidler. Son père, paysan d'origine, devient mineur dans une mine de cuivre de la région de Mansfeld, puis exploitant d'une mine de cuivre et d'une fonderie lui permettant de recevoir le statut de bourgeois puis de magistrat. Hans Luther était ambitieux pour lui-même et sa famille, et était déterminé à voir son fils aîné devenir juriste.
Martin Luther avait plusieurs frères et soeurs, et était particulièrement proche de son frère Jacob. Il suivit ses études primaires et secondaires dans les écoles latines de Mansfeld, puis à Magdebourg et à Eisenach. Les trois écoles se focalisaient sur le trivium : la grammaire, la rhétorique et la logique. Luther compara plus tard sa scolarisation là-bas au purgatoire, puis à l'enfer.
En 1501, à l'âge de dix-huit ans, il entre à l'université d'Erfurt, où il obtient un diplôme de bachelier en 1502 et une maîtrise en 1505. Il a alors l'intention d'étudier le droit, comme le souhaite son père, dans la même université mais, il abandonne presque immédiatement, pensant que le droit référait à l'incertitude.
L'entrée au monastère et la quête spirituelle
Après des études au cours desquelles il découvre l’humanisme, Luther est pris de doutes sur le sens de sa vie. Luther recherchait des garanties dans la vie et était attiré par la théologie et la philosophie, exprimant un intérêt particulier envers Aristote, Guillaume d'Ockham, et Gabriel Biel. Il fut fortement influencé par deux tuteurs, Bartholomaeus Arnoldi von Usingen et Jodocus Trutfetter, qui lui apprirent à remettre en question les plus grands penseurs et à tout analyser par l'expérimentation. Cependant, la philosophie lui fut insatisfaisante, offrant des promesses par rapport à l'usage de la Raison mais aucune en rapport à l'Amour de Dieu, ce qui lui était important.
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Un jour, terrorisé par la foudre qui est tombée près de lui, il fait le vœu de devenir moine. Plus tard, il attribua cette décision à un événement: le 2 juillet 1505, il retournait à cheval à Erfurt après un congé dans sa famille. Pendant un orage, un éclair frappa près de lui. Plus tard, il fit part à son père de sa peur de la mort et du jugement divin et s'écria, "Au secours! sainte Anne, je vais devenir moine!" (ou « Sainte Anne, sauve-moi et je me ferai moine ! »). Il vint à considérer son appel à l'aide comme une promesse qu'il ne pourrait jamais briser.
Il quitta l'université et entra dans une confrérie augustinienne à Erfurt dès le 17 juillet 1505. Un ami rejeta cette décision sur la tristesse de Luther à la perte de deux de ses amis. Luther lui-même semblait attristé par sa décision. Il dit, le soir de son dîner de départ, « En ce jour, vous me voyez, et puis, plus jamais. » Son père était furieux de ce qu'il considérait être un gâchis de la formation de Luther. « Le maître des Arts va devenir un fainéant », dit-il au sujet de son fils.
Au couvent des Augustins d'Erfurt, Martin essaie de rechercher dans l'ascèse (mortifications, jeûnes, veilles) la promesse de son salut tout en restant persuadé qu'il n'y parviendra jamais. En même temps, il continue à étudier la théologie et bientôt commence à l'enseigner : ordonné prêtre en 1507, il est désigné pour enseigner la philosophie au couvent d'Erfurt. Docteur en théologie en 1512, il occupe par la suite la chaire d'enseignement biblique à l'université de Wittemberg (maison de Luther de Wittemberg), ville où il est à partir de 1514 prédicateur de l'Église. Enseignement, prédication et recherche personnelle sont alors ses trois activités essentielles.
L'opposition aux indulgences et la naissance de l'idée de Réforme
Le premier des scandales que dénonce Luther dans ses 95 thèses est l'abus qui est fait des indulgences. À cette époque, pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, l’Église catholique vend des « indulgences ». Ce sont des sortes de certificats qui rachètent une partie des péchés contre de l’argent. Scandalisé par ce commerce, Martin Luther publie en 1517 une dénonciation de ces indulgences intitulée les Quatre-Vingt-Quinze Thèses.
Certains font remonter les idées réformatrices de Luther à un séjour qu'il fait à Rome en 1510 1511 pour les affaires de son ordre. Ce n'est apparemment pas le cas, et les abus ecclésiastiques de l'époque ne semblent pas l'émouvoir outre mesure. Plus importants sont ses travaux sur les épîtres de Paul et son obsession du salut. Luther en arrive à se dire que l'homme doit accepter son état de pécheur et qu'il est forcément imparfait devant Dieu, ce qui n'empêche pas la pénitence. En revanche, vouloir résoudre le problème du péché par des indulgences, le plus souvent monnayées, est pour lui une pratique incompatible avec la piété et une façon trop facile d'éluder les vrais problèmes.
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Le conflit avec la papauté éclate en 1517, à propos de l'indulgence décrétée par le pape Léon X pour favoriser la construction de la basilique Saint-Pierre, chef-d'oeuvre architectural et artistique, indulgence soutenue en Allemagne par l'archevêque- électeur de Mayence Albert de Brandebourg. Le 31 octobre, Luther écrit à l'archevêque pour lui demander de ne pas cautionner cette indulgence et joint à sa lettre les 95 thèses. Comme l'affirme son contemporain Philippe Mélanchthon, le 31 octobre 1517 il aurait placardé sur les portes de l'église de la Toussaint de Wittemberg ses 95 thèses condamnant violemment le commerce des indulgences pratiqué par l'Église catholique romaine, et plus durement encore les pratiques du Haut clergé principalement de la papauté. Ces 95 Thèses, également appelées Thèses de Wittenberg, sont imprimées à la fin de l'année. Il s'insurge contre l'imposition de dogmes tels que celui du Purgatoire. Dès lors, cette controverse entre théologiens (donc universitaires) devient une affaire publique et politique. Luther est dénoncé à Rome par l'archevêque Albrecht.
La rupture avec l'Église catholique
L’idée de Luther à l’origine n’est donc pas de rompre avec l’Église catholique, mais de la réformer. Cependant, une bulle (lettre officielle) du pape Léon X le menace d’excommunication s’il ne renonce pas à ses projets. Luther brûle la lettre papale en public. En 1521, il est excommunié et est mis au ban (déclaré hors-la-loi) du Saint Empire romain germanique. Le duc électeur Frédéric de Saxe le protège et le cache dans un château près d’Eisenach. Luther y traduit en allemand le Nouveau Testament (la partie chrétienne de la Bible), pour qu’il puisse être lu par le plus de monde possible. Pour lui, la seule autorité sur la manière d’organiser l’Église est la Bible. Il en vient à considérer le pape comme l’Antéchrist, un faux messie qui annonce la fin des temps.
Face à Martin Luther, Rome choisit l'affrontement, méconnaissant donc l'adversaire et sa pugnacité, et sans doute aussi la situation politique allemande. Le procès menant à son excommunication, loin d'affirmer le catholicisme, ne fait qu'accélérer le processus de la Réforme.
En octobre 1518, Martin Luther est convoqué à Augsbourg, où le cardinal Cajetan, nonce apostolique, est chargé d'obtenir sa rétractation. Peine perdue. Après cet échec, le pape Léon X décide d'adopter une attitude plus conciliante : il nomme Karl von Miltitz nonce apostolique et le charge de remettre à Frédéric le Sage dont Luther est le sujet, la Rose d'or qu'il convoite en vain depuis trois ans, espérant ainsi le convaincre de faire cesser les attaques de Luther contre la pratique des indulgences. Les 5 et 6 janvier 1519, Miltitz rencontre Luther à Altenburg. Il obtient de sa part l'engagement de ne plus s'exprimer sur la question des indulgences, promettant de son côté d'imposer également le silence à ses adversaires Johann Tetzel et Albert de Brandebourg. À la suite de cette entrevue, Luther écrit au pape une lettre qu'il remet à Miltitz. De nouvelles rencontres ont lieu entre les deux hommes, le 9 octobre 1519 à Liebenwerda puis en octobre 1520 à Lichtenburg, près de Wittenberg, mais la rupture avec Rome est déjà consommée. C'est qu'entre temps, Luther a aggravé son cas : en juillet 1519 lors de sa controverse avec Johann Eck (Dispute de Leipzig), qui sera l'organisateur de la Contre-Réforme dans l'Empire, il met en cause l'infaillibilité des conciles. En juin 1520, Rome publie la bulle Exsurge Domine le menaçant d'excommunication, tandis que ses livres sont brûlés. Luther réagit avec la même violence, brûlant le 10 décembre à la fois la bulle papale et le droit canonique. L'excommunication, désormais inévitable, est prononcée le 3 janvier 1521 (bulle Decet Romanum Pontificem).
Reste maintenant à mettre Luther au ban du Saint-Empire, ce qui ne peut se faire qu'après accord des États de l'Empire. Dans ce but Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d'Espagne, convoque Martin Luther en avril 1521 devant la diète de Worms (Rhénanie-Palatinat, Allemagne). Un sauf-conduit lui est accordé afin qu'il puisse s'y rendre en toute sécurité. Mais face à l'empereur, Luther refuse à nouveau de se plier aux exigences de l'Église, et il proclame notamment : « Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m'ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide. »
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Sa mise au ban de l'empire est alors prononcée.
La diffusion des idées luthériennes et les conflits religieux
Les 95 thèses affichées à Wittenberg ont un profond retentissement en Allemagne. Les idées de Luther se répandent comme une traînée de poudre en Allemagne. Considérant que les chrétiens n'ont pas besoin d'intermédiation pour aimer Dieu, il condamne la fonction cléricale et la vie monastique. Les prêtres se marient, les moines et les religieuses abandonnent leur couvent…
On peut difficilement imaginer un moine mendiant, même docteur en théologie et soutenu par un nombre important d'humanistes et de pasteurs, luttant seul à la fois contre la toute puissante Église romaine et contre Charles Quint, le plus important souverain d'Europe, et personnellement très attristé par les déviations de la Réforme. Certes, Charles Quint a d'autres sujets de préoccupation il doit lutter contre l'invasion turque d'une bonne partie de ses territoires à l'Est et en son absence ses sujets Espagnols s'agitent. Luther est mis au ban de l'Empire ce qui signifie que n'importe qui peut le mettre à mort impunément. Mais il dispose cependant, outre un appui populaire assez large, de divers appuis politiques, tels celui du landgrave de Hesse et surtout celui du prince-électeur de Saxe Frédéric III le Sage (14631525).
Aussitôt sa condamnation prononcée, son ami l'Électeur de Saxe Frédéric III le Sage, craignant qu'il ne lui arrivât malheur, « l'extrait » (plus précisément des hommes de confiance de Frédéric III enlèvent Luther alors qu'il traverse la forêt de Thuringe le 4 mai 1521) du château d'Altenstein, où il est chez Burghard II Hund von Wenkheim, et le met à l'abri dans le château de Wartbourg, près d'Eisenach. Il y demeure jusqu'au 6 mars 1522 sous le pseudonyme de chevalier Georges. C'est ici que Luther commence sa traduction de la Bible, d'abord celle du Nouveau Testament. La tradition veut qu'il ait laissé une trace de son passage : un jour où le Diable venait une fois de plus le tourmenter, l'empêchant ainsi de travailler, il lança son encrier contre le Démon, ce qui occasionna une tache sur le mur… encore visible aujourd'hui. Après moins de deux ans de clandestinité, il revient de son propre chef au cloître de Wittemberg, qu'il ne quittera plus guère désormais, et où il ne sera plus vraiment inquiété.
La réforme protestante se répand dans les principautés voisines, façonnant une sorte d'unité allemande que Charles Quint ne peut combattre, empêtré qu'il est dans ses guerres contre la France.
Lors de la diète de Spire (avril 1529), le souverain tente bien de reprendre les choses en main, mais il se heurte à six princes et quatorze villes qui protestent d'en appeler à un concile si Charles Quint veut revenir à l'édit de Worms. La diète d'Augsbourg de 1530, au cours de laquelle Philippe Mélanchthon lit la Confession d'Augsbourg, confirme la résistance des princes protestants, qui forment la ligue de Smalkalde en 1531.
Les détracteurs de Martin Luther lui ont souvent fait grief de ce soutien des princes, lui reprochant d'avoir mis en place une religion qui n'est pas vraiment celle du peuple. Ils lui reprochent surtout son comportement pendant la guerre des Paysans allemands (1524 1525), révolte provoquée par la misère mais liée aussi à la question religieuse et à des préoccupations proches des siennes (plusieurs leaders du mouvement étaient anabaptistes). En avril 1525, en des termes très durs, Luther se prononce pour une répression impitoyable de la révolte il y aura en tout plus de 100 000 morts. En effet, pour Luther, se révolter contre son souverain c'est se révolter contre Dieu lui-même : Dieu a donné à certains le « privilège » de gouverner, même si ceux-là se révèlent injustes ou mauvais, Dieu n'a pas pu se tromper. Il s'agit d'une punition divine que d'avoir placé à la tête d'un peuple un souverain cruel. Et cette punition est méri…
Les dernières années de Luther
Certains des réformés Luther, qui condamne le célibat des hommes d’Église, se mariera et aura six enfants. En 1534, il achève sa traduction de la Bible en allemand. Il passe le reste de sa vie à écrire, à prêcher et à organiser l’Église réformée en Saxe. Ses amis et disciples recueillent ses conversations dans un ouvrage nommé Propos de table. Luther avait écrit en 1523 un petit livre intitulé Que Jésus-Christ est né juif. Celui-ci recommandait de traiter les juifs avec tolérance.
Toutefois, Martin Luther possède une image controversée à cause de son opinion sur les juifs. En effet, il considère le judaïsme comme un crime. En 1543, il publie un pamphlet s'intitulant "Des Juifs et de leurs mensonges", dont la composante est d'une extrême violence. Ce pamphlet contribue à appuyer un fort antisémitisme en Allemagne, en particulier sous le Troisième Reich, devenant un livre à succès.
Cela fera 480 ans que Martin Luther est mort le mercredi 18 février 2026. A cause de la mort de sa fille Madeleine et des affrontements entre protestants, Martin Luther a connu des périodes d'angoisse et de dépression. De plus, il souffre de la gravelle. Il meurt le 18 février 1546 sans doute d'un accident vasculaire cérébral.
Héritage et influence de Martin Luther
Martin Luther a initié la Réforme, qui a transformé certains principes fondamentaux de la croyance chrétienne. Ce mouvement a abouti à la division de la chrétienté occidentale entre le catholicisme romain et les nouvelles traditions protestantes, principalement le luthéranisme et le calvinisme.
Luther est également connu pour avoir effectué une traduction de la Bible en allemand et dont l'impact culturel est primordial, tant pour les fondements de la langue allemande que pour la fixation des principes généraux sur l'art de la traduction.
Ses prises de position radicales et antisémites sur les Juifs furent utilisées par les nazis. Pour cette raison, et pour les aspects révolutionnaires de sa théologie, son héritage a suscité et continue de susciter de multiples controverses.
Au cours d’une vie mouvementée et pleines de périls, avec des périodes de confiance puis d’angoisse et même de dépression, Luther a pris progressivement conscience de sa mission. Universitaire brillant, théologien, prédicateur, écrivain, il est doué pour s’exprimer dans un langage simple, en latin ou en allemand. Musicien, il a composé une série de 36 cantiques en langue allemande pour être chantés par l’assemblée des fidèles, ce qui a contribué à développer la musique allemande.
Des musées existent pour se souvenir de Martin Luther. Premièrement, sa maison, le cloître de l'université de Wittenberg, qui a été transformée en musée et qui est le plus grand musée du monde sur la Réforme protestante. En 1994, il est reconnu comme site du patrimoine mondial. Il y a également sa maison à Eisenach, une maison patricienne à colombages, qu'il est possible de visiter. De plus, l'astéroïde 7100 a été nommé à son nom, en son hommage. Lors du cinquième centenaire de la réforme luthérienne en 2017, de nombreuses célébrations ont eu lieu en Allemagne, en l'honneur de Martin Luther.
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