Léopold Sédar Senghor, figure emblématique de l'Afrique et chantre de la francophonie, est l'un des poètes noirs les plus lus au monde. Son œuvre, tant littéraire que politique, a marqué le XXe siècle et continue d'inspirer les générations actuelles. Cet article se propose d'explorer la vie et l'œuvre de cet homme aux multiples facettes, de sa naissance à Joal à son élection à l'Académie française.

Une jeunesse sénégalaise et une formation parisienne

Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal, une petite ville côtière du Sénégal. Issu d'une famille riche et catholique de l'ethnie sérère, son enfance est privilégiée, marquée par un enracinement dans la société traditionnelle. Après une scolarité chez les pères puis au collège de Dakar, où il obtient son baccalauréat en 1928, il quitte le Sénégal pour Paris.

Ces « seize années d'errance » au pays des Blancs le mènent de la khâgne du lycée Louis-le-Grand à la Sorbonne, puis à l'agrégation de grammaire en 1935, une première pour un Africain. Il devient professeur de lettres classiques à Tours (1937) et à Saint-Maur (1938), avant d'être mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale.

La Négritude: une identité retrouvée

Derrière ce brillant parcours se cache un homme blessé, qui se sent exilé et aliéné. À la recherche de son identité, il fonde en 1934, avec Aimé Césaire et Léon Damas, L'Étudiant noir, une revue qui forge la notion de négritude. Ce mouvement littéraire et intellectuel vise à affirmer et revendiquer la culture afro-caribéenne comme une culture à part entière, digne de considération au même titre que la culture occidentale.

Senghor invente une manière de scander le français qui emprunte aux rythmes musicaux sénégalais. Prince et poète, Léopold Sédar Senghor a su épanouir un lyrisme heureux, et chanter, avec une inquiète passion, la toujours jeune Afrique qui se réveille après des siècles de sujétion et des millénaires d'une vie culturelle méconnue.

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Engagement politique et présidence du Sénégal

Léopold Sédar Senghor accède à la notoriété en 1945, lorsqu'il est élu député du Sénégal à l'Assemblée constituante et publie son premier recueil, Chants d'ombre, hanté de souvenirs d'enfance et de visions nostalgiques du pays natal. Dès lors, carrière publique et accomplissement lyrique vont de pair.

Le député se dégage du Parti socialiste et organise des mouvements proprement africains. Secrétaire d'État à la présidence du Conseil en 1955-1956, ministre du général de Gaulle en 1959, il devient en 1960, après la malheureuse expérience de la fédération du Mali, le premier président de la République du Sénégal. Il sera réélu quatre fois (en 1963, 1968, 1973 et 1978).

Adepte d'un socialisme modéré et africanisé, il contrôle étroitement la vie politique, non sans quelque dérive autoritaire. Figure emblématique de la vie politique sénégalaise, compagnon puis rival de Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia fut Premier ministre de son pays de 1959 à 1962.

L'œuvre littéraire: entre poésie et réflexion sur la négritude

L'œuvre de Senghor est marquée par la poésie et les essais sur la négritude. Parmi ses principaux recueils, on peut citer Chants d'ombre (1945) et Éthiopiques (1956). Ce dernier est écrit dans un contexte politique troublé, marqué par les revendications d'indépendance des colonies africaines. Senghor, partagé entre la France et le Sénégal, y exprime son identité africaine et sa vision du monde.

Ses essais sur la négritude, regroupés sous le titre Liberté (1964-1992), développent une réflexion sur l'identité noire et la nécessité de valoriser les cultures africaines. Senghor y défend une vision de la négritude comme une valeur universelle, ouverte au dialogue avec les autres cultures.

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En 1948 parait « Hosties noires », le deuxième recueil de poésie de Léopold Sédar Senghor, futur président du Sénégal. En 18 poèmes en prose, il retrace son expérience de la guerre et des camps de prisonniers, il dénonce le mépris pour l’homme noir, et livre un hommage poignant à tous les combattants africains des deux guerres mondiales. « Hostie » signifie victime d’un sacrifice ou d’un holocauste ; Senghor célèbre ainsi le sacrifice de ses frères d’armes, soldats noirs des deux guerres mondiales qu’il veut voir honorés au même titre que les résistants et les combattants de la Libération.

Francophonie

Léopold Sedar Senghor a beaucoup écrit dans la Revue des Deux Mondes , notamment sur la francophonie, en novembre 1975 : ” Qu’est-ce donc que la francophonie ? Nombre d’esprits distingués ont trouvé le mot laid. S’il s’est maintenu, c’est qu’il s’était imposé par sa nécessité. Il a été, d’abord, très régulièrement formé, avec le suffixe -ie, pour désigner une collection : l’ensemble des pays où l’on parle français, c’est-à-dire une des grandes réalités du monde contemporain, à côté des mondes anglophone, russophone, sinophone, lusophone, hispanophone. (…) La francophonie ainsi présentée dans ses dimensions géographiques et humaines, nous devons évoquer le lien qui unit ces quarante-deux pays : la langue française. Mais il est moins question de cette langue que de la civilisation dont elle est le véhicule, plus exactement de son esprit : de la culture française. Cependant, s’il n’était question que de cela, comment pourrions-nous l’accepter sans renoncer à notre identité, nous Négro-Africains, nous Arabo-Berbères, Indochinois, Papous et Polynésiens, voire nous Belges, Suisses, Canadiens ? La francophonie est un sujet qui tient particulièrement à coeur à Sedar Senghor.

Héritage et postérité

En 1980, Léopold Sédar Senghor démissionne de la présidence du Sénégal et se retire en France. En 1983, il est le premier Africain élu à l'Académie française, une consécration pour son œuvre et son engagement en faveur de la langue française. Il meurt le 20 décembre 2001 à Verson (Calvados), laissant derrière lui un héritage complexe et multiple.

Aujourd'hui, l'héritage de Senghor reste un objet brûlant, sa mémoire diffère selon qu'on se situe en France ou au Sénégal. Mais son legs est aussi un objet vivant, qui continue d'évoluer. D’une même voix, des intellectuels appellent à faire ce qui a trop longtemps été oublié : lire et relire Senghor. Et ouvrent des pistes pour de nouvelles approches de l'œuvre senghorienne ; sa portée écologique en premier lieu.

Son œuvre est aujourd’hui relue comme une pensée importante de l’émancipation.

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