Julien Derouault, danseur, comédien et chorégraphe, est un artiste passionné par le geste et les mots. Avec ses cheveux mi-longs châtain foncés et son regard pénétrant, il incarne un amour profond pour son art. Cet article explore son parcours, de ses débuts hésitants à la création de sa propre compagnie, le Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault, en collaboration avec Marie-Claude Pietragalla.

Les Débuts d'un Danseur Étoile

Julien Derouault voit le jour en 1978. Francilien de naissance, son enfance se déroule près du Mans. Enfant hyperactif et sportif, il découvre la danse à l'âge de 12 ans lorsqu'il suit une amie à un cours de Modern Jazz. « C’était du Modern Jazz, se souvient-il. J’y allais une heure et demie par semaine. C’était vraiment du loisir, car j’aurais préféré faire du théâtre. Ce n’était pas possible. Je me suis laissé porter par le hasard. A cette époque, je me dépensais dans plein d’autres activités. Je ne m’arrêtais jamais. »

Le véritable déclic se produit quelques années plus tard lorsqu'il participe à des stages de danse où il explore différents styles, notamment le contemporain et le classique. « Très vite, continue-t-il, des professeurs se sont intéressés à moi et à ce que je faisais. C’était aussi l’avantage d’être un garçon dans un milieu où il y a beaucoup de filles : on est plus rapidement repéré. L’un des enseignants était Redha, un chorégraphe que j’admirais déjà beaucoup. Je faisais en sorte de suivre tous les cours qu’il dispensait. Il était très dur, ça me forçait à donner le meilleur de moi-même. Venant du sport, j’aimais beaucoup cette approche, qui bousculait la plupart des élèves, car pour suivre il fallait s’accrocher. Il a été direct. Si je voulais aller plus loin, je devais absolument faire de la danse classique. »

À 16 ans, il s'inscrit au conservatoire du Mans, puis au Conservatoire à rayonnement régional d'Angers, tout en poursuivant ses études grâce à l'aide de Michel Galvane. Ses parents, qui ne sont pas issus du monde du spectacle, insistent pour qu'il obtienne son diplôme avant de se consacrer pleinement à la danse. « Tout est allé très vite, raconte Julien Derouault. Ayant commencé la danse classique tard, j’ai dû redoubler d’effort : ça a été dur, mais j’ai toujours gardé à l’esprit que c’était un passage obligé. Je n’avais pas le choix, j’en avais besoin pour la suite de ma carrière. Si je ne me voyais pas forcément dans le rôle d’Albert dans Gisèle, le virus de la danse classique a fini par me venir avec le temps. »

Après avoir obtenu son diplôme, il est accepté au Conservatoire National Supérieur de Danse de Paris, mais choisit de ne pas y aller. « Même si c’était ma vocation finale, un domaine qui m’était plus familier, plus naturel, explique-t-il, je savais que ce n’était pas encore le moment. J’étais jeune, j’avais besoin de faire ce que je ne savais pas faire. J’avais l’envie d’apprendre, de me construire. »

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L'Aventure Marseillaise et la Rencontre avec Roland Petit

L'histoire de Julien Derouault continue à Marseille, où il auditionne pour intégrer les classes de danse classique. Âgé de 17 ans, il se souvient : « A l’époque, se souvient-il avec malice, j’avais pas du tout le look du danseur classique. J’étais un peu rebelle. J’avais les cheveux longs, je portais un jogging. Le jury semblait interloqué par ma présence. Il se demandait ce que je pouvais bien faire là. Surtout que vu mon âge, je ne pouvais intégrer que la dernière année, juste avant la professionnalisation. Clairement, je n’avais pas le niveau, mais comme il y avait peu de garçons, ils ont accepté que je passe les tests. J’ai eu une chance extraordinaire. Roland Petit, qui ne venait jamais aux auditions, a pointé le bout de son nez. Il a regardé tout le monde. Il s’est dirigé vers moi. D’un ton impératif, il m’a demandé de détacher mes cheveux. Je me suis exécuté, pas très fier. Ses mots ont été directs. Il trouvait ma coupe affreuse. Avec aplomb, je lui ai répondu que s’il me prenait, je me rasais les cheveux : ça lui a plu. Il trouvait que j’avais des yeux de danseur. Il m’a juste dit « ok », je te prends. Puis s’en est allé. »

En 1996, il est l'un des deux danseurs acceptés, aux côtés d'un danseur russe. Julien Derouault se consacre alors corps et âme à son art. « Physiquement, raconte le ténébreux danseur, J’ai morflé. Je me suis blessé les tibias à plusieurs reprises. J’ai fait des périostites à répétition. Avec le recul, je n’ai pu le faire uniquement parce que je n’avais pas encore vingt ans. La souffrance n’était rien. Ce qui pouvait paraître de la douleur pour le grand public, pour les non-initiés, c’était devenu du plaisir, presque une gourmandise. J’avais un but. La danse était ma vie, je devais me transformer pour adapter mon corps à l’esthétisme du classique. »

Il admire profondément Noureïev et s'inspire de sa discipline et de sa maîtrise. « J’étais fasciné par son travail, explique-t-il avec beaucoup de respect. Ce qu’il faisait sur scène était prodigieux. Sa maîtrise impeccable, son aisance, l’étonnante facilité qu’il avait à exécuter des mouvements que je savais particulièrement difficiles, lui permettait de tout donner dans l’esthétisme, dans l’émotion. La technique n’est rien en soi, c’est ce qu’il en faisait qui était prodigieux. C’était un vrai génie. »

Son travail acharné est récompensé lorsque Roland Petit lui propose de devenir son stagiaire. Julien Derouault est initié au répertoire de Roland Petit et apprend en observant les autres danseurs. « C’était incroyable, se souvient-il toujours émerveillé par la bonne étoile qui veille sur lui. Je commençais à vivre de mon art. Le salaire était ridicule mais c’était pour moi l’Eldorado. Tous les jours, on m’initiait au répertoire de Roland Petit. N’étant pas né dans le monde de la danse classique, j’ai dû regarder les autres travailler, chercher ailleurs ce qui n’était pas inné. En observant les autres danseurs s’échauffer, répéter, j’ai appris à conserver mon énergie, à ne pas la gaspiller inutilement. »

La Rencontre Décisive avec Marie-Claude Pietragalla

En 1998, Marie-Claude Pietragalla succède à Roland Petit à la direction du Ballet national de Marseille. Julien Derouault se trouve à un tournant de sa carrière. « C’était une période étrange pour moi, explique Julien Derouault. Mon premier maître partait. Je ne savais pas si je devais rester ou voler vers d’autres horizons. J’avais l’envie de découvrir d’autres choses, d’autres chorégraphes. Je ne connaissais quasiment que son répertoire. J’avais besoin d’envisager différemment le corps, la danse. Puis Pietra arrivait avec un bagage impressionnant. Elevée dans la pure tradition de Noureïev, le répertoire classique n’avait presque plus de mystère pour elle. En tant que danseuse étoile de l’opéra de Paris, elle avait travaillé avec les plus grands chorégraphes contemporains, tels Carolyn Karlson ou Merce Cunningham. Et elle avait déjà proposé plusieurs créations qui avaient eu bonne presse. »

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Il choisit de rester et rencontre Marie-Claude Pietragalla. Leur rencontre est à la fois humaine, amoureuse et artistique. Les chorégraphes les invitent rapidement à danser ensemble, et leur collaboration devient une évidence. « Dès sa première création marseillaise, raconte-t-il, elle m’a pris pour assistant. Elle m’a fait entièrement confiance. J’avais une bonne vision des autres et j’avais déjà la passion de transmettre. En peu de temps, j’ai pris en charge les répétitions, en soutien des maîtres de ballet. Les chorégraphes me faisaient confiance. Ils reconnaissaient ma capacité d’analyse des mouvements, des gestuelles. »

Nommé soliste en 2000, il participe à toutes les créations de Pietragalla. Ensemble, ils explorent le destin de Camille Claudel et Auguste Rodin, ce qui aboutit à la création de Sakountala en 2000. « Grâce à elle, se souvient-il, j’ai eu accès à l’envers du décor. J’ai dû m’intéresser à tout ce qui tourne autour de la danse, de la création d’un ballet. J’ai travaillé avec les costumiers, les éclairagistes. J’étais autant en contact avec les solistes qu’avec le corps de ballet. C’est comme gérer une petite entreprise. Cette première expérience fut très bénéfique. C’était un nouveau départ, une opportunité d’aller encore plus loin dans ma passion, d’avoir la possibilité de produire de A à Z un spectacle. »

La Création du Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault

En 2004, Julien Derouault et Marie-Claude Pietragalla fondent leur propre compagnie, le Théâtre du Corps Pietragalla-Derouault. « Pour créer ensemble la compagnie « Théâtre du Corps Pietragalla - Derouault », d’abord installée à Bagnolet puis à Alfortville. Un lieu de recherche chorégraphique, qui va être une aventure artistique et humaine incroyable. Avec une volonté de transmission qui se traduira par la création, en 2018, d’un centre de formation professionnelle à bac +2, pluridisciplinaire et par alternance.

Ils créent ensemble plus d'une quinzaine de spectacles, explorant différents courants de danse et s'inspirant de diverses cultures. « En France, explique Julien Derouault, c’est très compliqué d’expliquer que la danse est un art fragile. Il faut en prendre soin. On m’a donné les codes avec soin, avec passion. C’est à mon tour de transmettre cette flamme, cette passion. C’était important pour cela de mettre en place notre propre compagnie, de pouvoir avoir un lieu où l’on pourrait s’exprimer plus librement, malgré les contraintes et les sacrifices que cela impliquait. »

Leur compagnie devient un lieu de recherche chorégraphique et de transmission, avec la création d'un centre de formation professionnelle. Julien Derouault continue de se produire sur scène et de chorégraphier, explorant les multiples facettes du corps et de l'expression artistique.

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Vie Privée et Collaborations Actuelles

Julien Derouault partage sa vie avec Marie-Claude Pietragalla, avec qui il a une fille, Lola Derouault, née en 2004. Ensemble, ils continuent de créer et de se produire, notamment dans le spectacle "Je t’ai rencontré par hasard". En 2023, il joue dans « La solitude des champs de coton », une mise en scène de Marie-Claude Pietragalla. Pour 2024, une nouvelle création « Giselle(s) », sur le thème de la violence faite aux femmes.

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