Georges Clemenceau, figure emblématique de la Troisième République, est né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds, en Vendée. Issu d'une famille bourgeoise vendéenne marquée par la tradition républicaine, il fut le fils du docteur Benjamin Clemenceau (1810-1897) et de Sophie-Emma Eucharis Clemenceau, née Gautreau (1817-1903). Deuxième enfant d'une fratrie de six, il grandit dans un environnement familial où l'aisance financière reposait sur les revenus de propriétés foncières. Son père, fervent républicain, anticlérical et athée, lui transmit le goût de l'art, de la littérature et du militantisme.

Formation et Débuts Militants

Après un baccalauréat littéraire, Georges Clemenceau suit les traces familiales en intégrant l'École préparatoire de médecine de Nantes en 1858. Il poursuit ensuite ses études à Paris, où il participe à la création du journal pro-républicain Le Travail. Son militantisme révolutionnaire lui vaut d'être emprisonné en février 1862. Parallèlement, il s'inscrit à la faculté de droit et est élu président de l'Association des étudiants en médecine. En 1865, il soutient avec succès sa thèse de doctorat, De la génération des éléments atomiques, où il défend les thèses du matérialisme.

L'Exil Américain et le Retour en France

Docteur en médecine à 25 ans, Clemenceau quitte la France pour les États-Unis en 1865. Il devient correspondant du journal Le Temps et professeur de français et d'équitation dans un pensionnat pour jeunes filles à Stamford. Il y rencontre Mary Plummer, qu'il épouse en 1869, date de son retour en France. De cet épisode, il repart avec une parfaite maîtrise de l'anglais et une expérience de la démocratie américaine.

Carrière Politique sous la Troisième République

De retour en France, Georges Clemenceau est happé par les événements politiques : guerre franco-prussienne, proclamation de la Troisième République. Il débute sa carrière politique en qualité de maire de Montmartre en 1870. Il est ensuite élu député puis sénateur. Républicain radical, polémiste engagé sachant manier la plume et maîtrisant le discours, Georges Clemenceau est un fervent défenseur de la justice et des libertés autant qu’il est l’ennemi du désordre et de la violence. Issu d'une famille républicaine, il fut maire du XVIIIe arrondissement de Paris puis président du conseil municipal de Paris au début de la Troisième République, ainsi que député de 1871 à 1893, siégeant à l'extrême-gauche en tant que républicain radical. Défenseur de l'amnistie pour les Communards et anti-cléricaliste, il prôna inlassablement la séparation de l'Eglise et de l'Etat et s'opposa à la colonisation, faisant tomber le gouvernement Jules Ferry sur cette question. Elu sénateur en 1902, bien qu'il ait critiqué dans sa jeunesse l'institution anti-républicaine du Sénat et de la présidence de la République, il fut nommé ministre de l'Intérieur en 1906, se désignant lui-même comme le « premier flic de France ». Egalement surnommé « le Tigre », il réprima alors les grèves, devenant président du Conseil de 1906 à 1909. Retournant au Sénat, il fonda un nouveau journal, L'Homme libre, renommé L'Homme enchaîné après avoir essuyé la censure au début de la Première guerre mondiale. En novembre 1917, il fut nommé de nouveau à la présidence du Conseil et forma un gouvernement autoritaire.

Le "Tombeur de Ministères"

Adversaire politique redoutable dans son opposition à la politique d’expansion coloniale de la France, il est le tombeur de ministères : Ferry en 1881, Gambetta en 1882, Freycinet en 1882, Ferry en 1885. Ce premier surnom de « tombeur de ministères » sera suivi, entre 1906 et 1909, par celui de « premier flic de France », comme modernisateur de la police, en tant que ministre de l’Intérieur et Président du Conseil.

Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso

L'Affaire Dreyfus et le Retour en Grâce

Il prend part à des affaires politiques, comme l’affaire Dreyfus. J'accuse… Compromis dans le scandale du Panama en 1892, il est sans mandat électoral après un échec aux législatives de 1893, et se consacre alors un temps au journalisme. Il remplace dès octobre Camille Pelletan au poste de rédacteur en chef à La Justice, quotidien radical et républicain qu’il a fondé en 1880. Outre ses articles quotidiens dans La Justice, il publie également des papiers dans Le Journal, L’Écho de Paris, Le Français, La Dépêche de Toulouse ou encore L’Illustration. Son journal La Justice ayant fini par péricliter, criblé de dettes, en octobre 1897, Clemenceau devient éditorialiste au journal L’Aurore, où il se distingue par sa prise de position dans l’affaire Dreyfus. Dès décembre 1897, il prend le parti de l’innocence du capitaine aux côtés d’Émile Zola. Sa carrière politique reprend en 1902 avec son élection en tant que sénateur du Var.

Ministre de l'Intérieur et Président du Conseil (1906-1909)

En 1906, il est nommé ministre de l’Intérieur et Président du Conseil. S’entourant de collaborateurs qu’il connaît parfaitement, il lance de nombreuses réformes jusqu’en 1909, qui suscitent des révoltes et des controverses. Cette période est marquée par sa rupture avec la gauche socialiste menée par Jean Jaurès et la Confédération Générale du Travail (C.G.T).

"Le Tigre" face aux Grèves

Mais, faisant face à des grèves dans le Nord minier et dans le Midi viticole entrainant de la violence, en 1907 et 1908, il est contraint d’envoyer la troupe contre les grévistes. La gauche socialiste incarnée par Jaurès le considère comme « briseur de grèves », et se sépare de lui.

L'Homme Libre et la Première Guerre Mondiale

Il continue alors, en tant que sénateur, sa carrière politique tout en fondant, en parallèle, le journal L’Homme libre en 1914, renommé L’Homme enchaîné l’année suivante. Président au Sénat de la Commission de l’Armée, son patriotisme affiché et ses attaques contre les méthodes du haut commandement, contre les défaitistes et contre les pacifistes lui valent une popularité croissante.

"Le Père La Victoire" (1917-1919)

De nouveau Président du Conseil et ministre de la Guerre de 1917 à 1919, il conduit la France à la victoire et devient, à la signature de l’Armistice, « le Père La Victoire ». Sa grande volonté et son autorité pendant la Grande Guerre lui valent son surnom le plus connu de « Père la Victoire », en tant que Président du Conseil et ministre de la Guerre, de 1917 à 1920. Réussissant à unir les armées alliées sous le commandement unique de Foch, il annonce l’armistice à la Chambre le 11 novembre 1918. Lors des négociations du traité de paix de Versailles, Clemenceau fait en sorte de punir l'Allemagne pour sa déclaration de guerre et les destructions causées sur le sol national. Il engage alors une politique belliciste et patriotique. La défaite allemande ne tarde pas et l’armistice est signée le 11 novembre 1918. Il choisit la Galerie des Glaces pour signer le traité de Versailles le 28 juin 1919, et obtient la réintégration au territoire national de l’Alsace et de la Lorraine, l’occupation de la Rhénanie et le paiement par l’Allemagne, reconnue seule responsable du conflit, d’importantes sommes en guise de « réparations » de guerre.

Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition

L'Échec à la Présidence et la Retraite

Critiqué de toutes parts, il essuie un échec lors de l'élection présidentielle de janvier 1920 face à Paul Deschanel, mettant ainsi un terme à sa carrière politique. Il est important de noter que dix jours à peine après la signature de l’armistice, le 21 novembre 1918, les 23 académiciens siégeant l’élurent à l’unanimité, au fauteuil d’Émile Faguet, comme ils venaient de le faire pour le maréchal Foch. Pas plus que le maréchal Foch qui partageait avec lui cet honneur, Clemenceau n’avait été candidat ni effectué les rituelles visites de présentation.

Le Repos à Belébat et les Voyages

Après cet échec politique, Georges Clemenceau décide de se retirer et de retrouver sa Vendée natale à la belle saison. Il a un véritable coup de cœur pour une maison de pêcheur, située au lieu-dit Belébat, dominant la mer depuis le sommet d’une dune. Le commandant Amédée Luce de Trémont, le propriétaire de la maison, propose à Georges Clemenceau de la lui céder gracieusement. Son repos, Clemenceau le consacre à écrire et à voyager. Il se rend en Égypte et au Soudan, puis à Ceylan et en Asie du Sud-Est. En 1922, il retourne aux États-Unis. Georges Clemenceau déclare dans sa correspondance avec son ami Nicolas Pietri en 1920 : « Je pense avoir assez fait pour le pays, m’être assez débattu de toutes manières, et avoir par conséquent droit au repos. »

L'Écrivain et l'Amateur d'Art

Au-delà de ses travaux littéraires, presque immédiatement après sa défaite présidentielle, il entreprend le premier d’une série de grands voyages en se rendant en Égypte et au Soudan entre le 4 février et le 21 avril 1920. Il séjourne au Caire et à Khartoum. Il repart, le 22 septembre 1920, pour Ceylan avec son compagnon de voyage Nicolas Pietri, répondant à une invitation de Ganga Singh Bahadur, maharadjah de Bikaner, à participer à une chasse au tigre. Après ce périple de plusieurs mois en Asie du Sud-Est, il rentre à Paris le 4 mars 1921. Il se rend la même année en Angleterre, où il est fait docteur honoris causa par l’université d’Oxford le 22 juin 1921. Enfin, en 1922, il retourne aux États-Unis et séjourne à New-York, Boston et Washington où il multiplie les rencontres d’ordre politique, son expertise de chef d’État étant encore beaucoup sollicitée. C’est là son dernier grand voyage.

La constitution de sa collection d’art asiatique est à replacer dans le goût, si ce n’est la passion qu’entretient Clemenceau pour le continent asiatique dans son ensemble. Clemenceau est un grand défenseur de l’Extrême-Orient à travers son combat anticolonialiste, qui se traduit dès ses premiers mandats de député avec sa condamnation de la guerre française au Tonkin en 1885 et qui se poursuit, lors de sa présidence du Conseil en 1907, par le traité franco-siamois qui entérine la restitution de trois provinces au Cambodge. Outre cet aspect politique, il se passionne, par ailleurs, pour l’étude théologique et l’héritage civilisationnel des religions bouddhiste et hindouiste, comme en témoigne certains de ses écrits, sa participation à plusieurs cérémonies bouddhiques au musée Guimet en 1891, 1893 et 1898 ainsi que son voyage en Asie du Sud-Est en 1920-1921. Ce voyage est l’occasion pour cet universaliste convaincu amateur d’art, après avoir pu découvrir l’Islam lors de son séjour au Proche-Orient, d’assouvir sa curiosité envers les civilisations de l’Asie et de visiter de grands sites patrimoniaux liés aux religions bouddhiste et hindouiste, tels que le temple bouddhiste de Borobudur à Bandung ou le lieu du premier sermon du Bouddha à Bénarès.

Concernant le domaine des beaux-arts, son goût pour l’art asiatique se rapproche de celui des artistes de l’avant-garde de la fin du XIXe siècle. Il compte dans son entourage des amis artistes eux-mêmes inspirés par le japonisme, tels que les peintres Édouard Manet et Claude Monet à qui il rend visite régulièrement dès 1895 à Giverny où il peut admirer sa collection d’estampes et le petit pont japonais qui orne son jardin.

Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet

tags: #date #de #naissance #Georges #Clemenceau

Articles populaires: