Claude Monet, figure emblématique de l'histoire de l'art, est reconnu comme l'un des fondateurs de l'impressionnisme. Sa quête incessante de la lumière et sa manière novatrice de capturer les effets atmosphériques ont révolutionné la peinture. Cet article explore sa vie, de sa naissance à Paris le 14 novembre 1840 à son évolution artistique et son héritage durable.
Enfance et Premières Influences (1840-1858)
Oscar-Claude Monet voit le jour à Paris le 14 novembre 1840. Ses parents, Adolphe Monet, négociant en tissus, et Louise-Justine Aubrée, l'élèvent au Havre à partir de ses cinq ans. C'est dans cette ville normande que le jeune Monet développe son intérêt pour l'art, d'abord par la caricature. Ses talents artistiques se révèlent rapidement sous la forme de portraits-charge des notables de la ville. Ils sont encouragés par sa tante Marie-Jeanne Lecadre qui s’occupe beaucoup de lui et de son frère Léon, après le décès de leur mère en 1857. Une rencontre fortuite avec Eugène Boudin, peintre paysagiste honfleurais, en 1858, est déterminante. Boudin l'initie à la peinture en plein air, lui offrant la possibilité de réaliser des études d'après nature, travaillant avec un pinceau et des pastels. Monet reconnaîtra plus tard : « Si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois ». Cette formation contribuera à sa prédilection pour la peinture en plein air.
Formation Artistique à Paris (1859-1870)
En 1859, Monet part pour Paris, fréquente l’année suivante l’académie Suisse où il se lie d'amitié avec Camille Pissarro, puis l’académie Gleyre entre 1862 et le printemps 1863 où il se lie avec Frédéric Bazille et Auguste Renoir. Ces jeunes peintres souhaitent peindre la nature tel qu’elle est, la vérité de ce qu’il voit sans se conformer à un modèle. Ils décident de quitter l’atelier de Gleyre et de sortir véritablement de l’atelier pour aller peindre sur le motif. Suivant les traces de ses aînés, dont Jean-Baptiste Corot, Théodore Rousseau et Jean-François Millet Monet, se rend en forêt de Fontainebleau, à Barbizon, avec Bazille.
En 1861, Monet effectue un bref service militaire en Algérie, découvrant des jeux de lumière et de couleur qui inspireront sa peinture. Malade, il doit rentrer au Havre pendant l’été 1862. De retour à Paris, il intègre l’atelier du peintre Charles Gleyre, réputé plus ouvert dans son enseignement. Il y rencontre « les camarades de point de départ » Frédéric Bazille, Auguste Renoir et Alfred Sisley. Tout au long de sa vie, Monet va naviguer entre la Région parisienne et la Normandie. Là-bas, il retrouve sa famille, des paysages maritimes qui l’inspirent et les riches bourgeois, ses potentiels acheteurs dans leur villégiature estivale. Fin 1864, Monet s’installe avec Bazille dans un atelier à Paris. Il tente sa chance au Salon. En 1865 et 1866, ses œuvres sont acceptées par le jury et reçoivent un accueil favorable.
En 1866, Monet rencontre Camille Doncieux qui devint son modèle privilégié. Elle posa notamment pour La Femme en robe verte (1866) envoyé au Salon. L’œuvre reçue des critiques élogieuses. Monet, dont la femme est enceinte, est alors dans une situation financière critique. Il rentre dans sa famille en Normandie où Camille Doncieux accouche de leur premier enfant, Jean. Ces problèmes financiers amènent Monet à déménager régulièrement. Il s’installe à Bougival aux côtés de Renoir.
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L'Émergence de l'Impressionnisme (1870-1878)
La guerre contre la Prusse de 1870 et la Commune l’incitent s’exiler à Londres. Il revient en France fin 1871 après être passé par les Pays-Bas pendant près de quatre mois. Il y découvre les estampes japonaises dont il devient collectionneur. Réfugié à Londres entre 1870 et 1871, il retrouve Camille Pissarro, et fait la connaissance de James Abbott McNeill Whistler. Il y étudiera les travaux de Constable et de Turner, y peindra la Tamise et les parcs londoniens. Il y rencontrera aussi le marchand d'art Durand-Ruel, qui allait devenir l'une des références dans le domaine de l'impressionnisme.
De 1871 à 1878, Monet vit à Argenteuil, un village au bord de la Seine près de Paris. Cet endroit sera le cadre des plus fameuses et joyeuses œuvres du mouvement impressionniste, peintes non seulement par Monet, mais aussi par d'autres parmi lesquels Manet, Renoir et Sisley. En décembre 1871, Monet et sa famille emménagent dans une maison à Argenteuil, près de la Seine. La crise bancaire de 1873 qui touche de plein fouet Durand-Ruel l’oblige à suspendre ses acquisitions de toiles, ce qui plonge Monet et ses camarades dans une situation financière très difficile. Ces ennuis et les refus au Salon obligent Monet et ses camarades à trouver des alternatives.
En 1873, ils montent la Société anonyme des peintres sculpteurs, graveurs, etc. La première exposition ouvre ses portes le 15 avril 1874 dans les anciens ateliers du photographe Nadar sur le boulevard des Capucines. Monet y présente plusieurs toiles dont Impression, soleil levant. C’est à partir de ce titre que le journaliste Louis Leroy forgera ironiquement le terme « impressionniste ». Monet expose également onze autres œuvres, dont sept pastels. Il cherche à faire la démonstration de son talent et ainsi convaincre un large spectre de collectionneurs. Cela ne freine pas tout à fait les peintres qui organisent une deuxième exposition indépendante en 1876 et une troisième en 1877. Bien qu’elles les fassent connaître, ces expositions ne permettent pas à Monet et ses amis de s’en sortir financièrement.
Vétheuil, Giverny et l'Épanouissement Artistique (1878-1890)
Monet déménagera à Vétheuil en 1878, puis à Giverny, toujours au bord de la Seine mais à une centaine de kilomètres de Paris. Après une période d'extrême pauvreté, il parviendra à gagner un peu mieux sa vie. Il pourra ainsi acheter, en 1890, la maison qu'il louait à Giverny.
La famille est obligée de quitter Argenteuil. Ils s’installent pour un temps à Paris, où Camille donne naissance à un second fils : Michel. Si Monet envoie vingt-neuf toiles à la quatrième exposition du groupe en 1879 qui résument l’ensemble de sa carrière, il est alors bien davantage préoccupé par la santé de sa femme qui décède le 5 septembre 1879. La disparition de Camille affecte énormément le peintre. En 1880, il suit l’exemple de Renoir et choisit de ne pas participer à la cinquième exposition du groupe au profit du Salon. Une de ces deux toiles est retenue mais, mal exposée, elle passe inaperçue. 1880 est aussi l’année de sa première exposition personnelle. Il expose 18 tableaux dans les salons du journal La Vie moderne, accompagnés d’un catalogue préfacé par Théodore Duret. Même si le succès de l’exposition et les achats de Durand-Ruel améliorent la situation financière de Monet, celle-ci reste précaire et l’oblige une nouvelle fois à déménager. Il s’installe avec ses deux enfants, Alice Hoschédé et ses six enfants, à Poissy. Ils y restent jusqu’en 1883.
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En avril 1883, Monet découvre Giverny où il loue une maison qu’il achètera en 1890. Les années 1890 marquent un tournant dans la carrière de Monet avec le développement systématique de « séries » : même motif peint à différentes heures et saisons. Cette approche, déjà esquissée dans ses œuvres antérieures, devient désormais sa signature artistique. Ces séries rencontrent un succès commercial et critique croissant, permettant à Monet d’atteindre une aisance financière. Il épousera, en 1892, la maîtresse qui partageait sa vie depuis 1876.
Dans un premier temps, Monet investit peu le territoire autour de chez lui. Au contraire il multiplie les voyages et, même s’il continue de se rendre régulièrement sur la côte normande, il diversifie les destinations. Fin 1883, il se rend avec Renoir sur le littoral méditerranéen puis y retourne seul début 1884. Monet y découvre avec éblouissement la lumière du Sud. Il retourne aux Pays-Bas en 1886. En fin de cette même année, à la recherche de motifs originaux, il va peindre à Belle-Île-en-Mer. Il y rencontre Gustave Geffroy, homme de lettres et critique au journal La Justice, avec qui il se lie d’une amitié profonde. Début 1888, il retourne sur la Côte d’Azur, à Antibes et en rapporte une trentaine de toiles.
Les Séries et le Jardin de Giverny (1890-1926)
Monet peindra les grands peupliers au bord de l'Epte, près de Giverny sous différents éclairages et conditions climatiques, d'abord en 1890, puis en 1891. De la même façon, dès 1890, il se concentrera sur la représentation de sujets identiques à différentes heures du jour. Meules de foin et la Cathédrale de Rouen compteront parmi ces chefs-d'oeuvre. Ces séries de peintures seront très appréciées du public. Quinze d'entre elles seront vendues à l'exposition organisée par Durand-Ruel, pour environ 4000 francs chacune ! Mais certains critiques et peintres impressionnistes resteront malgré tout dubitatifs…
S’il continue à faire quelques voyages, en 1895 en Norvège, en 1900 à Venise et à Londres entre 1899 et 1904 et un peu plus régulièrement sur la côte normande, Monet consacre la dernière partie de sa vie à la représentation de son jardin d’eau. En 1893, il avait acheté un terrain partiellement marécageux en contrebas de sa maison. Il aménage un premier bassin qu’il plante de nénuphars. La série des Nymphéas ne compte pas moins de deux-cents tableaux. Ces derniers se divisent en plusieurs périodes, chacune ponctuée par une exposition. En 1900, il présente chez Durand-Ruel les formats carrés des Bassin aux Nymphéas qui comprend la vue sur le pont japonais. En 1909, il présente une série de Nymphéas de plus grandes dimensions. Dans le catalogue, les toiles n’ont plus de titres, uniquement des numéros. C’est l’unité qui prime. Dans la dernière période, il agrandit encore la dimension des œuvres, poussant ainsi au plus loin le processus de déconstruction de la composition traditionnelle au profit de la surface de la toile. L’armistice donne au peintre l’idée d’offrir à la France, par l’intermédiaire de son grand ami Clemenceau, deux des immenses toiles sur lesquels il travaille depuis quelques années. Très vite, le nombre de toiles données augmente et de longues discussions s’engagent pour essayer de trouver un lieu qui puisse les recevoir. C’est finalement l’Orangerie qui est choisie et c’est Monet qui en conçoit l’aménagement intérieur.
Monet voyagera intensément, se rendant à Londres et à Venise plusieurs fois, ainsi qu'en Norvège à l'invitation de la reine Chistiana. Son attention sera retenue par le célèbre jardin aquatique qu'il avait créé à Giverny et auquel il consacrera une série, les Nénuphars, commencée en 1899. Cette composition dominera complètement son travail.
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À partir de 1903, Monet se consacre principalement à son jardin, spécialement aux Nymphéas. En développant cette série, il élimine progressivement les repères spatiaux traditionnels et modifie ses formats, passant du rectangle au carré, puis au cercle.
Les Dernières Années et l'Héritage (1911-1926)
La dernière période de sa vie est marquée par plusieurs épreuves : la mort d’Alice en 1911, le diagnostic d’une double cataracte en 1912, et la perte de son fils Jean en 1914. Mais depuis de nombreuses années déjà, Monet éprouve les plus grandes difficultés à finir ses œuvres.
En 1922, un acte officialise le don de dix-neuf panneaux à l’État français. Atteint d’un cancer du poumon, Claude Monet s’éteint le 5 décembre 1926 à Giverny, à l’âge de 86 ans. Lors de ses funérailles, Clemenceau, refusant le noir traditionnel pour son ami, recouvre son cercueil d’une étoffe colorée, déclarant : « Pas de noir pour Monet ! Le noir n’est pas une couleur !
Claude Monet a bousculé le mode traditionnel de la peinture. Plutôt que de chercher à représenter la réalité le plus fidèlement possible, il s’attacha à essayer de capter les effets de la lumière naturelle. Sa peinture témoigne d’une quête incessante, celle d’un homme qui, selon ses propres mots, n’était intéressé par « rien au monde que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs ». Aujourd'hui, sa maison et ses jardins à Giverny sont préservés et ouverts au public par la Fondation Claude Monet, permettant aux visiteurs de découvrir l'univers qui a inspiré ses plus grandes œuvres. Ses funérailles, auxquelles assiste son ami Georges Clemenceau, ont lieu dans l’église Sainte-Radegonde de Giverny. Il est inhumé dans le cimetière de cette même église.
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