Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est une figure emblématique de la neuropsychiatrie en France. Neurologue, psychiatre, éthologue, psychanalyste et auteur prolifique, il est surtout connu pour avoir popularisé le concept de résilience, cette capacité à surmonter les traumatismes et à renaître de sa souffrance. Son parcours personnel, marqué par la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, a profondément influencé son œuvre et son engagement envers la compréhension de la condition humaine.

Un Enfant Face à la Tourmente de la Guerre

Les premières années de Boris Cyrulnik sont assombries par la Seconde Guerre mondiale et l'occupation nazie. Issu d'une famille d'immigrés juifs d'Europe orientale (son père était russo-ukrainien et sa mère polonaise), il est confronté très jeune à la persécution. En 1942, ses parents sont arrêtés et déportés. Afin de lui éviter le même sort, ils le confient à une pension alors qu'il n'a que 5 ans. La pension le placera rapidement à l’Assistance publique. L'enfant est ensuite protégé par son institutrice, Marguerite Farges, qui le cache de l'envahisseur. Il échappe de peu à une rafle en janvier 1944. L'orphelin trouve refuge dans l'humour et la biologie. Il vivra finalement des jours plus faciles, caché par un réseau de résistants puis placé comme garçon de ferme sous le nom de Jean Laborde jusqu’à la Libération. Ses parents ne reviendront pas des camps de la mort. Recueilli à Paris par une tante maternelle qui l'élève, il grandit avec le poids de cette absence et le désir de comprendre les mécanismes de la souffrance psychique.

Parcours Académique et Professionnel

Après avoir passé son baccalauréat au lycée Jacques-Decour, à Paris, il commence ses études de médecine à la faculté de médecine de Paris. Déterminé à devenir psychiatre suite aux événements de son enfance, Boris Cyrulnik se lance dans des études de médecine à Paris. Il occupe pendant un an la fonction d’interne au service de neurochirurgie parisien, de 1967 à 1968, puis la même fonction au service de psychiatrie de l’hôpital de Digne de 1968 à 1969.

En 1971, sa carrière prend un tournant décisif lorsqu'il devient médecin-chef d'un établissement privé de postcure psychiatrique du sud de la France, La Salvate. Pendant trois ans, il occupe ce poste tout en donnant en parallèle des cours d'éthologie humaine et clinique à la faculté de médecine de Marseille, et ce durant 5 années, de 1974 à 1979. Il sera à la fois professeur et médecin-chef, jusqu’à ce qu’il quitte La Salvate pour s’installer en psychanalyste à mi-temps et à son compte, et commencer des consultations au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La-Seyne-sur-Mer. En 1987, il cesse d’enseigner à la faculté de médecine, et en 1991, il quitte le centre hospitalier de Toulon-La-Seyne-Sur-Mer, ainsi que son groupe de recherche pour se concentrer uniquement sur ses consultations de neuropsychiatre. En 1995, il est nommé directeur d’enseignement d’un diplôme universitaire à la faculté des lettres et sciences humaines de Toulon.

L'Éthologie et la Résilience : Deux Piliers de sa Réflexion

Passionné par la nature, la politique et l'homme d'une façon générale, Boris Cyrulnik découvre l'éthologie à quatorze ans, en lisant un livre de l'entomologiste Henri Fabre. Dans les années soixante, ses études de médecine s'achevant, il se dirige vers l'éthologie, discipline alors très controversée. Redoutant la spécialisation, il se diversifie au maximum : éthologie, psychologie, neurologie, psychanalyse… Désireux de décoder la machine humaine, Boris Cyrulnik parcourt le monde à la recherche d'informations. Voyages, colloques, conférences, lectures, cours, l'homme est infatigable. Sa réputation en tant qu'éthologue est grandissante ; sa contribution à légitimer cette science est capitale.

Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso

Boris Cyrulnik est responsable d’un groupe de recherche en éthologie clinique et enseignant en éthologie humaine à l’université. Il a développé en France le concept de “résilience” qui étudie entre autres comment renaître de sa souffrance. Il a consacré une grande partie de sa carrière à l'étude de ce concept, définissant la résilience comme la capacité à se reconstruire après un traumatisme, à transformer la souffrance en une force. Il a été l'un des premiers à introduire cette notion en France, s'inspirant des travaux de chercheurs anglo-saxons et l'enrichissant de sa propre expérience et de ses observations cliniques. Pour Boris Cyrulnik, la résilience n'est pas une caractéristique innée, mais plutôt un processus dynamique qui se construit grâce aux interactions avec l'environnement et aux relations affectives.

Un Auteur Engagé dans la Transmission du Savoir

À partir des années 1980, Boris Cyrulnik s'attache à la transmission de son savoir grâce à ses livres. Depuis les années 1980, Boris Cyrulnik s’évertue à transmettre son savoir au grand public au travers d’ouvrages vulgarisés. Il publie son premier ouvrage Mémoire de singe et parole d’homme en 1983. A partir des années 1980, il voue son existence à la vulgarisation de son savoir grâce à ses livres : "Mémoire de singe et paroles d'homme" (Hachete Pluriel Référence, 1998), "Les vilains petits canards" (Odile Jacob, 2004) et "Quand un enfant se donne la mort - Attachement et sociétés" (Odile Jacob, 2011).

Auteur de près d’une quarantaine d’ouvrages (presque tous parus aux Éditions Odile Jacob) qui ont contribué à le populariser auprès du grand public depuis plus de trois décennies, il a notamment signé Les Nourritures affectives, Un merveilleux malheur ou encore Parler d’amour au bord du gouffre (1993, 1999 et 2004). En 1999, il explique ses théories sur la résilience, soit la capacité à se reconstruire après un traumatisme, dans Un merveilleux malheur. Suivront Les vilains petits canards en 2001, Le murmure des fantômes en 2003, Mourir de dire. La Honte en 2010 et Quand un enfant se donne «la mort» en 2011, tous publiés chez Odile Jacob et connaissant un grand succès. En 2012, il sort une autobiographie sous le titre Sauve-toi, la vie t’appelle. Il a aussi publié des récits biographiques dont Les Âmes blessées (2014). Ivres Paradis, bonheurs héroïques (2016) est consacré à la figure ambivalente et très actuelle du héros, objet d’identification positive aussi bien que catalyseur de haine. En 2021, il fait ainsi paraître Des âmes et des saisons. Psycho-écologie, et plus récemment, en 2023, Quarante voleurs en carence affective. D’où viennent le mal et la violence ? De notre cerveau, répond Boris Cyrulnik, mais surtout de nos carences affectives. Samuel Paty, quatre ans déjà. Dans son dernier ouvrage, Quarante voleurs en carence affective. Il a sorti La nuit, j’écrirai des soleils aux éditions Odile Jacob en avril dernier, dans lequel. Il y parle du pouvoir de guérison de l’écriture, et du besoin pour les écrivains de mettre leurs émotions sur papier sous diverses formes, afin d’apaiser leurs souffrances. Pour eux, le simple fait d’écrire changea le goût du monde. Le manque invite à la créativité. La perte invite à l’art, l’orphelinage invite au roman.

Ses ouvrages, écrits dans un style accessible et empreints d'humanité, ont rencontré un large public. Il y aborde des thèmes tels que l'enfance maltraitée, le deuil, la dépression, la violence, mais aussi l'amour, l'espoir et la possibilité de se reconstruire après les épreuves. Dans Les âmes blessées, il explique que « pour maîtriser ce monde et ne pas y mourir, il fallait comprendre ; c’était ma seule liberté. « Pendant les années de guerre, j’ai été privé de toute relation. Après la guerre, j’ai été placé dans une institution. Dans ce désert affectif, où la plupart des enfants s’éteignent, j’ai réussi à m’évader en découvrant les mondes animaux. Comme il n’y avait personne à rencontrer, je m’échappais par une déchirure du grillage pour aller parler au chien du voisin. Il m’accueillait avec joie quand je lui racontais mes malheurs. Ce chien m’a beaucoup aidé. Est-ce la raison pour laquelle j’ai toujours pensé qu’en étudiant les animaux on pourrait mieux comprendre la condition humaine ? »

Autres Engagements et Distinctions

En 1998, il est nommé président du Centre national de création et de diffusion culturelles de Châteauvallon. En 2005, il devient président du Prix Annie-et-Charles-Corrin consacré à la mémoire de la Shoah, en sa qualité de survivant. Il fait aussi partie de l’équipe qui a constitué la commission Attalli s’intéressant aux freins de la croissance, dirigée par Jacques Attali et instaurée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il est devenu Président de la République française en 2007. Cette année-là, il est aussi devenu chroniqueur sur France Info, disposant de sa propre chronique en collaboration avec Marie-Odile Monchicourt et Yves Coppens : « Histoires d’Homme ».

Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition

Adolescent, Boris Cyrulnik occupait au rugby le poste de troisième ligne, car trop lourd pour être trois-quarts d'aile.

Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet

tags: #Boris #Cyrulnik #biographie

Articles populaires: