Abdoulaye Wade, figure marquante de la politique sénégalaise, a marqué l'histoire de son pays par son long parcours d'opposant et son passage à la présidence de la République. Sa vie, jalonnée de succès académiques, d'engagements politiques et de controverses, fait de lui un personnage incontournable pour comprendre l'évolution du Sénégal contemporain.

Jeunesse et formation

Abdoulaye Wade est diplômé de l'École normale William Ponty à Sébikotane, au Sénégal, en 1947. Il poursuit ses études en France, au Lycée Condorcet (1951-1952), où il suit un cursus de mathématiques. Son parcours universitaire est couronné par un doctorat en droit et sciences économiques de l'Université de Grenoble.

Débuts professionnels et engagement politique

Après avoir brièvement exercé le métier d'avocat en France, Abdoulaye Wade rentre au Sénégal pour plaider au barreau de Dakar et enseigner à l'Université Cheik Anta Diop. Son engagement politique prend forme en 1973, lorsqu'il devient responsable local au Parti socialiste. L'année suivante, il crée le Parti Démocratique Sénégalais (PDS), marquant ainsi son entrée sur la scène politique nationale.

Ascension politique et accession à la présidence

L'ascension politique d'Abdoulaye Wade est progressive. Élu à l'Assemblée nationale, il est nommé ministre d'État auprès du président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, dans le gouvernement d'union nationale (1991-1992 et 1995-1997). Son heure de gloire sonne en 2000, lorsqu'il remporte l'élection présidentielle, marquant ainsi la première alternance de pouvoir au Sénégal. Pour la première fois de l’histoire, les Sénégalais ont élu un président qui n’est pas issu du Parti socialiste.

Présidence (2000-2012) : Modernisation du pays et controverses

Durant ses deux mandats (2000-2012), Abdoulaye Wade lance de grands travaux pour moderniser le pays. Sa politique de santé se traduit par la création de dispensaires, le doublement du nombre d'hôpitaux, l'amélioration des conditions d'accès à l'eau potable et la baisse de la mortalité infantile. Il développe une grande politique agricole, la "Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance", qui n'obtient pas les bénéfices escomptés, malgré les nombreuses terres cultivables disponibles.

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Cependant, son règne est également marqué par des controverses. Des accusations de détournements de fonds et de manque de transparence dans l'attribution de marchés publics ternissent son image.

Distinctions et hommages

Abdoulaye Wade a reçu de nombreuses distinctions honorifiques au cours de sa carrière. Il est notamment décoré de la Médaille d’or Henry Sylvester William (2003) pour la renaissance africaine (Trinidad et Tabago). L’Académie royale de l’Université de Rabat au Maroc l’élève au rang de Docteur Honoris Causa. Il est également nommé Docteur Honoris Causa de l'Université d'Auvergne (2002).

Notoriété internationale

Selon le site Pantheon, Abdoulaye Wade est la deuxième personnalité sénégalaise la plus connue à l'étranger, derrière Léopold Sédar Senghor. Ce condensateur de données compile les informations issues de Wikipédia et de Freebase pour donner un indice de notoriété dans le monde de nos personnages historiques ou plus contemporains.

Zones d'ombre et controverses autour de son âge

Malgré sa longue carrière politique, des zones d'ombre persistent autour de la vie d'Abdoulaye Wade, notamment concernant son âge. Sa biographie prétend qu'il est né le 29 mai 1926 à Saint-Louis, alors capitale coloniale. Cependant, certains mettent en doute cette date, avançant des arguments basés sur des témoignages et des faits historiques.

Un article du journal Le Monde rapporte que la maison natale d'Abdoulaye Wade se trouve à Kébémer, et non à Saint-Louis. A la mairie, couverte d'affiches bleues pour le candidat Wade, on confirme qu'il y est né, mais on n'a pas le temps d'en parler. De vieux lits sont arrivés de France pour équiper une maternité à Jocul. Il faut l'inaugurer très vite, avant les élections, si bien que le ministre de l'assainissement, le docteur Issa Mbaye Samb, originaire lui aussi de Kébémer, a envoyé ses hommes donner un coup de main. Lesquels ne sont pas spécialistes en santé publique : quand ils se penchent pour prendre le matériel médical, on aperçoit leur revolver à la ceinture. Sur un mur, ce graffiti : "Kébémer, ville morte oubliée." Cela semble s'être arrangé. Ces derniers mois ont vu l'inauguration de deux lycées, deux collèges, deux crèches, un grand bâtiment vide à l'entrée de la ville appelé "espace jeune", le haras national et un centre pour les femmes. Dans le même temps, le nombre d'électeurs a explosé. "Nous en avions 35 000 il y a sept ans, et 85 000 aujourd'hui, dit un responsable de la mairie. Ils vont tous voter Wade."

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Lorsque le futur président voit le jour, le système colonial repose sur les "quatre communes". Les individus nés à Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée sont citoyens français ; les autres, sujets coloniaux. Le père d'Abdoulaye, vétéran de 1914-1918, a fait enregistrer son fils à Saint-Louis pour lui assurer un passeport français et des études. Mais n'a-t-il pas attendu l'âge de l'école, ce qui ajouterait quelques années au plus vieux président en exercice, qui brigue encore un mandat de cinq ans ? "Wade a raconté un jour qu'il avait couru à Saint-Louis derrière le cheval d'Ahmadou Bamba (fondateur de la confrérie des Mourides), mort en juillet 1927. Comment est-ce possible s'il est né en mai 1926 ?", demande Abdou Latif Coulibaly, journaliste et bête noire du président pour les trois livres qu'il a publiés depuis 2003. Dans son étude d'avocat à Dakar, Moustapha Wade, de trois ans l'aîné du président, affirme que la famille ne compte que des centenaires et balaie ces doutes sur l'âge d'Abdoulaye. "Notre père avait accès au télégraphe. Il a envoyé immédiatement un câble à l'état civil de Saint-Louis."

Vie privée

Durant les années 1950, le futur président fréquente une dizaine de facultés, à Paris, Besançon et Grenoble, dans une boulimie de certificats et de diplômes en maths, psychologie, philosophie, droit, sociologie, économie. A Besançon, il fait son stage d'avocat et, surtout, il rencontre sa future femme, Viviane Vert, belle, blonde, les yeux bleus. Dans le portrait très flatteur consacré à Wade par son conseiller en communication, Cheikh Diallo (Si près, si loin avec Wade, Hachette, 2006), quatre chapitres ne suffisent pas à dire tout ce que Viviane représente pour Abdoulaye : son centre de gravité, l'énergie de ses combats, la mère de ses deux enfants, sa diététicienne. A quoi il faut sans doute ajouter sa banquière, chaque fois que l'opposant s'est retrouvé à sec. Mais, là encore, un étrange décalage : dix ans s'écoulent avant que le couple se marie. Cheikh Diallo pense qu'il attendait l'indépendance pour rentrer avec une épouse blanche. Souleymane Jules Diop, qui signe une biographie récente (Wade, l'avocat et le diable, L'Harmattan, 2007), affirme que c'est parce qu'elle était déjà mariée et qu'André, le mari richissime, ne la laissait pas partir.

Entrée en politique

L'entrée d'Abdoulaye Wade en politique est tardive, mais futée. En 1974, il propose à Léopold Sédar Senghor de le laisser fonder un parti non pas d'opposition, mais "de contribution". Pour devenir aussitôt le maître des manifestations et des coups de force dans la rue, ce qui lui vaudra plus de séjours en prison que de passages au gouvernement. Quatre fois, il échoue à la présidentielle et accuse le vainqueur d'avoir triché. Son opiniâtreté semble s'émousser fin 1998 : il rentre en France et il faudra, l'année suivante, qu'une large coalition (aujourd'hui éclatée) se range derrière lui pour qu'il revienne à Dakar, fasse à nouveau campagne pour le sopi (le changement) après quarante ans de pouvoir socialiste, et l'emporte le 19 mars 2000, avec les félicitations du perdant, Abdou Diouf. L'alternance est saluée dans le monde entier et soulève au Sénégal un immense espoir.

Promesses et critiques

Wade lui-même donne l'impression de vouloir rattraper d'un coup tout le temps perdu. Débordant d'énergie et d'idées, il se lance dans un tourbillon de voyages et de promesses. Une de ses premières décisions, rénover l'avion présidentiel, donnera lieu à un scandale financier mais lui permettra de passer à l'étranger l'équivalent d'un an et demi. Quant aux promesses, elles forment un inventaire à la Prévert : un nouvel aéroport, une nouvelle capitale, un nouveau port, un tramway à Dakar, une centrale nucléaire en Casamance, une université ici, un centre des femmes là, une raffinerie, un comptoir national pour l'artisanat, des routes bitumées, des lacs artificiels, des avions et des bateaux, du pétrole bon marché, des usines, des subventions. "Pour lui, quand c'est dit, c'est fait", estime Cheikh Diallo, dont la biographie présente un Wade athlétique - 200 pompes chaque matin - et génial, dont le seul tort est de courir plus vite que son intendance. Les livres de Jules Diop et d'Abou Latif Coulibaly décrivent au contraire un homme assoiffé de pouvoir et d'argent, notamment celui de Taïwan. A deux reprises, à dix ans d'écart, Taïpeh a versé, pour que le Sénégal se détourne de la République populaire de Chine, de grosses sommes dont Wade aurait reçu tout ou partie. Les chantiers qui veulent transformer Dakar sont également soupçonnés d'avoir donné lieu à des détournements. La Cour des comptes a épinglé 400 marchés attribués sans appel d'offres et critique le manque de transparence des dizaines d'agences spécialisées que la présidence a créées pour capter l'argent des bailleurs de fonds.

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