Introduction

Antoine François Prévost, plus connu sous le nom d'Abbé Prévost, est une figure marquante du paysage littéraire français. Romancier, historien, journaliste et traducteur, sa vie aventureuse et ses œuvres reflètent les complexités et les contradictions du XVIIIe siècle. Né à Hesdin le 1er avril 1697, il décède à Courteuil le 25 novembre 1763. Son œuvre la plus célèbre, Manon Lescaut, continue de captiver les lecteurs par son exploration de la passion amoureuse et des mœurs de son époque.

Une jeunesse troublée et aventureuse

Antoine François Prévost est le second fils de Liévin Prévost, conseiller et procureur du roi au bailliage d'Hesdin, et de Marie Duclay, fille d’un fermier de Bamières. L’ascension sociale de sa famille est liée au service de l’Église. Son enfance est marquée par les conséquences de la guerre de Succession d’Espagne. Une de ses sœurs et sa mère meurent entre février et août 1711.

À l’automne, Antoine-François est envoyé par son père au collège d’Harcourt, à Paris, puis devient pensionnaire au noviciat jésuite de la rue du Pot-de-Fer. Mais il s’engage comme soldat au début de 1713. Il séjourne sans doute en Hollande, puis revient en France en 1716, à la faveur de l’amnistie. Le 11 mars 1717, il reprend son noviciat chez les jésuites et est envoyé comme élève en première année de philosophie au collège de La Flèche. Il s’engage une nouvelle fois, à la fin de 1718, pour la guerre franco-espagnole, disparaît à la fin du conflit en juin 1719, et se réfugie chez les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur à Jumièges, où il fait sa profession de foi le 9 novembre 1721.

Il passe dès lors sept ans dans diverses maisons de l’ordre en Normandie, et fait paraître anonymement un roman satirique, Les aventures de Pomponius, chevalier romain (1724).

Son tempérament rebelle le pousse à déserter l’école pour chercher la gloire à la guerre. La paix l’en empêche et le ramène chez les Jésuites. Plus tard, il écrira qu’au sortir de l’adolescence, « la malheureuse fin d’un engagement trop tendre me conduisit au ″tombeau″ : c’est le nom que je donne à l’ordre respectable où j’allais m’ensevelir. » Il entre en effet dans l’ordre des Bénédictins en novembre 1721. Il va alors d’abbaye en abbaye, étudiant la philosophie, enseignant les humanités, et même prêchant, avant de se fixer à Saint-Germain-des-Prés. Cependant, il s’ennuie, et quitte son couvent.

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En 1728, il obtient une approbation pour les deux premiers tomes des Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde.

L'exil et l'épanouissement littéraire

Prévost quitte le couvent sans autorisation. Accusé d’être un déserteur, il se réfugie en Angleterre, où il se fait appeler Prévost d’Exiles. Il y mène une existence agitée qui inspirera en partie son œuvre. Il vit un temps en Hollande où paraîtra en 1731 L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut.

Envoyé en 1727 au monastère de Saint-Germain-des-Prés à Paris pour y mener des travaux historiques, il collabore à l’écriture de l’ouvrage collectif des Bénédictins, la Gallia Christiana. Fâché avec son abbé, Prévost s’enfuit du monastère parisien, se cache et se consacre à l’écriture. Frappé en conséquence d’une lettre de cachet, il se réfugie à Londres où il vit grâce aux revenus que lui procurent les tomes III et IV de ses Mémoires et au poste de professeur particulier qu’il occupe. Il met surtout à profit ce séjour pour approfondir ses connaissances en histoire et langue anglaises. Mais il doit repartir en Hollande dès l’automne 1730.

En 1731-1732, à Utrecht, il fait paraître les quatre premiers tomes du roman Le Philosophe anglois ou Histoire de Cleveland, fils naturel de Cromwell. Ayant pris le nom de Prévost "d’Exiles" par allusion à ses multiples déplacements, il se plonge dans la traduction de l’Historia sui temporis de Jacques-Auguste de Thou. Criblé de dettes, il regagne Londres en janvier 1733. Il a publié en parallèle la suite en trois volumes des Mémoires et aventures d’un homme de qualité, dont le dernier relate les Avantures du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, inspirées vraisemblablement de sa propre vie. Saisi par la justice à la fin de l’année, ce roman provoque un scandale mais rencontre un véritable succès auprès du public français ; une édition complétée en sera donnée en 1753.

C’est à ce moment qu’il ajoute d’autorité le patronyme « d’Exiles » à son nom. Suite à des histoires galantes, encore, il fuit en Hollande en 1730, où il écrit L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, commence Cleveland et s’amourache d’une aventurière qui le mène à la ruine. Retour en Angleterre où il fonde le journal Le Pour et le Contre (1733), qui durera sept ans. Accusé (à raison) de contrefaçon, il est même jeté en prison. Mais enfin, le sort lui sourit : sa victime retire sa plainte, et le pape lui permet de revenir en France.

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Au printemps de 1733, l’abbé Prévost a créé le Pour et Contre, revue consacrée à la connaissance de la littérature et de la culture anglaises, qu’il continue à éditer de façon presque ininterrompue jusqu’en 1740.

Retour en France et dernières années

Brièvement emprisonné pour escroquerie, il rentre en France au début de 1734, obtient le pardon du pape pour son apostasie et négocie son admission à l’abbaye Notre-Dame de La Grainetière en Vendée. Il effectue en 1735 un second noviciat de quelques mois au monastère de La Croix-Saint-Leufroy, près d’Évreux. Il y rédige un autre roman, Le Doyen de Killerine (achevé en 1739), avant de devenir l’aumônier du prince de Conti au début de 1736.

En 1736, il devient l’aumônier du prince de Conti. Fort d’un protecteur aussi puissant, sa position est assurée. Retiré dans une maison à Chaillot, il continue d’écrire des romans, des traductions, des livres d’histoire. Ce qui ne l’empêche pas de fuir quelques mois, encore une fois à l’étranger, pour d’obscures histoires financières. Le pape lui accorde en 1754 les bénéfices d’un prieuré situé dans le diocèse du Mans, ce qui le délivre des soucis d’argent. Il continue de publier des livres, dont une monumentale histoire des voyages.

Toujours à court d’argent, il écrit les derniers tomes de Cleveland et se consacre à la rédaction de livres d’histoire, de romans, de récits de voyages ou de biographies : on peut citer, entre autres, l’Histoire d’une Grecque moderne (1740) et la monumentale Histoire générale des voyages en quinze volumes (1746-1759), ou la traduction des romans de Samuel Richardson, Lettres angloises ou histoire de Miss Clarisse Harlove (1751) et Nouvelles lettres angloises, ou histoire du chevalier Grandisson (1755-1758).

Vers 1760, le prince de Condé le charge d’écrire l’histoire de la maison de Condé et de Conti. Pour ce faire, l’abbé Prévost s’installe à Saint-Firmin, près des archives de Chantilly. Mais le 25 novembre 1763, lors d’une promenade dans la forêt de Chantilly, il est terrassé par une rupture d’anévrisme.

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L'œuvre littéraire: entre roman, histoire et journalisme

L'œuvre de Prévost est vaste et variée, allant du roman à l'histoire, en passant par le journalisme et la traduction. Il s’est illustré comme historien, chroniqueur et, surtout, romancier, notamment avec les Mémoires et aventures d’un homme de qualité.

Manon Lescaut: Un roman de passion et de mœurs

La postérité a retenu de cette œuvre le septième volume, Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, qui narre la passion amoureuse entre les deux personnages éponymes, et est traditionnellement abrégé en Manon Lescaut. Ce changement de titre est révélateur : il laisse de côté le personnage du chevalier Des Grieux, « un homme qui a de la naissance et de l’éducation », pour se recentrer sur Manon, une jeune fille de « naissance commune » aux mœurs libres, aussi fascinante que volage. Tout en affirmant son amour pour Des Grieux, Manon vend son corps pour satisfaire son besoin de richesse et de reconnaissance par la société.

Le Pour et Contre: Un regard sur la littérature et la culture anglaises

Au printemps de 1733, l’abbé Prévost a créé le Pour et Contre, revue consacrée à la connaissance de la littérature et de la culture anglaises, qu’il continue à éditer de façon presque ininterrompue jusqu’en 1740. Prévost y reprend les éléments du roman baroque en vogue avant lui : aventures échevelées et parfois sanglantes, piraterie, duels, etc. Par contre, ses héros ne recherchent plus la gloire, ils se contentent de subir les revers de fortune et les échecs.

Autres œuvres notables

Parmi ses autres œuvres notables, on peut citer:

  • Les Aventures de Pomponius, chevalier romain (1724)
  • Le Philosophe anglais (Cleveland) (1731-1739)
  • Le Doyen de Killerine (1735-1740)
  • Histoire d'une Grecque moderne (1740)
  • Histoire générale des voyages (15 vols., 1746-1759)

Postérité et héritage

Pendant longtemps, Prévost ne fut, dans la conscience collective, que l’auteur d’un seul texte, qui lui permettait d’être considéré comme un des grands écrivains du 18e siècle. Le grand public ne connait de l’abbé Prévost que Manon Lescaut, le reste de son œuvre étant oublié. C’est pourtant un ensemble impressionnant : plus de soixante ouvrages (dont treize romans), une cinquantaine de traductions, des compilations (voir les quinze tomes de sa colossale Histoire des Voyages), des livres d’histoire (qui ressemblent d’ailleurs à des romans, sur Marguerite d’Anjou ou Guillaume le Conquérant), sans compter les 20 volumes que représentent sept ans d’activités journalistiques.

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