L'Occitanie, vaste région du sud de la France, est riche d'une culture et d'une langue, l'occitan, qui ont traversé les siècles. Parmi les nombreuses expressions de cette culture, la danse occupe une place particulière, notamment dans le contexte de l'enfance et de la transmission maternelle. Cet article explore les origines, l'histoire et l'évolution de la danse occitane maternelle, en s'appuyant sur des sources historiques, ethnographiques et musicales.

L'Occitan: Une Langue, Une Culture, Un Territoire

L'occitan est une langue romane désignant l'ensemble des variétés rassemblées sous le terme de langue d'oc. Sur le plan dialectal, on distingue six dialectes regroupés en trois grands ensembles: l'occitan méridional (languedocien et provençal), l'occitan septentrional (limousin, auvergnat, vivaro-alpin) et le gascon. L'une des caractéristiques de l'occitan est l'étendue de son aire linguistique. En France, il recouvre un espace considérable, correspondant à quatre régions administratives (Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'Azur), 34 départements ou encore huit académies.

Si au Moyen Âge le latin reste la langue utilisée pour les domaines écrits et religieux, on voit aussi émerger à cette époque des écrits en langue vulgaire. Les premiers véritables textes occitans conservés datent du XIe siècle, mais le succès des troubadours permet, aux XIIe et XIIIe siècles, d'étendre plus massivement encore l'usage de cette langue aux registres écrits, administratif, juridique ou scientifique occitan. L’abandon progressif s'accompagne de la perte des conventions graphiques médiévales au profit d’une notation de l'oralité dialectale au moyen du système graphique du français.

La Révolution française, en liant l'idée de progrès et d'unité républicaine à la pratique du français, finit par diffuser l’idée de la supériorité naturelle de la langue officielle. C'est avec la scolarisation obligatoire, à la fin du XIXe siècle, que se met en place un processus massif de substitution linguistique dans l'usage oral et que s’interrompt progressivement la transmission familiale de la langue occitane. La francisation touche d’abord les villes puis gagne les populations rurales, de plus en plus souvent contraintes à s’exiler vers les villes, Paris, ou les grands centres urbains. Bien sûr, le français qui s’est progressivement mis en place depuis quelques siècles dans le Midi n’est pas celui de Paris, mais un français élaboré à partir d’un substrat phonologique occitan.

Au cours du XIXe siècle, le regain progressif d’intérêt pour l’occitan a favorisé, chez certains auteurs, la volonté de restaurer la graphie classique, autrement dit le système autonome d’écriture qu’avait mis en place l’occitan médiéval. C’est notamment le cas du Languedocien Fabre d’Olivet (1803) ou du Provençal Simon-Jude Honnorat (1846). Au début du XXe siècle, la graphie classique de Perbosc et Estieu a connu un certain succès. Mais il n’y avait pas encore de norme précise, il ne s’agissait que de conventions assez vagues. Le Languedocien Louis Alibert a publié en 1935 sa Gramatica Occitana. Cet ouvrage est le point de départ d’une véritable norme qu’on appelle norme classique (nòrma classica) dont l’usage est devenu majoritaire aujourd’hui. Elle s’inspire du fonctionnement de la norme du catalan qui a été élaborée dans les années 1910 par Pompeu Fabra. La norme classique a pris un essor important durant la seconde moitié du XXe siècle grâce au soutien de l’Institut d’estudis occitans (IEO), fondé en 1945. La norme classique s’est alors diffusée dans les années 1950 et a acquis un usage majoritaire dans toute l’Occitanie au cours des années 1960-70.

Lire aussi: Danse facile à l'école maternelle : comment faire ?

À côté de la norme classique, la norme mistralienne est un autre système important dans la vie contemporaine de l’occitan. En 1853, l’écrivain provençal Joseph Roumanille a proposé une orthographe précise pour le provençal en s’appuyant principalement sur les habitudes de notation à la française. L’association du Félibrige, fondée en 1854, a adopté ce système. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, le prestige de Mistral et du Félibrige a étendu l’usage de la norme mistralienne dans l’ensemble de l’Occitanie. Elle a été adaptée aux autres dialectes que le provençal. Après la mort de Mistral, en 1914, le Félibrige a perdu une partie de son dynamisme même s’il est resté jusqu'à nos jours une association importante.

Dès la mise en place de l’école obligatoire, il ne reste que peu d’espace pour la défense publique de l’occitan. La création de l'IEO (Institut d’estudis occitans), à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, va contribuer à donner un nouvel élan à la langue occitane. Tout en promouvant la norme classique et en soutenant la création littéraire, l’IEO a tenté de faire de l’occitan non plus seulement un objet d’étude, à l’instar des études romanes, mais un outil de communication et de pensée moderne. Il oriente peu à peu son action vers la reconquête sociale de la langue. L’école qui avait contribué à la substitution linguistique devient alors l’espoir d’une reconquête possible de la langue. Un des acquis institutionnels majeurs du XXe siècle pour l’occitan comme pour toutes les autres langues de France sera la promulgation de la Loi Deixonne (1951) qui a autorisé l’enseignement de l’occitan dans les écoles. Dans les années 1960, à côté d’un occitanisme « littéraire », va se développer un occitanisme plus politique. L’occitan devient par la parole publique un vecteur de la contestation sociale et acquiert une nouvelle audience. Grâce à l’essor de la nouvelle chanson occitane ou du théâtre militant.

Aujourd’hui, on peut dire que, toutes proportions gardées, la langue occitane commence à réinvestir des espaces culturels et sociaux dont elle était absente. Paradoxalement, alors que la transmission familiale s’est interrompue de façon irrémédiable après la guerre de 1940, et au moment où s’éteignent les derniers locuteurs vivants (dans les zones rurales), s’éteint aussi la honte, la vergonha, appelée parfois par hyperbole « auto-òdi » et les sondages font état très majoritairement d’un attachement des populations à leur langue. Le choix par sondage du nom de la région Occitanie - qui heurte cependant une partie des militants occitanistes des autres régions occitanes, lesquels se sont sentis exclus - est aussi le signe de cet attachement. Signe si ce n’est d’un intérêt du moins d’un respect et d’une tolérance plus grande des pouvoirs publics face à l’occitan, un grand nombre de villes et villages ont mis en place une signalisation bilingue. Ces évolutions sont probablement la conséquence, directe ou indirecte, de la reconnaissance publique dont l’occitan commence à faire l’objet.

Deux organismes se sont donnés pour tâche d’œuvrer à la normalisation de la langue : Lo Congrès, qui regroupe les principales associations occitanes (Association internationale d’études occitanes (AIEO), Fédération des enseignants de langue et culture d’oc (FELCO), IEO, Calandreta…) et l’Acadèmia Occitana. L’occitan s’est développé de manière modeste dans les médias. Avec l’autorisation des radios libres dans les années 1980, sont apparues les premières radios associatives en occitan (Ràdio País, Ràdio Occitània). D’autres ont vu le jour plus récemment. C’est le cas de Ràdio Lengadòc à Montpellier. La presse régionale continue d’accorder sporadiquement une petite place à l’occitan, il existe quelques revues d’information culturelles ou littéraires. En revanche, l’hebdomadaire d’information, La Setmana, entièrement en occitan, a cessé de paraître en 2018. Sans le recours aux messageries et autres réseaux, il aurait sans doute été difficile de rassembler les dizaines de milliers de personnes qui se sont retrouvées à Carcassonne en 2005 pour la défense de la culture et de la langue occitanes, puis successivement à Béziers (2007), Carcassonne (2009), Toulouse (2012).

La Danse Occitane: Un Héritage Vivant

La danse occitane, comme la langue, est un patrimoine vivant, transmis de génération en génération. Elle se manifeste sous différentes formes, des rondes enfantines aux danses collectives pratiquées lors de fêtes et de célébrations. Ces danses sont souvent accompagnées de chants traditionnels, qui racontent des histoires, évoquent des personnages et célèbrent la vie quotidienne.

Lire aussi: Jeux de danse : stimuler la créativité des petits

Francine Lancelot (1929-2003), chercheuse, danseuse et chorégraphe s’est très tôt intéressée aux danses traditionnelles régionales et à l’étude des danses anciennes, populaires et savantes. Elle se forme alors au collectage des chansons et danses traditionnelles auprès de Jean-Michel Guilcher. Elle est par la suite missionnée par le CNRS pour recueillir les répertoires populaires chantés et dansés en France et participe notamment au programme RCP (Recherche Coopérative sur Programme) Aubrac où elle réalise des films de collecte sur des danseurs de bourrée. S’intéressant également à la danse baroque, elle fonde dans les années 1980 sa compagnie Ris et Danceries qui lui permet de fédérer musiciens, musicologues, décorateurs, costumiers et passionnés de danse baroque. Corpus d’enregistrements sonores et audiovisuels réalisé dans le cadre d’une recherche sur les rondes chantées dans le Gers (Savès), Béarn et Landes (Albret et Grande-Lande) constitué pour partie en collaboration avec le CNRS.

La Danse Maternelle: Transmission et Éveil

La danse maternelle joue un rôle essentiel dans la transmission de la culture occitane aux jeunes enfants. Les mères, les assistantes maternelles et les grands-mères transmettent les chants, les gestes et les pas de danse, créant ainsi un lien affectif et culturel fort. Ces moments de partage contribuent à l'éveil musical et corporel de l'enfant, tout en lui inculquant un sentiment d'appartenance à une communauté et à une histoire.

Rose SALLE a vécu la plus grande partie de sa vie à Carcès (département du Var) où elle était assistance maternelle. Plusieurs classes "patrimoine" d'école élémentaire ont rencontré Rose.

"Joan Petit que dança": Un Exemple Emblematique

"Joan Petit que dança" est une chanson traduite de l'occitan qui rappelle le souvenir d'un chirurgien de Villefranche-de-Rouergue dans l'Aveyron, qui fut l'un des chefs de l'insurrection des Croquants en 1643. En 1635, sous l'impulsion de Richelieu, Louis XIII s'est engagé dans la guerre de Trente ans - qui ravage l'Europe depuis 1618 - aux côtés des puissances protestantes contre les Habsbourg. En Rouergue, le sort des paysans est d'autant plus dramatique qu'à cette pression fiscale s’ajoutent des conditions climatiques très difficiles. En 1643, lorsqu'ils apprennent que l'imposition annuelle a plus que doublé par rapport aux années précédentes, les habitants de Villefranche-de-Rouergue se mobilisent sous l'impulsion de Jean Petit. Ces derniers mettent en déroute les cavaliers du roi, puis prennent le contrôle de Villefranche. Petit obtient alors du sénéchal l'annulation de la taille pour 1643 dans tout le Rouergue. La révolte fait tâche d'huile.

Cette comptine, souvent fredonnée aux enfants, est un exemple parfait de la manière dont l'histoire et la culture occitanes sont transmises de manière ludique et accessible.

Lire aussi: Bienfaits de la danse orientale pendant la grossesse

"Jean Petit qui danse Jean Petit qui danse De son bras il danse De son bras il dan-an-se De son bras, bras, bras, Ainsi danse Jean Petit, Ainsi danse Jean Petit"

Collectage et Conservation du Patrimoine

Plusieurs associations et institutions œuvrent à la collecte et à la conservation du patrimoine musical et chorégraphique occitan. Le CORDAE-La Talvera mène un important travail de recherche ethnologique, essentiellement en Occitanie, touchant non seulement les communautés occitanes mais aussi les communautés immigrées. Lors des différentes enquêtes sur les traditions orales du territoire occitan, le CORDAE - La Talvera a souvent été confronté à des siffleurs : siffleurs de danses et charmeurs ou imitateurs d’oiseaux.

Robert Dagnas (27/01/1922 - 07/02/1976) a animé pendant plus de vingt ans une émission hebdomadaire, Chas Nos (Chez Nous) sur la radio Limoges Centre Ouest qui deviendra Radio France Limoges puis France Bleu Limousin. Créateur en 1941 puis animateur du groupe folklorique Lous Velhadours de Sen Junio, Robert Dagnas est très impliqué dans la vie locale. Chaque rencontre faisait l’objet d’un enregistrement qui tient lieu de repérage pour ses émissions radiophoniques. Si la rencontre s’avérait concluante, un second enregistrement était réalisé avec le matériel de la radio. Un ensemble de 450 bandes magnétiques a été récupéré suite au décès de Robert Dagnas par Françoise Etay qui a décidé de les confier à l’IEO Limousin. Des sermons religieux en occitan ainsi que des enregistrements de Félicie Brouillet, conteuse de la région figurent également dans le fonds. Parmi les noms des informateurs et figures locales interrogés par Robert Dagnas, nous pouvons mentionner : Mmes Basset, Besson, Chabeaudie, Ducouret, Fauroit, M. Biossac, Trarieux. L'ensemble du fonds a été numérisé, une partie (240 bobines) est consultable en ligne sur La Biaça. Enregistrements consultables sur demande. Consulter les conditions générales d'utilisation de La Biaça.

Ces initiatives permettent de sauvegarder la mémoire collective et de transmettre ce patrimoine aux générations futures.

Exemples de Chansons et Rondes Occitanes

Voici quelques exemples de chansons et rondes occitanes collectées à Lodève, accompagnées de leur traduction:

  • Lo galant que vei morir sa miga: Chanson racontant l'histoire d'un homme qui voit mourir sa bien-aimée.
  • Los tres enfantons e la maire ressuscitada: Chanson évoquant une mère ressuscitée pour nourrir ses enfants.
  • La Guilhaumèla: Ronde où l'on imagine différents métiers pour un enfant.
  • L’alouet’ambe lo pinson: Chanson sur le mariage d'une alouette et d'un pinson.
  • Cançon de messorgas: Chanson de mensonges.
  • Quand lo boièr ven de laurar: Chanson du bouvier rentrant du labour.
  • Maire e filha s’es logada per anar segar lo blat: Chanson où une mère et sa fille se disputent un jeune homme trouvé dans un champ de blé.
  • La setmana: Chanson énumérant les jours de la semaine.
  • La maridadoira: Chanson sur l'envie de se marier.

Ces chansons, transmises oralement, témoignent de la richesse et de la diversité du patrimoine musical occitan.

L'Enseignement Bilingue: Un Avenir pour la Danse Occitane Maternelle

L'enseignement bilingue occitan-français, en plein essor dans certaines écoles, offre une opportunité unique de revitaliser la langue et la culture occitanes, y compris la danse. En intégrant la danse occitane dans les programmes scolaires, on permet aux enfants de découvrir et de pratiquer cet art, tout en renforçant leur identité culturelle.

Les deux écoles de la commune se sont lancées dans l’enseignement bilingue depuis 2017 et le succès de cette option est toujours grandissant. On en veut pour preuve les 23 élèves de maternelle et les 32 du primaire qui apprennent mathématiques, histoire et sciences ou encore pratiquent le sport et les arts plastiques dans la langue traditionnelle de la région.

tags: #danse #occitane #maternelle #origine #histoire

Articles populaires: