Le continent africain, berceau de l'humanité, est également un creuset de cultures musicales et chorégraphiques d'une richesse incommensurable. L'expression « Musique africaine » englobe une diversité de styles et de traditions, rendant sa description et sa définition complexes. Il est donc essentiel de se situer dans l'espace et dans le temps pour appréhender la musique africaine, en tenant compte des spécificités propres à chaque source productrice. Cet article explore les origines et les influences de la danse africaine maternelle Pata Pata, en mettant en lumière son contexte culturel et son évolution.
Diversité des styles musicaux africains
L'Afrique est un continent de diversité linguistique, culturelle et religieuse. En termes de religion, de langue, d'architecture, de culture et d'art, l'Afrique moderne, surtout « chorale » a donc plus importé qu'exporté. Ce qui justifie en majeure partie, les multiples tendances et expressions actuelles des musiques d'Afrique. La musique africaine accompagne la vie et est étroitement liée aux traditions. Elle représente, comme la langue, la religion et certaines pratiques traditionnelles, l'une des bases importantes de la société traditionnelle. Les musiques traditionnelles d'Afrique sont construites sur plusieurs échelles et modes et sont plus à tendance modale que tonale. L'un des points forts et communs des musiques traditionnelles d'Afrique est leur dimension lyrique et dramatique. La musique africaine tant vocale qu'instrumentale, héritées de nos traditions, est très mobilisatrice, participative, interactive et suggestive.
Afin de mieux comprendre le contexte dans lequel la danse Pata Pata a émergé, il est important de survoler quelques exemples de styles musicaux africains :
Soukous : Originaire du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), le soukous est une forme de musique issue de la rumba. Le regretté Franco Luambo, avec son groupe OK Jazz, a popularisé ce style pendant 30 ans. Les musiciens zaïrois ont cherché des moyens de dépouiller la musique Rumba.
Juju : Ce style est originaire du Nigeria, un pays qui a produit de nombreux styles qui ont réussi à se répandre dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest, y compris juju, jaija, fuji, ozzidi, vin de palme, highlife et afrobeat. Le groupe Les Amazones d’Afrique, un collectif entièrement féminin de musiciens ouest-africains qui militent pour l’égalité des sexes, est un exemple contemporain de la richesse musicale nigériane. Les chanteurs sont originaires du Bénin, du Mali, du Nigeria et de Guinée.
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Mbalax : Un style de musique populaire sénégalaise connu dans la langue sérère sous le nom de mbalax, il dérive de la tradition musicale sérère conservatrice de Njuup. En 1979, le « Petit Prince de Dakar » Youssou N’Dour forme les Super Etoiles et devient le représentant le plus populaire de la pop mbalax sénégalaise. En plus de sortir de dakar, la capitale dominée par les Wolofs, il utilise des polyrythmes traditionnels de tambour sabar et tama. Youssou a construit un immense studio d’enregistrement à Dakar appelé Xippi ou « Eyes Open ».
Zilin : Un style enraciné dans la technique vocale traditionnelle unique du Bénin. La forte influence de la religion vaudou est une partie importante du Bénin, qui raconte la guérison et le rajeunissement des talismans (fétiches). Angelique Kidjo - la reine de la pop crossover africaine, utilise la technique vocale zilin.
Gnawa : Également connu sous le nom d’Ethno-Pop ou Gnawi Blues, vient du désert du Sahara. Ce style de musique est basé sur un répertoire nord-africain d’anciens chants et rythmes religieux spirituels africains. Son patrimoine bien conservé allie poésie rituelle et musique et danse traditionnelles.
Mbaqanga : Vient d’Afrique du Sud. Le mot signifie « boulette » en zoulou, mais dans ce cas signifie « fait maison ». Mbaqanga s’est développé à partir de deux styles antérieurs - kwela, puis le rauque- et jive. Il a pris de l’importance dans les clubs de shebeen illégaux dans les townships d’Afrique du Sud. Shikisha est un groupe de femmes zouloues de Durban, en Afrique du Sud, qui mélangent les danses traditionnelles zouloues, sotho, xhosa et shangani avec les sons électriques brûlants du township sud-africain contemporain.
Chimurenga : Un style musical qui est né de chansons de lutte de libération.
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Majika : Adapte les rythmes locaux xigubu, mapika, tufu et marabenta originaires du Mozambique.
Ubongo : A des racines de ngoma, vugo, kumbwuya et le chakacha avec ses connotations sexuelles, qui animent la plupart des formes de taarab: la musique qui explore la romance et le mariage en Tanzanie.
Inkiranya : Un style de tambour qui a son origine au Burundi. Les Batteurs du Burundi sont l’un des plus beaux exemples de ce type de musique. Leurs performances font partie de cérémonies telles que les naissances, les funérailles et les couronnements de mwami (rois).
Musique du vin de palme : Remonte à l’époque où les marins portugais introduisirent pour la première fois les guitares dans les villes portuaires d’Afrique de l’Ouest. S.E. Rogie, le plus grand ambassadeur de la musique du vin de palme, a commencé sa carrière en tant que « Jimmy Rodgers de Sierra Leone ».
Benga : A ses racines dans la musique du peuple Luo du Kenya. Le Nyatiti est un instrument du peuple Loo, et est utilisé dans la pratique spirituelle ainsi que pour accompagner les chants de louange historiques.
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Musique somalienne : La langue et la musique de la Somalie sont un mélange d’influences africaines et arabes.
Musique nubienne : Les cultures pharaoniques, romaines, byzantines, arabes, éthiopiennes et d’Afrique de l’Est et de l’Ouest ont toutes des échos dans la région de Nubie dans le sud de l’Égypte.
Ces exemples illustrent la diversité et la richesse des styles musicaux africains, chacun ayant ses propres caractéristiques et influences.
Pata Pata : Une danse emblématique d'Afrique du Sud
Parmi cette myriade de styles, Pata Pata occupe une place particulière. Popularisée par Miriam Makeba, surnommée « Mama Africa », Pata Pata est plus qu'une simple danse : c'est un symbole de joie, de résistance et d'identité africaine.
Miriam Makeba : Une voix pour l'Afrique
Miriam Makeba, née en Afrique du Sud, a utilisé sa voix et sa plume pour dénoncer les injustices dans son pays natal. Sa carrière a été marquée par l'exil en raison de son engagement contre l'apartheid. Elle a débuté sa carrière de chanteuse en Afrique du Sud et elle raconte ce qu’elle vit, ce qu’elle voit… Par exemple dans Sophiatown is gone qui raconte la disparition totale d’un quartier noir près de Johannesburg, démoli le 9 février 1955 par le gouvernement. Plus de 65 000 personnes sont déplacées vers un nouveau township. Leur quartier d’origine devient une banlieue blanche rebaptisée Triomf. Dans son pays, Miriam Makeba devient vite une star. Mais ce statut ne la protège pas. Au contraire. Elle reste une star qui n’a pas la peau blanche. Avec le groupe vocal féminin qu’elle fonde, les Skylarks, numéro 1 dans le pays, elle subit des humiliations de la part de la police et passe plusieurs week-end en prison, sans aucune raison valable si ce n’est de chanter, se déplacer ou donner des concerts.
Miriam Makeba quitte l'Afrique du sud pour aller présenter un film dans lequel elle fait une apparition au festival de Venise. Ce film, Come back Africa, est anti-Appartheid. C’est la première fois qu’elle va en Europe. Elle quitte le pays discrètement, secrètement même sans dire au revoir à ses proches… Seules sa mère et sa fille sont au courant de son départ mais personne, pas même la chanteuse, n’imagine alors que cette décision sera irrévocable : Miriam Makeba ne pourra revenir en Afrique du Sud que 31 ans plus tard.
Elle a vécu d’abord aux Etats-Unis grâce au soutien précieux du chanteur Harry Belafonte qu’elle rencontre à Venise. Ensemble, ils enregistrent un album qui reçoit un Grammy Award, un disque de chants traditionnels sud-africains. Même bannie de son propre pays, Miriam Makeba n’oublie pas d’où elle vient. La chanteuse devient une star internationale. Invitée à chanter au gala du président Kennedy, juste avant que Marilyn Monroe ne débarque. Elle côtoie tous les grands noms du jazz, dont certaines idoles de jeunesse comme Ella Fitzgerald ou Duke Ellington… Fidèle à son pays natal. Jamais le succès ne lui monte à la tête. Miriam Makeba continue de chanter pour porter des messages d’espoir ou d’apaisement pour les siens restés en Afrique du Sud. Elle utilise aussi sa voix pour dénoncer ce qui se passe dans ce pays. Elle organise des conférences, participe à des assemblées générales de l’ONU et prend la parole pour demander des sanctions contre le gouvernement sud-africain.
Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré de prison en Afrique du Sud. Il n’a pas oublié celle qui a lutté toute sa vie pour dénoncer la situation dans ce pays, même avant lui. Alors il fait tout pour que Miriam Makeba puisse revenir ici, sur ses terres. Et quelques mois plus tard, le 10 juin 1990, avec son passeport français, Miriam Makeba revient en Afrique du Sud.
Les origines de Pata Pata
Le mot « Pata Pata » signifie « touche touche » en Xhosa, une langue bantoue parlée en Afrique du Sud. La danse Pata Pata est une danse sociale qui invite à la joie et à la connexion. Elle est caractérisée par des mouvements simples et répétitifs, permettant à chacun de participer et de s'exprimer librement.
Pata Pata : Un symbole de résistance et d'unité
Au-delà de son aspect festif, Pata Pata a acquis une dimension politique et sociale. Dans le contexte de l'apartheid, cette danse est devenue un moyen d'affirmer l'identité culturelle africaine et de résister à l'oppression. La musique et la danse ont servi de catalyseur pour unir les communautés et exprimer leur aspiration à la liberté et à l'égalité.
Influences et évolutions de la danse africaine
La danse africaine, en général, est profondément enracinée dans les traditions et les rituels. Elle est souvent utilisée pour raconter des histoires, célébrer des événements importants ou communiquer avec les esprits. Les mouvements de la danse africaine sont variés et expressifs, reflétant la diversité des cultures et des environnements du continent.
Les musiques urbaines (modernes), qui sont celles jouées dans les villes, les grandes métropoles, sont très séduites par la modernité et résultent de l'interaction quotidienne et incessante des formes, des genres et styles tant importés que locaux. Elles dominent la scène musicale ; la musique tradi-moderne, qui est celle qui s'inspire de la musique traditionnelle et qui associe les instruments modernes ; la musique folklorique, qui est le fruit du métissage entre la musique traditionnelle et celle qui est importée, elle est issue du folklore ; la musique traditionnelle pure, qui est celle liée aux traditions.
Au commencement était le rythme, le rythme accompagne tout et inspire tout. Le rythme, c'est de la musique. Pour l'Afrique profonde, le rythme est essentiel, il paraît même comme l'élément primordial, il est très suggestif et inspirateur, il agit parfois comme une corde liant acteurs et spectateurs.
Les styles de chant sacré, traditionnel, populaire identifiables dans leur forme, leur fond, leur sonorité, leur rythme, leur type de polyphonie ainsi que dans les éléments organologiques qui les caractérisent sont étudiés et maitrisés pour des fins artistiques très utiles.
L'influence des génies de l'eau dans la danse Punu
Dans certaines cultures africaines, comme chez les Punu du Gabon, les génies de l'eau jouent un rôle important dans la vie quotidienne et les rituels. Les jumeaux, considérés comme ayant un lien privilégié avec ces génies, sont célébrés par des chants et des danses. Ces célébrations mettent en avant le monde intra-utérin de plénitude et d'abondance, source de régénération pour toute la communauté.
Les Punu affirment que tous les enfants sont originaires de ce monde des génies de l’eau. Les « jumeaux » mavase et les « enfants nés avec une anomalie » bakite, tel qu’un handicap physique ou des cheveux très abondants, ont un rapport privilégié avec cet univers et le gardent toute leur vie. Ils sont regardés comme des génies de l’eau venus vivre parmi les humains. Ils viennent des marigots, arrivent dans des pirogues, souvent au moment des crues. En raison de ce rapprochement entre génies et jumeaux, leurs parents, et surtout les mères, sont très respectés dans la société punu.
Tout comme les génies de l’eau, les jumeaux ont des rapports étroits avec nombre d’animaux et semblent même y être assimilés. Les serpents, les grands surtout, figurent au premier rang. Certains génies se font accompagner de serpents ou en envoient.
Les jumeaux sont non seulement originaires du monde des génies de l’eau et associés aux animaux et phénomènes naturels liés à ce monde, mais ils partagent aussi les caractéristiques des génies. Tout d’abord, ils ont une nature très généreuse. C’est grâce aux génies et aux jumeaux que les chasses et les parties de pêche sont fructueuses, que les récoltes sont bonnes et que les grossesses sont nombreuses.
Il est possible que la danse Pata Pata, avec ses mouvements fluides et harmonieux, puisse être influencée par les danses rituelles liées aux génies de l'eau. Cependant, il est important de noter que cette influence reste spéculative et nécessite des recherches plus approfondies.
L'évolution de la danse africaine à travers le temps
La danse africaine a connu de nombreuses évolutions au fil du temps, en raison des influences culturelles, sociales et politiques. Les musiques urbaines (modernes), qui sont celles jouées dans les villes, les grandes métropoles, sont très séduites par la modernité et résultent de l'interaction quotidienne et incessante des formes, des genres et styles tant importés que locaux. Dès 1920, les musiques des terroirs ethniques se sont frottées en ville aux mélodies venues d'ailleurs.
L'afrobeat, par exemple, est un genre musical créé par Fela Kuti dans les années 1960, combinant des éléments de funk, de jazz, de salsa, de calypso et de musique traditionnelle nigériane yoruba. L’afrobeat en est venu à être associé à la réalisation de déclarations politiques, sociales et culturelles sur la cupidité et la corruption.
La danse africaine continue d'évoluer et de s'adapter aux réalités contemporaines, tout en conservant ses racines et ses traditions.
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