Savinien Cyrano de Bergerac, figure emblématique du XVIIe siècle français, est à la fois un homme de lettres audacieux et un personnage auréolé de légende. Bien que popularisé par la pièce de théâtre d'Edmond Rostand, le véritable Cyrano mérite d'être redécouvert au-delà du mythe du gascon bretteur au grand nez. Cet article explore sa vie, de sa naissance à son œuvre, en s'appuyant sur des faits historiques et des analyses critiques.
Naissance et Origines Familiales
Contrairement à l'image d'un Cyrano gascon véhiculée par la pièce de Rostand, Savinien Cyrano de Bergerac est né à Paris le 6 mars 1619. Il est le fils d'Abel de Cyrano, avocat au Parlement, et d'Espérance Bellanger, issue d'une vieille famille parisienne. Son acte de baptême fut découvert par l'érudit archiviste parisien Jal. Savinien II de Cyrano est baptisé le 6 mars 1619 en l'église Saint-Sauveur, rue des Deux-Portes (actuelle rue Dussoubs dans le 2e arrondissement).
Ses racines sont donc bien parisiennes, et non gasconnes. Son grand-père, Savinien Ier, était un bourgeois parisien, d'abord marchand de poisson, puis notaire et secrétaire du roi en 1571. En 1582, il acquiert les fiefs de Mauvières et de Bergerac, situés près de Chevreuse, dans l'actuel département des Yvelines. C'est l'acquisition de ce fief de Bergerac qui permettra plus tard à Savinien d'ajouter cette particule à son nom.
Enfance et Éducation
Savinien passe son enfance au château de Mauvières, la terre héritée par son père. Son éducation est d'abord confiée à un curé de campagne qui lui apprend à lire et à écrire. Pour terminer ses études, son père le renvoie à Paris, au Collège de Beauvais. Il semble que le jeune homme ne s'occupât pas beaucoup d'études à cette époque-là. Il fait ses études dans la capitale et se plaît à fréquenter les tavernes où il montre sa verve et son talent d'orateur.
Carrière Militaire et Premières Armes Littéraires
Comme beaucoup de jeunes hommes de son époque, Cyrano embrasse une carrière militaire. Sur les conseils de son sage ami Henri Le Bret, Cyrano s’engage en qualité de Cadet dans la Compagnie des Gardes commandée par de Carbon de Cateljaloux. Il s'engage dans la compagnie des gardes commandée par Casteljaloux, où il côtoie de nombreux Gascons. C'est probablement à ce moment qu'il ajoute "de Bergerac" à son nom, peut-être pour se rapprocher de ses camarades gascons ou simplement parce que cela sonnait "fier et clair".
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Il participe à la guerre de Trente Ans et se distingue par sa bravoure. Il est blessé au siège de Mouzon en 1639 d’« un coup de mousquet à travers le corps ». En 1640, il est grièvement blessé d'un coup d'épée à la gorge lors du siège d'Arras, ce qui met fin à sa carrière militaire à l'âge de 22 ans.
De retour à Paris, il prend des cours d'escrime et suit l'enseignement du philosophe Gassendi. La plume y gagne ce que l'épée y perd.
L'Éveil de l'Esprit : Philosophie et Écriture
Après sa carrière militaire écourtée, Cyrano se consacre à l'étude et à l'écriture. Il fréquente le collège de Lisieux, puis le cercle de Gassendi, où il rencontre des esprits brillants comme Molière, Chapelle et Tristan l'Hermite. Il se lie d'amitié avec Tristan l'Hermite, « le seul philosophe et le seul homme libre que la France ait ». Il admire Sorel et ne cache point, même chez Gassendi, sa vénération pour Descartes.
Vers 1645, il publie "Le Pédant joué", une comédie qui se moque des travers de l'enseignement et dans laquelle Molière puisera son inspiration. Suivent "La Mort d'Agrippine", une tragédie audacieuse, et surtout "Histoire comique des Etats et empires de la Lune et du Soleil" (publié à titre posthume), un récit de voyage imaginaire qui témoigne de son esprit scientifique et de sa pensée philosophique novatrice. Il écrit également "Les Mazarinades" et "L'Autre Monde" en 1650.
On appréciait l'écrivain, l'homme aussi, malgré son humeur un peu fantasque. Dans ses Lettres, il fait preuve d’une verve « philosophique » digne de Montaigne ou des Lumières et tente d’y réhabiliter la pointe, dont le goût s’était perdu. S’il se mêle de tragédie, c’est magistralement : La Mort d’Agrippine est un chef-d’œuvre dont Corneille n’eût point rougi.
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Un Esprit Libre et Novateur
Cyrano de Bergerac s'inscrit dans le courant libertin de la première moitié du XVIIe siècle. Impétueux, vif et libertin, il provoque de nombreux duels. Il défend des idées audacieuses pour son époque, notamment en matière de science et de religion. Il croit fermement que l'homme volera un jour.
Ses "Voyages sur la Lune et le Soleil" sont considérés comme des œuvres précurseurs de la science-fiction. Il y imagine des sociétés utopiques et critique les injustices de son temps. Il met ses lecteurs en garde contre la Vérité, rappelant la relativité de toute connaissance et de tout savoir, ce qui donne toute sa place à cette œuvre dans le mouvement du libertinage intellectuel du XVIIe siècle.
Cyrano, comme Scarron, pratique le style burlesque, fait éclater les contradictions du monde, en jouant sur des effets d’opposition. Il donne une importance particulière à un humour décapant, démystifiant, notamment dans ses Lettres (1654) où il s’amuse à accumuler les procédés précieux.
Fin de Vie et Mort Mystérieuse
En 1654, la vie de Cyrano prend un tour tragique. Le soir, en rentrant vers l'hôtel de son protecteur, le duc d'Arpajon, il reçoit une poutre sur la tête. Cet accident marque le début de ses graves ennuis de santé et de sa détresse morale. Simple accident ou tentative d'assassinat ? Le mystèrePlane encore aujourd'hui.
Abandonné par le duc d'Arpajon, il est recueilli par un de ses amis, Messire Tanneguy Renault des Boisclairs. Après avoir agonisé pendant plusieurs mois, il meurt le 28 juillet 1655 à Sannois, chez son cousin Pierre II de Cyrano, à l'âge de 36 ans.
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L'Héritage de Cyrano : Au-Delà de la Légende
L'œuvre de Cyrano de Bergerac, bien que peu connue du grand public, est d'une richesse et d'une modernité surprenantes. Ses écrits témoignent d'un esprit libre, curieux de tout et avide de savoir.
Si l’œuvre de Cyrano de Bergerac n’est guère connue du grand public, le personnage est célèbre. Il est devenu un véritable mythe, grâce à la pièce de théâtre qu’Edmond Rostand lui consacra à la fin du XIXe siècle : mousquetaire gascon, duelliste incorrigible, amoureux transi, cible de la fatalité, être malheureux complexé par un nez proéminent, poète délicat et sensible, tel est le portrait romantique ancré dans les esprits.
Edmond Rostand, en créant son "Cyrano de Bergerac", a immortalisé le personnage, mais a aussi contribué à occulter la complexité de l'homme et de son œuvre. Il faut donc dépasser le mythe pour redécouvrir le véritable Cyrano, un écrivain audacieux, un philosophe novateur et un esprit libre qui a marqué son époque.
Par-delà la renommée de la pièce de Rostand, on assiste, depuis la fin des années 1970, à un renouveau des études autour de Cyrano et de son œuvre, auxquels ont été consacrés, en France et à l'étranger, une foison de thèses, articles, biographies et essais.
Cyrano et la Ville de Bergerac : Une Confusion Tenace
La confusion entre Cyrano de Bergerac et la ville de Bergerac en Périgord est tenace. On pense trop souvent que Cyrano est de chez nous parce qu’il se disait « de Bergerac » et qu’il s’était engagé, comme les Gascons de son rang, aux cadets du régiment des gardes, dans la fameuse compagnie de Monsieur de Carbon de Casteljaloux. Peut-être aussi parce qu’il était particulièrement brave et passablement fou. Toutefois, bravoure et pointe de maboulisme, ne sont pas le monopole des Périgourdins. La vraie raison pour laquelle on attribue une origine méridionale à Savinien de Cyrano de Bergerac vient plutôt du fait que des célébrités tels que Charles Nodier, Paul Lacroix, Victor Fournel ou encore Théophile Gautier ont accréditée et appuyée cette thèse.
Aujourd’hui, les origines de Savinien de Cyrano de Bergerac ne font plus mystère, et tous les spécialistes sont unanimes pour dire qu’il n’était pas Gascon, pas davantage Périgourdin, mais Parisien, né à Paris, de parents parisiens… On le sait depuis les recherches menées dans les registres paroissiaux et les actes notariés.
En réalité, Cyrano n'a aucun lien direct avec la ville de Bergerac. Il a simplement ajouté "de Bergerac" à son nom en référence au fief que son grand-père avait acquis en région parisienne.
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