Les règles, un sujet encore tabou dans le monde du travail, impactent pourtant significativement la vie professionnelle de nombreuses femmes. Cet article explore les défis posés par le cycle menstruel en milieu professionnel et les pistes d'adaptation pour un environnement plus inclusif et respectueux des besoins de toutes et tous.
Des Conditions de Travail Encore Très Inadaptées aux Règles
Selon Aline Bœuf, les règles au travail sont non seulement taboues, mais « le monde du travail reste aussi pensé par les hommes pour les hommes. » Voilà qui explique que les femmes soient régulièrement confrontées à l’absence de prise en compte de leurs besoins particuliers.
Le problème de l’accès aux toilettes
Qui dit « règles » dit « besoin de toilettes », les menstruations nécessitant de changer régulièrement de protections périodiques. Rien de bien compliqué a priori… sauf que les toilettes ne sont pas toujours accessibles facilement, cela étant particulièrement vrai pour les personnes ne travaillant pas (ou pas toujours) dans des bureaux. Lola témoigne ainsi de son expérience lorsqu’elle travaillait dans un grand parc d’attraction : « Il fallait traverser tout le parc pour accéder aux toilettes que le personnel avait le droit d’utiliser. » Même problème pour les métiers impliquant des déplacements, comme l’explique Karol, ambulancière : « On peut rester quatre ou cinq heures sans toilettes à proximité ou enchaîner les interventions sans pouvoir s’arrêter. Souvent, la plus grosse difficulté est donc de se trouver au bon endroit au bon moment ! ».
S’ajoute à ce constat l’impossibilité, parfois, de pouvoir cesser son activité professionnelle pour aller aux toilettes. Dans ce cas, raconte Anne-Laure, le stress peut vite prendre le dessus : « Dans mon premier CDI, j’étais très souvent sur des salons et foires pour renseigner les prospects. Autant dire que je ne pouvais pas quitter mon poste et que j’ai vécu des journées interminables, comme à la Foire de Paris, où je surveillais de très près mon pantalon. »
L’inadaptation des toilettes aux règles
Dans le mémoire qu’elle a réalisé dans le cadre de son Master en sociologie à l’Université de Genève (« Vivre son cycle menstruel dans le monde professionnel : expériences multiples et préoccupations communes »), Aline Bœuf pointe les problèmes pratiques liés à la configuration des toilettes, chaque cabine individuelle étant rarement dotée d’un lavabo.
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Des « tactiques » se mettent donc en place pour tenter de concilier hygiène et discrétion. C’est ce que rapporte Charlotte, cheffe de projet : « Quand tu as mis un tampon et que tu as un peu de sang sur les doigts, tu espères juste que personne ne soit là au moment de te laver les mains ! Et avec une cup, tu fais comme tu peux en essuyant avec du papier toilette… ». Karol, utilisatrice de coupes menstruelles, souligne le fait qu’en réalité, seules les toilettes adaptées aux personnes en situation de handicap lui permettent de disposer de bonnes conditions pour changer de protection : « Dans mon métier, je fréquente beaucoup les services hospitaliers et la plupart des toilettes possèdent un lavabo intérieur. Mais il m’est arrivé de culpabiliser à l’idée d’utiliser les toilettes pour personnes à mobilité réduite dans d’autres espaces. » Autre problème des règles au travail, loin d’être anecdotique lorsque les toilettes sont mixtes : l’absence de poubelle individuelle ! Anne-Laure se souvient ainsi avoir caché des applicateurs usagés dans du papier toilette puis dans une petite trousse, de façon à pouvoir les jeter ensuite « à l’extérieur de l’entreprise. »
La question du bien-être physique et mental
Crampes utérines, spasmes, maux de dos…même si ce n’est pas le cas pour tout le monde, les règles occasionnent souvent des douleurs, lesquelles présentent une intensité variable d’une personne à une autre. Sur ce point, et sans même aborder la question du congé menstruel, Aline Bœuf considère que les femmes ne bénéficient pas de solutions qui seraient pourtant simples à mettre en place : « Il n’y a pas que le problème des infrastructures. Par exemple, en entreprise, il n’y a pas d’espace pour s’allonger cinq minutes, ou encore de bouillotte quand on n’est pas bien. Se pose aussi la question de pouvoir prendre des pauses adaptées. »
Plus profondément, c’est selon elle le tabou des règles qui fait de celles-ci un « non sujet », de mauvais messages transmis depuis l’adolescence empêchant les femmes de proposer des aménagements ou de profiter de ceux qui seraient envisageables. De ce point de vue, elle salue les initiatives consistant à installer des distributeurs de produits menstruels : « L’absence de gratuité des protections est à mon avis une autre grosse inadaptation et la distribution gratuite en entreprise serait déjà une première étape clé. Même si les gens ne les utilisent pas, c’est un signal que c’est normal d’avoir ses règles. Je prends toujours l’exemple du papier toilette : on ne vient pas au travail avec son papier toilette donc je ne vois pas pourquoi on devrait venir avec ses produits menstruels. »
Les règles sont une source de stress au travail
Si les règles au travail génèrent des inégalités, c’est en partie parce qu’elles font peser sur les femmes une charge mentale spécifique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci est particulièrement lourde dans le milieu professionnel.
L’angoisse de la tache
Après avoir mené une dizaine d’entretiens qualitatifs, Aline Bœuf l’affirme : la peur d’être tachée arrive sur le podium des préoccupations communes à toutes les femmes. « Ce n’est pas une tache comme les autres » commente-t-elle. « Elle est située dans une zone intime, sur les fesses et est causée par un produit qui vient de nous. Je pense qu’il y a des angoisses liées à l’adolescence, sachant que dans le monde du travail, la peur du jugement et le contrôle de soi restent importants. »
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Une explication qui fait fortement écho au ressenti de Charlotte : « Il m’est déjà arrivé de perdre un tampon au travail, qu’il tombe par terre. D’un coup, tu as l’impression qu’on voit à travers toi, qu’on rentre dans ton intimité. » Certaines femmes adaptent d’ailleurs leur tenue en périodes de règles, en s’imposant le port de couleurs foncées, comme Maud, qui travaille dans les ressources humaines : « Quatre jours par mois, je porte un pantalon noir et il est impensable de mettre autre chose, parce que c’est impensable d’avoir une tache. J’ai passé des journées au bureau à être obnubilée par cette crainte et le pire, c’est que je n’ai jamais eu d’accident au point que mes règles traversent le pantalon… Cette crainte me suit depuis le collège et je pense qu’elle est liée à mon souhait de maîtriser mon intimité ».
L’obsession de cacher tampons et serviettes
À l’évidence, la dissimulation reste une des manifestations les plus concrètes du tabou des règles au travail, les stratégies pour cacher le sang menstruel ne consistant pas uniquement à se prémunir d’un éventuel « accident ».
C’est en effet ce qu’a constaté Aline Bœuf au cours de ses recherches : « Il y a aussi le fait de se cacher pour aller changer sa protection menstruelle, avec cette remarque récurrente de personnes qui disent aller aux toilettes en serrant le poing autour de leur tampon. » Comme pour la tache, le personnel féminin recourt à différentes « astuces » pour cacher tampons et serviettes, et ce dès le moment où il faut les sortir d’un sac ou d’un tiroir. Charlotte évoque en effet son objectif de « faire diversion » dans l’open space : « Tu sors des lunettes de ton sac ou n’importe quoi d’autre, tu fais mine de fouiller, tu essayes de faire en sorte qu’on ne se concentre pas sur la serviette que tu prends. » Quand au déplacement jusqu’aux toilettes, elle se souvient de « beaucoup de serviettes cachées dans la poche arrière, et de tampons dans le soutien-gorge. »
Cette dissimulation engendre d’ailleurs elle aussi des adaptations vestimentaires, comme le raconte Karine, ingénieure : « J’ai beaucoup travaillé dans un milieu d’hommes et le fait d’aller aux toilettes avec mes protections était pour moi un problème récurrent. Pour le contourner, j’évitais les robes, de façon à avoir des poches. » À noter, encore une fois, que la question du trajet retour se pose également dans bien des situations, par exemple si les toilettes ne sont pas équipées de poubelles (auquel cas les personnes doivent revenir en dissimulant leur protection usagée) ou encore lorsqu’il est fait usage de protections lavables. Dans ce second cas, Marie, consultante, emploie volontiers le mot de « logistique » pour décrire à la fois la façon dont elle se munit d’une serviette propre et cache sa serviette utilisée au retour des toilettes.
La peur de manquer de protections périodiques
Règles qui arrivent en avance, oubli de prendre le nécessaire, flux très abondant… il existe bien des raisons, au travail comme ailleurs, de pouvoir manquer de tampons et de serviettes. Anne-Laure en a fait la désagréable expérience : « Je me suis déjà retrouvée sans tampon sur un salon et personne pour me dépanner. J’ai dû me fabriquer un substitut avec du papier toilette premier prix… J’ai également vu mes règles débarquer en avance lors d’un déplacement avec une équipe d’hommes, sans solution. Je me suis sentie très seule, en ayant peur de tacher mes vêtements, le matelas à l’hôtel ou encore le siège passager de la voiture de mon patron. ».
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Depuis, et comme beaucoup de personnes menstruées, elle multiplie les endroits dans lesquels elle stocke des protections, que ce soit dans ses différents sacs à main ou son véhicule.
L’arrêt menstruel : une solution miracle ou un faux espoir ?
Chaque mois, des millions de femmes font face à des douleurs plus ou moins intenses pendant leurs règles. Pour certaines, ces douleurs peuvent devenir invalidantes, au point de perturber significativement leur quotidien professionnel. Face à cette réalité longtemps invisibilisée, une solution émerge progressivement dans le débat public : l’arrêt menstruel. Concrètement, il s’agit de permettre aux personnes souffrant de règles particulièrement douloureuses de s’absenter de leur travail sans perte de salaire, selon des modalités qui varient considérablement d’un pays à l’autre et d’une entreprise à l’autre.
L’arrêt menstruel à travers le monde
C’est en Asie que l’arrêt menstruel a fait ses premiers pas. Le Japon fait figure de pionnier absolu en la matière : dès 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le pays inscrit dans l’article 68 de son Code du travail le droit à l’arrêt menstruel. La formulation est claire : « lorsqu’une femme, qui expérimente des cycles menstruels douloureux, souhaite disposer d’un congé, l’employeur doit respecter sa demande ». Aucune limite de temps n’est fixée, et les entreprises ne peuvent forcer une employée à travailler si elle demande à être en arrêt menstruel. Néanmoins, si ce droit était populaire dans les années 1960 (26% des femmes y recouraient), son utilisation a considérablement diminué avec le temps. Une étude du ministère japonais du Travail réalisée en 2020 révèle que seulement 0,9% des employées éligibles déclarent aujourd’hui prendre des arrêts menstruels. Cette faible utilisation s’explique notamment par la pression sociale, la culture du présentéisme et le fait que certaines entreprises offrent des primes aux femmes qui n’utilisent pas ce droit.
L’Indonésie a suivi de près l’exemple japonais en instaurant dès 1948 un dispositif similaire, prévoyant un ou deux jours de congés payés en début de cycle menstruel pour les femmes souffrant de règles douloureuses. La loi a cependant été modifiée en 2003, obligeant désormais les employées à négocier avec leurs entreprises via les conventions collectives pour accéder à ce droit. Dans les faits, de nombreuses entreprises n’autorisent qu’un seul jour de congé menstruel, voire aucun, en ignorant simplement la législation. En Corée du Sud, l’arrêt menstruel a été introduit plus tardivement, en 2001. Les employées peuvent prendre un jour d’arrêt menstruel par mois, non payé. Les entreprises qui ne respectent pas cette disposition s’exposent à une amende d’environ 3 750 euros. Malgré cette sanction, seules 19% des employées déclarent utiliser ce droit, selon un sondage effectué en 2018. La pression sociale et le tabou autour des règles restent des freins puissants. Taïwan a également adopté un système d’arrêt menstruel, mais avec des limites plus strictes : un jour par mois dans la limite de trois jours par an. Au-delà, les absences sont comptabilisées comme des arrêts maladie classiques. La particularité : les arrêts menstruels sont remboursés comme des demi-journées travaillées.
En Afrique, la Zambie a fait figure de précurseur en adoptant en 2015 une loi accordant aux femmes le droit à un jour de congé supplémentaire par mois, sans préavis ni certificat médical en cas de règles douloureuses. Surnommé pudiquement « fête des mères » (Mother’s Day), ce dispositif rencontre encore des résistances chez certains employeurs, mais les syndicats œuvrent activement pour que les salariées puissent exercer pleinement ce droit.
En Europe, c’est l’Espagne qui a brisé un tabou en devenant, en février 2023, le premier pays du continent à adopter un arrêt menstruel national. La nouvelle législation garantit un arrêt de travail pour les femmes souffrant de règles douloureuses, entièrement pris en charge par l’État. Cette mesure s’inscrit dans une loi plus large sur la santé menstruelle, qui prévoit également la mise à disposition gratuite de protections périodiques dans les établissements publics, par le biais de distributeurs. D’autres pays européens ont envisagé des dispositifs similaires sans aller jusqu’au bout. En Italie, un projet de loi examiné en 2017 prévoyait trois jours de repos supplémentaires par mois pour les femmes souffrant de règles douloureuses, mais il a finalement été abandonné. En revanche, certaines initiatives locales ont vu le jour, comme au lycée Nervi-Servini de Ravenne, qui permet aux lycéennes souffrant de douleurs menstruelles de s’absenter deux jours sans risquer d’être sanctionnées, sur présentation d’une attestation médicale annuelle. Au-delà des législations nationales, de nombreuses entreprises à travers le monde ont pris les devants en instaurant leurs propres politiques d’arrêt menstruel. C’est le cas du fonds de pension australien Future Super ou de l’entreprise de livraison indienne Zomato. Ces initiatives privées témoignent d’une prise de conscience croissante des enjeux liés à la santé menstruelle en milieu professionnel.
L’arrêt menstruel en France : entre initiatives locales et débat parlementaire
En France, en l’absence de législation nationale, ce sont d’abord des entreprises qui ont ouvert la voie. A l’instar du fabricant de mobilier Louis Design, près de Toulouse, qui propose des jours de congés payés supplémentaires aux salariées souffrant de règles douloureuses. Le producteur de coquillages Marédoc, dans l’Hérault, offre quant à lui huit heures par mois d’arrêt menstruel sur simple demande à l’employeur. Plus récemment, le groupe Carrefour a annoncé la mise en place d’un dispositif spécifique sous forme de 12 jours de congés supplémentaires par an. Cette mesure est toutefois réservée aux femmes ayant obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleuses handicapées (RQTH) ou disposant d’une attestation d’invalidité délivrée par la CPAM, ce qui limite considérablement son champ d’application.
Du côté des collectivités territoriales, la ville de Saint-Ouen est devenue en mars 2024 la première à proposer à ses agentes publiques un arrêt menstruel, sous la forme de deux jours de congés payés par mois en cas de règles douloureuses, sur présentation d’un certificat médical. D’autres collectivités ont suivi le mouvement, comme Grenoble, Arras, Strasbourg et Lyon, avec des modalités variables. Le monde universitaire n’est pas en reste : l’université d’Angers a été la première en France à inscrire dans sa charte, depuis la rentrée de septembre 2023, une autorisation d’absence spéciale de 10 jours par an pour arrêt menstruel. Cette mesure pionnière ne nécessite pas d’avis médical, une simple déclaration au service de scolarité suffit. L’université de Rennes propose quant à elle 14 jours d’arrêt menstruel par an sans justificatif médical, considérés comme des absences justifiées pour le contrôle d’assiduité et les examens. Ces initiatives, bien que limitées à certaines structures, témoignent d’une évolution des mentalités et d’une volonté de prendre en compte la réalité des douleurs menstruelles dans l’organisation du travail et des études.
Au niveau national, le débat sur l’arrêt menstruel a pris une nouvelle dimension avec le dépôt de deux propositions de loi à l’Assemblée nationale, en 2023 puis en 2024. Cette dernière proposition, portée par le député Sébastien Peytavie (Les Écologistes) et appuyée par 22 autres députés de son groupe, vise à instaurer un « arrêt de travail pour menstruations incapacitantes », et non un « congé menstruel » à proprement parler. Le texte prévoit plusieurs dispositions :
- Jusqu’à 13 jours d’arrêt maladie par an sans jour de carence (avec certificat médical)
- Mise en place d’un arrêt de travail spécifique pour les femmes souffrant de dysménorrhée dont l’endométriose (jusqu’à deux jours par mois), entièrement pris en charge par la sécurité sociale
- Possibilité d’une organisation en télétravail pour les femmes souffrant de dysménorrhée invalidante
Les auteurs du texte précisent qu’il ne s’agit pas « d’essentialiser les femmes et les personnes menstruées, ni de normaliser la douleur », mais bien de mettre en place un arrêt de travail sur le même régime que les arrêts maladies classiques. Cette proposition a toutefois été rejetée en commission des affaires sociales le 27 mars 2024, avec 16 voix pour et 16 voix contre, avant d’être examinée à nouveau, cette fois en séance publique, le 4 avril 2024. A ce jour, aucun vote en séance publique n’a été organisé. Le débat et les interrogations persistent donc.
Pourquoi soutenir l’arrêt menstruel ?
Selon une étude de l’Ifop réalisée en 2022, 65% des femmes en activité salariée ont déjà été confrontées à des difficultés liées à leurs règles au travail, et 53% déclarent avoir des règles douloureuses. Plus significatif encore, 35% affirment que ces douleurs ont un impact négatif sur leur travail. Ces chiffres sont corroborés par d’autres études : 44% des femmes ont déjà manqué le travail ou connaissent une personne qui a manqué le travail en raison des menstruations. Pour les personnes souffrant d’endométriose (une maladie qui touche environ une femme sur dix en France), la situation est encore plus critique : selon une enquête Ipsos et EndoFrance réalisée en 2020, 88% des femmes atteintes estiment que la maladie a un impact sur leur bien-être au travail.
S’évertuer à se rendre au travail malgré de fortes douleurs, des migraines, une fatigue généralisée ou des malaises impose de repousser ses limites physiques, ce qui a inévitablement des conséquences sur la santé mentale. Les personnes concernées peuvent développer de l’anxiété à l’approche de leurs règles, particulièrement si cette période coïncide avec des échéances professionnelles importantes.
Quand l’arrêt menstruel créé la polémique
Un des grands dangers de l’arrêt menstruel est qu’il devienne un frein à la carrière des personnes qui l’utilisent. Pour éviter cela, il est essentiel de former les managers et les équipes RH à la prise en compte du cycle menstruel dans l’organisation du travail.
L’arrêt menstruel est présenté comme une solution miracle aux règles douloureuses. Or, il faut s’interroger :
- Pourquoi autant de personnes menstruées souffrent-elles autant ?
- Quelles sont les causes sous-jacentes de ces douleurs ?
- Comment agir pour améliorer le quotidien sans devoir s’absenter du travail ?
Vers une approche plus globale de la santé au travail
Plutôt que d’instaurer uniquement un arrêt menstruel, les entreprises devraient avant tout adapter leur environnement de travail.
Quelques mesures concrètes :
- Installer des poubelles adaptées dans toutes les toilettes
- Permettre d’accéder facilement à un point d’eau pour rincer une coupe menstruelle
- Proposer des protections périodiques en libre accès
- Créer des espaces de repos pour les personnes qui en ont besoin
- Offrir plus de flexibilité dans les horaires et le télétravail pour mieux s’adapter aux fluctuations d’énergie
Ces actions simples ne concernent pas que les personnes menstruées : elles améliorent la qualité de vie au travail pour toutes et tous.
Le stress chronique est un perturbateur majeur du cycle menstruel. Or, où subit-on du stress au quotidien ? En grande partie… au travail ! Les douleurs menstruelles, le syndrome prémenstruel (SPM) ou les cycles irréguliers peuvent être aggravés par un mode de vie inadapté : stress élevé, mauvaise alimentation, manque de mouvement. Plutôt que de gérer les conséquences (avec un congé menstruel par exemple), pourquoi ne pas s’attaquer aux causes ?
Endométriose et travail : un défi invisible
L’endométriose est une maladie invisible aux yeux des autres, parfois difficilement compatible avec le milieu professionnel. Si la patiente le souhaite, elle a la possibilité de faire part de sa maladie à son employeur ou au service de la médecine du travail de son entreprise. Ainsi, des aménagements des conditions de travail pourront parfois être proposés, comme une flexibilité des horaires ou du télétravail. Face à des douleurs qui surviennent pendant le temps de travail, une employée peut quitter son poste sans autorisation.
Reconnaissance et aides pour les femmes atteintes d'endométriose
La RQTH est accordée à "toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l’altération d’une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique". La demande doit être faite avec le médecin traitant et sera envoyée à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) de la région de résidence. C'est la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) qui prend la décision finale en fonction du dossier médical. Une visite médicale peut également être programmée en complément. Cette reconnaissance vous permet d'intégrer des postes spécifiquement réservés aux travailleurs handicapés et donc, souvent, d'avoir des conditions de travail aménagées.
L'endométriose n'est, à ce jour, pas inscrite sur la liste des Affectation Longue Durée (ALD 30). Cependant, pour certaines formes, il est possible d'obtenir ce statut. En effet, la Sécurité Sociale pourra accorder une affection longue durée hors liste (ALD 31) pour les formes sévères, évolutives ou invalidantes, nécessitant un traitement de plus de 6 mois et une thérapeutique particulièrement couteuse. La demande pour une ALD31 devra être faite avec le médecin traitant et le dossier devra décrire avec précision le parcours de soin. La décision est soumise à l'assurance maladie et un retour sera transmis sous 3-4 mois. L'obtention de l'ADL, même hors liste, permet un remboursement à 100% des soins couverts par l'assurance maladie et conventionnés qui rentrent dans le traitement de l'endométriose. Elle permet également de supprimer la carence de 3 jours, normalement obligatoire, lors d'un arrêt maladie.
Il est possible de faire une demande de mi-temps thérapeutique, auprès du médecin traitant pour une durée de 12 mois maximum. Il faut obtenir l'avis du médecin conseil et de la Sécurité Sociale et également un accord de la part de l'employeur. Ce temps partiel permet une réelle adaptation du temps de travail. Face à des douleurs chroniques, les femmes atteintes d'endométriose sont parfois confrontées à de réelles difficultés pour concilier leur vie professionnelle avec cette maladie. La reconnaissance en RQTH ou ALD 31 peut aider dans l'aménagement des conditions de travail et également sur l'aspect financier. Il peut parfois être judicieux d'informer son employeur de sa maladie et des statuts accordés pour faciliter l'évolution des conditions de travail (télétravail, flexibilité des horaires..) mais il n'existe aucune obligation. La patiente doit se sentir suffisamment en confiance dans son environnement de travail pour dévoiler cette partie de son intimité.
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