L'émergence de la pandémie de COVID-19 a soulevé des questions cruciales concernant les risques pour les femmes enceintes et leurs nouveau-nés. Parmi les préoccupations majeures figure le risque de transmission du virus SARS-CoV-2 de la mère à l'enfant pendant la grossesse et l'accouchement, ainsi que l'impact potentiel sur le placenta et le développement fœtal. Cet article vise à explorer ces questions en détail, en s'appuyant sur les connaissances scientifiques actuelles et les études récentes.
Transmission Mère-Enfant du SARS-CoV-2 : État des Connaissances
Dès le début de la pandémie, les chercheurs se sont interrogés sur la possibilité d'une transmission verticale du SARS-CoV-2, c'est-à-dire une transmission de la mère à l'enfant pendant la grossesse. Bien que des suspicions aient été rapportées précocement, notamment en Chine, où un nourrisson a été testé positif peu après sa naissance, il était difficile d'exclure une contamination après l'accouchement, suite à un contact rapproché entre la mère et l'enfant. De nombreuses études n'ont pas réussi à confirmer cette transmission verticale, car aucune trace du virus n'a été retrouvée au niveau du placenta, du cordon ombilical, dans le liquide amniotique ou dans le lait maternel chez les femmes et les nourrissons testés.
Cependant, une étude de cas publiée dans Nature Communications a apporté un éclairage nouveau en décrivant le premier cas confirmé de transmission du COVID-19 d'une femme enceinte à son enfant via le placenta. Les chercheurs se sont intéressés au cas clinique d'une mère de 23 ans atteinte de COVID-19, dont le bébé présentait également des signes de la maladie dès la naissance. Des prélèvements sanguins et de liquide amniotique au niveau du cordon ombilical ont été réalisés, ainsi que des prises de sang et des tests PCR sur le nourrisson pour rechercher la présence du virus. Les résultats ont confirmé la présence du virus chez la mère et l'enfant, suggérant une transmission transplacentaire.
Malgré cette découverte, la communauté scientifique reste prudente et estime que, si la transmission de la mère à l'enfant est possible pendant la grossesse, elle est très rare. Les cas documentés concernent principalement des patientes dans leur troisième trimestre de grossesse, ce qui souligne la nécessité d'étudier les femmes infectées plus tôt pendant la grossesse afin d'évaluer les conséquences potentielles pour la santé de la mère et du fœtus.
Impact du COVID-19 sur le Placenta
Le placenta joue un rôle essentiel dans le développement fœtal en assurant les échanges entre la mère et l'enfant. Il est donc crucial de comprendre l'impact potentiel du COVID-19 sur cet organe vital. L'étude de cas mentionnée précédemment a révélé une charge virale plus élevée dans les tissus placentaires que dans le liquide amniotique et dans le sang maternel, ce qui suggère que le SARS-CoV-2 pourrait se répliquer activement dans le placenta.
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Des équipes souhaitent comparer des échantillons placentaires, mais aussi des prélèvements du sérum maternel de femmes enceintes, positives ou non au SARS-CoV-2. Cela permettrait de suivre l’état inflammatoire du placenta et de savoir s’il est « endommagé » et ne protège plus l’enfant. Ces travaux permettraient de prévoir de potentiels effets sur la santé des bébés qui naîtront dans les prochains mois, alors que leur mère aura été infectée pendant les premiers mois de la grossesse.
En effet, la cause de la transmission pourrait être l’état inflammatoire des mamans COVID positif. Il est indispensable d'analyser le sang maternel, le liquide amniotique, le sang du nouveau né, le placenta, etc. Réunir tous ces prélèvements avec des urgences en contexte de flambée épidémique n'était pas simple. Des médecins français ont néanmoins rapporté le premier cas confirmé de contamination intra-utérine au Covid-19 dans les dernières semaines de grossesse, dans une étude publiée récemment. Les médecins ont mené l'étude sur une femme d'une vingtaine d'années, hospitalisée début mars. La naissance s'étant faite par césarienne, tous les prélèvements ont pu être menés sur les réservoirs potentiels du virus Sars-CoV-2, dont la charge la plus forte a été trouvée dans le placenta.
Cependant, d'autres études n'ont pas retrouvé le SARS-CoV-2 dans les placentas de femmes enceintes atteintes de COVID-19. De plus, le récepteur du SARS-CoV-2, l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2), nécessaire à son intégration cellulaire, n'est présent qu'à des taux très faibles au niveau placentaire chez l'homme pendant le premier tiers de la grossesse. Il n’y a pas de données sur l’expression de ce récepteur sur des tissus plus tardif dans la grossesse (i.e. 2 et 3es trimestre) chez l’homme.
Ces résultats contradictoires soulignent la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre l'interaction entre le SARS-CoV-2 et le placenta, et d'évaluer l'impact potentiel de l'infection sur la fonction placentaire et le développement fœtal.
Risques pour la Mère et le Nouveau-né
Outre le risque de transmission verticale, les femmes enceintes atteintes de COVID-19 peuvent être confrontées à un risque accru de complications pendant la grossesse et l'accouchement. Bien que les premières données aient dressé un tableau moins sombre, certaines études suggèrent que les femmes enceintes infectées par le SARS-CoV-2 pourraient présenter un risque plus élevé de complications post-partum, telles qu'une fièvre élevée, un faible taux d'oxygène dans le sang ou un état nécessitant une nouvelle hospitalisation.
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Une étude américaine montre un risque augmenté d’accouchement prématuré, et de recours à la césarienne, aucun des nouveau-nés n’a été testé positif au coronavirus COVID-19. Le nombre de bébés nés avant 6 mois de grossesse a chuté de 90 %.
De plus, l'infection maternelle à SARS-CoV-2 peut avoir des conséquences néfastes sur les issues obstétricales et sur les nouveau-nés, entraînant notamment des détresses respiratoires, des anomalies biologiques, des accouchements prématurés et même une mort fœtale in utero. Les auteurs émettent l’hypothèse que l’hypoxémie chez la mère puisse être responsable de l’hypoxie fœtale à la naissance et de l’accouchement prématuré.
En ce qui concerne les nouveau-nés, la majorité des enfants issus de mères infectées ne semblent pas présenter de symptômes. Cependant, quelques cas de pneumonie sévère en lien avec le SARS-CoV-2 ont été rapportés.
Il est important de noter que la relative bégninité de l'infection Covid 19 en ce qui concerne la grossesse a été largement diffusée et cela a permis de rassurer les femmes enceintes dans un contexte globalement anxiogène. Néanmoins des complications néo-natales rares avaient été ponctuellement rapportées, sans preuve formelle de contamination materno-foetale.
Impact Psychologique et Social
La pandémie de COVID-19 a également eu un impact significatif sur la santé mentale des femmes enceintes. Le stress lié à l'épidémie, l'isolement lié au confinement, la peur d'être contaminée ou d'infecter son bébé, l'angoisse d'accoucher à l'hôpital avec des patients atteints de la Covid-19, un suivi de grossesse chamboulé, l'absence de séances de groupe de préparation à la naissance, des conditions d'accouchement inédites avec parfois l'absence du papa lors de la naissance, l'impossibilité de présenter son bébé à la famille, l'incapacité d'être aidée par la famille et l'entourage sont tous des éléments qui peuvent augmenter le risque de dépression postnatale.
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Dans tous les pays on constate que la détresse psychologique chez les femmes enceintes est en hausse depuis le début de la pandémie de COVID-19. Une étude américaine réalisée par la Blue Cross Blue Shield Association établit un lien entre le coronavirus et l’augmentation constatée des cas de dépression post-partum. Cette étude montre aussi que les inégalités sont encore augmentées par la crise de la COVID 19 et que les femmes pauvres afro américaines sont les plus à risque.
Il est donc crucial de surveiller de près la santé mentale des femmes enceintes pendant la pandémie et de leur offrir un soutien psychologique adéquat.
Prise en Charge et Recommandations
Face à ces risques potentiels, il est essentiel d'adapter la prise en charge de la grossesse au contexte épidémique. Le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) recommande aux femmes ne présentant pas de symptômes de la maladie d'appliquer rigoureusement les gestes barrière. Il recommande par ailleurs aux professionnels de suivre de très près les patientes atteintes par la Covid-19 durant la grossesse.
Pour la plupart de ces patientes, l'accouchement et le suivi post-partum apparaissent toutefois très peu modifiés :
- L'accouchement par voie basse reste possible.
- Le bébé n'est pas séparé de sa maman à la naissance.
- Le séjour en maternité n'est pas allongé, sauf si complications pour la maman ou le bébé.
Cependant, pour les patientes présentant une détresse respiratoire aiguë, une étude américaine montre un risque augmenté d'accouchement prématuré, et de recours à la césarienne.
Concernant l’allaitement maternel, il est plutôt encouragé si la maman le souhaite. En effet les nombreuses données sur l’allaitement et la Covid-19 ne montrent aucun cas de transmission de l’infection par l’allaitement au sein. Sur une vingtaine de prélèvements, le virus n’a été retrouvé dans le lait que dans un cas, positif 24 heures après la naissance, puis négatif au 3ème jour. Le risque de contamination du bébé semble d’avantage lié à la proximité avec sa maman infectée. L’allaitement est possible en respectant quelques précautions standard, port d’un masque et lavage fréquent et soigneux des mains.
Perspectives et Recherches Futures
Les connaissances sur le COVID-19 et la grossesse évoluent rapidement. De nombreuses études sont en cours pour mieux comprendre les risques de transmission verticale, l'impact sur le placenta et le développement fœtal, ainsi que les conséquences à long terme pour la santé de la mère et de l'enfant.
L'étude TRANSCOVID, par exemple, est une étude multicentrique menée dans plusieurs régions françaises qui vise à évaluer le risque de transmission mère-enfant du virus SARS Cov-2 chez les futures mères Covid-19 positives et à confirmer que l'accouchement par voie vaginale est possible sans augmenter le risque de contamination du nouveau-né. Ce projet vise également à étudier la transmission d'anticorps maternels au bébé et la réponse immunitaire des femmes enceintes face au Covid-19.
Il est également essentiel de poursuivre les recherches sur l'impact psychologique et social de la pandémie sur les femmes enceintes et de développer des interventions pour soutenir leur santé mentale.
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