Sorti en 1989, La Petite Sirène marque un tournant pour les studios Disney, inaugurant une période souvent qualifiée de « second âge d’or ». Cet article propose une analyse comparative entre le film de Disney et le conte d’Andersen dont il s’inspire. L'objectif n'est pas de condamner systématiquement les divergences par rapport à l'œuvre originale, mais plutôt de les utiliser pour mettre en lumière les choix opérés par Disney, notamment d'un point de vue politique.
Le conte d'Andersen : une fable anti-patriarcale ?
Si le conte original est trop complexe pour être réduit à une interprétation unique, il contient de nombreux éléments qui permettent de le lire comme une fable anti-patriarcale. L'histoire est celle d'une jeune sirène qui aspire à découvrir le monde des humains et tombe amoureuse d'un prince, amour pour lequel elle est prête à quitter sa famille et son royaume.
La principale différence entre le conte et le film réside dans la manière dont est présenté le « devenir femme » de l’héroïne. Andersen insiste sur les souffrances et les sacrifices endurés par la sirène, dépeignant sa transformation en femme comme une malédiction. Disney, au contraire, montre la conquête de la féminité comme une aventure joyeuse, dont le mariage hétérosexuel constitue l’apogée.
Disney : une relecture réactionnaire ?
En supprimant les éléments féministes du conte et en remplaçant la mort de l’héroïne par son mariage avec le prince, Disney déforme l’esprit de l’histoire. Symboliquement, l'héroïne devient une femme en échangeant sa queue de sirène contre des jambes humaines.
Dans le conte, cette transformation est synonyme de douleur : « Mais je te préviens que cela te fera souffrir comme si l’on te coupait avec une épée tranchante. Tout le monde admirera ta beauté, tu conserveras ta marche légère et gracieuse, mais chacun de tes pas te causera autant de douleur que si tu marchais sur des pointes d’épingle, et fera couler ton sang. » La beauté, la légèreté et la grâce sont présentées comme le fruit d’une éducation qui s’accomplit dans la souffrance. Le conte illustre l’adage selon lequel « il faut souffrir pour être belle ».
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Chez Disney, toutes les allusions à ces souffrances liées à la condition féminine disparaissent. Le studio inverse le sens de la scène où la petite sirène obtient ses jambes. Dans le conte, cette accession à la féminité est décrite comme une mort : « Elle s’assit sur la côte et but l’élixir ; ce fut comme si une épée affilée lui traversait le corps ; elle s’évanouit et resta comme morte ». Au contraire, Disney transforme cette mort en une deuxième naissance. On voit Ariel sortir d’une cellule en étant propulsée hors du temple d’Ursula qui n’est pas sans évoquer un appareil génital féminin. L’érotisme du plan où l’héroïne vient une nouvelle fois au monde en jaillissant de l’eau les seins en avant est significatif du déplacement de point de vue qui a été opéré par rapport au conte original. De l’expression de la souffrance féminine on est passé à la féminité comme spectacle érotique pour le regard masculin.
Le fait que l’héroïne du conte doive sacrifier sa voix pour devenir une femme servait aussi un propos anti-patriarcal. Sa soumission à l’injonction sexiste « sois belle et tais-toi » était vécue par la sirène comme une malédiction et une source de souffrance. On retrouvera cette idée chez Disney, avec en plus la chanson d’Ursula qui explicite encore plus le discours patriarcal entourant cette injonction des femmes au silence : « Ah, je peux dire que les Humains n’aiment pas les pipelettes / Qu’ils pensent que les bavardes sont assommantes ! » Si le fait qu’Ariel ne puisse pas parler à son prince est aussi parfois source d’angoisse et de souffrance dans le Disney, il me semble que le studio montre aussi ce silence forcé comme quelque chose d’amusant, voire séduisant.
Disney récompense Ariel pour sa capacité à s’être rendue conforme à ce que le patriarcat attendait d’elle. A l’inverse, la mort de la petite sirène dans le conte original (et son adaptation japonaise) sonnait comme une mise en garde à l’intention des jeunes spectatrices. On pouvait en effet y constater que, malgré tous les sacrifices et toutes les souffrances endurées pour séduire son prince, l’héroïne voyait celui-ci se détourner d’elle et en mourrait. Ainsi, plus qu’une promesse de félicité, l’accession à la féminité s’avérait être une malédiction causant la perte de le jeune femme.
Le thème de la statue : fantasme et réalité
Disney reprend des motifs du conte original pour les vider totalement de leur sens. Chez Andersen, la petite sirène se transformait après sa mort en « fille de l’air » et s’élevait alors dans le ciel. Le conte d’Andersen tendait à montrer l’amour pollué par des constructions fantasmatiques empêchant de voir les véritables individus. Si le prince se marie avec une autre que la petite sirène, c’est parce qu’il est obsédé par le souvenir de cette autre femme qui l’avait recueillie sur la plage lorsqu’il avait failli se noyer. Plutôt que d’aimer l’héroïne pour ce qu’elle est, le prince n’envisage de l’épouser que parce qu’elle ressemble à cette femme dont la vision l’a marqué à jamais. Et lorsqu’il s’aperçoit à la fin que la princesse à laquelle ses parents veulent le marier est justement cette femme dont il rêvait, il se détourne définitivement de la petite sirène.
En effet, celle-ci s’amuse depuis son enfance à parer une statue représentant un charmant garçon au milieu de son jardin. Quand elle rencontrera le prince, elle lui trouvera une ressemblance avec sa statue. Disney récupèrera ce thème de la statue, mais en changera la signification. En effet, Ariel tombe d’abord amoureuse du prince réel, et trouve seulement ensuite la statue à son image. Ici, le fantasme ne précède donc pas la rencontre amoureuse, et ne peut donc pas influer sur elle. Cette relecture inverse donc le rapport entre fantasme et réalité.
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Néanmoins, le film cherche tout de même à faire jouer à la statue le rôle d’idéal masculin. Lorsque Grimsby l’offre à Eric pour son anniversaire, ce dernier fait une moue dubitative et déclare, un peu gêné : « Eh bien… Il est vrai que… c’est… c’est monumental ». On nous invite donc ici à prendre acte de la différence entre le prince réel et la statue faite à son image. Par cette scène, le film semble insinuer ici qu’Eric n’est pas aussi caricaturalement héroïque et viril que la statue à son effigie. Or, juste après, lorsqu’Ariel trouvera la statue au fond de l’océan, elle s’exclamera : « C’est tout à fait lui ! La même allure, le même regard ». Tout excitée par cette représentation virile de l’homme de son cœur, elle s’amusera ensuite à mimer une scène de séduction reprenant le scénario hétéro-normé de l’homme fort venant délivrer la princesse de sa prison : « Comment Eric ? M’enfuir avec vous ? Vous êtes fou.
La virilité d'Eric : un enjeu du film
Certes, Eric est présenté au départ comme un homme un peu romantique et rêveur, et par là assez « féminin ». Il déclare ainsi ne pas vouloir se marier à la princesse à laquelle on le destine parce qu’il attend de rencontrer la femme de sa vie. Lorsqu’on le voit pour la première fois, il caresse son chien de manière très affectueuse et joue de la flûte en dansant. Ainsi, le rapport est inversé par rapport à la scène de rencontre classique entre le prince et la princesse chez Disney. Dans La Belle au bois dormant par exemple, Aurore est surprise par le prince alors qu’elle est en train de chanter et de danser avec les animaux de la forêt. Dans cette configuration, seul l’homme est sujet du regard, la femme étant réduite au statut d’objet, à un spectacle. Or, dans La Petite sirène, ce dispositif est inversé puisque c’est l’homme qui est objet du regard féminin. En faisant jouer de la flûte à Eric, le film renverse en plus le schéma de la sirène ensorcelant les marins de son chant, puisque c’est ici Eric qui charme Ariel en jouant de son instrument. Mais dès le début, cet aspect « féminin » du personnage est contrebalancé par un grand nombre de traits indiscutablement virils. De plus, Eric ne rêve pas de sa princesse comme Blanche-Neige rêvait par exemple de son prince charmant en attendant sagement à sa fenêtre qu’il vienne la cueillir. Il est donc d’emblée posé comme un personnage actif et puissant physiquement. Loin de faire fond sur les aspects féminins de la personnalité d’Eric, le film insistera au contraire de plus en plus sur sa virilité. Et on peut même dire qu’un des enjeux du film est que le prince accède à une virilité pleine et entière pour pouvoir être digne de la princesse.
Par exemple, tout le suspense de la scène de séduction sur la barque repose sur le fait qu’Eric n’est pas assez entreprenant dans le rapport de séduction. Tout le monde attend que celui-ci attrape la bouche d’Ariel pour que le sortilège soit rompu, mais le prince est trop timide pour passer à l’acte. Mais qu’est-ce que t’attends ? Fais pas ton timide, attrape-lui la bouche ! Cette passivité masculine dans le rapport de séduction est ainsi condamnée sans appel par le film, puisqu’elle manque de peu de coûter la vie à l’héroïne.
Ariel : de l'héroïne active à la féminité passive
En 1989, les mouvements féministes sont passés par là, et Disney ne peut donc plus se permettre de mettre d’emblée en scène des personnages incarnant les normes traditionnelles de masculinité et de féminité. Il commence donc par renverser un peu les rôles et tenir un semblant de discours critique sur la virilité traditionnelle (incarnée par la statue), pour mieux réaffirmer au final les bonnes vieilles valeurs patriarcales. On retrouve la même réaffirmation des normes patriarcales dans l’évolution de la figure d’Ariel tout au long du film. Au début, celle-ci est présentée comme une héroïne curieuse et active qui ne se satisfait pas de sa condition et se rebelle contre l’autorité paternelle. En faisant de la petite sirène une telle aventurière, Disney la démarque des figures traditionnelles de princesses auxquelles il avait habitué son public. Malheureusement, comme dans le cas d’Eric, ce point de départ plutôt progressiste en ce qui concerne les représentations sexuées sera totalement renversé dans la suite du film.
Le film valorise la féminité passive et soumise en montrant non seulement qu’elle mène au bonheur (le mariage avec le prince), mais aussi en l’opposant à un exemple de mauvaise féminité, incarnée par Ursula. Si cette dernière est diabolisée, c’est avant tout parce qu’elle recherche le pouvoir et menace ainsi l’ordre patriarcal (dans lequel le pouvoir doit être un privilège exclusivement masculin). Alors que le dispositif scénaristique condamne Ariel à une totale passivité (elle doit recevoir du prince un baiser d’amour pour rompre le sortilège), Ursula est au contraire dépeinte comme une femme sexuellement entreprenante, voire carrément agressive. Dans le même esprit, on la voit aussi se maquiller outrageusement devant sa glace. Disney insiste ainsi énormément sur le fait que sa féminité est artificielle, contrairement à la féminité « naturelle » d’Ariel. Les créateurs du studio se sont d’ailleurs inspirés du travesti Divine (l’acteur fétiche de John Waters) pour concevoir le personnage d’Ursula. Cette dimension transphobe (ou du moins « travesti-phobe ») du personnage est intéressante à remarquer car elle montre bien que ce qui est diabolisé ici, c’est une femme qui n’est « pas vraiment une femme » (et ne pourra jamais l’être pour Disney). Elle expliquera ensuite à Ariel qu’il n’est pas besoin de parler pour séduire les hommes, car l’instrument le plus efficace que possèdent les femmes en ce domaine est leur corps : « Tu as de l’allure, une frimousse d’ange, et ne sous-estimons surtout pas l’importance du langage du corps ». Disney diabolise ici la femme active dans le rapport de séduction. Car si, sous le patriarcat, les femmes se doivent d’être suffisamment désirables pour les hommes (sous peine sinon d’être qualifiées de « frigides », « mal baisées », « garçons manqués », etc.), elles ne doivent pas non plus être trop entreprenantes sexuellement (sous peine d’être alors traitées de « salopes », « putes », « nymphomanes », etc.). C’est cette deuxième faute impardonnable que commet Ursula.
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Conclusion
La relecture de La Petite Sirène par Disney est donc une œuvre complexe, qui oscille entre des éléments progressistes et une réaffirmation des valeurs patriarcales. En étouffant les dimensions féministes du conte d'Andersen, Disney propose une vision édulcorée et idéalisée de la féminité, où le mariage avec le prince charmant reste l'objectif ultime.
Court Métrage Doudou Défenseur de Rêves : Explication à Travers le Prisme du Film "L'Été Dernier" de Catherine Breillat
Pour explorer le concept de "court métrage doudou défenseur de rêves," il est pertinent d'examiner le film "L'Été Dernier" de Catherine Breillat, sorti en 2023. Ce film, un remake du film danois "Dronningen" (Queen of Hearts), offre une riche perspective sur les dynamiques familiales, les secrets, et la complexité des désirs humains, thèmes qui résonnent avec l'idée d'un protecteur de rêves.
L'Été Dernier : Un Résumé Concis
"L'Été Dernier" raconte l'histoire d'Anne, une avocate pénaliste spécialisée dans le droit des mineurs, qui vit une relation passionnée et interdite avec Théo, le fils adolescent de son mari. Ce drame explore les thèmes de la transgression, du désir, de la manipulation, et des conséquences dévastatrices des secrets de famille.
Le Doudou comme Protecteur de l'Innocence
Dans le contexte de "L'Été Dernier," l'idée d'un "doudou défenseur de rêves" peut être interprétée de plusieurs manières. Un doudou, traditionnellement, est un objet transitionnel pour un enfant, offrant confort et sécurité. Il représente l'innocence, la protection, et un lien avec un état de bien-être et de confiance.
Le Dragon à Deux Têtes : Symbole de l'Enfance et de la Sororité
Dans le film, le dragon à deux têtes avec lequel joue le garçon de Mimi, la sœur d'Anne, peut être vu comme un tel doudou. Il symbolise l'imaginaire enfantin et les trésors de l'enfance. L'enfance est légendaire, un royaume à protéger. Ce dragon est aussi lié à la sororité, l'alliance entre deux princesses, représentée par Anne et Mimi. Cette alliance est cruciale, car elle offre un certain niveau de protection contre les forces destructrices qui menacent leur monde.
Le Tatouage de Dragon : Une Transformation Douloureuse
Le tatouage de dragon sur la hanche de Théo représente une transformation plus sombre. Il symbolise la perte de l'innocence et l'émergence de désirs complexes et potentiellement destructeurs. Ce dragon n'est plus un protecteur, mais plutôt un monstre intérieur qui dévore l'adolescent.
Le Rôle des Secrets et des Rêves Brisés
"L'Été Dernier" explore comment les secrets et les désirs refoulés peuvent briser les rêves et détruire les relations. Anne, en succombant à sa passion pour Théo, met en péril sa famille, sa carrière, et sa propre intégrité. Le film montre comment la transgression peut avoir des conséquences dévastatrices, non seulement pour les individus impliqués, mais aussi pour leur entourage.
La Perte de l'Innocence
Le film illustre la perte de l'innocence à travers la transformation de Théo. De l'adolescent innocent, il devient un jeune hommeConsumed par ses désirs et manipulé par Anne. Cette transformation est symbolisée par le tatouage de dragon, qui représente la part sombre de sa nature.
La Destruction des Rêves
Les rêves de Théo, d'Anne, et de Pierre sont tous détruits par la relation interdite. Théo perd son innocence et sa confiance en Anne. Anne voit sa vieStable et harmonieuse s'effondrer. Pierre est trahi par sa femme et son fils.
La Sororité comme Refuge
Dans ce contexte de destruction et de désespoir, la sororité entre Anne et Mimi offre un certain refuge. Elles partagent un secret, une compréhension mutuelle qui les lie. Cependant, même cette relation est mise à l'épreuve par les événements.
Les Sœurs : Gardiennes de Secrets
Le cinéma de Catherine Breillat a la prédilection des sœurs. La sororité n'y est pas un mot d'ordre fédérateur, mais une passion sans trêve ni négociation, le foyer d'incandescence d'un très puissant secret qui en fait toute la singularité. Anne et Mina sont sœurs. La seconde incarne une part de vérité de la première : ses origines populaires.
Le Miroir : Reflet de la Vérité
Le miroir du salon de beauté indique, avec le reflet des alliances partagées, les mélanges de la reconnaissance commune et de la réciproque duplicité. La cosmétique y est une pratique rappelée à ses origines mythologiques et chamaniques, soin et sortilège, ordre qui est toujours un maquillage sur fond de désordre.
Les Petites Filles : Symboles d'Innocence et de Potentiel
Les deux petites filles d'origine asiatique, Angela et Sirena, représentent l'innocence et le potentiel. Elles sont les filles adoptives d'Anne et Pierre, et leur présence dans la famille ajoute une autre couche de complexité à l'histoire.
Angela et Sirena : Aurore Sororale
Angela et Sirena font tellement mieux que servir un office scénaristique à double entrée, sociologique (une marque de bourgeois se rachetant une bonne conscience humanitaire) et psychologique (le couple n'arrive pas à avoir des enfants). Angela et Sirena ne remplissent aucune fonction, elles redéploient les sortilèges de l'enfance animée par l'aurore sororale.
L'Anniversaire Gémellaire
La fête d'anniversaire rappelle ainsi ce fait élémentaire : tout anniversaire est gémellaire. Angela et Sirena se jalouseront bientôt. Elles rivaliseront, se rentreront dans le lard, sûrement comme Anaïs et Elena dans À ma sœur !
Le Droit et le Secret
Dans "L'Été Dernier," le droit se joue hors-champ. On y a recours quand on échoue à faire un sort au secret, pour les uns incapables de s'y tenir (Théo porte plainte contre Anne en trahissant leur secret) ou bien, au contraire, quand pour les autres est posée la nécessité de l'interposition d'un tiers (une autre cliente est victime d'une relation ambiguë avec son père). On verra que le droit ne tient son pouvoir que lorsque le secret devient insupportable.
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