L'allaitement maternel est un sujet complexe, influencé par de nombreux facteurs, notamment l'état émotionnel de la mère. Une question fréquente des mamans est de savoir si le stress, et particulièrement le cortisol, peuvent affecter la qualité et la quantité de leur lait, ainsi que le comportement de leur bébé. Cet article vise à explorer ce lien complexe, en s'appuyant sur des études scientifiques et des conseils de professionnels de l'allaitement.
L'Adaptabilité du Lait Maternel
Il est essentiel de retenir que le lait maternel est un fluide dynamique qui s'adapte constamment aux besoins du bébé. Une étude sur les primates en captivité a démontré que les glucocorticoïdes passent dans le lait, augmentant ainsi le taux de cortisol. Une autre étude s’est basée sur une observation et une interprétation des signes du bébé par la mère pour savoir si les taux de glucocorticoïdes hauts à 9 semaines post partum chez des mères atteintes de DPP pouvait potentiellement modifier le comportement neurologique du bébé, et les conclusions n’étaient pas significatives. Le lait s'adapte toujours pour servir le bébé dans son développement. Une hormone associée à un facteur stress ne sera pas forcément inutile ou délétère, au contraire, elle permettra au bébé de s’adapter à son environnement avant tout.
Composition du Lait Maternel : Un cocktail de nutriments et d'hormones
Le lait maternel est bien plus qu'une simple source de nourriture. Il contient une multitude de composants essentiels pour la croissance et le développement du bébé, notamment :
- Une multitude de cellules vivantes qui renforcent son système immunitaire, favorisent le développement et la guérison, si besoin, des organes.
- Plus de 1 000 protéines et acides aminés qui vont aider votre bébé à grandir et à se développer. Ces protéines permettent en particulier d’activer son système immunitaire, de développer et de protéger les cellules de son cerveau en pleine construction.
- Plus de 40 enzymes favorisant la digestion et le développement du système immunitaire de bébé.
- Des anticorps qui protègent votre bébé contre les maladies et les infections en neutralisant les bactéries et les virus.
- Plus de 200 sucres complexes qui alimentent les « bonnes bactéries » de sa flore intestinale et qui empêchent également les infections. Le plus connu et le principal de ces sucres est le lactose, qui est celui qui est le mieux assimilé par le nouveau-né.
- Des facteurs de croissance qui permettent à votre petit bout d’chou de se développer en bonne santé.
- De nombreuses hormones qui garantissent le bon fonctionnement des tissus et des organes.
De plus, la composition du lait évolue au cours de la journée. Le matin, il contient du cortisol, qui aura l’effet d’une tasse de café sur votre bébé, lui apportant une dose d’énergie importante.
Le Colostrum : L'or liquide des premiers jours
Les tout premiers jours de bébé, le lait maternel est appelé colostrum. Connu aussi sous le nom d’« or liquide », il va non seulement nourrir mais aussi protéger le bébé, tout en étant adapté à ses capacités de digestion. C’est un véritable boost immunitaire pour votre enfant. Pour vous donner une image, il agit comme une sorte de vaccin. De plus, il a un rôle très important pour le système digestif car il sert de laxatif pour éliminer les premières selles de bébé (méconium).
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Pendant les semaines suivantes, la quantité de lait change au fil des jours et sa composition se charge en matières grasses afin d’aider à la bonne croissance de votre bout d’chou. C’est aux alentours de J15-J20 que le lait maternel atteint sa maturité et contient tous les composants permettant à votre enfant de grandir en bonne santé : protéines, sucres, vitamines, minéraux, hormones, facteurs de croissance, enzymes et cellules vivantes. La nature des micronutriments qu’il contient va continuer à évoluer.
Le Cortisol et l'Allaitement : Une Relation Complexe
Le cortisol, souvent appelé "hormone du stress", est naturellement présent dans le lait maternel et suit un rythme circadien. Les chercheurs nous montrent que le maximum de mélatonine est présent aux alentours de 3h du matin, moment où l’enfant est censé dormir profondément. Le cortisol est à son maximum à environ 6h du matin, moment où l’enfant doit commencer (doucement) à se réveiller. La présence de cortisol dans le lait maternel n'est pas nécessairement négative. Au contraire, elle pourrait jouer un rôle dans le développement du rythme circadien du bébé.
Impact du Stress Maternel
Cependant, un stress maternel chronique ou intense peut potentiellement perturber l'équilibre hormonal et affecter l'allaitement. Le stress inhibe la lactation. Oui mais comment? Tout est une une question d’hormones qui impactent d’autres hormones dont celles responsables de la création du lait (prolactine) et de son ejection (ocytocine). Mais qui impacte aussi au niveau du système nerveux central qui permet également de reguler le fonctionnemment de la glande mammaire (vasoconstriction des vaisseaux sanguins, stimulation des cellules mammaire, augmentation du tonus canalaire). Nous en sommes qu’aux balbutiements de la compréhension hormonale entourant la lactation. Le stress est un terme global, difficilement mesurable. Mais on sait que des hormones sont libérées tel que le cortisol, les catecholamines, la vasopressine et plus encore… Le stress ne peut pas être réduit seulement au cortisol mais il est en lien indirect avec de nombreuses interférences avec l’allaitement.
- Inhibition de l'ocytocine : La production d’ocytocine peut être impactée par les hormones du stress comme l’adrénaline ou le cortisol. Cela signifie que si vous êtes fatiguée, si vous avez mal ou si vous êtes anxieuse, vous pourrez avoir du mal à produire du lait. L’ocytocine est une hormone de bien-être fantastique, qui calme la mère, fait diminuer la pression sanguine et renforce les liens avec l’enfant (lorsque l’ocytocine atteint un pic). Pour ce qui est de l’allaitement, elle agit sur l’éjection du lait, et le réflexe dysphorique d’éjection du lait. Il est bon de savoir qu’il faut jusqu’à deux minutes avant que le lait ne sorte. Un autre élément bon à savoir, c’est que l’ocytocine prédispose la mère favorablement à apprendre à connaître son enfant.
- Impact sur la prolactine : La prolactine, la deuxième hormone de l’allaitement, est responsable de la production de lait et n’est pas impactée par les hormones du stress comme le cortisol ou l’adrénaline. L’hormone responsable de la production de lait a pour effet d’éviter que le lait maternel ne tarisse du jour au lendemain. On sait également que la prolactine atteint un pic au cours de la nuit.
Lorsqu’on est déprimé ou très stressé on peut avoir nos hormones du bonheur comme la sérotonine, à des taux bas. Une étude a montré que la prise d’anti-depresseurs, permet de remonter ces taux de sérotonine, permet également de faire remonter les taux d’ocytocine. Ce qui permet donc une éjection du lait effective. Ainsi la corrélation d’un taux de sérotonine haut associé à un taux d’ocytocine haut à pu être établi. Lorsqu’on est stressé le corps déploie plein d’hormones pour nous calmer, dont les endorphines qui, a des taux hauts, peuvent interférer avec l’ocytocine et la prolactine notamment. Et donc avec la création et l’éjection du lait. Il déploie aussi de l’ocytocine c’est pourquoi il est possible de ressentir des picotements comme quand le bébé tète, ressentir donc le réflexe d’éjection. Lorsqu’on est heureux nos taux d’ocytocine sont hauts, et justement il permet de maintenant le taux de cortisol assez bas. Une étude sur les vaches laitières à montré que le corps, en situation de stress, élève la glycémie et donc davantage d’insuline est libérée, créant donc une résistance à cette insuline et interferant avec la prolactine. La montée de lait peut être retardée et si la lactation est établie elle peut être ralentie. Le cortisol va influer sur des hormones thyroïdiennes dont la T3, qui vont elle-même interférer avec la prolactine et potentiellement réduire la production lactée. Lorsque les hormones du stress impactent la production de lait et donc la prolactine, il peut y avoir un temps de latence de 8 à 12h. De ce fait il possible de vivre un stress intense et de voir sa lactation impactée plus tard. Du coup si un stress n’impacte pas forcément la production mais juste l’éjection du lait, le lait stagne dans les acinus (où est stocké le lait maternel), et une protéine s’active pour demander larret de la production (voir article FIL sur lact’essence) Voilà toute la complexité hormonale entourant le lien entre le stress et la production lactée. Qu’il agisse au niveau de la production ou de l’éjection, le stress n’est pas un ami de l’allaitement. C’est pourquoi le rôle d’une professionnelle en allaitement est de vous détendre en parallèle de la prise en charge des problématiques d’allaitement. Car il suffit d’un petit rien de confiance en soi et de détente pour permettre une magistrale ejection et production de lait 😉 et quoi qu’il arrive, quel que soit le stress et son intensité il est toujours possible de relancer la lactation en se détendant et en mettant bébé au sein.
Perception maternelle et comportement du bébé
Il est important de noter que la perception maternelle joue un rôle crucial. Le bébé ne tète pas forcément moins, mais l’état émotionnel de la mère peut faire que le bébé n’est pas mis au sein aussi souvent que d’habitude. Il n’est pas aisé de repérer les signes d’un allaitement à la demande et selon le profil des bébés, il arrive que le sein soit parfois moins proposé. Par exemple un bébé plus agité pourra pleurer rapidement pour demander à téter là où un bébé plus discret pourra ne pas montrer de signes de demande rapides et audibles, de ce fait, moins perceptibles par la mère. Il s’agit du même processus pour l’état émotionnel du bébé. Alors qu’un bébé a des rythmes changeants, parfois anarchiques, ponctués de phases de développement rapides et intenses qui demandent un contact, une proximité accrue. Le bébé s’exprime à travers des pleurs notamment. Il est aisé de confondre ces signes communs à tous, à des symptômes de détresse si la mère elle-même est en détresse. Les pleurs amplifient le stress chez la mère, qui, non avertie, peut se sentir démunie.
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Solutions et Stratégies
Face aux défis du stress pendant l'allaitement, plusieurs stratégies peuvent être mises en place :
- Favoriser la détente : Si c’est le cas, essayez de trouver une position confortable. Vous vous sentirez peut-être mieux si vous avez le dos droit, avec un petit coussin sous le bassin et un petit tabouret sous les pieds, ou encore, si vous êtes penchée en arrière ou allongée pour mieux vous détendre. Vous pouvez aussi avoir un plaid sur les épaules si cela vous fait du bien, ou encore vous faire masser. Les taux d’ocytocine hauts vont permettre d’abaisser le taux de cortisol notamment. Le bébé est aussi efficace et s’adapte à la délivrance du lait, en multipliant les tétées.
- Allaiter à la demande : Proposer le sein au bébé dès les premiers signes d'éveil ou d'inconfort peut aider à réguler la production de lait et à apaiser le bébé.
- Être attentive aux besoins du bébé : Il s’agit de la perception maternelle avant tout. Le bébé ne tète pas forcément moins, mais l’état émotionnel de la mère peut faire que le bébé n’est pas mis au sein aussi souvent que d’habitude. Il n’est pas aisé de repérer les signes d’un allaitement à la demande et selon le profil des bébés, il arrive que le sein soit parfois moins proposé.Par exemple un bébé plus agité pourra pleurer rapidement pour demander à téter là où un bébé plus discret pourra ne pas montrer de signes de demande rapides et audibles, de ce fait, moins perceptibles par la mère. Il s’agit du même processus pour l’état émotionnel du bébé. Alors qu’un bébé a des rythmes changeants, parfois anarchiques, ponctués de phases de développement rapides et intenses qui demandent un contact, une proximité accrue. Le bébé s’exprime à travers des pleurs notamment. Il est aisé de confondre ces signes communs à tous, à des symptômes de détresse si la mère elle-même est en détresse. Les pleurs amplifient le stress chez la mère, qui, non avertie, peut se sentir démunie.
- Rechercher du soutien : Si vous pensez ou êtes en DPP, vous pouvez contacter dès associations nationales ou de votre secteur et en parler avec votre médecin.
Lait maternel et sommeil du nouveau-né
Aujourd’hui, nous savons que la composition du lait maternel évolue au fil des semaines, du colostrum au lait « mature », en passant par le lait de transition. Plus récemment, de nombreuses équipes de recherche essayent d’identifier des paramètres pouvant modifier la composition du lait maternel. L’objet de ce petit article est de vous présenter le travail d’une équipe de recherche hollandaise qui s’est posé la question suivante : La composition du lait maternel évolue-t-elle en fonction du rythme circadien de la mère ? Le rythme circadien étant considéré comme l’horloge biologique humaine basée sur des cycles de 24 heures. Ils se sont alors demandé si le lait maternel avait une composition différente en fonction de l’heure de la journée. Pour cela, ils ont regroupé plus de 80 études scientifiques ayant recueilli du lait maternel à différentes heures de la journée. Tout d’abord, parmi les dizaines de composants mesurés, seuls quelques-uns subissaient une variation en fonction de l’heure de la journée, et parmi eux, deux hormones : la mélatonine et le cortisol. La mélatonine est une hormone que l’on sécrète naturellement à l’heure du coucher pour nous endormir. Le cortisol, quant à lui, est sécrété le matin pour nous aider à nous réveiller (même si parfois, c’est tout de même difficile). Les chercheurs nous montrent que le maximum de mélatonine est présent aux alentours de 3h du matin, moment où l’enfant est censé dormir profondément. Le cortisol est à son maximum à environ 6h du matin, moment où l’enfant doit commencer (doucement) à se réveiller. Imaginons aujourd’hui que vous tiriez votre lait juste avant de vous coucher, vers 23h-0h, ce dernier sera alors proche de son pic de mélatonine. Imaginons ensuite que vous tiriez votre lait à votre réveil, vers 6h-7h, ce dernier sera alors proche de son pic de cortisol. Si vous tirez votre lait et que votre enfant éprouve des difficultés à faire ses nuits, essayez alors de donner ce lait à une heure proche de celle à laquelle vous l’avez tiré. Les premiers mois de vie représentent une période cruciale pour le développement de l’enfant. Il est alors possible que le fait de tirer son lait et de le donner plus tard ait un impact sur la mise en place de son cycle de sommeil et de son rythme circadien dans sa globalité. Certaines études démontrent que les enfants allaités au lait tiré ont plus de difficulté à faire leur nuit ou même que la composition du lait maternel est différente en fonction du terme de l’accouchement et même en fonction du sexe de l’enfant ! Si cela vous intéresse, nous pourrons en parler dans un prochain article. Italianer MF, Naninck EFG, Roelants JA, et al. Circadian Variation in Human Milk Composition, a Systematic Review. Nutrients. 2020;12(8):2328. Published 2020 Aug 4.
Bienfaits de l'allaitement pour la maman
L’allaitement a également des vertus sur le sommeil et la récupération de la maman. Alors que nous entendons souvent dire que l’allaitement maternel est plus fatiguant que de donner un biberon, c’est en réalité l’inverse qui se passe dans le corps de la maman. De toutes les hormones libérées dans la circulation sanguine maternelle lors d’une tétée (ocytocine, prolactine, beta-endorphines, dopamine…), nombreuses sont celles qui ont un impact positif sur le rythme veille/sommeil de la maman.
- Premièrement, la prolactine accélère le passage en sommeil lent (sommeil récupérateur). Durant l’allaitement, la mère bénéficie ainsi de 30% de sommeil lent en plus que chez une femme non allaitante ou non enceinte9. Le sommeil lent léger est une phase où vous pourriez avoir l’impression de ne pas dormir, malgré qu’elle soit très récupératrice et c’est cette phase de sommeil qui est augmentée chez les femmes allaitantes. C’est d’ailleurs pour cela que nous disons souvent que la maman qui allaite ne dort que d’un œil (l’autre veille sur le bébé). Il a également été prouvé que les femmes qui allaitent ont 2 fois plus de sommeil lent que les femmes qui n’allaitent pas10.
- Ensuite l’ocytocine permet de favoriser un climat de détente et d’apaisement particulièrement propice au repos et à la somnolence. C’est cet état de somnolence peut donner l’impression d’être fatiguée, mais en réalité il permet une meilleure récupération et un sommeil de meilleure qualité. N’hésitez donc pas à vous installer dans une position qui vous permette de vous laisser aller à cet état de demi-sommeil pendant la tétée (par exemple en position allongée sur le côté, avec le coussin d’allaitement pour sécuriser la position).
- Au moment de la tétée sont également libérées des beta-endorphines et de la dopamine. Ce sont des hormones associées au sentiment de plaisir et la dopamine permet également de préparer le réveil. Autrement dit, durant l’allaitement, les mères ont un sommeil plus profond et récupérateur mais également plus de facilité à se réveiller afin de répondre aux besoins du bébé.
La somnolence dans la journée des femmes allaitantes n’est donc pas un signe de fatigue. Il s’agit d’un état normal, lié au rythme veille/sommeil qui est modifié par l’allaitement et qui favorise une meilleure récupération.
L'importance du Plaisir et de la Motivation
Pour diminuer la toxicité du stress, le plus efficace serait donc de provoquer du plaisir. Et pourquoi pas grâce à la motivation ? Ainsi, on aurait un haut niveau de Dopamine (l’hormone du plaisir) et un bas niveau de cortisol (l’hormone du stress). Et l’être humain serait protégé…
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