Introduction
L'imagerie thermique, autrefois cantonnée à des applications militaires et industrielles, connaît aujourd'hui un essor remarquable dans des domaines aussi variés que la médecine, le sport et l'art. Cette technologie, qui permet de visualiser les variations de température à la surface du corps, offre des perspectives inédites pour la détection précoce de pathologies, l'optimisation des performances sportives et l'exploration de nouvelles formes d'expression artistique.
Applications médicales de la thermographie
Dépistage et prévention
La thermographie infrarouge joue un rôle croissant dans la médecine préventive. Nos caméras thermiques fixes ou portables permettent la mesure de la température corporelle d’individus ou de groupes. En détectant des anomalies thermiques, elle peut aider à prédire des infections ou des inflammations, bien avant l'apparition des symptômes cliniques. Elle est utilisée dans les lieux comme les aéroports, ou l’entrée des entreprises en période épidémique pour isoler les patients potentiellement contagieux. Pour les essais cliniques notamment en cosmétologie elle peut très tôt détecter de potentielles allergies, avec une extrême précision, bien avant la rougeur. La thermographie fonctionne avec tous les animaux et fournit un nouveau moyen détecter d’infimes différences de température, qui peuvent signaler une infection, une inflammation ou une blessure. France Infra Rouge possède une forte expertise en solutions de détection de températures corporelles élevées. Nous avons équipé des entreprises cosmétiques en caméra infrarouge pour leurs essais cliniques. Concernant la médecine clinique, des observations intéressantes ont été mises en évidence dans le domaine vasculaire, l’évaluation des claquages musculaires dans certains pays. Nous menons des recherches dans les domaines de la douleur (capillaires), ou en kinésithérapie au côté des professionnels. Nous avons accompagné les entreprises et services publics lors des différentes épidémies depuis 2010 afin de limiter la propagation des virus.
Applications cliniques spécifiques
La thermographie trouve également des applications spécifiques dans différents domaines de la médecine clinique. Des observations intéressantes ont été mises en évidence dans le domaine vasculaire, notamment pour l'évaluation des troubles circulatoires. Elle peut également être utilisée pour l'évaluation des claquages musculaires. La thermographie est également utilisée dans la recherche sur la douleur, notamment pour l'étude des capillaires sanguins, ainsi qu'en kinésithérapie, en collaboration avec les professionnels de santé.
L'imagerie thermique et le sport
Optimisation de la performance
L’imagerie thermique, en plus d’un grand nombre de marchés déjà investis, occupe désormais le domaine du sport et la recherche de la performance. En effet, la technologie infrarouge peut intervenir à différents niveaux : pour le corps humain lui-même en optimisant notamment les temps de récupération ou encore en facilitant l’analyse des efforts physiques sur le corps humain et leurs effets. Les entraînements intensifs auxquels sont soumis les corps des athlètes doivent être encadrés médicalement pour apporter de véritables résultats. Grâce à l’imagerie thermique qui a fait de précieux progrès ces dernières années, le monde du sport est capable d’analyser avec précision la thermorégulation du corps et d’en tirer des apprentissages pour améliorer les performances sportives des athlètes. La technologie infrarouge permet l’étude des variations de températures locales dans le but d’évaluer les effets des séances d’entraînement sur les articulations et les muscles. Elle étudie également les changements qui ont lieu durant les processus de récupération. Ainsi, l’utilisation régulière de la thermographie lors des entraînements permet de définir un profil thermique de l’athlète.
Prévention des blessures
D’un point de vue médical, il est très intéressant de pouvoir prévenir les blessures des athlètes afin de les protéger ou de faire en sorte qu’elles soient de moindre importance. Dans le sport de très haut niveau, c’est également pertinent d’un point de vue économique si on considère les pertes d’argent générées par des athlètes blessés. C’est particulièrement le cas pour le football professionnel.
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Surveillance et détection
Surveillance des variations de températures pour évaluer le degré de fatigue des athlètes. Surveillance de la température de la peau pour identifier des variations de flux sanguins qui pourraient être le signe de lésions internes. La technologie infrarouge permet de détecter des processus inflammatoires qui résulteraient de blessures musculaires et/ou de saignements internes. D’après les études récentes, les conditions normales (sans lésions) d’une structure corporelle révèlent une température de la peau identique sur les membres symétriques. Si une différence apparaît, on peut en déduire un potentiel dommage structurel ou physiologique chez l'athlète, comme un claquage musculaire, par exemple.
Applications spécifiques
Surveillance de la chaleur des pneus et des freins : En sport mécanique et particulièrement en formule 1, la chaleur des éléments, leur surchauffe ou leur refroidissement excessif, représentent des enjeux majeurs à la fois pour la performance, la durabilité, mais également pour la sécurité. Les pilotes doivent garder leurs pneus et leurs freins dans une fenêtre de température idéale de fonctionnement. La technologie infrarouge commence à faire ses preuves en matière de détection ou de prévention du dopage mécanique dans le cyclisme notamment.
Conclusion sur le sport
L’imagerie thermique s’appuie aujourd’hui sur les récentes avancées technologiques pour accompagner le monde du sport dans ses évolutions. La médecine sportive préventive et les enjeux de récupération sportive sont très importants dans un monde qui avance vite et qui génère des revenus très conséquents. Il est donc primordial de veiller au bien-être et à la santé des athlètes afin de protéger leurs corps et leurs performances.
L'imagerie thermique et l'art contemporain
Un nouveau regard sur le monde
Parce qu’ils ont donné forme à des champs perceptifs inaccessibles, la lunette astronomique, le microscope ou les rayons X de la radiographie, ont, par le passé, bouleversé nos certitudes et renouvelé notre vision du monde. En faveur d’une perception humaine symboliquement et techniquement élargie, ces instruments optiques ont transcendé les limites naturelles de notre regard et ouvert notre imaginaire à des univers aussi inspirants qu’insoupçonnés, faisant de l’image scientifique une interface de dialogue possible entre l’art et la science 1. Au même titre que ces dispositifs optiques révolutionnaires, la caméra photo-thermique représente aujourd’hui pour les artistes contemporains un appareil extensif propice au développement de nouveaux langages et de méthodes alternatives d’observation du monde. Si les techniques de vision infrarouge, nées au début du XIXe siècle, comprennent à la fois les images de photographie infrarouge et les images thermographiques, ce sont essentiellement ces dernières qui seront analysées dans cet article. En saisissant des rayonnements thermiques invisibles à l’œil nu, la thermographie incite un changement de paradigme concernant la part visible du monde, c’est-à-dire un déplacement sensible et une variation de points de vue sur les phénomènes d’apparition. En donnant forme, par le biais d’une image, à des émissions invisibles de chaleur, elle articule le domaine du voir à celui du sentir, nous obligeant à considérer les limites biologiques et sensorielles du corps humain, autrement dit, à revoir la hiérarchie de nos sens (de la vision à la thermoception) autant que celle de notre place à l’échelle du vivant. Si, comme le suggère le bioartiste Stelarc, « l’artiste peut être un guide dans l’évolution qui extrapole de nouvelles trajectoires, qui restructure et hypersensibilise le corps 2», la caméra photo-thermique s’annonce alors comme un outil de choix pour développer des discours critiques en prise avec les crises actuelles. Dans le sillage des approches bioartistiques développées par Stelarc ou plus récemment AOO (art orienté objet), c’est-à-dire dans la lignée des pratiques entre arts et sciences qui s’appuient sur des prothèses pour réparer un rapport tronqué au monde, la caméra photo-thermique pourrait aussi être envisagée comme une extension palliative pour mieux se rapprocher des êtres et des milieux, revoir certaines croyances scientifiques et saisir les mouvements d’un monde ambiant que l’on avait trop souvent mis à distance. Telle est l’hypothèse de cet article. L’image de la prothèse sert de métaphore pour saisir la fonction amplificatrice et le potentiel réparateur de la caméra photo-thermique en tant qu’outil de recherche et de dénonciation des crises du Capitalocène 3, celles qui nous accablent sournoisement par défaut de visibilité. Le terme de prothèse a ici été retenu puisqu’il suggère le comblement d’un membre « fantôme », en l’occurrence, la vision d’une partie du spectre lumineux que l’œil humain ne peut atteindre sans une machine qui lui en propose une traduction visuelle. C’est d’ailleurs ce même terme qui revient dans certains entretiens donnés par Smith 4, photographe adepte de la caméra photo-thermique, pour décrire les possibilités créatives que lui offre cet outil pour observer le vivant. En faveur d’une extrapolation de nos sens, la vision infrarouge et son outil attitré, la caméra photo-thermique, amplifient le corps humain et ouvrent son champ perceptif à de nouvelles impressions. Mais au-delà du fantasme de l’œil bionique, comment la caméra photo-thermique élargit-elle notre perception à d’autres modes de sentir et nous aide-t-elle à pénétrer la chair du monde ? Au regard de l’attraction récente des artistes contemporains pour la caméra photo-thermique, cet article propose de faire un tour d’horizon des pratiques thermographiques dans l’art contemporain du XXIe siècle et des approches critiques qu’elles génèrent. Analyse d’œuvres à l’appui, les modalités de l’art thermographique, en tant que dispositif subversif de rapport au monde, seront ici mises en lumière. L’approche thermographique des artistes relevant presque systématiquement de critique capitalocénique, il s’agira de dégager les spécificités de cette technique contestataire et de soulever les premières questions éthiques que supposent la production et l’exposition d’images photo-thermiques.
Histoire et technique
Il faut remonter au début du XIXe siècle pour repérer la découverte scientifique du spectre infrarouge. C’est en 1800 que l’astronome germano-britannique William Herschel révèle que le rayonnement thermique des corps physiques répond aux mêmes lois que celui du spectre lumineux 5. Les longueurs d’onde visibles par l’œil humain sont comprises entre 0,390 et 0,7 μm alors que le rayonnement thermique relève de fréquences basses en-dessous du rouge, entre 0,7 et 0,1000μm 6. Du latin infra, en-dessous et de l’anglais red, rouge, c’est le terme d’infrarouge qui a donc été retenu pour décrire cette partie du spectre électromagnétique invisible à l’œil nu. Jusqu’à aujourd’hui, la vision infrarouge décrit l’ensemble des dispositifs qui permettent de capter cette partie du spectre par télédétection. Elle comprend également ce qu’on appelle la vision nocturne mais, contrairement à ces images qui reposent sur un procédé photosensible, la thermographie ne nécessite aucune source lumineuse pour capter la chaleur. Cent cinquante ans de recherche interdisciplinaire sur la vision infrarouge pour les besoins de la médecine et de l’armée, soutenues également par l’industrie photographique (notamment par Dupont, Agfa et Kodak 7) aboutiront à la fabrication de la première caméra photo-thermique militaire en 1956, par la société AGA, aujourd’hui connue sous le nom de FLIR, leader du marché mondial de la thermographie. La caméra photo-thermique est une technologie qui permet de transformer des données de température captées à distance en pixels pour fournir une image appelée « thermographie ». De la chaleur au pixel, elle crée une correspondance entre des valeurs thermiques et leur traduction sous la forme d’une image numérique. Aujourd’hui presqu’exclusivement utilisée par l’industrie militaire et, dans une moindre mesure, par l’ingénierie civile, c’est tout d’abord le caractère politique de son usage, en tant que technologie de détection et de surveillance, productrice d’ « images opératoires 8», qui semble avoir intéressé des artistes comme Richard Mosse ou encore Samuel Bianchini.
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Artistes et œuvres marquantes
Richard Mosse
Richard Mosse est l’artiste qui a su donner ses lettres de noblesse au genre thermographique dans l’art contemporain. Photojournaliste de profession, il parcourt des zones de haute tension et couvre des conflits internationaux depuis une quinzaine d’années. Entre 2010 et 2015, pour la réalisation de la fameuse série Infra (2011), il s’immerge dans la partie orientale du Congo, meurtrie par les guerres, où il mène un travail pionnier de détournement des techniques de vision militaire en utilisant des pellicules Kodak Aerochrome. Dans ses projets les plus récents, Heat Maps (2016-2018) et Incoming 9, c’est la capacité de la vision infrarouge à révéler des aspects inédits des crises politiques et environnementales qui est au cœur de sa démarche. Présentées sous forme d’ouvrage (The Castle 10), de vidéos et de tirages monumentaux, les thermographies de Mosse ont été prises par une caméra photo-thermique spécifiquement conçue pour un usage militaire et montrent les conditions de vie des migrants durant leur exode et dans les camps de rétention européens. Le point de vue inédit de la vision infrarouge, prenant le contre-pied du photoreportage classique sur les crises migratoires, lui permet ici de montrer la violence d’un système sous un angle organique, celui du vécu thermoceptif des personnes migrantes en situation de survie. Même si ces images sont capturées à distance par une caméra photo-thermique considérée comme une arme de guerre, elles nous rapprochent humainement des sujets photographiés 11. Chez Richard Mosse, le langage thermographique s’affirme surtout comme un dispositif sensible (une prothèse) pour étendre le regard sur la précarité des individus qui traversent, campent et parfois meurent dans ces espaces dépourvus d’humanité.
Samuel Bianchini
Le détournement politique des caméras infrarouge en tant que machines de vision est également utilisé par l’artiste-chercheur Samuel Bianchini. Dans son œuvre Discontrol Party (fig.1) qui sera activée trois fois entre 2009 et 2018, la vision infrarouge est employée parmi d’autres technologies de pointe (caméras 3D, zénithales, capteurs de mouvement, entre autres) au sein d’un vaste dispositif évoquant le problème de la surveillance machinique et sa possible déprédation par un groupe humain. Le public, équipé de capteurs à l’entrée de l’exposition, participe à l’expérience d’une fête sous contrôle numérique, entouré d’écrans qui relatent leurs faits et gestes le temps d’une soirée atypique et pilotée par des ingénieurs et des artistes informaticiens. Ici, l’usage de la caméra infrarouge intégrée à des systèmes de contrôle est mis en jeu pour sa qualité de machine de vision. Comme le rappelle Jean-Paul Fourmentraux, s’appuyant sur les propos de l’artiste, ces technologies liberticides appartiennent aussi au registre du spectacle vivant, ce qui dénote la « généralisation de la surveillance dans tous les domaines de la vie publique et privée 13». Dans ce bal numérique que Samuel Bianchini a pensé comme un « contre-dispositif », la vision infrarouge est utilisée en tant qu’outil critique pour dénoncer les systèmes de contrôle de masse. De fait, Discontrol Party nous met face à l’omniscience et à la rhétorique des machines de vision qui transforment les abstractions de la vie réelle sous forme de datas : à mesure que les datas mesurent notre quotidien, nos libertés fondamentales s’amenuisent.
Antoine d’Agata
Antoine d’Agata s’est également appuyé sur la vision infrarouge pour lever le voile sur l’une des menaces les plus marquantes du XXIe siècle : la crise de la Covid-19. Passé au crible de la caméra photo-thermique, le contexte anxiogène de la pandémie est ainsi devenu le sujet du livre Virus 14(fig. 2). Durant le premier confinement, l’artiste a réalisé un reportage sur la situation sanitaire, aussi bien dans les services de réanimations des CHU de Bordeaux et de Nancy que dans l’espace public (et évidé) de la rue. Le contrôle et la mise à distance abusive des uns et des autres qui sévissaient alors se justifiaient par la part invisible des micro-organismes que nous échangions, faisant du corps de l’autre un antre hypothétiquement dangereux et nuisible. C’est dans cette atmosphère délétère qu’Antoine d’Agata a pointé l’objectif de sa caméra photo-thermique sur des corps potentiellement porteurs du virus autant que sur des individus profondément malades. Après avoir déjà utilisé la caméra photo-thermique dans deux précédentes séries (l’une concernant les lieux de culte après les attentats de 2015, l’autre parue dans son livre Acéphale (2018) sur la terre déjà condamnée de Gaza), c’est encore la dimension spectrale des corps qui guide la recherche du photographe sur la crise sanitaire. Dans un entretien donné à AOC Média, il affirme : « Il y a aussi une certaine abstraction dans l’image thermique qui m’intéresse particulièrement : elle reste fidèle à la réalité, tout en nous ouvrant à une autre expérience de la réalité, comme si elle défaisait le tissu de nos sens 15». En effet, outre sa grâce auratique, il semblerait que l’esthétique thermographique se nourrit d’un profond paradoxe, celui du subtil jeu entre réalité et abstraction, proximité et distance, invasion et évasion. Le résultat ne laisse en tout cas pas indifférent : on ne peut qu’être empathique face à la souffrance visible de certains des sujets thermographiés. Antoine d’Agata brave l’interdit de la distance de sécurité, mais aussi celui de l’intimité pré-mortem, en « pénétrant » la crise du point de vue des corps, et de la colonisation du virus qui se manifeste bien souvent par une augmentation significative de la température, c’est-à-dire par la fièvre pour laquelle la caméra photo-thermique peut esquisser une représentation presque littérale. Fig.
Implications éthiques
Comme une réponse à l’un des plus vieux fantasmes de l’art, la thermographie permet de voir en profondeur, de dévoiler l’aura des êtres et des choses, parfois même sans leur consentement. La caméra photo-thermique est bien de nature intrusive : elle atteint le champ de l’invu biologique qui appartient, selon nos conceptions éthiques, au domaine de l’intime. Le public participant au contre-dispositif de Samuel Bianchini se sait surveillé dans ses moindres gestes mais aussi dans ses moindres ressentis et variations émotionnelles par des caméras qui relèvent le pouls et la température, entre autres données, en bref, le champ normalement clos de leur intimité biologique. Cette fragilité du sujet face à l’objectif photo-thermique est particulièrement saillante dans la proposition d’Antoine d’Agata. Le caractère pénétrant de la vision infrarouge pose un problème éthique évident de violation intime. Pointer une caméra photo-thermique sur un individu n’est pas anodin car elle met littéralement à nu. C’est pourtant cette même capacité d’intrusion profonde qui permet à Antoine d’Agata, Samuel Bianchini ou encore à Richard Mosse de faire de la vision infrarouge un langage contestataire, politiquement subversif, percutant et révélateur des situations oppressives actuelles, autrement dit, des périls en germe autour de nous.
L'imagerie thermique au cinéma
Au-delà des arts plastiques, c’est enfin le cinéma qui use de la vision infrarouge comme métaphore du danger. La brillante proposition cinématographique de Jonathan Glazer, La Zone d’intérêt 16(fig.3) pose un décor bien lugubre : l’histoire se déroule dans le foyer d’un haut-fonctionnaire de la SS en charge de diriger les opérations du camp d’Auschwitz-Birkenau. On suit le quotidien de sa famille dont la maison est localisée au pied du camp, ce qui plonge le film dans une atmosphère à la fois morbide et contrastée : d’un côté du mur, le parfait cliché de la famille nationale-socialiste, de l’autre, un espace dédié à l’horreur et à la mise à mort industrielle. Mais la caméra de Jonathan Glazer ne montre jamais ce qui se passe de ce côté-ci : seuls des cheminées et des bâtiments sombres dépassent du mur, seuls les cris et les pleurs des corps mourants et les bruits mécaniques de l’inarrêtable machine à tuer parasitent le foyer du SS. Le parti-pris artistique du film est entièrement construit sur le hors-champ : on ne voit pas Auschwitz, on le sent. Les seules pénétrations du camp de la mort sont autorisées par l’imagerie thermique : le réalisateur utilise la vision infrarouge pour filmer des scènes d’irruption derrière les barbelés. La nuit, une jeune fille polonaise s’aventure sur les chantiers de travail pour laisser de la nourriture aux déportés. Pour filmer les rêves, la nuit et les déplacements i…
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