Le développement du langage chez le nourrisson est une aventure captivante et mystérieuse. Dès la naissance, le tout-petit est un être tourné vers la communication, capable de reconnaître les sons familiers, notamment la voix de ses parents. Cet article explore les étapes clés du développement des cordes vocales et du langage chez le nourrisson, de la naissance à l'acquisition des premières phrases.
Premiers pas dans le monde sonore (0-3 mois)
À la naissance, le nourrisson est doté d'un système nerveux immature, mais il est sensible aux intensités, aux rythmes et aux mélodies. Il entend et reconnaît la voix de ses parents, même sans comprendre le sens des mots. Il distingue les intonations exprimant la joie, la colère ou la tendresse. Les pleurs, les cris et les sourires sont ses premiers moyens de communication.
Pendant les premières semaines, le nourrisson n'émet que des sons végétatifs tels que les pleurs de détresse et les cris de faim. Son entourage va lui donner du sens à ces sons. Les bébés apprécient particulièrement les voix féminines. Vers trois semaines, le bébé ajoute de nouveaux sons, comme des claquements de langue et des grognements.
Jusqu'à trois mois, le bébé possède un pharynx archaïque : son larynx, qui contient les cordes vocales, est encore haut placé, près des fosses nasales. Sa bouche est encombrée par une langue volumineuse et peu mobile.
L'éveil des cordes vocales (2-6 mois)
Entre deux et trois mois, le bébé commence à produire des sons volontairement, pour son plaisir et pour observer les réactions de son entourage. Il gazouille et 'jase'.
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Aux alentours de trois mois, le bébé, capable de tenir sa tête droite, dégage ses "outils" de langage et peut prononcer des sons plus précis comme "é", "k", "r", puis toutes les consonnes.
A partir de quatre mois, le bébé entre dans une nouvelle ère du langage : les vocalises ! Il se lance dans ses premières expériences sonores, comparant les graves et les aigus, passant des hurlements aux chuchotements. Il prouve qu'il vient de réaliser deux grandes conquêtes : le contrôle de son larynx et de sa respiration. Il peut moduler les sons et faire varier l'intensité du flux d'air.
Entre 4 et 6 mois, ses gazouillis vont correspondre à un babillage plus complexe. Il est sensible aux voyelles et aux consonnes. Il crie plus fort et aime s'entendre et se faire même peur avec l'intensité de ses vocalises ! Il rit aux éclats et explore les différents sons comme les consonnes p, b, m, t, d, n.
Le babillage : une étape cruciale (6-10 mois)
Vers six mois, le bébé communique beaucoup par la communication non verbale et émet déjà quelques vocalises, souvent limitées à une voyelle seule. Le larynx a quasiment pris sa place définitive et l’intérêt du bébé pour les mimiques de la bouche est grandissant.
Cette période est appelée la "phase exploratoire". Bébé découvre sa voix et ses possibilités en explorant les sons graves aussi bien que les sons aigus, car son appareil phonatoire et sa bouche lui donnent de nouvelles possibilités. L’enfant module donc sa voix. Il étend sa gamme en étant capable d'alterner un hurlement et des murmures, ce qui peut parfois être déroutant pour son entourage. En outre, il arrête de pleurer quand il entend la voix humaine et répond par des vocalisations quand l’adulte lui parle. Il dialogue donc vocalement avec son interlocuteur, en utilisant les tours de parole dans l’interaction.
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Ces nouvelles explorations vocales vont permettre au bébé de faire évoluer sa vocalise en « babillage rudimentaire » entre 3 et 8 mois. Car ces nouveaux babillages sont les prémices du babillage futur et correspondent à l’assemblage d’une consonne floue (qui présente une certaine mollesse d’un point de vue phonétique) et d’une voyelle.
Entre 6 et 10 mois, les sons produits par bébé sont de plus en plus proches des sons de sa langue maternelle. La première syllabe sous la forme consonne-voyelle apparait enfin, elle est souvent formée à partir de consonnes dites explosives : /DA ou / PA/, etc… En effet, l'enfant contrôle de mieux en mieux son larynx (où sont abritées les cordes vocales) et son expiration. Cependant, chaque enfant les traverse à son propre rythme. D’aucuns resteront plusieurs semaines sur un stade de babillage et d’autres, plusieurs mois. Après le « babillage canonique », bébé dupliquera la même syllabe (ex. /DADA/), pour finir par un babillage qualifié de « diversifié » car au fil du temps, il utilise de nouvelles consonnes (ex. /DAPATA/).
Bébé babille souvent lors de ses manipulations d’objets, dans son lit au calme ou en regardant l'adulte. Il est étonnant de constater à quel point l’adulte lui répond comme si le babillage était facilement compréhensible ! Il faut dire que l’adulte a une grande faculté à mettre du sens sur la production du tout-petit. (ex : Bébé /APAPA/ - Adulte « Oui, tu vas aller au PArc… »). Ce décryptage intuitif aide naturellement bébé à construire son langage.
Compréhension et premiers mots (9-18 mois)
A partir de 6 mois, bébé se prépare à parler. Sa compréhension s’enrichit chaque jour. Il commence à comprendre les différentes étapes de la journée et le sens de phrases quand vous lui dites qu’il est l’heure de manger ou de changer la couche. À partir de 9 mois environ, le bébé reconnaît aussi certains mots communs (y compris son nom), même s’il n’est pas capable de les dire.
Enfin, à partir du 6ème mois, mère et enfant commencent à parler ensemble du monde qui les entoure, sous forme "d'attention conjointe" portée sur un objet tiers ou sur les bruits extérieurs. Cet intérêt mutuel pour l’environnement extérieur lors d’interactions privilégiées va permettre la compréhension des premiers mots. L'attention conjointe est initiée par l'enfant ou par l’adulte « Regarde l’oiseau là-bas ! ». Sur le versant réceptif, à partir de 6 mois, l'enfant réagit à son prénom et au "non" ; il comprend aussi quelques mots familiers qu’il entend dans les routines de son quotidien (ex. « le bain », « le biberon »).
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Aux alentours de 12 mois, le langage du bébé franchit un cap spectaculaire : il prononce ses premiers mots ! Généralement, il s’agit de termes liés à son quotidien et qui ont une signification affective forte pour lui. Les premiers mots que le tout-petit prononce sont souvent « maman » et « papa », car ils sont simples et fréquemment répétés par son entourage. Entre 9 et 12 mois, il ne les associe pas forcément tout de suite à ses parents. Ces premiers mots sont un véritable bouleversement. Ce premier mot manifeste l'intention d'une signification précise et correspond véritablement à l'accès au langage. Il n'y a pas de mot privilégiés apparaissant plus systématiquement que d'autres. Ce premier mot a plus de signification pour l'enfant qu'il n'en a pour l'adulte, c'est pourquoi on le qualifie de mot-phrase car il ne renvoie pas seulement à un objet mais à une action ou à une situation.
Vers 14-16 mois : le 'proto-langage'. Les mots ressemblent encore à du babillage mais ils ont une signification pour l'enfant et ses proches. L'enfant comprend bien plus de choses qu'il n'en exprime, par exemple, la syntaxe. Ses mots sont des phrases contractées en un mot.
A la fin de la première année, l'enfant a la capacité d'exprimer ses intentions communicatives à travers un système de gestes et de vocalisations dans des échanges structurés avec l'adulte.
L'explosion du langage (18-36 mois)
A partir de 18 mois : apparition des phrases. Entre 18 et 24 mois, le jeune enfant commence à associer deux mots pour exprimer une idée : “Doudou parti”, “veux gâteau”, “papa voiture”… Ces premières phrases, bien que rudimentaires, marquent une étape essentielle dans son développement linguistique. Son cerveau travaille intensément pour structurer la langue, et son vocabulaire s’enrichit rapidement : il connaît alors entre 50 et 200 mots. Cette période joue un rôle clé dans l’émergence de la communication et le renforcement des interactions avec son entourage.
Dès 2 ans, il apprend un mot par heure (en moyenne). L'enfant va aussi bien retenir les mots rares que les mots courants. Entre 2 et 3 ans, c’est l’explosion ! L’enfant enrichit son vocabulaire à une vitesse impressionnante : en moyenne, il apprend 10 nouveaux mots par jour. Il construit des phrases de plus en plus longues, pose mille questions “C’est quoi ça ?”, “Pourquoi ?” et devient un vrai moulin à paroles. L’entrée à la maternelle approche et le voilà capable de comprendre environ 1500 mots, de formuler des phrases complètes de 4 mots ou plus ”Maman est partie faire des courses”.
L'importance de l'interaction et de la stimulation
Dès sa naissance, votre bébé est une véritable éponge. Il capte les sons, les intonations et la mélodie de la langue bien avant de pouvoir prononcer ses premiers mots. Plus vous parlez à votre enfant, plus vous lui offrez des occasions d’apprendre. Chantez-lui des comptines, racontez-lui des histoires, décrivez-lui ce que vous faites…Chaque interaction est une occasion d’apprendre. Chaque mot compte. Parlez-lui souvent, en articulant bien et en variant votre vocabulaire. Ne vous limitez pas aux mots « bébé » : utilisez un langage riche et naturel pour lui donner un maximum de repères. Répétez ses essais en les reformulant correctement : par exemple votre enfant vous dit « Regarde le miaou » (pour parler d’un chat), il sera intéressant de lui répondre “Oui tu as vu le chat !”. Pour aider votre bébé à assimiler un mot, il est important de le répéter clairement, en adaptant le rythme de parole et en l’utilisant dans différents contextes. Par exemple, en lui disant « Oh, regarde le chat ! Le chat dort. Tiens, le chat saute !
Souvent, quand on parle avec son bébé, on ajuste naturellement le ton de notre voix. C’est une façon douce et attentionnée de communiquer avec bébé ! On essaye autant que possible de se mettre à la hauteur de bébé et de bien le regarder quand on lui parle. Cela nous permet de capter son attention, et d’observer ses réactions. Il y a de nombreuses manières de partager le plaisir des mots avec bébé ! Dans la vie quotidienne, on peut nommer les objets qu’il pointe, lui expliquer ce que l’on est en train de faire quand on le change ou qu’on lui fait à manger, par exemple. Dans les moments plus privilégiés, on peut lui raconter des histoires, lire des livres, chanter avec bébé ou faire des jeux qui demandent de la discussion. Ne pas parler « bébé » à son enfant (pas « kiki » pour « biscuit »). Il doit apprendre les vrais mots. En revanche il convient d’articuler clairement les mots, de parler un peu plus aigu et d’exagérer vos intonations.
Les échanges avec votre enfant jouent un rôle clé dans l’apprentissage du langage. Même s’il ne parle pas encore, engagez la conversation avec lui : posez-lui des questions ouvertes, attendez ses réactions, encouragez ses essais. Dès ses premiers mois, le tout-petit perçoit le rythme naturel d’une conversation. Dès 4 mois, il commence à percevoir la notion de tour de parole, observant et répondant à sa manière : par un regard, un sourire, un babillage ou un geste.
Facteurs influençant le développement du langage
Tous les enfants n’évoluent pas au même rythme. Plusieurs facteurs peuvent influencer le développement du langage :
- Les facteurs biologiques : Une bonne audition est indispensable pour bien parler.
- Les facteurs environnementaux : L’environnement dans lequel le jeune enfant évolue joue un rôle crucial dans le développement du langage.
- Les facteurs socio-économiques : Le milieu socio-économique dans lequel le bébé grandit peut influencer fortement ses acquisitions linguistiques.
- Les facteurs individuels : Chaque enfant a son propre rythme et son tempérament.
Troubles du langage chez le nourrisson
Il existe plusieurs troubles du langage qui peuvent affecter le développement linguistique chez les bébés :
- Retard de langage : Il s’agit d’un retard significatif par rapport aux normes de développement du langage pour son âge.
- Trouble spécifique du langage (TSL) : Aussi connu sous le nom de dysphasie, c’est un trouble persistant du développement du langage qui affecte la capacité d’un enfant à comprendre et à utiliser le langage de manière appropriée.
- Trouble du spectre de l’autisme (TSA) : Les enfants atteints de TSA peuvent présenter des déficits dans la communication verbale et non verbale.
- Trouble de l’articulation : Ce trouble se caractérise par des difficultés à produire les sons de la parole de manière claire et précise.
- Trouble du rythme et de la fluidité du langage : Il s’agit d’un trouble dans lequel un bébé a des difficultés à maintenir un rythme fluide lorsqu’il parle.
- Trouble de la parole apraxie : C’est un trouble moteur du langage dans lequel un bébé a des difficultés à planifier et à coordonner les mouvements nécessaires pour produire les sons du langage.
Il est normal que le développement du langage varie d’un bébé à l’autre. Cependant, il existe certains signes qui pourraient nécessiter une évaluation plus approfondie :
- Absence de gestes communicatifs à l’âge de 12 mois.
- Aucun mot prononcé à l’âge de 16 mois.
- Absence total du langage à 12 mois.
Dans tous ces cas, n’hésitez pas à consulter votre médecin ou votre centre PMI.
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