L'exercice de la médecine, y compris la pédiatrie, est généralement subordonné à la validation de la formation, à l'obtention du titre de docteur et à l'inscription au tableau du Conseil de l'Ordre compétent. Cependant, une dérogation permet à un interne d'exercer en tant que remplaçant, sous certaines conditions. Cet article détaille les aspects essentiels du contrat de remplacement libéral pour un interne en pédiatrie, en abordant les démarches administratives, les obligations, la fiscalité et les spécificités liées à ce type d'activité.

I. Conditions et Démarches Préalables au Remplacement

A. Obtention de la Licence de Remplacement

Pour pouvoir effectuer des remplacements, un interne en médecine, qu'il soit français ou ressortissant de l'Union Européenne, doit obtenir une licence de remplacement auprès du Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins. Cette licence atteste que l'étudiant remplit les critères de formation requis dans sa spécialité, conformément à l'article L. 4131-2 du Code de la santé publique.

Conditions à remplir :

  1. Être inscrit en troisième cycle des études médicales.
  2. Avoir validé le nombre de semestres requis dans sa spécialité. Une attestation du coordonnateur de la spécialité est nécessaire pour justifier cette validation. Par exemple, pour un interne de médecine générale, il est généralement requis d'avoir validé 3 semestres, dont 1 chez un praticien généraliste agréé.

Démarches à suivre :

  1. Contacter sa scolarité et le bureau des internes pour obtenir un justificatif des stages réalisés.
  2. Téléphoner au Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de sa faculté pour obtenir un questionnaire de demande de licence de remplacement.
  3. Compléter le questionnaire et joindre les pièces demandées (justificatif des stages, certificat de scolarité, etc.).
  4. Renvoyer le dossier complet à l'Ordre.
  5. Attendre la réception de la licence par courrier, généralement sous une dizaine de jours.

La licence de remplacement est valable un an et peut être renouvelée dans les mêmes conditions. Une prolongation peut être accordée si l'étudiant justifie d'un report de la date de soutenance de thèse initialement prévue, attesté par le directeur de l'UFR. Il est important de noter que ce report doit être dû à la faculté et non à l'étudiant lui-même.

B. Autorisation de Remplacement

En parallèle de la licence de remplacement, le médecin souhaitant se faire remplacer doit obtenir une autorisation de remplacement auprès du Conseil Départemental de l'Ordre. Cette autorisation est délivrée pour une durée maximale de trois mois. La demande d'autorisation doit être accompagnée de la licence de remplacement de l'interne.

La décision d'autorisation ou de refus est notifiée au médecin remplacé, qui en informe l'étudiant concerné. Dans le cas d'un remplacement effectué dans un établissement de santé, l'autorisation est adressée par le directeur de l'établissement au Conseil Départemental de l'Ordre des médecins du département où le médecin remplacé est inscrit.

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II. Le Contrat de Remplacement : Cadre Juridique et Modalités

Une fois l'autorisation de remplacement accordée, il est impératif d'établir un contrat de remplacement afin d'encadrer les modalités de l'exercice. Ce contrat n'est pas un contrat de travail, car il n'existe pas de lien de subordination entre l'interne remplaçant et le médecin remplacé. L'interne conserve une totale liberté de diagnostic et de prescription.

A. Mentions Obligatoires du Contrat

Le contrat de remplacement doit obligatoirement mentionner les éléments suivants :

  • Identité des parties : Nom, prénom, adresse, numéros de licence du remplaçant et du remplacé.
  • Période de remplacement : Dates de début et de fin du remplacement.
  • Lieu(x) d'exercice : Adresse du cabinet ou des cabinets où le remplacement sera effectué.
  • Horaires de travail : Jours et heures de travail prévus.
  • Pourcentage de rétrocession d'honoraires : Fraction des honoraires perçus par le remplaçant qui est reversée au médecin remplacé. Ce pourcentage est librement négocié entre les parties et doit être clairement indiqué dans le contrat. Il couvre généralement les frais de fonctionnement du cabinet (loyer, matériel, etc.).
  • Avantages en nature : Si le remplaçant bénéficie d'avantages en nature (logement, repas, etc.), ceux-ci doivent être précisés dans le contrat.
  • Clause de non-installation : Bien que la "clause de proximité" (interdiction de s'installer à proximité après le remplacement) ne soit plus d'actualité, il est possible d'inclure une clause de non-concurrence, qui doit être limitée dans le temps et dans l'espace.
  • Conditions générales du remplacement : Modalités de prise de rendez-vous, gestion des urgences, etc.

Le contrat doit être établi en trois exemplaires : un pour le remplaçant, un pour le médecin remplacé et un pour le Conseil Départemental de l'Ordre, si le remplacement dépasse une durée de 24 heures ou s'il est d'une durée inférieure mais répétée dans le temps.

B. Rétrocession des Honoraires

Le remplaçant exerce en l'absence du titulaire du cabinet et, en principe, c'est le titulaire qui encaisse les honoraires. Il doit ensuite reverser au remplaçant une rétrocession d'honoraires correspondant à un pourcentage des actes effectués et des honoraires encaissés. Le pourcentage d'honoraires reversés peut varier d'une profession à l'autre en fonction notamment du matériel mis à disposition par le titulaire. Toutefois, pour les infirmiers, lorsque le remplaçant est lui-même installé, il est possible de prévoir que celui-ci utilise ses propres feuilles de soins et qu'il encaisse directement les honoraires.

III. Obligations et Responsabilités du Remplaçant

A. Statut de Travailleur Indépendant

L'interne remplaçant exerce en lieu et place du médecin remplacé. Il utilise donc les documents de ce dernier (ordonnances, certificats, feuilles de soins pré-identifiées), qu'il doit biffer en indiquant sa qualité de remplaçant, ainsi que son nom et son prénom. Il peut également utiliser sa Carte de Professionnel de Santé (CPS) pour effectuer des Feuilles de Soins Électroniques (FSE).

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B. Assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RCP)

Il est crucial de vérifier que la couverture au titre de la responsabilité civile professionnelle est adaptée à la situation de remplaçant. Il est donc impératif de prévenir par téléphone son assurance RCP médicale pour les informer du changement d'activité professionnelle. Si le remplaçant utilise la voiture de son confrère, il devra vérifier si l’assurance de ce dernier le couvre.

C. Inscription à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) et à l'URSSAF

L'inscription à la caisse d'assurance maladie est obligatoire. L'interne doit signaler chaque remplacement effectué en précisant les coordonnées du cabinet dans lequel il va exercer. L'affiliation à l'URSSAF est également strictement obligatoire dès le premier jour d'activité libérale. Le remplaçant doit se déclarer dans les 8 jours de son premier remplacement à l'URSSAF de son lieu de résidence. C’est cet organisme qui assure le recouvrement de ses cotisations.

Le remplaçant étudiant ou interne en médecine, s’il ne dépend pas du régime de sécurité sociale étudiant, bénéficie du régime des praticiens conventionnés. Il ne cotise à la CPAM en tant que praticien conventionné qu’après 30 jours de remplacement.

D. Cotisations Sociales

Une cotisation calculée en fonction des revenus d’une activité libérale quelconque est due au régime maladie. Elle est calculée selon le taux des cotisations des assurés en activité. Seul le remplaçant thésé (inscrit au tableau de l’ordre et assujetti à la taxe professionnelle) a l’obligation de cotiser au régime obligatoire vieillesse de la CARMF. Si le médecin n’est pas assujetti à la taxe professionnelle, il peut être dispensé des cotisations à la CARMF. Toutefois, il perd dans ce cas ses droits à garantie contre les risques incapacité temporaire, invalidité et décès, et la période de remplacement n’est pas prise en compte pour l’ouverture et le calcul des droits à la retraite. En cas d’arrêt de travail, le remplaçant n’est couvert qu’à compter du 90ème jour d’arrêt consécutif.

IV. Aspects Fiscaux du Remplacement Libéral

Le médecin remplaçant est soumis à la fiscalité des professions libérales au titre des Bénéfices Non Commerciaux (BNC), comme les médecins installés. Il a le choix entre trois régimes fiscaux :

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A. Régime Micro-BNC

Il s’agit d’un régime simplifié, applicable les deux premières années d’activité ou si les recettes ne dépassent pas un certain plafond (32 600 € sur 12 mois). Dans ce régime, un abattement forfaitaire de 34 % est appliqué sur les revenus avant le calcul de l’impôt. Si les recettes ne dépassent pas 32 600 euros sur 12 mois, il est possible de choisir le régime du micro BNC, où l'imposition ne porte que sur 66 % des recettes.

Démarches pour la déclaration d’impôt en régime micro-BNC :

  1. Si la déclaration est faite par internet, indiquer au début de la déclaration que l'on a des revenus non commerciaux professionnels.
  2. Si la déclaration est remplie sur papier, demander ou télécharger le formulaire complémentaire 2042C.
  3. Se rendre, au niveau de la ligne 5-D correspondant aux « revenus non commerciaux professionnels », à la section « régime déclaratif spécial ou micro-BNC ».
  4. Remplir la case 5HQ (ou 5IQ si conjoint) : « revenu imposable - recettes brutes sans déduire aucun abattement ». Indiquer dans cette case le « bénéfice » (totalité des sommes rétrocédées par les médecins remplacés sur une année, du 1er janvier au 31 décembre).
  5. Un abattement automatique de 34% est calculé par les impôts à partir de ce montant.

B. Régime de la Déclaration Contrôlée (Régime Réel)

Si les revenus sont supérieurs au plafond du régime micro-BNC ou si les charges sont supérieures à 34%, il est possible d'opter pour le régime de la déclaration contrôlée. Dans ce régime, il est possible de déduire du revenu toutes les charges liées à l'activité professionnelle engagées dans l'année concernée (loyers, salaires d'une secrétaire, petit matériel, frais de déplacement…).

Si ce régime est choisi, il est fortement recommandé d’adhérer en début d’année à une AGA (Association de Gestion Agréée) pour un montant d’environ 300 € par an. Cette association contrôlera les comptes et le calcul des frais réels pour s’assurer de la conformité de la déclaration.

C. Obligations Comptables

Il est important de tenir une comptabilité rigoureuse dès le début des remplacements. Chaque jour, il est nécessaire de noter le nom du médecin remplacé et le montant rétrocédé. Il est également conseillé d'ouvrir un compte bancaire "professionnel" (un compte normal à usage professionnel peut suffire, sans frais bancaires supplémentaires). Si le régime de déclaration d'impôt "micro-BNC" n'est pas choisi, il est impératif de conserver l'ensemble des factures (achat de matériel, transports, etc.) pour calculer les frais professionnels réels.

V. Protection Sociale du Remplaçant

A. Congés Maternité et Paternité

Congés Maternité : Si le remplaçant justifie de 10 mois d’affiliation à la date prévue de son accouchement, et sous réserve de cesser toute activité professionnelle pendant son congé maternité (qui doit être d’au moins 8 semaines dont 6 après l’accouchement), la CPAM versera deux prestations :

  • L'allocation forfaitaire de repos maternel : versée en deux fois (la moitié au début du congés maternité et la moitié à la fin du congé de 8 semaines).
  • L'indemnité journalière forfaitaire pendant 16 semaines.

Congés Paternité : Le remplaçant touchera des indemnités journalières pendant 25 jours au plus pour la naissance d'un enfant. Ces 25 jours peuvent être pris en une seule fois ou être décomposés en plusieurs périodes :

  • Une période obligatoire de 7 jours, qui doit débuter le jour de la naissance de l'enfant.
  • Une période de 18 jours, facultative, qui doit débuter dans les 6 mois à compter de la naissance de l'enfant.

VI. Autres Aspects Importants

A. Compte Professionnel

L’intérêt d’un compte professionnel est d’avoir un conseiller professionnel, des possibilités de crédit-bail, un terminal de paiement électronique (TPE) etc.

B. Cumul Retraite/Activité

Un médecin retraité peut tout à fait demander à bénéficier du cumul retraite/activité, dans le but de faire des remplacements. Dans ce cas, il doit en informer la CARMF par lettre recommandée avec accusé de réception, qui procède à sa réaffiliation aux régimes de Base, Complémentaire, ASV et Allocation de Remplacement de Revenu. Il doit en informer par le même moyen la Caisse lors de la cessation de son activité libérale.

C. Protection Juridique

L’équipe "Protection juridique" est composée de collaborateurs spécialisés dans la résolution des litiges, tant professionnels que privés, ne relevant pas de la responsabilité civile professionnelle.

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