La contraction musculaire est un processus complexe qui permet le mouvement et la résistance du corps humain. Pour comprendre ce processus, il est essentiel d'examiner les sources d'énergie utilisées par les muscles, en particulier dans le contexte de la contraction musculaire aérobie. Cet article explore en profondeur la physiologie de la contraction musculaire aérobie, en mettant en évidence les voies énergétiques impliquées, les adaptations à l'entraînement et les implications pour la performance sportive.

Bioénergétique de l'Effort : Un Aperçu

Le secteur bioénergétique englobe tous les processus chimiques liés à l'apport, au transport et à la transformation de l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'organisme, ainsi qu'à l'élimination des déchets. Les fonctions respiratoires, circulatoires, digestives et excrétrices sont toutes intégrées dans ce secteur.

L'ATP : La Monnaie Énergétique du Muscle

Un effort musculaire nécessite la mobilisation de forces et la production d'énergie. Chez l'être humain, cette énergie est fournie par une molécule appelée ATP (Adénosine Triphosphate), présente dans la fibre musculaire et seule responsable de la contraction musculaire. La dégradation de l'ATP libère de l'énergie, permet la contraction des fibres musculaires et produit une force.

Cependant, la quantité d'ATP présente dans l'organisme est très faible, suffisante pour un effort violent d'environ deux secondes. Par conséquent, l'ATP doit être resynthétisée en permanence pour assurer la continuité du travail musculaire.

Les Filières Énergétiques : Anaérobie et Aérobie

Selon l'intensité et la durée de l'effort, différentes sources d'énergie sont utilisées pour resynthétiser l'ATP. Ces sources d'énergie correspondent à trois filières métaboliques : anaérobie alactique, anaérobie lactique et aérobie.

Lire aussi: Grossesse : contractions au 5ème mois

  • Voie Anaérobie Alactique : Ce système utilise le stock initial d'ATP pendant les 2 à 3 premières secondes du travail musculaire. L'ATP se dégrade en ADP (Adénosine Diphosphate) et libère de l'énergie mécanique (25%) et de l'énergie calorique (75%). La resynthèse de l'ATP se fait ensuite grâce à l'ADP associée à la Créatine-Phosphate (ou phosphocréatine ou phosphagène) présente dans les cellules musculaires. Cette réaction chimique est possible grâce aux enzymes (ici CPK créatine phosphokinase). Cette source d'énergie est immédiatement disponible mais de faible quantité, utilisable à intensité maximale pendant 5 à 7 secondes maximum. Elle concerne les fibres à contraction rapide. Un point intéressant est que la phosphocréatine est renouvelée grâce à l’oxygène, ce qui signifie que plus le système aérobie est performant, plus cette resynthèse s’effectue et plus les brefs efforts intenses peuvent être répétés.

  • Voie Anaérobie Lactique : Lorsque la source énergétique des phosphagènes est épuisée, de nouveaux substrats sont nécessaires pour assurer rapidement une resynthétisation de l'ATP. Ce sont des formes dérivées du glucide qui seront la source d'énergie : le glycogène (stocké dans le foie et les muscles) et le glucose (sanguin). La production d'énergie se déroulant dans le sarcoplasme musculaire (grâce au système enzymatique) permet un effort intensif "violent" mais limité en durée (30 sec. à 1 ou 2 mn pour une intensité moindre) et concerne les fibres à contraction rapide. La dégradation du glucose produit de l'ATP et du pyruvate destiné au cycle de Krebs, transformé en lactate en absence d'oxygène. Ce lactate va être réutilisé par l'organisme pour recréer de l'ATP. Si l'intensité de l'effort reste très élevée, la capacité de recyclage est dépassée et l'accumulation d'ions d'hydrogène dans les muscles et versés dans le sang altère le fonctionnement de la filière énergétique, empêche la contraction musculaire et participe à l'apparition de la fatigue et de la douleur musculaire.

  • Voie Aérobie : Cette voie exige la présence d'oxygène et permet un rendement énergétique élevé. Plus de 90% de l'ATP synthétisée au niveau des cellules musculaires est fournie par la filière aérobie. La transformation se produit dans les mitochondries, centrales énergétiques permettant de transformer l'ATP dans les cellules musculaires. L'apport énergétique principal provient des nutriments apportés par l'alimentation : les glucides, les lipides et, dans une moindre mesure, les protéines. Les déchets résiduels de cette dégradation aérobie seront de l'eau (sueur) et du gaz carbonique (respiration). Cette filière, par l'intermédiaire du cycle de Krebs, permet aussi d'oxyder le pyruvate issu de la glycolyse pour produire de l'énergie. Elle rend possible la réutilisation des lactates pour resynthétiser du glycogène ou de l'ATP. Le lactate est aussi un substrat important de la contraction du myocarde à l'effort. A ce titre on doit considérer le lactate non pas comme un déchet, mais au contraire comme une source d'énergie chimique.

Le Lactate : Un Carburant, Pas un Déchet

Il est important de noter que le lactate n'est pas un déchet métabolique, mais plutôt une source d'énergie chimique. Pendant longtemps, le lactate a été estampillé déchet toxique pour le muscle. Il faut attendre 1986 et les travaux de George Brooks, chercheur au sein de l’université de Berkeley, en Californie (États-Unis), pour démontrer le rôle de « navette » du lactate entre différents sites musculaires. Il peut être réutilisé par l'organisme pour recréer de l'ATP ou du glycogène.

Contraction Musculaire Aérobie : Le Rôle de l'Oxygène

La voie aérobie est essentielle pour les efforts de longue durée et d'intensité modérée. Elle utilise l'oxygène pour oxyder les glucides, les lipides et les protéines, produisant ainsi une grande quantité d'ATP. Cette voie se déroule dans les mitochondries des cellules musculaires et est catalysée par le cycle de Krebs (également appelé cycle de l'acide citrique). Ce cycle complexe, grâce à une série de réactions biochimiques, constitue la voie principale d'obtention de l'énergie. Ces réactions, effectuées en présence d'oxygène et à l’aide d’enzymes spécifiques, transforment les substances résiduelles issues de la dégradation partielle des glucides et des lipides pour resynthétiser l'ATP.

Lire aussi: Contractions : comment les identifier ?

Sources d'Énergie Aérobie

  • Glucides : Indispensables, ils proviennent des sucres.
  • Lipides : Provenant des graisses, ils sont utilisés pour les efforts modérés supérieurs à 45 minutes et sollicitant plus de 2/3 de la masse musculaire globale.
  • Protéines : Sous la forme d'acides aminés provenant de la viande, du poisson, des œufs, etc., elles sont utilisées dans une moindre importance.

Avantages de la Filière Aérobie

  • Rendement énergétique élevé : Une seule molécule de glucose fournit l'énergie nécessaire pour la resynthèse de 38 molécules d'ATP.
  • Retarde l'apparition de l'acide lactique, de la dette d'oxygène et donc de la fatigue.

Limites de la Filière Aérobie

  • Intensité modérée : Ne permet qu'un travail d'intensité modérée.
  • Dépend de la consommation maximale d'oxygène (VO2 max) : La filière aérobie a une limite, c’est la consommation maximale d’oxygène de l’organisme, la fameuse VO2 max.

Chevauchement des Processus Énergétiques

Les processus énergétiques démarrent tous immédiatement mais ont des délais d'intervention différents et des possibilités de rendement étalées dans le temps. Il y a donc un chevauchement des processus suivant leur rapidité de disponibilité, l'intensité de l'exercice, l'apport suffisant d'oxygène, etc. Par exemple, lors d'un sprint de 10 secondes, tous les processus métaboliques interviennent : 4% pour l'ATP, 31% pour la phospocréatine, 51% pour la glycolyse et 14% pour le processus aérobie.

Adaptation à l'Entraînement Aérobie

L'entraînement aérobie permet d'améliorer les possibilités d'oxygénation (VO2 max.) et l'endurance. En effet, plus on court vite et longtemps et plus le muscle va consommer de l’oxygène. Cette relation est vraie jusqu’à une vitesse au-delà de laquelle l’utilisation d’oxygène ne peut plus augmenter. Pour améliorer la filière aérobie, il est essentiel de travailler sur :

  • L'aptitude de l'organisme à capturer l'oxygène (respiration).
  • Le transport de l'oxygène (globules rouges + débit cardiaque).
  • L'utilisation de l'oxygène (efficacité oxydative des cellules).

Gestion de l'Effort et Surcompensation

La gestion de l'effort est cruciale pour optimiser les qualités athlétiques d'un sportif. Suivant les durées et intensités choisies pour les temps de travail et de récupération, on vise une filière pour créer un phénomène de surcompensation des ressources énergétiques et permettre au sportif de progresser.

Le Principe de Surcompensation

La base de l'entraînement physique repose sur le principe de cumul de stimulations dans le temps : c'est le processus de surcompensation. La surcompensation est due à la tendance de l'organisme à maintenir constants ses paramètres biologiques face aux modifications du milieu extérieur. On appelle cela l'homéostasie. Suivant ce procédé, lorsqu' une charge d'entraînement est appliquée à l'organisme, celui-ci va mettre en oeuvre des processus de restauration pour retrouver l'état initial du potentiel énergétique. Si la charge est proche des capacités maximales d'une qualité physique, l'état après restauration sera supérieur à l'état initial. Si une nouvelle charge est appliquée à ce moment là, le phénomène se renouvellera et le potentiel augmentera. En revanche si les charges appliquées ne sont plus suffisantes ou trop éloignées, les réserves retrouveront leur état de départ. D'où selon Matveiev « Seuls les exercices sollicitant fortement les réserves énergétiques et entraînant une fatigue aigue initiale, permettent une amélioration du potentiel suivant un phénomème de surcompensation. »

Délais de Surcompensation

Les délais de surcompensation varient en fonction de la filière sollicitée :

Lire aussi: Comprendre les mouvements de bébé

  • Aérobie : 24 à 48h
  • Anaérobie lactique : 48 à 72h
  • Anaérobie alactique : 12 à 24h

tags: #contraction #musculaire #aérobie #physiologie

Articles populaires: