La radiothérapie, bien qu'étant un traitement essentiel contre le cancer, peut entraîner des effets secondaires indésirables en raison de l'irradiation des tissus sains. Ces effets, dits radio-induits, résultent de mécanismes complexes, à la fois directs et indirects. Cet article explore en détail ces complications, allant des réactions cutanées aux troubles cognitifs, en passant par les problèmes digestifs et les dysfonctionnements du nerf vague, afin de fournir une compréhension approfondie et des pistes de gestion.

Mécanismes des Lésions Radio-Induites

Les lésions provoquées par l'irradiation des tissus sains impliquent des mécanismes complexes. Les conséquences observées après l'irradiation découlent de deux types de mécanismes : directs (mort mitotique, apoptose) et indirects. Les effets secondaires de la radiothérapie sont classifiés internationalement par le National Cancer Institute V3.0, avec des critères communs à ceux des événements indésirables (EI) décrits pour d'autres traitements.

Effets Secondaires Généraux

Une réaction générale fréquente consécutive à l'irradiation, surtout lorsqu'elle cible l'abdomen, est une fatigue ou asthénie associée à une perte d'appétit ou anorexie. Certains patients peuvent ressentir des nausées pendant plusieurs heures après le traitement. La fatigue peut s'accentuer au fur et à mesure du traitement, apparaissant généralement après une ou deux semaines de radiothérapie. Cette sensation disparaît habituellement une semaine après la fin des séances. Environ 4 à 8 semaines après la radiothérapie, une sensation d'endormissement irrépressible ou une perte d'appétit peut survenir, durant plusieurs semaines avant de disparaître d'eux-mêmes.

Radiodermites : Réactions Cutanées

Les radiodermites sont des réactions cutanées induites par la radiothérapie. Contrairement aux radiodermites chroniques, qui se manifestent plusieurs mois ou années après l'irradiation, les radiodermites aiguës apparaissent dans les jours, les semaines ou les premiers mois suivant la radiothérapie. L'administration concomitante de certains médicaments de chimiothérapie, tels que les anthracyclines ou la gemcitabine, peut favoriser ces réactions.

Radiodermites Aiguës

Elles apparaissent généralement vers la deuxième semaine de traitement et se présentent sous différentes formes :

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  • Épidermite fugace: Se manifeste par un érythème (rougeur ou coup de soleil) fugace, apparaissant 24 à 48 heures après une première séance d'irradiation, d'origine inflammatoire.
  • Épidermite sèche: Apparaît après une certaine dose et environ une quinzaine de jours. La peau se pigmente progressivement, devient sèche avec une desquamation fine, et un prurit peut survenir. Ces réactions se situent au niveau des zones d'entrée ou de sortie des rayons, près des plis ou lorsque les rayons abordent tangentiellement la peau.
  • Radiodermite exsudative (2ème degré): Lésion plus profonde, avec mise à nu du derme en une ulcération suintante et douloureuse.
  • Radiodermite aiguë ulcérante (3ème degré): Lésion œdématiée, rouge, douloureuse, phlycténulaire, voire nécrotique, évoluant vers la radiodermite chronique.

Conseils Pratiques pour la Peau Irradiée

  • Utiliser des savons gras ou de l'huile d'amande douce.
  • Laver soigneusement la zone traitée à l’eau avec un savon surgras ou un syndet (nettoyant moussant liquide), de préférence liquide et très dilué.
  • Sécher méticuleusement sans frotter.
  • Éviter l’application de parfums et le rasage de la zone irradiée.
  • Prendre soin de la peau irradiée en évitant les traumatismes et les frottements.
  • Exposer la zone traitée à l'air autant que possible, mais la protéger du soleil.
  • Éviter de porter des couvre-chefs qui pourraient provoquer une irritation.
  • Utiliser des produits dermatologiques prescrits par un médecin, tels que des savons ou des crèmes, pour soulager.

Mucites : Inflammation des Muqueuses

Les cellules des muqueuses digestives se divisent rapidement, les rendant sensibles à la radiothérapie. La mucite est une complication précoce qui apparaît dès la fin de la première semaine de radiothérapie. Elle se localise généralement au niveau du voile du palais, des piliers amygdaliens, des faces internes de joue, des bords de langue et de la paroi postérieure du pharynx.

Caractéristiques de la Mucite

Elle est plus décalée dans le temps et apparaît vers la fin de la deuxième semaine. Elle se caractérise par la formation de plaques blanc jaunâtres sur les zones érythémateuses. Ces plaques pseudomembraneuses sont constituées de cellules épithéliales mortes, de fibrine et de leucocytes altérés. Elles peuvent confluer à la fin de la troisième semaine de traitement. Cette mucite blanche s'accompagne d'une dysphagie et de douleurs, ainsi que d'une xérostomie (absence de salive) et d'une perte du goût, pouvant affecter l'alimentation.

Muguet

Un dépôt blanchâtre sur ou autour des aphtes, voire de manière plus diffuse dans la bouche et sur la langue (muguet), peut être observé. Il s’agit de champignons de type Candida albicans, qui se développent en profitant de cette période de faiblesse des défenses. Un traitement antifongique peut être prescrit.

Troubles Digestifs

Nausées et Vomissements

L’incidence cumulée des nausées et vomissements radio-induits au cours d’une irradiation varie entre 40 et 80 %. Ils sont observés uniquement dans le territoire irradié. Un traitement adapté peut prévenir ces symptômes.

Diarrhées et Entérites

La radiothérapie peut entraîner des douleurs abdominales, des troubles du transit, souvent à type de diarrhées. Les manifestations cliniques d'une entérite post-radique sont habituellement retardées par rapport à la radiothérapie. Dans les cas graves, l'arrêt de l'irradiation et une hospitalisation peuvent être nécessaires. Les lésions intestinales radiques peuvent provoquer un syndrome de malabsorption, des occlusions par sténose du grêle et du côlon, et, dans les cas extrêmes, des perforations intestinales avec tableau de fistule ou de péritonite.

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Rectites et Cystites

La rectite est la complication la plus fréquente des irradiations abdominales ou pelviennes. La phase précoce est associée à des signes cliniques tels que ténesme, diarrhée et troubles de l’exonération. En cas de rectite sévère entraînant des douleurs, des émissions glaireuses, voire des rectorragies, des corticoïdes peuvent être prescrits.

La cystite se traduit par des mictions fréquentes, des brûlures mictionnelles, parfois une dysurie ou des urines troubles. Dans sa forme plus sévère, il peut s’agir d’un syndrome de "petite vessie".

Autres Complications Locales

Alopécie

La repousse des cheveux a toujours lieu si la dose est inférieure à 45 grays. Elle est très lente et beaucoup plus tardive qu’après chimiothérapie. La zone traitée peut rougir, démanger ou foncer et avoir l'aspect et la sensation d'un coup de soleil. Des soins dermatologiques appropriés sont importants.

Otites Séreuses

En cas d’irradiation englobant l’oreille externe et moyenne, des « otites séreuses » peuvent apparaître.

Troubles Bucco-Dentaires

Les caries dentaires, l’ostéo-radionécrose du maxillaire inférieur et l'asialie (perte de la sécrétion de la salive) entraînent une altération de la plaque dentaire diffuse. Il faut attendre la cicatrisation totale des zones d'extraction dentaire avant de commencer l'irradiation. Toute extraction dentaire doit être proscrite, sauf raison impérative, car l'os irradié est fragilisé. L'asialie apparaît dès que la dose dépasse 30-40 Gy et/ou que les glandes salivaires sont irradiées. Elle est fréquente et souvent transitoire, favorisant l’apparition de caries dentaires. Une modification ou une perte du goût (agueusie) est parfois observée.

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Pneumopathie Radique

Elle apparaît pour des irradiations de 30 Gy ou plus. C’est une complication rare qui peut se manifester après une irradiation pulmonaire et après chimiothérapie. Elle débute un mois après l'irradiation et se manifeste par une dyspnée avec de la fièvre.

Toxicité Cardiaque

La radiothérapie atteint potentiellement les trois tuniques du cœur. Une toxicité apparaît dès les faibles doses.

Effets sur les Organes Génitaux

Il est recommandé de ne pas avoir de rapports sexuels pendant la durée du traitement. Chez les femmes, les ovaires sont très radiosensibles, ce qui peut entraîner à court terme une disparition des règles et une stérilité. La vulve est rarement irradiée mais présente des réactions précoces souvent vives. L’irradiation des aires ganglionnaires pelviennes fait partie des protocoles de radiothérapie de nombreux cancers.

Troubles Cognitifs et Radionécrose Cérébrale

La radiothérapie cérébrale entraîne des troubles cognitifs fréquents, apparaissant 6 à 12 mois après la fin de la radiothérapie. Les patients les plus vulnérables sont les enfants de moins de 7 ans et les personnes âgées. La radionécrose cérébrale chez l’enfant est un risque qui se traduit par des troubles cognitifs. Le développement est progressif, sans retour à l’état cognitif antérieur. Il n’y a pas toujours de parallèle entre les lésions à l’IRM et l’atteinte clinique.

Manifestations Cliniques

Elle est principalement responsable des troubles de l'attention, un ralentissement psychomoteur, des troubles de la vitesse d’exécution, des troubles de la mémoire, un déficit des capacités d’apprentissage et de rappel d’information, des fonctions exécutives et souvent un déclin des fonctions motrices fines.

Mécanismes

Les radiations ionisantes altèrent la barrière hémato-méningée et les équilibres ioniques des cellules du système nerveux. Ces déséquilibres se traduisent par un « œdème ». Les cellules du cerveau détruites par l'irradiation forment une masse dans le cerveau, ressemblant à une tumeur et pouvant provoquer des symptômes similaires comme des maux de tête, des troubles de la mémoire ou les convulsions. Ces effets sont totalement réversibles et peuvent être prévenus par un traitement à base de corticoïdes. Rarement, une poussée d’hypertension intracrânienne, conséquence d’une poussée de l’œdème cérébral, est observée. Un traitement neurochirurgical ou l'administration de cortisone à haute dose peuvent être nécessaires.

Le Nerf Vague et ses Dysfonctionnements

Le nerf vague, le plus long et le plus ramifié du système parasympathique, relie le crâne aux organes du système digestif. Il joue un rôle crucial dans la régulation de nombreuses fonctions corporelles, notamment la digestion, le rythme cardiaque et la tension artérielle.

Anatomie et Fonction

Le nerf vague débute au niveau du crâne, dans le foramen jugulaire, et descend en direction du thorax, passant dans la gaine carotidienne. Dans le thorax, il se divise en deux ramifications : le nerf vague gauche et le nerf vague droit. Il fonctionne en synergie avec l’acétylcholine, permettant une fonction autonome de baisse des battements cardiaques et de réduction du calibre des bronches.

Rôle dans la Digestion

Le nerf vague participe à l’innervation parasympathique de la quasi-totalité des organes du système digestif, facilitant la digestion dès la déglutition des aliments. Au niveau de l’estomac, il stimule la mobilité de l’organe et les sécrétions gastriques. Il participe également à la fabrication de la bile en activant la contraction de la vésicule biliaire. Concernant l’intestin grêle et le colon, le nerf vague augmente le péristaltisme et les sécrétions, stimulant ainsi l’absorption des nutriments.

Dysfonctionnements et Symptômes

Un dysfonctionnement du nerf vague peut entraîner des troubles digestifs tels que des nausées, des aigreurs d’estomac, des difficultés à la déglutition, des sensations d’avoir une boule dans la gorge, des troubles du transit comme les constipations ou diarrhées inexpliquées. Il peut également être lié à des maux de dos en raison de la proximité de la colonne vertébrale avec les organes du système digestif.

Malaise Vagal

Le malaise vagal survient consécutivement à une baisse de la pression artérielle, associée à une baisse du rythme cardiaque, due à une stimulation excessive de la fonction autonome du nerf vague. Une personne qui fait un malaise vagal peut ressentir une faiblesse musculaire, transpirer et s’évanouir. Cette perte de connaissance peut être précédée de troubles visuels, de vertiges, de troubles ORL, de maux de tête et parfois des troubles digestifs.

Ostéopathie et Nerf Vague

L’ostéopathie peut soulager les douleurs liées à un dysfonctionnement du nerf vague. Après une anamnèse approfondie, l’ostéopathe réalise des tests de mobilités globaux au niveau des articulations et à chaque point de passage du nerf vague pour vérifier si ce nerf n’est pas « coincé ». Pour soulager un patient souffrant de constipation, l’ostéopathe peut concentrer son action au niveau de l’intestin grêle ou du cadre colique, en rendant de la mobilité à ces organes à l’aide de techniques douces.

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