L'Empire romain, avec son étendue massive et son influence durable, a longtemps fasciné les historiens et les érudits. Parmi eux, Paul Veyne, professeur au Collège de France, offre une perspective nuancée sur ce que signifiait être Romain à l'apogée de l'Empire, entre le Ier siècle avant notre ère et le IVe siècle après. Cet article explore les idées de Veyne, en s'appuyant sur ses analyses de la culture, de la société et de la politique romaines.
Rome: Un idéal de puissance et de civilisation
Veyne souligne que Rome est restée un idéal de puissance, d'impérialisme et de civilisation jusqu'à la Révolution française. Même les rois mérovingiens cherchaient à imiter l'empereur romain, témoignant de l'attrait durable de Rome. La civilisation romaine, fortement influencée par la culture grecque, est devenue une civilisation «mondiale», rayonnant à partir d'une seule ville, Rome, qui était à l'origine la plus grande des cités étrusques.
L'inégalité sociale et la vie quotidienne
Malgré le prestige de Rome, Veyne souligne les inégalités sociales frappantes au sein de l'Empire. Dans certaines provinces, les foules étaient vêtues de haillons et les maisons n'avaient pas de tuiles, contrastant fortement avec le luxe de la ville de Rome. L'inégalité sociale était démesurée, comparable à celle que l'on observe au Brésil.
Les aqueducs, souvent considérés comme des symboles de l'ingénierie romaine, servaient principalement à alimenter quelques fontaines et les bains publics. Veyne les considère comme une dépense gigantesque et inutile, comparable aux dépenses du Moyen Âge pour les cathédrales.
Être citoyen romain: Un signe de reconnaissance
Être citoyen romain était un signe de reconnaissance et de privilège. La ville de Rome se distinguait de l'Italie non pas en tant que capitale, mais en tant que ville de l'empereur, servant de vitrine pour son pouvoir et sa richesse. L'empereur considérait Rome comme «ma ville», où il résidait, construisait des monuments et administrait l'Empire.
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Cependant, Veyne note que le sentiment de fierté chez les habitants de Rome était atténué par la division en classes sociales. Les esclaves, qui représentaient une part importante de la population, vivaient dans des conditions difficiles, souvent considérés comme faisant partie du mobilier.
La romanisation et la diversité culturelle
L'Italie était une mosaïque de villes, administrées par des familles de notables locaux qui ornaient leurs cités de monuments. Ces familles vivaient des rentes de leur terre et exerçaient une pression sur les paysans. Malgré la domination romaine, des cultures locales, des religions et des langues diverses subsistaient au sein de l'Empire. Le latin prédominait à l'ouest, tandis que le grec servait de langue internationale, comme l'anglais aujourd'hui.
Veyne souligne que, à l'exception des Juifs, il n'y a pas eu de révoltes notables contre la romanisation. Le nationalisme culturel n'a pas débouché sur un nationalisme politique ou ethnique. L'Empire romain se considérait comme le seul État au monde, et les peuples qui ne lui étaient pas soumis étaient considérés comme des Barbares.
La violence et la moralité
Veyne met en lumière la violence omniprésente dans la société romaine. Les châtiments corporels et les exécutions étaient courants, même pour des délits mineurs. Il cite l'exemple de Pline le Jeune, qui fit décapiter des chrétiens pour avoir refusé de répondre à ses questions. La violence était banalisée et considérée comme un spectacle anodin.
Veyne explique que les Romains avaient un sentiment profond du droit de gouverner, ce qui justifiait leurs actions, même les plus violentes. Il compare cela à la façon dont un père de famille punit ses enfants, suggérant que l'indignation face à de tels actes était considérée comme incongrue.
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L'influence grecque et le complexe romain
Veyne souligne que la civilisation romaine était fortement influencée par la culture grecque. Les Romains ont adopté les dieux, les genres littéraires, les rythmes musicaux, la philosophie, la rhétorique et l'architecture des Grecs. Ils avaient un complexe de supériorité, mais reconnaissaient également leur dette envers la Grèce.
Veyne note que les Romains affectaient de mépriser les Grecs, mais savaient au fond qu'ils n'étaient que leurs singes. Pour devenir empereur, il était préférable d'être né libyen, dalmate ou arabe que grec, car un Grec était considéré comme restant étranger malgré la romanisation.
Le mariage et la sexualité
Veyne aborde également les questions du mariage et de la sexualité dans la société romaine. Les divorces étaient fréquents, et les femmes divorçaient autant que les hommes. Il n'y avait pas de gynécée à Rome, contrairement à la Grèce.
Il note que les seigneurs romains avaient souvent des relations sexuelles avec leurs esclaves, mais que cela était gardé secret. Il n'y avait pas d'exclusion fondée sur une quelconque idée de la race.
La religion et la familiarité avec les dieux
Veyne décrit la religion romaine comme étant caractérisée par une familiarité avec les dieux. Il apprécie cette familiarité et trouve l'atmosphère chrétienne oppressante. Il critique l'institution ecclésiastique et la dictature de l'amour, qui se justifie par le souci de faire de force le salut de son prochain.
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Il souligne l'originalité de la relation des chrétiens avec leur Dieu, qui a transformé l'histoire et l'a rendue plus savante et plus fine.
L'Empire gréco-romain: Une mondialisation antique
Veyne considère l'Empire romain comme une première forme de mondialisation, associant la culture grecque au pouvoir romain. Il explore les modes de changement culturel et politique par lesquels un groupe social s'adapte à un univers en expansion.
Il examine également l'évolution de la fonction impériale vers l'autocratie militaire et les formes hyperboliques de célébration, telles que le culte impérial. Il analyse la hiérarchie sociale, la vie collective et le rôle de la classe moyenne dans la société romaine.
Paul Veyne: Un historien inclassable
Paul Veyne est décrit comme un historien inclassable, dont l'œuvre foisonnante mérite d'être relue de près. Il est salué pour son indépendance d'esprit et sa capacité à trouver le mot juste, la formule saisissante et l'idée amusante qui déstabilise.
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