Léon Schwartzenberg, figure marquante du paysage médical et politique français, a laissé une empreinte indélébile, tant par ses prises de position novatrices que par son engagement sans faille envers les plus vulnérables. Son passage éclair au ministère de la Santé, bien que bref, témoigne d'une volonté de transformer en profondeur le système de santé et de faire avancer des idées audacieuses, parfois controversées.
Un Héritage Familial et l'Épreuve de la Guerre
Né en 1923 à Paris, Léon Schwartzenberg est issu d'une famille juive d'origine roumaine. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans sa vie. Contraint de se réfugier à Toulouse avec sa famille en raison des persécutions antisémites du régime de Vichy, il voit ses études de médecine interrompues par les lois raciales. Loin de se résigner, il s'engage dans la Résistance avec ses deux frères. Arrêtés et déportés à Mauthausen, ses frères ne reviendront jamais. Cet épisode tragique forge son caractère et renforce son engagement envers la justice et la dignité humaine.
Après la guerre, décoré de la Croix de Guerre pour ses actes de résistance, Léon Schwartzenberg reprend ses études de médecine et se spécialise en hématologie et en oncologie.
Pionnier de la Greffe de Moelle Osseuse
Il débute sa carrière en tant que médecin attaché au service d'hémobiologie de l'hôpital Saint-Louis, à Paris. De 1958 à 1963, aux côtés du Pr Georges Mathé, il participe aux premières greffes de moelle osseuse sur des physiciens yougoslaves accidentellement irradiés à Vinca (Serbie), puis sur des patients atteints de leucémie. Cette expérience le place à l'avant-garde de la recherche médicale et témoigne de son engagement envers l'innovation thérapeutique.
L'essentiel de sa carrière se déroule à l'hôpital Paul-Brousse, de Villejuif.
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Changer la Mort : Un Plaidoyer pour la Dignité et le Droit de Mourir dans la Dignité
En 1977, Léon Schwartzenberg se fait connaître du grand public avec la publication de "Changer la mort". Dans cet ouvrage, il brise les tabous entourant la mort et le cancer, milite pour "dire la vérité aux malades" et aborde sans détour la souffrance. Il s'oppose à l'acharnement thérapeutique et revendique la possibilité pour le médecin de soulager les malades, en les aidant à mourir.
Invité de Bernard Pivot dans l'émission Apostrophes, le cancérologue aborde la question de l'euthanasie, suscitant de vives réactions. Pour avoir confessé à demi-mots avoir lui-même accéléré le trépas d'une patiente cancéreuse dans un article du Journal du dimanche, en 1987, Léon Schwartzenberg se retrouve dans le collimateur de l'Ordre des médecins : le conseil départemental de l'Essonne, auquel il n'est pourtant pas rattaché, porte plainte contre lui.
En 1985, il publie «Requiem pour la vie », vif plaidoyer pour l’instauration de la franchise et de l’honnêteté dans les relations entre médecin et patient. Il y affirme que le patient doit être tenu au courant de tout, de la maladie et du traitement.
Un Passage Éphémère au Ministère de la Santé
En 1988, Léon Schwartzenberg, devenu une personnalité populaire, intègre le deuxième Gouvernement de Michel Rocard en tant que ministre délégué à la Santé, sous l'autorité de Claude Evin. Son mandat ne durera que neuf jours, ce qui fait de lui l'un des ministres les plus éphémères de la Cinquième République, à égalité avec Thomas Thévenoud.
Lors d'une conférence de presse aux côtés de Claude Evin et de ses autres ministres délégués, il expose des propositions audacieuses : dépistage systématique du VIH chez les femmes enceintes et les patients devant subir une opération, instauration d'un "carnet de santé" pour les patients, sanctions pour les entreprises discriminant les personnes séropositives, et même une réflexion sur la distribution officielle de drogues pour lutter contre le trafic.
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Ces propositions suscitent une vive controverse. Le 7 juillet, Michel Rocard convoque Léon Schwartzenberg à Matignon et lui demande sa démission, lui reprochant d'avoir rompu la "cohérence de l'action et de la communication gouvernementale".
Sur le plateau de L'Heure de vérité, le 5 septembre, Léon Schwartzenberg ne cache pas sa déception d'avoir été "limogé au bout de neuf jours". "On ne peut pas ne pas être amère et ne pas se poser la question 'qu'ai-je fait d'irréparable' pour être démissionné alors même que je n'avais pas pu mettre en route les grandes réformes que j'aurais envisagées", confesse le médecin. Il juge que ses propos ont été "déformés, détournés, truqués".
Condamnation et Réhabilitation par l'Ordre des Médecins
Un an plus tard, en juillet 1990, l'Ordre des médecins le sanctionne d'un an d'interdiction d'exercice pour avoir déconsidéré la profession avec ses propos. Léon Schwartzenberg fait immédiatement appel de cette décision, ce qui lui permet de continuer à exercer. Il critique l'Ordre des médecins, qu'il considère comme né "dans le déshonneur" du régime de Vichy, et réclame une réforme de cette instance. Il est soutenu par son ancien ministre de tutelle, Claude Evin, qui fait lui aussi appel de cette décision. Le Conseil d'État finira par annuler la sanction en 1993.
Un Engagement Constant pour les Droits des Plus Vulnérables
Infatigable, Léon Schwartzenberg poursuit ses combats jusqu'à sa mort. Il défend les sans-papiers, les mal-logés, et continue de militer pour le droit de mourir dans la dignité. En 1989, il devient député européen et porte au Parlement Européen son combat pour l’euthanasie, cette fois assumé et explicite. Il militera également pour les sans-papiers, et sera notamment présent à l’église Saint-Bernard en 1996 lorsque les forces de l’ordre expulsèrent les militants et les sans-papiers qui l’occupent.
Les années qui suivent se caractérisent par une suite de sorties médiatiques controversées du professeur Schwartzenberg, sorties destinées à soutenir les causes pour lesquelles il se battait. Il lance des projets révolutionnaires : un carnet détaillant les maladies et les traitements serait fourni à chaque patient, les femmes enceintes ou les personnes en instance d’opération chirurgicales devraient être testées contre le VIH, un certain nombre de médicaments vendus uniquement sur prescription seraient en vente libre.
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