La physiognomonie, autrefois considérée comme « l’art de connaître les hommes » en déchiffrant les traits du visage et du corps, ambitionnait de révéler les dispositions naturelles, les mœurs et le caractère d'une personne. Elle prétendait même démasquer les méchants dissimulés, suscitant l'intérêt des philosophes, des médecins et des ancêtres des psychologues. Cependant, l’évolution des connaissances en anatomie, physiologie et psychisme a progressivement discrédité ses fondements scientifiques. [50 mots]
Malgré ce discrédit, la physiognomonie a persisté, parfois sous des formes inquiétantes comme le racisme. On la retrouve aujourd’hui sous le nom de « morphopsychologie », utilisée lors des entretiens d’embauche et dans les écoles de commerce pour mieux cerner les prospects. Elle a surtout influencé les lettres et les arts, faisant partie intégrante de l’histoire des idées. [100 mots]
Au XVIIe siècle, Charles Le Brun, peintre de Louis XIV, s’est intéressé à la physiognomonie traditionnelle, cherchant à distinguer les visages humains des faces animales, notamment par l'étude de l'inclinaison des yeux, la direction du regard et le froncement du sourcil. Ses recherches sur l'expression émotionnelle ont été couronnées de succès, coïncidant avec le développement de la pathognomonie, ou étude des « passions de l’âme ». [150 mots]
Le XVIIIe siècle a remis en question la physiognomonie en raison de ses risques d’erreur, tout en continuant à s’intéresser à la pathognomonie. À la fin de ce siècle, la physiognomonie a connu un regain d’intérêt grâce à l’essai de Lavater, qui affirmait la correspondance entre la vie intérieure et l’aspect physique, en particulier les traits du visage. [200 mots]
Lavater invitait à observer, interpréter et classer, mais il a été vivement critiqué par Lichtenberg, qui réfutait cette harmonie et préconisait de ne considérer que les actions.(208 mots)
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Gnathon : Une Satire de l'Égocentrisme à Table et Ailleurs
La Bruyère, dans Les Caractères, dresse un portrait saisissant de Gnathon, un personnage dont l'existence entière semble centrée sur sa propre personne. "Gnathon ne vit que pour soi, et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s’ils n’étaient point." Dès l'ouverture, cette affirmation radicale pose les bases d'une critique acerbe de l'égocentrisme.
L'Accaparement Glouton à Table
Le comportement de Gnathon à table est une illustration éloquente de son indifférence envers les autres. Non content d'occuper une place, il s'approprie l'espace de deux convives, oubliant que le repas est un moment de partage. "Non content de remplir à une table la première place, il occupe lui seul celle de deux autres ; il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie." Sa gourmandise insatiable le pousse à s'emparer du plat, le considérant comme sa propriété exclusive. "il se rend maître du plat, et fait son propre de chaque service : il ne s’attache à aucun des mets, qu’il n’ait achevé d’essayer de tous ; il voudrait pouvoir les savourer tous tout à la fois."
L'utilisation exclusive de ses mains pour manipuler la nourriture, la démembrer et la déchirer, prive les autres de la possibilité de manger décemment. "Il ne se sert à table que de ses mains ; il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire, et en use de manière qu’il faut que les conviés, s’ils veulent manger, mangent ses restes." Les détails scabreux, tels que le jus et les sauces dégoulinant de son menton et de sa barbe, ou les restes répandus sur la nappe, soulignent le caractère repoussant de son attitude. "Il ne leur épargne aucune de ces malpropretés dégoûtantes, capables d’ôter l’appétit aux plus affamés ; le jus et les sauces lui dégouttent du menton et de la barbe ; s’il enlève un ragoût de dessus un plat, il le répand en chemin dans un autre plat et sur la nappe ; on le suit à la trace." Même le bruit qu'il fait en mangeant, son manège oculaire et son habitude de se curer les dents tout en continuant à manger contribuent à créer un tableau répugnant. "Il mange haut et avec grand bruit ; il roule les yeux en mangeant ; la table est pour lui un râtelier ; il écure ses dents, et il continue à manger."
L'Extension de l'Égocentrisme au-Delà de la Table
L'égoïsme de Gnathon ne se limite pas à la table. Il s'étend à tous les aspects de sa vie. Il se crée un "établissement" où qu'il soit, refusant d'être pressé, que ce soit lors d'un sermon ou au théâtre. "Il se fait, quelque part où il se trouve, une manière d’établissement, et ne souffre pas d’être plus pressé au sermon ou au théâtre que dans sa chambre." Dans un carrosse, seules les places du fond lui conviennent, prétextant pâlir et tomber en faiblesse si ce n'est pas le cas. "Il n’y a dans un carrosse que les places du fond qui lui conviennent ; dans toute autre, si on veut l’en croire, il pâlit et tombe en faiblesse." Lors de voyages, il s'assure toujours de la meilleure chambre et du meilleur lit dans les hôtels. "S’il fait un voyage avec plusieurs, il les prévient dans les hôtelleries, et il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit."
Il détourne tout à son profit, utilisant les valets, qu'ils soient les siens ou ceux des autres, pour son seul service. "Il tourne tout à son usage ; ses valets, ceux d’autrui, courent dans le même temps pour son service." Les biens matériels qui se trouvent à sa portée deviennent sa propriété. "Tout ce qu’il trouve sous sa main lui est propre, hardes, équipages."
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Une Satire de l'Aristocratie Matérielle
La Bruyère, à travers le personnage de Gnathon, critique une aristocratie obsédée par la matérialité, dénuée de noblesse d'âme. Gnathon symbolise un renversement des valeurs où l'avoir prime sur l'être. Son comportement théâtral, "si on veut l’en croire, il pâlit et tombe en faiblesse", et l'empressement des valets à son service mettent en évidence une parodie de la grandeur et du respect traditionnellement associés à la noblesse.
Un Anti-Modèle de l'Honnête Homme
Gnathon représente l'antithèse de l'honnête homme, figure idéale du XVIIe siècle, caractérisée par l'élégance, la discrétion et la mesure. Son égocentrisme, sa gloutonnerie et son manque de considération pour les autres contrastent fortement avec les qualités prisées de l'honnête homme.
Le Style de La Bruyère au Service de la Satire
Le style de La Bruyère lui-même contribue à la satire. La répétition de termes et de structures syntaxiques, comme dans "s’ils veulent manger, mangent ses restes" ou "il voudrait pouvoir les savourer tous tout à la fois", imite le mauvais goût et l'excès associés à Gnathon. L'anaphore du pronom "il" renforce l'impression que Gnathon est omniprésent, saturant l'espace textuel. L'omniprésence des déterminants possessifs souligne son obsession pour l'appropriation.
Conclusion : Une Critique Morale et Sociale
Le portrait de Gnathon dépasse la simple description d'un glouton. Il s'agit d'une critique morale et sociale de l'égocentrisme et de la superficialité, incarnés par une aristocratie plus soucieuse de ses privilèges matériels que du bien-être des autres. La Bruyère, à travers ce personnage mémorable, invite à une réflexion sur les valeurs essentielles et sur la nécessité de cultiver la générosité et la considération envers autrui.
Le Portrait Littéraire : Au-Delà de la Simple Représentation
Le portrait littéraire se distingue du portrait non littéraire, tel que la photographie, par sa dimension subjective et interprétative. Alors que la photographie cherche à capturer un instant précis, le portrait littéraire vise à saisir l'essence d'une personne, en allant au-delà de son apparence physique.
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La Photographie : Un Instant Figé
Le portrait photographique, réalisé avec un outil accessible, cherche à retenir un moment du temps, à lutter contre sa disparition et à garder sa particularité et sa valeur affective. Il isole un instant qu’on se flatte ainsi d’arracher à la durée, au flux incessant des choses. Il satisfait le très vieux rêve de lutter contre la menace permanente de la désagrégation.
Le Portrait Plastique : Une Synthèse Artistique
Le portrait plastique (peinture, dessin, sculpture) poursuit souvent la même fin : il traduit la passion de l’artiste. Mais il est travaillé. Ne voulant pas fixer la fugacité, il recherche l’essence de la personne sous ses apparences temporelles, il est un condensé de sa vie. De plus, il peut parfois être un témoignage historique ou sociologique. Il ne vise pas à fixer l’éphémère, son but est au contraire d’éliminer l’accidentel et le passager, de laver le visage humain des marques de l’instant. Le portraitiste s’efforce de dégager la valeur intemporelle d’une âme ou d’une apparence humaine, de les soustraire aux variations de la durée.
Le Portrait Littéraire : Entre Passion et Vérité
Le portrait littéraire se rapproche de l’image mentale par la passion. Il rejoint le portrait plastique dans son œuvre de résumé d’une vie ou d’une société, en simplifiant et en transformant la réalité. Son objectif est toujours d’immortaliser un état de la vie à son apogée. Comme le portrait imaginaire et comme le portrait plastique, le portrait littéraire obéit au souci d’opérer une synthèse des moments heureux, le résumé d’une époque ou d’une civilisation dans sa fleur. D’où le recours aux mêmes procédés de stylisation et de déformation pour aboutir au même résultat, à la confection d’une image soustraite à l’action pernicieuse du temps.
Il peut au contraire vouloir, par la satire, laisser l’image détestable d’un adversaire. Mais, même si la passion y fausse inconsciemment les événements et les personnes, sa marque reste la recherche de la vérité. Derrière les apparences, il révèle, par l’analyse psychologique, l’essence de la personne. L’écrivain éprouve le désir de laisser au jugement de la postérité l’image d’un être exécrable. Stylisation et déformation l’aideront à composer la caricature odieuse ou grotesque.
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