L'œuvre de Michel Foucault, Les Mots et les Choses, publiée en 1966, a marqué un tournant dans la pensée critique et les sciences humaines. Ce livre, dont le sous-titre est « une archéologie des sciences humaines », propose une analyse des formations discursives et des conditions de possibilité qui constituent les épistémès.
Genèse et Thèses Principales
Observant de l’avion qui décolle de l’île de Djerba le 5 janvier 1965 « le basculement du sol à la limite de la mer », Michel Foucault griffonne sur une carte postale quelques mots, qui formeront la dernière phrase des Mots et les Choses : « Si ces dispositions venaient à disparaître comme elles sont apparues (…), alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage sur le sable ». L’ouvrage qui paraîtra l’année suivante, et dont 20 000 exemplaires seront vendus en quelques mois, s’organisait autour de plusieurs thèses fameuses, qu’Éric Marquer résume dans les termes suivants : l’âge de la représentation comme critique de la ressemblance ; l’homme comme invention récente ; l’effacement de l’homme.
L'Archéologie des Formations Discursives
Pour Foucault, notre rapport aux choses reste prisonnier du discours, de l’arbitraire des régimes discursifs. Lorsque je dis que dimanche, je me suis promené dans les bois et que ce rapprochement avec la nature m’a fait beaucoup de bien, j’énonce une vérité subjective sans me rendre compte qu’elle n’a pu advenir que parce qu’elle est sous-tendue par un régime discursif particulier, en l’occurrence le naturalisme. Une telle énonciation serait d’ailleurs susceptible de surprendre un paysan cambodgien, qui ne saisirait pas bien l’intérêt « sanitaire » de ma démarche dominicale.
Autre manière de définir l’épistémè : conditions de possibilité d’un domaine de savoir. Sauf que ces conditions sont logées dans des structures anonymes (ensemble de discours, de pratiques, de méthode, d’hypothèses). L’épistémè concerne une transversale de savoirs qui prédomine à une époque donnée. Archéologie : la discontinuité trouve sa pleine justification.
Rupture avec l'Existentialisme et Continuité avec le Structuralisme
Dans Les mots et les choses, Foucault se place épistémologiquement dans une certaine continuité avec le structuralisme et dans une rupture assumée avec l’existentialisme et la phénoménologie. En termes d’approche, l’héritage de Nietzsche - qui est le premier à ébaucher l’idée que toute volonté de connaissance dénote avant tout une volonté de puissance - est très prégnant, comme celui de Canguilhem - pour son histoire des concepts et son travail sur le normal et le pathologique -, mais aussi de Braudel - puisque c’est en étudiant le temps long que les ruptures apparaissent.
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L'Ordre et les Ressemblances
Dans la préface des Mots et les choses, Foucault pose la question suivante : « Quand nous instaurons un classement réfléchi, quand nous disons que le chat et le chien se ressemblent moins que deux lévriers […], quel est donc le sol à partir de quoi nous pouvons l’établir en toute certitude ? Sur quelle ‘table’, selon quel espace d’identités, de similitudes, d’analogies, avons-nous pris l’habitude de distribuer tant de choses différentes et pareilles ? » (MC, p.11). « Rien de plus empirique (au moins en apparence) que l’instauration d’un ordre parmi les choses. C’est sur fond de cet ordre, tenu pour sol positif, que se bâtiront les théories générales de l’ordonnance des choses et les interprétations qu’elle appelle » (MC, p.12).
Foucault énonce alors sa thèse : l’ordre sur fond duquel nous pensons n’a pas le même mode d’être que celui des Classiques. Jusqu’au 16e, la ressemblance a joué un rôle bâtisseur dans le savoir de la culture occidentale (il développe quatre types de ressemblances : convenientia, aemulatio, analogies, sympathie.). Ces ressemblances disent comment le monde doit se replier sur lui-même, se redoubler, se réfléchir ou s’enchaîner pour que les choses puissent se ressembler. Il faut une marque visible pour créer des analogies invisibles. Pas de ressemblance sans signature, sans signe (MC, p.
Herméneutique et Sémiologie au XVIe Siècle
Herméneutique : ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de faire parler les signes et de découvrir leur sens. Sémiologie : ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de distinguer où sont les signes. Le 16e siècle combine les deux : chercher le sens, c’est mettre au jour ce qui se ressemble. L’exégèse : faire émerger la syntaxe qui relie les signes (MC, p. C’est cela, l’épistémè du 16e siècle : le monde est couvert de signes qu’il faut déchiffrer, et ces signes, qui révèlent des ressemblances et des affinités, ne sont eux-mêmes que des formes de la similitude. Connaître sera donc interpréter (MC, p.
L'Âge Classique et la Représentation
On se demandait comment reconnaître qu’un signe désigne bien ce qu’il signifie ; mais à partir du 17e siècle on se demandera comment un signe peut être lié à ce qu’il signifie ; question à laquelle l’âge classique répondra par l’analyse de la représentation ; et à laquelle la pensée moderne répondra par l’analyse du sens et de la signification […]. Le visible et l’énonçable, les choses et les mots, vont se séparer […]. Le discours ne deviendra rien de plus que ce qu’il dit (MC, p.
L'Émergence de l'Homme et les Sciences Humaines
Le mode d’être de l’homme tel qu’il s’est constitué dans la pensée moderne lui permet de jouer deux rôles : il est à la fois au fondement de toutes les positivités et présent, d’une façon qu’on ne peut même pas dire privilégiée, dans l’élément des choses empiriques (MC, p. Mais, et c’est là tout le postulat de l’analyse, cette place de l’homme est un « a priori historique » qui, depuis le xixe siècle sert de socle à notre pensée (ibid.). Notons que Foucault n’a pas l’ambition de faire une théorie universelle : il étudie la pensée européenne, tout au plus occidentale, chose qu’il confirme à de nombreuses reprises. Pour lui, avant cette période, l’homme n’existait pas, c’est-à-dire qu’il n’existait pas comme objet privilégié du savoir. Il n’avait en quelque sorte jamais été conceptualisé et déconstruit en tant qu’objet d’un savoir réflexif.
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Les sciences humaines, contrairement aux autres, se sont donc constituées sur un espace vide qui a fait de l’homme ce qu’il faut penser et ce qu’il y a à savoir (MC, p. 356) ; c’est-à-dire comme point de départ, objet et fin de toute connaissance, conçue dès lors comme « connaissance de l’homme » (ibid.). Lorsque, quittant l’espace de la représentation, les êtres vivants se sont logés dans la profondeur spécifique de la vie, les richesses dans la poussée progressive des formes de production, les mots dans le devenir des langues (MC, p.
Ainsi, pour Foucault, l’épistémè moderne est une rupture de celle de l’époque classique, champ de savoir parfaitement homogène centré sur un modèle mathématique universel (mathesis universalis) (MC, p. On croit facilement que l’homme s’est affranchi de lui-même depuis qu’il a découvert qu’il n’était ni au centre de la création, ni au milieu de l’espace, ni peut-être même au sommet et la fin dernière de la vie ; mais si l’homme n’est plus souverain au royaume du monde, s’il ne règne plus au mitan de l’être, les « sciences humaines » sont de dangereux intermédiaires dans l’espace du savoir (MC, p.
L'Être Empirico-Transcendantal et la Démathématisation
Les sciences humaines seraient ainsi corrélatives d’une sorte de « démathématisation » par le biais de l’apparition d’un « être empirico-transcendantal » : un être caractérisé par l’imbrication de la pensée et de l’impensé. Cette apparition donne aux sciences humaines leur allure singulière (MC, p. 361-362). Les sciences humaines en effet s’adressent à l’homme dans la mesure où il vit, où il parle, où il produit. C’est comme être vivant qu’il croît, qu’il a des fonctions et des besoins, qu’il voit s’ouvrir un espace dont il noue lui-même les coordonnées mobiles ; d’une façon générale, son existence produisant des objets et des outils, échangeant ce dont il a besoin, organisant tout un réseau de circulation au long duquel court ce qu’il peut consommer et où lui-même se trouve défini comme un relais, il apparaît en son existence immédiatement enchevêtré aux autres ; enfin parce qu’il a un langage, il peut se constituer tout un univers symbolique, à l’intérieur duquel il a rapport à son passé, aux choses, à autrui, à partir duquel il peut également bâtir quelque chose comme un savoir (…). On peut donc fixer le site des sciences de l’homme dans le voisinage, aux frontières immédiates et sur toute la longueur de ces sciences où il est question de la vie, du travail et du langage » (MC, p.
L'Homme Objet et Sujet de la Connaissance
L’homme pour les sciences humaines, ce n’est pas ce vivant qui a une forme bien particulière (…) ; c’est ce vivant qui de l’intérieur de la vie à laquelle il appartient de fond en comble et par laquelle il est traversé en tout son être, constitue des représentations grâce auxquelles il vit, et à partir desquelles il détient cette étrange capacité de pouvoir se représenter justement la vie (MC, p.
Les sciences humaines interrogent donc l’homme en tant qu’être à la fois pris dans le tissu de la vie (être empirique donc, posture phénoménologique), mais aussi capable de s’en extraire par le biais d’une posture réflexive et d’une capacité de représentation (être transcendantal, posture existentialiste). Le propre des sciences humaines, ce n’est pas la visée d’un certain contenu (cet objet singulier qu’est l’être humain) ; c’est beaucoup plutôt un caractère purement formel : le simple fait qu’elles sont, par rapport aux sciences où l’être humain est donné comme objet (exclusif pour l’économie et la philologie, ou partiel pour la biologie) dans une position de redoublement, et que ce redoublement peut valoir a fortiori pour elles-mêmes (MC, p.
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Ce « redoublement » est une « position méta-épistémologique », elles dépassent donc l’épistémè moderne. Ou plutôt, comme elles « enfoncent l’homme qu’elles prennent pour objet du côté de la finitude, de la relativité, de la perspective, - du côté de l’érosion infinie du temps », Foucault propose finalement le terme d’« hypo-épistémologique » (MC, p. 366). Elles apparaissent donc dans le creux de l’épistémè moderne qui s’apparente à un trièdre articulant la biologie, l’économie et la philologie. À la croisée de ces trois couples et de ces trois sciences humaines se multiplient les disciplines intermédiaires qui découlent d’un choix de modèle fondamental puis d’une association plus ou moins prononcée à un autre modèle.
Continuité et Discontinuité dans les Sciences Humaines
Ces couples sont par ailleurs aussi à l’origine de la dialectique des sciences humaines entre continuité et discontinuité, puisque la continuité illustrée par la permanence des fonctions, l’enchaînement des conflits et la trame des significations, s’oppose à la discontinuité illustrée par l’émergence de la norme, la spécificité des règles et la cohérence interne des systèmes signifiants (MC, p. Il identifie ainsi une dérive de ces sciences d’une forme dense en modèles vivants à une forme dense en modèles langagiers. Mais il s’agit en fait d’un double glissement de la fonction à la norme, du conflit à la règle, de la signification au système ; et par conséquent, de la continuité à la discontinuité. Tant que la fonction, le conflit et la signification l’emportaient, les sciences humaines se définissaient dans l’altérité d’une anormalité clairement séparable de la normalité (MC, p. 371-372).
Freud et la Rupture du Savoir Occidental
Par ce glissement et sa pluralisation, le champ des sciences humaines a cessé d’être scindé selon une dichotomie de valeur, tournant incarné par Freud qui a le premier tenté d’effacer le partage entre positif et négatif. Freud apparaît ainsi comme le grand point de rupture du savoir occidental, synonyme d’un recentrage sur l’inconscient et par conséquent la représentation (MC, p. Tout se passe comme si la dichotomie du normal et du pathologique tendait à s’effacer au profit de la bipolarité de la conscience et de l’inconscient (MC, p.
Pour Foucault, le propre des sciences humaines n’est donc pas l’objet privilégié qu’est l’homme, mais la disposition épistémologique qui a permis à celles-ci de constituer l’homme comme leur objet et de l’analyser en termes d’inconscient, de normes, de règles et d’ensembles signifiants qui dévoilent à la conscience les conditions de ses formes et de ses contenus (MC, p. 376). Foucault dénonce finalement une situation ambigüe et instable des sciences humaines qui ont fini par dissoudre la forme d’objectivité naturelle attendue des formes plus anciennes de savoir. Ce glissement s’opère par la découverte de l’inconscient et un retour concomitant, et paradoxal, à la représentation. Ainsi, pour l’auteur, les sciences humaines nient le principe de progrès continu et exponentiel de la connaissance rationnelle et replacent en avant la discontinuité, la rupture.
La Mort de l'Homme et l'Avènement des Structures Anonymes
Foucault brandit, à la suite du structuralisme, l’idée de « système » anonyme qui traverse et constitue l’homme face à l’humanisme sartrien. Pour Foucault, l’Homme n’a pas toujours été le principal souci de notre civilisation. La fin du 18e siècle marque l’avènement de l’Homme, et donc des sciences humaines (à différencier des sciences sociales, par exemple déjà présentes avec L’esprit des lois de Montesquieu). Ceci « partirait » de la « Quatrième question » de Kant : qu’est-ce que l’homme ? (Question qui résume les trois premières : que puis-je connaître ? que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?). Or, le développement des sciences humaines nous a conduit à une dissolution de l’homme, en affirmant que les individualités historiques apparaissent sur le sol de grands systèmes de pensée (structures de la famille, mythes, etc.). Contre Sartre : le singulier, la conscience, n’est que le scintillement de grands systèmes formels. L’individu n’exprime plus que la conscience d’une époque ; ses paroles n’ont pas de consistance, elles sont une écume sur l’océan de l’histoire.
Le structuralisme est la découverte de réseaux anonymes de savoir à l’intérieur desquels les hommes se trouvent pris. Le rôle de l’homme est de savoir que désormais l’homme est mort, que l’homme devient un objet - et non plus un sujet - de savoir. Il n’y a pas de « choses » dans Les mots et les choses. Foucault ne pose pas le rapport platonicien entre les mots et les choses, à savoir : les mots peuvent-ils se passer des choses, les choses sont-elles présentes dans les mots ? Par exemple : la table que je nomme et qui se situe dans la pièce est-elle présente dans le mot « table » que je prononce ? Ce mot que je prononce a-t-il besoin de la chose « table » pour advenir ? Le discours, c’est une pratique autonome qui est extérieure aux mots et aux choses, bien qu’à chaque instant il soit question des choses, et que des mots…
L'Analyse des Sciences Humaines et leur Apparition
Les sciences humaines d’aujourd’hui sont plus que du domaine du savoir: déjà des pratiques, déjà des institutions. Michel Foucault analyse leur apparition, leurs liens réciproques et la philosophie qui les supporte. C’est tout récemment que l’« homme » a fait son apparition dans notre savoir. Erreur de croire qu’il était objet de curiosité depuis des millénaires: il est né d’une mutation intérieure à notre culture. Cette mutation, Michel Foucault l’étudie, à partir du XVIIe siècle, dans les trois domaines où le langage classique - qui s’identifiait au Discours - avait le privilège de pouvoir représenter l’ordre des choses: grammaire générale, analyse des richesses, histoire naturelle.
Au début du XIXe siècle, une philologie se constitue, une biologie également, une économie politique. Les choses y obéissent aux lois de leur propre devenir et non plus à celles de la représentation. Le règne du Discours s’achève et, à la place qu’il laisse vide, l’« homme » apparaît - un homme qui parle, vit, travaille, et devient ainsi objet d’un savoir possible. Il ne s’agit pas là d’une « histoire » des sciences humaines, mais d’une archéologie de ce qui nous est contemporain. Et d’une conscience critique: car le jour, prochain peut-être, où ces conditions changeront derechef, l’« homme » disparaîtra, libérant la possibilité d’une pensée nouvelle.
Discontinuité de l'Œuvre et Transformations Méthodologiques
Cependant, si ce projet est bien présent tout au long de ses travaux, la permanence de cette interrogation ne donne pas lieu à la continuité d’une œuvre. Bien au contraire, la question de la formation des sciences humaines est reprise à travers des déplacements fondamentaux qui dessinent plutôt l’image d’un parcours traversé de discontinuités. Transformation tout d’abord de la méthode : passage d’une archéologie du savoir à une généalogie des modes de subjectivation en passant par une généalogie des technologies de pouvoir. Modification ensuite des concepts : du savoir et de l’épistémè aux formes de problématisation, en passant par les dispositifs de pouvoir-savoir.
En somme, l’objectif d’une histoire critique des sciences humaines donne lieu à des réalisations concrètes très différentes, ce qui pose dès lors la question de leurs rapports : ces diverses enquêtes se contestent-elles l’une l’autre, chacune faisant apparaître un problème qui, ignoré par les précédentes, remettrait en cause leurs résultats ? Ou alors, se complètent-elles, chacune mettant l’accent sur un aspect de la question (le savoir, le pouvoir, le sujet) que les autres avaient laissé dans l’ombre ?
Objectivation de l'Individu et Technologies Politiques du Corps
Ainsi donc, l’homme dont parlent les sciences humaines n’est autre que cette individualité, cette « âme » que le pouvoir disciplinaire produit comme un double des corps et des comportements par des techniques de pouvoir et de savoir. Autrement dit, les conditions de possibilité des sciences humaines et notamment de l’objectivation de l’individu, résident désormais dans la formation d’une nouvelle technologie politique du corps : « Si les [sciences de l’homme] ont pu se former et produire dans l’épistémè tous les bouleversements qu’on connaît, c’est qu’elles ont été portées par une modalité spécifique et nouvelle de pouvoir : une certaine politique du corps, une certaine manière de rendre docile et utile l’accumulation des hommes. Celle-ci exigeait l’implication de relations définies de savoir dans les rapports de pouvoir ; elle appelait une technique pour entrecroiser l’assujettissement et l’objectivation ; elle comportait des procédures nouvelles d’individualisation.
Production Récente de l'Homme et Transformations de l'Exercice du Pouvoir
Surveiller et punir retrace la production récente de l’homme moderne, non plus dans le champ de l’histoire des sciences, mais dans celui des transformations de l’exercice du pouvoir, et ceci en modifiant également les méthodes d’analyses classiques. À une étude du pouvoir en termes de propriété naturelle qui se cède par contrat, ou en termes de domination qui se perpétue par les appareils d’État et par l’idéologie - Foucault substitue une investigation portant, non plus sur la nature du pouvoir, mais sur ses conditions d’exercice. Analysant dès lors les « relations de pouvoirs », il s’intéresse à leur « technologie » et à leur productivité. D’une part, ces relations s’exercent en mettant en œuvre un ensemble de techniques, parmi lesquelles on trouve des techniques de savoir.
C’est à partir d’un tel schéma d’analyse que Foucault fait apparaître la production de l’« homme » comme objet du savoir et du pouvoir aux xviiie et xixe siècles. Les relations de pouvoir moderne s’exercent notamment par des techniques disciplinaires ayant pour objectif un dressage du corps qui s’opère par un redoublement et un renforcement réciproque de l’assujettissement et de l’objectivation des conduites et qui produit comme son « effet-instrument » une « âme ».
Savoir-Pouvoir et Subjectivation
Désormais le pouvoir et le savoir ne sont plus séparables : « Il faut admettre […] que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre ; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir. Dans ces conditions, pour expliquer en quoi consiste et comment est apparu l’objet qu’est l’« homme » étudié par les sciences humaines, les analyses des Mots et les Choses ne suffisent plus, il est nécessaire de les compléter par une enquête, comme celle réalisée dans Surveiller et punir, sur les techniques de « savoir-pouvoir » par lesquelles s’est constitué et a été analysé ce nouvel objet.
Critique et Réception de l'Œuvre
Les discussions suscitées par « l’anti-humanisme théorique » de Foucault, en écho aux théories exposées l’année précédente par Althusser dans Pour Marx, assurent au livre un important succès de librairie. Selon Didier Eribon, biographe de Foucault, les premiers tirages sont vite épuisés. Plus de 20 000 exemplaires sont vendus la première année, plus de 110 000 le seront en vingt ans. C’est beaucoup pour un ouvrage de sciences humaines, souvent aride, parfois obscur.
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