Tous les cavaliers partagent une certaine obsession : celle d’avoir des chevaux beaux et bien musclés. En l'absence d'haltères ou de bancs de musculation pour équidés, on a recours à la « gymnastique ». Mais cette approche est-elle réellement efficace ? Comment un cheval se muscle-t-il ? Cet article, basé sur les éclaircissements du Dr Emmanuelle Van Erck, vétérinaire auprès des plus grands cavaliers, explore la physiologie musculaire du cheval et les implications pour un entraînement optimal.

Les Muscles Squelettiques : Moteurs du Mouvement

Les muscles squelettiques sont les éléments qui relient les différents segments osseux entre eux, permettant ainsi le mouvement. Il existe aussi les muscles lisses, non contrôlés volontairement, mais l'article se concentrera sur les muscles squelettiques, seuls muscles que l'on peut travailler volontairement. Un muscle squelettique est un regroupement de fibres musculaires.

Types de Fibres Musculaires

Il existe plusieurs types de fibres musculaires, mais on en distingue trois principaux :

  • Fibres rouges ou fibres lentes (type I): Ces fibres se contractent lentement, avec une force relativement faible, mais sont très résistantes à la fatigue. Elles nécessitent une grande quantité d’oxygène et sont donc très vascularisées. Elles sont adaptées aux exercices de longue durée, type endurance.
  • Fibres blanches ou fibres rapides (type IIB): Ces fibres se contractent rapidement et avec force, mais se fatiguent très vite. Elles sont donc adaptées aux exercices de courtes durées, comme les sprints.
  • Fibres de type IIA: Ces fibres ont une contraction moyennement rapide, moyennement forte et sont moyennement fatigables.

La répartition de ces fibres varie selon le muscle et la race du cheval. Les muscles « posturaux », sollicités en permanence pour maintenir le cheval debout, sont riches en fibres de type I et IIA. C’est le cas des muscles du dos ou de la mâchoire. À l’inverse, certains muscles des cuisses, comme le semi-tendineux, peuvent ne contenir que 5% de fibres de type I.

Par exemple, le muscle glutéal moyen (dans la fesse) contient en moyenne 9% de fibres de type I chez le Quarter Horse, contre 24% chez l’âne. Cette différence souligne l'importance de considérer la race et la discipline lors de la planification de l'entraînement.

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Adaptation Musculaire : L'Entraînement Spécifique

À l’image des marathoniens qui développent davantage de fibres de type I grâce à l’entraînement d’endurance, et des bodybuilders qui augmentent le pourcentage de fibres de type II en soulevant des charges lourdes, l'entraînement du cheval doit être adapté à la discipline visée.

Pour tout type d’entraînement, il est essentiel de commencer par construire une base « d’endurance », en travaillant sur des exercices d’intensité faible à modérée (trotting par exemple) pendant au moins 45 minutes. Après 4 semaines, le muscle est prêt à développer plus de résistance et de force. On passe alors à l’étape suivante : le « bodybuilding », qui se charge maintenant de travailler les fibres de type II. L’idée est d’avoir des exercices de « résistance » relativement courts mais intenses, entrecoupés de phases de récupération au cours duquel le cheval retrouve son souffle et sa fréquence cardiaque redescend. Si on reste trop sur du « long et lent », il y a un risque de remplacer les précieuses fibres II par des fibres I lentes : le cheval perd alors de sa puissance. Après des séances intenses ou des compétitions, il faut au moins 48-72 heures pour que le muscle du cheval récupère entièrement (contre 24 à 48 h chez l'humain).

Le cheval est un athlète né : même au pré, il est souvent mieux entraîné qu’un athlète humain. De plus, il répond rapidement à l’entraînement et se « désentraîne » moins facilement.

Types de Contractions Musculaires

À chaque muscle correspond un autre muscle qui permet de faire le mouvement inverse. Ainsi, quand on dit que deux muscles fonctionnent de manière agoniste c’est que tous les deux vont faciliter le mouvement recherché. Il existe trois types principaux de contractions musculaires :

  • Concentrique: Ce type d’effort correspond à un rapprochement des extrémités du muscle qui du coup se gonfle. Le muscle antagoniste va par opposition s’étirer, ses extrémités vont s’éloigner. Dans le cas du bras, le biceps va « gonfler » et le triceps va s’étirer.
  • Excentrique: Cette fois-ci, le muscle va se contracter alors que ses extrémités s’éloignent. Reprenons le bras, cette fois avec un poids dans la main. Quand vous allez faire « baisser le poids » donc faire une extension de l’avant bras, le biceps va résister à ce mouvement alors qu’il s’étire. C’est une contraction excentrique. La contraction excentrique c’est en fait une force de freinage. La force excentrique permet de développer une force supérieure par rapport à un effort concentrique.
  • Isométrique (ou statique): Cette fois-ci la contraction n’entraîne aucun mouvement. Prenons l’exemple du trot assis, il pourrait vous arriver (par erreur bien sûr 😉) de serrer les cuisses pour maintenir votre équilibre mais celles-ci ne bougent pas.

Pour muscler efficacement une zone spécifique, il est essentiel d'intégrer les trois types de contractions dans les exercices.

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Muscler la Sangle Abdominale du Cheval

La sangle abdominale joue un rôle crucial dans le soutien du rachis thoraco-lombaire (le dos) du cheval. Des muscles abdominaux toniques contribuent à décharger les contraintes imposées aux vertèbres et aux disques intervertébraux, assurant longévité et confort dorsal et lombaire.

Contrairement au chien, où la nage est un excellent exercice pour solliciter la sangle abdominale sans contraintes articulaires excessives, le cavalier dispose d’un nombre plus important d’exercices, montés ou non, ciblant la sangle abdominale du cheval par des exercices longitudinaux et latéraux.

Exercices pour la Sangle Abdominale

  • Variations de Cercles: Agrandir ou rétrécir un cercle en contre-incurvation, ou dans le sens de l’incurvation, favorise l’engagement du postérieur externe (en contre-incurvation) ou interne (dans le sens de l’incurvation) puis sa poussée, mobilisant ainsi les muscles obliques de l’abdomen externes ou internes à la courbe.
  • Mobilisation et Dissociation des Hanches: Tout exercice de déplacement latéral (cession à la jambe, contre épaule en dedans…), suivi d’une demande de propulsion (un allongement de l’allure par exemple), est favorable au travail concentrique (engagement) puis excentrique (propulsion) de la sangle abdominale.
  • Enchaînement de Figures Variées: Enchaîner des figures dont le sens et l’incurvation sont différents permet de dynamiser la sangle abdominale.
  • Variation de l'Attitude: Varier l’attitude, encolure plus ou moins étendue, port de tête plus ou moins relevé, permet d’assouplir et étirer la ligne du dessus, et donc les muscles dorsaux.

Importance de la Qualité

Il est essentiel de rappeler que la qualité de l’exercice prime sur la quantité. Un geste qualitatif, réalisé peu de fois, est préférable à un geste moyen répété longtemps. La qualité du travail dépend de l’équilibre et du relâchement du cheval, ainsi que de son équilibre dans l’allure. Un bon exercice d’évaluation de l’équilibre est de franchir un cavaletti (obstacle) de 30 à 40 centimètres maxi au galop.

Stress et Muscles Dorsaux

Les muscles dorsaux sont très sensibles au stress. Toute source de stress, anxiété, fatigue ou tout autre état psychologique négatif conduit à l’hypertonicité des muscles dorsaux, à leur raccourcissement et, par effet réflexe, au relâchement de la sangle abdominale.

Il est donc important de proposer un exercice provoquant une fatigue physique dont on augmentera progressivement l’intensité en termes d’effort, de durée, fréquence de répétition, distance. Il faut faire preuve de bon sens et bien observer son animal pour identifier les signes de fatigue.

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