L'interruption volontaire de grossesse (IVG), un droit légal en France depuis la loi Veil de 1974, continue de susciter des débats, notamment en ce qui concerne la contraception et son potentiel effet abortif. Cet article vise à définir la contraception abortive, à explorer les différentes méthodes d'IVG et à examiner les enjeux éthiques et médicaux qui y sont liés.

Définition de la Contraception Abortive

La contraception se définit comme "l’ensemble des moyens artificiels utilisés pour empêcher, de façon plus ou moins temporaire la conception, c’est-à-dire la pénétration réussie d’un spermatozoïde dans un ovule (fécondation) au niveau de la trompe de Fallope". Cependant, certains moyens techniques, diffusés comme contraceptifs, agissent non pas au niveau de la conception, mais en interrompant le développement initial de l'embryon. On distingue alors :

  • Méthodes interceptives : Elles interceptent l’embryon avant son implantation dans l’utérus.
  • Méthodes contragestives : Elles provoquent l’élimination de l’embryon à peine implanté.

Jacques Suaudeau, ancien chercheur au National Institute of Health, souligne que la contraception, loin de faire reculer l’avortement, est devenue elle-même de plus en plus abortive, notamment à travers le fonctionnement de certaines pilules contraceptives.

Les Méthodes d'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)

En France, une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut demander une IVG. La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention. Lors d’une consultation avec un médecin ou une sage-femme, la femme enceinte doit être informée sur les méthodes abortives et a le droit d'en choisir une librement en fonction du terme de la grossesse. Il existe deux méthodes principales : l'IVG médicamenteuse et l'IVG instrumentale (chirurgicale).

IVG Médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée). Cette méthode peut être proposée par un médecin ou une sage-femme. Les médicaments sont remis par le professionnel de santé lors du recueil du consentement ou délivrés en pharmacie si une téléconsultation a été effectuée.

Lire aussi: Pourquoi l'avortement n'est pas une contraception

Étapes de l'IVG médicamenteuse :

  1. Première consultation : La femme fait sa demande d'avortement et reçoit des informations orales et un guide sur l'IVG, incluant les différentes méthodes, les lieux de réalisation et les effets indésirables possibles. Un entretien psycho-social est proposé, obligatoire pour les mineures.
  2. Recueil du consentement : La femme remet son consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
  3. Prise du premier médicament (mifépristone) : Ce médicament interrompt l'évolution de la grossesse. Il peut être pris en présence du médecin ou de la sage-femme ou seule à domicile. A la clinique Bloemenhove, lors de votre rendez-vous à la clinique, vous prendrez 1 comprimé. Il s’agit de Mifegyne®, un médicament qui interrompt l’évolution de la grossesse. Vous devez donc être sûre de votre choix avant d’avaler ce comprimé. Une fois que vous aurez pris le comprimé de Mifegyne®, vous ne pourrez plus revenir en arrière. Vous devrez obligatoirement prendre ce comprimé à la clinique. Vous n’avez pas le droit de l’emporter avec vous.
  4. Prise du second médicament (misoprostol) : Ce médicament provoque l'expulsion de l'œuf. La prise a lieu entre 24 et 48 heures après la prise du premier médicament, en consultation ou à domicile. Vous emporterez avec vous quatre ovules. Il s’agit du misoprostol, un médicament qui doit être administré par voie vaginale. Vous devrez utiliser ces ovules dans un intervalle de temps supérieur à 24 heures et inférieur à 72 heures après la prise du comprimé à la clinique. Après avoir introduit les ovules, vous vous allongerez pendant une demi-heure.

Effets indésirables et complications possibles :

  • Douleurs, souvent plus intenses que des douleurs de règles. Des antidouleurs sont systématiquement prescrits.
  • Troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées).
  • Saignements, souvent plus abondants que des règles.
  • Complications rares : hémorragie, infection, douleurs persistantes.

Que faire en cas de complications ?

Dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication : de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ; des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite) ; un malaise ; de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.

Suivi : Une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours suivant l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.

Avertissement : Les cliniques Abortusklinieken Haarlem & Amsterdam ne vendent jamais de traitement pour IVG médicamenteuse en ligne. Certains sites web (polonais) proposent la pilule abortive à la vente, au nom de l’Abortuskliniek Amsterdam. Il s’agit d’une escroquerie.

IVG Instrumentale (Chirurgicale)

L'IVG instrumentale (chirurgicale) est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie. Elle est possible jusqu'à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines d'aménorrhée).

Procédure :

  1. Consultations préalables : Identiques à celles de l'IVG médicamenteuse.
  2. Préparation du col de l'utérus : L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament comme la mifépristone (MIFEGYNE) 38 à 48 heures avant ou de misoprostol (GYMISO ou MISOONE) 3 à 4 heures avant ou de géméprost (CERVAGEME) 3 heures avant.
  3. Aspiration : L'intervention consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'intervention dure environ 20 à 30 minutes.
  4. Anesthésie : L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale, selon le choix de la femme et l'avis du professionnel de santé.
  5. Surveillance post-opératoire : Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.

Effets indésirables et complications possibles :

  • Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention.
  • Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.
  • Complications rares : perforation de l'utérus, infection, hémorragie.

Suivi : Une visite de contrôle est nécessaire 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.

Lire aussi: Comment utiliser un test d'ovulation ?

Comparaison des Deux Méthodes

CaractéristiqueIVG MédicamenteuseIVG Instrumentale
Jusqu'à quand ?7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée.14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée.
Avec quel professionnel ?Médecin ou sage-femme.Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions.
Où ?En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé.En établissement de santé, Dans certains centres de santé.
Comment ?Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile.Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus.
Et la douleur ?Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique.Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste.
Quelle durée totale ?Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h.L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
Consultation de suivi ?14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications.
Taux de succès95%99,7%
Effets indésirablesDouleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours.Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours.
Téléconsultation ?Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation.Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. A noter que toutes les étapes préalables à l’IVG sont les mêmes quelle que soit la méthode.

La Contraception d'Urgence

La contraception d'urgence est définie comme "tout moyen, physique ou par l’intermédiaire de molécules biologiquement actives, utilisé pour prévenir une grossesse après un rapport sexuel non protégé". Elle est réalisée le plus tôt possible après le rapport sexuel, habituellement dans les 72 heures qui suivent. Son but est d’éviter une éventuelle fécondation, voire d’empêcher l’implantation d’un ovule fécondé.

Mécanismes d'Action

Les contraceptions d’urgence actuelles utilisent des composés hormonaux qui interfèrent avec les processus hormonaux, et conduisent ainsi à un blocage de l’ovulation, à son retard, ou à une inhibition de l’implantation. Les molécules les plus utilisées sont le lévonorgestrel et le RU-486 (mifépristone).

  • Lévonorgestrel : Ce progestatif a une activité contraceptive au long court et d’urgence. Il peut supprimer l’activité proliférative de l’endomètre utérin et, administré à doses plus importantes en période péri-ovulatoire, il peut bloquer ou retarder l’ovulation.
  • RU-486 (mifépristone) : Cet analogue structural de la progestérone peut inhiber le rétrocontrôle positif à l’origine du pic de LH, inhibant ainsi ou retardant l’ovulation. Après l’ovulation, il peut interférer avec la maturation de l’endomètre et modifier l’expression de facteurs indispensables à la nidation.

Controverses Éthiques

L’inhibition très probable de l’implantation est la cause d’un rejet, parfois violent, de la contraception d’urgence par les opposants à l’avortement : ils considèrent en effet qu’empêcher la nidation d’un embryon est un avortement. Cependant les moyens contraceptifs d’urgence agissent essentiellement en bloquant l’ovulation.

Molécules Utilisées

Commercialisé en France en 1999. Il s’agit de pilules composées de 0,05 mg d’éthynilestradiol et de 0,25 mg de lévonorgestrel. La prescription consiste en la prise de deux comprimés dans les 72 heures qui suivent le rapport non protégé, puis encore deux, 12 heures plus tard. Commercialisé en France en 1999. Il s’agit de pilules composées de 0,75 mg de lévonorgestrel. La prescription consiste en la prise d’un comprimé dans les 72 heures qui suivent le rapport non protégé, puis d’un deuxième 12 heures plus tard. Le Norlevo® peut être délivré sans ordonnance, mais n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Utilisé en Chine. Utilisable jusqu’à 120 heures (5 jours) après le rapport non protégé. Utilisé en Angleterre, surtout pour des femmes désirant utiliser ce dispositif ensuite comme contraceptif.

Le RU-486 (Mifépristone) : Pilule Abortive et Contraception d'Urgence

Le RU-486, aussi appelé mifépristone, est un analogue structural de la progestérone. Il est utilisé à la fois comme pilule abortive et comme contraceptif d'urgence.

Lire aussi: Méthode contraceptive : la thermométrie

Action Anti-Progestative

Le RU-486 est en général incapable d’activer le récepteur de la progestérone : il agit alors comme un antagoniste de la progestérone (anti-progestatif). Il présente une action anti-progestative sur l’utérus gravide, inhibant les contractions utérines.

Utilisation comme Pilule Abortive

Le RU-486 est utilisable pour une IVG (interruption volontaire de grossesse), au terme maximal de 49 jours d’arrêt des règles (aménorrhée). La femme enceinte prend 3 comprimés de Myfégyne® (RU-486), préparant ainsi l’utérus à l’avortement. Deux jours plus tard, on administre des prostaglandines qui induisent des contractions de l’utérus, facilitées par l’action du RU-486.

Utilisation comme Contraceptif d'Urgence

Les modes d’action du RU-486 dans le cadre de la contraception d’urgence sont encore très hypothétiques, et n’ont pas été démontrés de manière rigoureuse. Il pourrait inhiber le rétrocontrôle positif à l’origine du pic de LH, ou interférer avec la maturation de l’endomètre après l’ovulation.

Enjeux et Controverses Autour de l'IVG et de la Contraception Abortive

Aspects Légaux et Accès à l'IVG

En France, l’IVG est légale depuis la loi Veil votée en 1974, modifiée en 2001. Elle est autorisée pour mettre fin à une grossesse non désirée. Le délai d’intervention est de 14 semaines d’absence de règles. Le délit d'entrave à l’IVG est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende. Il n'y a pas de condition d'âge à respecter. Si vous êtes mineure, vous pouvez choisir de demander le consentement de vos parents ou de votre représentant légal qui pourra vous accompagner dans votre démarche d'IVG. Cependant, si vous souhaitez garder le secret, l'IVG est pratiquée à votre seule demande.

Coût et Remboursement

Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible.

  • IVG instrumentale : Le coût est remboursé à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire compris entre 579,06 € et 830,06 €.
  • IVG médicamenteuse en établissement de santé : Le coût est remboursé à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire fixé à 353,64 €.
  • IVG médicamenteuse en médecine de ville : Le coût est remboursé à 100 %, avec des tarifs fixés par arrêté à chaque étape.

Contraception et IVG : Un Paradoxe Français ?

Une étude de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) publiée en 2007 évoque un « paradoxe français » : malgré le taux d’utilisation de contraceptifs le plus élevé d’Europe, la France affiche un nombre d’avortements très élevé, 200 000 par an.

Rôle des Progestatifs

Les progestatifs inhibent en partie l’ovulation mais agissent principalement sur le col utérin et l’endomètre, les rendant non réceptifs à l’embryon. Ils causent également une coagulation du mucus cervical et une perturbation de la motilité des trompes de Fallope ce qui rend difficile la progression de l’embryon et augmente le taux de grossesses extra-utérines.

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